Le col du Lautaret est un col des Alpes françaises situé dans le département des Hautes-Alpes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à une altitude de .
Il permet de passer de la vallée de la Guisane à celle de la Romanche et offre également la possibilité de basculer sur la vallée de la Maurienne via le col du Galibier qui le domine au nord et dont la route départementale 902 débouche sur le col du Lautaret. Ceux qui y font halte sur le trajet de la route départementale 1091 (ex-route nationale 91) peuvent observer notamment le chaînon de la Meije au sud-ouest et celui du Grand Galibier au nord, ainsi que plusieurs sommets du massif des Écrins. Il est célèbre notamment pour ses paysages, sa flore, son jardin botanique alpin et pour le passage du Tour de France. Il est également à proximité de plusieurs sites naturels protégés, tels la réserve naturelle nationale du Versant Nord des Pics de Combeynot et le parc national des Écrins.
Il est le deuxième plus haut col français ouvert à la circulation automobile en hiverLe plus haut est le col de Vars. ; il arrive cependant que les conditions météorologiques ou d'enneigement lui imposent une fermeture temporaire...
Toponyme L'étymologie du toponyme « Lautaret » est discutée (). Les différents chercheurs la font traditionnellement dériver, par agglutination de l'article défini « l’ » et de , qui signifie « petit autel » en occitan, du latin qui désignait un tertre ou petite hauteur sur laquelle on sacrifiait aux dieux. Il semble davantage dérivé du radical pré-indoeuropéen aut-, exprimant l'idée de « hauteur », « élévation », radical d'où sont issus, d'une part le mot latin , « autel » et d'autre part, , ou , « point le plus haut d'un sentier aboutissant à un col ou à un alpage, à une montagne »..
Géographie vignette|left|Vue depuis le col vers la vallée de la Romanche, la route départementale 1091 et la Meije.
C'est le point de passage entre l'Oisans (vallée de la Romanche) et le Briançonnais (vallée de la Guisane), reliés par la D 1091 (ancienne N 91) (Grenoble - Le Bourg-d'Oisans - Briançon). C'est un des points les plus bas de la ligne de crête séparant Alpes du Nord et Alpes du Sud, entre les massifs des Arves et des Écrins au sud. Le col marque également la limite entre les communes de Villar-d'Arêne et du Monêtier-les-Bains.
La pente relativement douce qui permet d'accéder au col s'explique par l'origine de ce relief, modelé par le glacier Romanche-GuisaneAu maximum glaciaire würmien, ce glacier était commun aux vallées de la Guisane et de la Romanche. Quand la déglaciation a commencé, entre –15 et , la langue de la Guisane, coulant vers l’est, s’est séparée de la langue de la Romanche, coulant vers l’ouest. Ces deux langues sont désormais 400 mètres plus bas. qui se déversait de part et d'autre sur les deux vallées. Vestige de ce glacier, des moraines de fond déposées dans ce col grâce au transport sous-glaciaire. Le col est ainsi un « seuil de diffluence glaciaire ». De ce couloir émergent des buttes plates et dénudées constituées de marnocalcaires avec bélemnites (la plus visible est la Serre Orel dont les calcaires sont séparés par des lits plus schisteux). Les bases de ces buttes, en calcaire du Lias plus dur, expliquent qu'elles ont été dégagées par le glacier des schistes tendres voisinsJacques Debelmas, Le cadre géologique du col du Lautaret, 2007, p.3.
gauche|vignette|L'accès au col du Lautaret depuis la vallée de la Guisane ; en arrière-plan, le massif de La Meije. vignette|Vue depuis le vallon de Combeynot : au premier plan, Serre Orel, puis le col et le jardin alpin du Lautaret en amont de celui-ci. Les montagnes en arrière-plan sont au centre : la crête de Chaillol (), suivie à l’est du pic Blanc du Galibier (), du Petit Galibier () et du RocherMontagne constituée de lames de quartzites triasiques. (), sommets dans les nuages ; à l’est le col du Galibier ().
La petite route empierrée qui se dirige vers les grands cônes d'éboulis descendant du Combeynot serpente entre des dépôts morainiques et des buttes liasiques et aboutit aux ruines d'une ancienne exploitation de graviers, sous un chalet de bergers (chalet des Couchettes)..
Le col du Lautaret est utilisé depuis longtemps comme voie de communication entre Grenoble et Briançon, voire pour accéder à l'Italie à travers les Alpes. La route du col du Galibier, versant sud, part du col du Lautaret. La Guisane prend sa source au col du Lautaret. Ce col fait également partie du tracé de la route des Grandes Alpes.
Histoire Préhistoire Les découvertes archéologiques ont mis au jour plusieurs sépultures de l'âge du Fer sur ce chemin entre le Bas Dauphiné et le Briançonnais. La richesse relative du mobilier funéraire suggère un trafic important à cette époque. Dans les Alpes du Nord, les Hallstattiens développent probablement le commerce entre la France de l'Est et l'Italie en utilisant les montagnards comme porteurs, guides et convoyeurs sur les divers cols de cette région. Les montagnards qui constituent le « groupe de l'Oisans-Rochefort » sont placés sur la voie de pénétration intra-alpine entre la cluse de Grenoble et le col du Lautaret..
Antiquité, Moyen Âge et époque moderne vignette|upright=0.8|Hospice du Lautaret, vers 1838.
Du fait de sa situation et de son accessibilité, le col du Lautaret est déjà un lieu de passage fréquenté dans les Alpes à l'époque romaine. Une voie romaine le traverse, permettant de rallier Gratianopolis (Grenoble) à Brigantium (Briançon).. Dans les siècles suivants, le col du Lautaret reste l'un des lieux de passage pour traverser les Alpes françaises ; un hospice royal, permettant d'accueillir les personnes de passage, y est créé. L'habitat permanent n'est que récent sur ce site de haute montagne. Le géographe André Allix note que deux actes fondent l'habitat au col (dont l'hospice) : l'un au , l'autre en 1863, et ce, afin de surveiller, protéger et exploiter le passage sur la route ; au début du , seules deux familles peuplent ce hameau à l'année : celles des aubergistes du col.
Époque contemporaine Fréquentation par des botanistes vignette|gauche|Chalet du Lautaret et le Combeynot, France, vers 1860-1880.
L'intendant général du Dauphiné, Bouchu, indique en 1698 que les montagnes de La Grave font l'objet de visites de personnes connaissant bien les simples (plantes médicinales). Le botaniste Dominique Villars note en 1779 que le Lautaret est un lieu important pour la flore alpine.
Au , le Lautaret est fréquenté par les botanistes : (Victor Cassien et Alexandre Debelle, Album du Dauphiné, 1837).
Réalisation de la route moderne, tourisme et expérimentations scientifiques vignette|upright|Le Lautaret, Dauphiné, affiche d'Eugène-Victor Bourgeois (1855-1909).
La route permettant d’accéder au Lautaret est rectifiée en 1881. La concurrence du chemin de fer (ligne Grenoble-Briançon) entraîne la fermeture hivernale à partir de 1885Écomusée du pays de la Roudoule, La Route des Grandes Alpes, Édition de l’écomusée du pays de la Roudoule, Puget-Rostang , .. Cependant, la fin du marque aussi les débuts du tourisme dans la région, le développement des infrastructures consacrées à celui-ci au col et la desserte de celui-ci par des véhicules de transport collectif. Jusque-là, les personnes de passage et les premiers alpinistes faisaient halte dans l'hospice national ; à partir de 1893, il s'agrandit avec des extensions et une annexe aux allures de chalet suisse, devenant peu à peu un hôtel. En 1914, prend place à proximité le chalet-hôtel de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM).
alt=Affiche de la compagnie PLM pour le Lautaret, en 1900|vignette|gauche|upright|« Le Lautaret », extrait de La Lorraine artiste du , fascicule , p. 128
En ., les rudes conditions hivernales du col du Lautaret servent de lieu d'essai aux trois véhicules motorisés à chenilles de Jean-Baptiste Charcot et Robert Falcon Scott qui s'illustrèrent lors de l'expédition Terra Nova en Antarctique. En 1913, après la mort de Scott au retour de son expédition au pôle Sud, Charcot décide de construire un cairn en son hommage sur le site du jardin alpin du Lautaret. L'inauguration a lieu le devant 200 personnes venues de Grenoble et Briançon. Le lieutenant de vaisseau Francis Drake, compagnon de Scott, fait un discours au pied du cairn lors de cette cérémonie.
vignette|Vue aérienne du col du Lautaret en mai 1928.
Le , le général Joseph Brugère meurt d'une rupture d'anévrisme dans l'automobile qui le conduit en excursion au col du Lautaret. Le , l'explorateur français Paul-Émile Victor franchit le col du Lautaret avec ses chiens de traîneau pendant une traversée des Alpes durant laquelle il teste ses animaux ; il assure ce jour-là la liaison postale Le Monêtier-les-Bains - La Grave et retour, tandis que le col enneigé est fermé à la circulation.
Seconde Guerre mondiale thumb|gauche|upright|Chapelle Notre-Dame-des-Fusillés.
Le , une colonne de soldats allemands du Reich, en retraite entre Briançon et Grenoble, rafle sur son trajet 17 hommes de la vallée (alors que ceux-ci étaient occupés à faire les foins dans les près le long de la route). En représailles des attaques des FFI subies, la colonne s'arrête au col et fusille ces 17 otages après leur avoir fait creuser leurs tombes. Puis, elle incendie l'hôtel PLM, pénètre dans l'Institut botanique et vole des objets, avant de continuer sa route vers l'Isère, emmenant avec elle en otage tous les hommes de Villar-d'Arêne. Six d'entre eux et un soldat allemand furent tués par l'explosion d'une mine dans le tunnel du Chambon, près de La Grave. Le 14 et , la même troupe exécuta au Bourg-d'Oisans des Juifs, des résistants et des otages. Au col, la chapelle placée sous le vocable de Notre-Dame-des-Fusillés a été construite sur le lieu de l'exécution. Sur son mur, on peut lire « C'est ici que sont tombés pour que vive la France, 17 patriotes lâchement torturés et fusillés le 11/08/1944 par les hordes nazies »Chapelles de Provence, chapelle du col du Lautaret... Parmi les paysans occupés à leurs travaux des champs le long de la route, l'un échappa à la rafle en s'enfuyant dans la montagne après avoir vu approcher la colonne ; il ne réapparaît au village du Monêtier-les-Bains que deux jours plus tard, à la joie de sa famille qui l'avait cru mort.
Déneigement hivernal et ouverture à l'année à la circulation vignette|Vue depuis le col du Lautaret vers le col du Galibier.
À partir de , des essais de machines de déneigement modernes sont effectués au col du Lautaret ; en avril de cette année, une fraiseuse à neige Laffly équipée de chenilles ouvre la voie dans une couche de onze mètres de neige au niveau de la Marionnaise. Bien que le département ait envisagé une ouverture de la route toute l'année dès 1953, celle-ci tarde à être mise en œuvre ; en , la route est par exemple encore enneigée et fermée. Le déneigement hivernal complet du col est officiel depuis 1957, bien que sur la période 1957-1965, il ne puisse parfois être fait entre 10 et 30 jours par an.. Par la suite, le col est ouvert à l'année, n'étant plus soumis à des fermetures qu'exceptionnellement (en cas de chutes de neige très importantes, tempêtes de type « tourmente », coulées d'avalanches ayant barré la route, ou risque avalancheux élevé). La circulation automobile peut aussi parfois être perturbée par la formation de congères sur la route à certains endroits.
Au printemps 2015, un éboulement, au niveau du lac du Chambon, coupe l'accès avec la vallée de la Romanche, contraignant par ailleurs les organisateurs du Tour de France à modifier la de l'édition 2015, le col du Galibier étant remplacé par le col de la Croix-de-Fer.
Activités Travaux de recherche sur l'écologie et la botanique et présentation au public
thumb|gauche|Porche d'entrée du jardin botanique alpin du Lautaret. vignette|Saxifraga cebennensis, dans le jardin botanique alpin du Lautaret.