thumb|right|Hôtel de l'Industrie, 4 place Saint-Germain-des-Prés, Paris. thumb|right|Détail de la façade.
La Société d'encouragement pour l'industrie nationale est une association française fondée en 1801 reconnue d'utilité publique, dont le but initial était de favoriser l'engagement de la France dans la révolution industrielle en relevant le défi britannique, de manière à favoriser toute forme de création au service de l'intérêt national. Cette société est toujours en activité de nos jours et poursuit désormais son travail de soutien au service de l'industrie et de l'innovation technologique française.
Une création de la période consulaire La Société d’encouragement pour l’industrie nationale est fondée à Paris le 9 brumaire an X () sous le Consulat..., à l'initiative d'un groupe d'hommes appartenant aux élites parisiennes. Il inclut des savants, parmi lesquels Berthollet et Vauquelin, des hauts fonctionnaires comme Joseph-Marie de Gérando ou Louis Costaz, des experts techniques comme Étienne de Montgolfier, des hommes d’affaires tels que Benjamin Delessert, Perregaux ou Antoine-Scipion Perier, « d’esprits éclairés » comme Charles Philibert de Lasteyrie, sous la présidence du chimiste et industriel Chaptal, alors ministre de l’Intérieur de Bonaparte, et avec le concours de nombreuses autres personnalités de l'époque. Comme l'indique, dans son discours inaugural, Joseph-Marie de Gérando, qui devient le secrétaire de la nouvelle institution, sa mission est d'encourager l’industrie dans son développement, de promouvoir les innovations et les talents et de favoriser leur émulation..
La nouvelle société apparaît dans une période de réorganisation d'un pays marqué par près d'une décennie de bouleversements, d'instabilité et de conflits. Le régime consulaire imposé par Bonaparte deux ans plus tôt, et qui entend créer, sur le plan politique, un régime stable et fort, doté d'un cadre juridique solide, veut également redresser la situation économique, pour mieux garantir la paix civile. Chaptal, savant, industriel, devenu ministre de l'Intérieur de Bonaparte, est un personnage-clé de cette réorganisation en particulier dans le domaine économique qui entre dans les attributions de son ministère : ce n'est pas par hasard si la nouvelle institution est animée notamment par des proches du ministre, tels Gérando ou Louis Costaz.
La nouvelle société s'inscrit en effet dans l'héritage de l'Encyclopédie et des sociétés d'émulation apparues en nombre au temps des Lumières, tout en tenant compte des options libérales dans le domaine économique ainsi que de la reconnaissance de l’initiative individuelle affirmées depuis l'Assemblée constituante à partir de 1789. Dans le contexte d'une rivalité alors pacifique avec l'Angleterre, elle souhaite parallèlement entreprendre l’examen des grandes questions techniques, selon une démarche analogue à celle de la Society for the Encouragement of Arts, Commerce and Manufactures, fondée en 1754 à Londres., et jugée par certains observateurs, tels Lasteyrie, comme une des clés des succès économiques de ce dernier pays.
Dès ses premiers mois d'existence, la société connaît un bon accueil, recueillant plusieurs centaines d'adhésions à travers toute la France, succès auquel l'action des préfets, dûment incités à adhérer eux-mêmes et à recruter des adhérents parmi leurs administrés n'est pas étranger. Parmi les tout premiers sociétaires figurent de nombreuses personnalités du monde scientifique et technique : les principaux animateurs du Conservatoire national des Arts et Métiers, Nicolas Conté ou Claude Molard, côtoient des membres de l'Institut comme Fourcroy ou Monge ; des industriels innovateurs comme Ternaux côtoient des agronomes comme Parmentier et Vilmorin ; on y rencontre également encore les directeurs des grandes écoles du temps, Guyton-Morveau pour l'école Polytechnique et Prony pour l'école des Ponts-et-Chaussées, sans compter de nombreuses personnalités politiques ou intellectuelles comme Benjamin Constant ou Cabanis.
Une société élitiste et diversifiée Après l'élan initial, les effectifs, tout en connaissant des variations sensibles selon les époques, forte poussée sous la Restauration, stagnation sous la monarchie de Juillet, oscillations marquées sous le Second Empire et aux débuts de la République, puis accroissement régulier et marqué jusqu'aux années 1930, ne compte finalement, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, que quelques centaines de membres, un millier au maximum ; ils sont recrutés par cooptation, en majorité à Paris, dans les milieux scientifiques et universitaires, comme Louis Pasteur, chez les chefs d’entreprise et les ingénieurs comme Breguet ou André Michelin, dans la haute administration et, parfois, dans les milieux parlementaires, comme Léon Say ou Albert Lebrun ; on y trouve également souvent dans les débuts, des artistes comme Léonor Mérimée, directeur de l'école des Beaux-Arts, et des amateurs, esprits « éclairés » au sens des Lumières.
Son organisme essentiel est le conseil d'administration, fort d'une trentaine de membres au moment de la fondation, et qui en compte plus d'une centaine au début du . Il est, dès le début, divisé en comités spécialisés, chargés d'évaluer les innovations qui lui sont soumises ; elle en compte cinq à la fondation : agriculture, arts économiques - « arts » signifiant techniques au sens de l’Encyclopédie et « économiques » signifiant produits et équipements destinés à l’équipement individuel et collectif -, chimie, commerce et mécanique. Un sixième est ajouté en 1876, le comité de construction et beaux-arts.Suivi en 1947 de la création d'un comité de physique, et en 1996 d'un comité sur la communication et la formation. Une approche transversale prévaut cependant dans l’examen de nombreuses questions, qui refléte la diversité des origines et des préoccupations des dirigeants.
La plus notoire des sociétés industrielles et techniques françaises, reconnue par l’État Le rayonnement de la société en fait bientôt un modèle : en France, dès les débuts de la Restauration, se sont créées des sociétés industrielles en province, la première et la plus notoire étant celle de Mulhouse en 1825. Elle a aussi contribué à créer et même à héberger des sociétés scientifiques naissantes comme celles de chimie ou de physique.
La société devient la première association reconnue d'utilité publique en 1824.
Son audience dépasse les frontières nationales, puisque des sociétés se créent sur son modèle dans les pays voisins, à Milan, en Prusse, au Portugal ou en Belgique. Elle tisse avec ses homologues un réseau de relations, notamment lors des expositions universelles, qui lui permettent de prendre, à partir des années 1890, la tête d’un mouvement international en faveur de la normalisation. Elle joue par exemple, un rôle moteur dans l’unification des filetages, au début du .
Tout en affirmant à de multiples reprises son indépendance à l'égard de l'État, la société, comme on l'a vu pour la période de fondation reste toujours en relation étroite avec le pouvoir. Elle compte souvent dans ses rangs des hauts fonctionnaires investis d'un rôle d'autorité : les préfets de la Seine, Frochot sous le Consulat, ou Chabrol sous la Restauration. Il lui faut aussi tenir compte des changements de régime, et, au minimum, composer avec des autorités qui ne lui sont pas toujours a priori favorables : le problème se pose à deux reprises sous la Restauration. Ceci implique la mise en avant au sein du Conseil, durant les périodes difficiles, de ceux qui, parmi les dirigeants, semblent les plus aptes à maintenir le contact. Même si la société a toujours eu le souci d'affirmer toujours son caractère de société libre, au sens de la liberté de jugement, elle est contrainte à cette souplesse par le support matériel non négligeable que lui apportent les autorités publiques. Elle bénéficie à partir de sa fondation et jusqu'aux débuts de la République, des souscriptions du ministère chargé de l'économie, d'abord l'Intérieur, plus tard les Travaux publics et l'Agriculture. Ces souscriptions facilitent en outre la diffusion du bulletin, déposé en contrepartie dans les principales bibliothèques publiques, tant à Paris que dans les départements. La société bénéficie également, pendant un temps, dans les années 1860-1870, d'une souscription de la Ville de Paris. Elle reçoit aussi des souscriptions des familles régnantes, jusqu'à la fin du Second Empire.
Ces souscriptions peuvent être ponctuellement renforcées par des donations exceptionnelles, sous la forme de subventions pour des concours ou pour le développement sous sa supervision d'activités nouvelles.
En échange, la société, en raison de la renommée de ses dirigeants, et de la qualité de son travail, bénéficie d'un rôle para-officiel d’expertise sur les questions techniques ; on le voit par la place réservée aux dirigeants de la société par les pouvoirs publics, dans l'organisation des grandes expositions nationales à partir de 1801, puis universelles à partir de 1851, en particulier dans la composition des jurys. On peut également recourir à elle, au même titre que l'Académie des Sciences, pour juger de la validité de procédés nouveaux.
Dans cette relation complexe, une étape marquante est la reconnaissance d’utilité publique de la société par Louis XVIII, en 1824 ; elle est la première association civile à bénéficier de ce statut et fait référence ensuite pour de multiples sociétés savantes ou d'intérêt général. L'enjeu de cette reconnaissance, en fait une approbation des statuts par le pouvoir, n'est pas uniquement de conférer une notoriété supplémentaire à la société ; elle est aussi autorisée à recevoir de nombreux dons et legs, dont certains d'un montant élevé, qui lui permettent de constituer un capital important ; ce capital, en retour, est employé à doter certains prix ou médailles, mais aussi à financer les publications comme à mener une politique immobilière ambitieuse dans la seconde moitié du .
Un encouragement à l’innovation ample, constant et multiforme Récompenser La société d’encouragement, suivant en cela l’exemple de son aînée, la Society of Arts, et de l’ancienne Académie royale des sciences, lance très rapidement des concours, dotés de récompenses en espèces ou encore de médailles ; ces concours pluriannuels, portent sur la fabrication de produits ou de procédés nouveaux, et sont assortis de conditions strictes de réalisation. Elle décide également, à partir de 1816, de récompenser des innovations importantes mais déjà mises en application. Dans la seconde moitié du , sous l’influence du président Jean-Baptiste Dumas, qui parle volontiers d’« Académie des Sciences industrielles », elle décerne surtout des grandes médailles à des savants français ou étrangers ou à des auteurs de travaux décisifs dans le domaine des sciences appliquées.
Pour mener son action, elle dispose de moyens financiers importants, grâce à une gestion rigoureuse et à une politique suivie de capitalisation, en particulier des donations facilitées par son statut d’utilité publique ; on évalue en 1923 à plus de 2 millions de F-or le montant cumulé des récompenses qu’elle a distribuées depuis sa fondation.
Informer et former