Roger Vailland, né à Acy-en-Multien (Oise) le et mort le à Meillonnas (Ain), où il est enterré., est un écrivain, essayiste, grand reporter et scénariste français.

Son œuvre comprend neuf romans, des essais, des pièces de théâtre, des scénarios pour le cinéma, des journaux de voyages, des poèmes, un journal intime et de nombreux articles de journaux rédigés tout au long de sa vie.

Embauché en 1928 comme journaliste à Paris-Midi, il est, cette même année, cofondateur éphémère de la revue expérimentale Le Grand Jeu. Dandy et libertin, il continue son métier de journaliste jusqu'à la guerre et fréquente les milieux littéraires. Replié à Lyon après la défaite de 1940, il s'engage en 1942, après une cure de désintoxication, dans la Résistance aux côtés des gaullistes puis des communistes, et écrit ses premiers romans, comme Drôle de jeu (Prix Interallié, 1945) où s'associent désinvolture et Résistance.

Après la guerre, il s'installe dans l'Ain à Meillonnas et s'inscrit quelques années au Parti communiste. Il écrit alors une série de romans engagés : Les Mauvais Coups en 1948 (l’histoire d’un couple qui se défait), Bon pied bon œil en 1950 (la découverte du militantisme), Beau Masque en 1954 (le thème de la fraternité syndicale et de la lutte contre l’aliénation), 325.000 francs en 1955 (l'impasse de l'ascension individuelle) ou encore La Loi (prix Goncourt 1957), sur les jeux de pouvoir et de vérité dans la région des Pouilles, en Italie. Il travaille également comme scénariste auprès de Roger Vadim ou de René Clément.

Biographie Le père de Roger Vailland ouvre un cabinet de géomètre-expert dans un petit bourg de l'Oise, Acy-en-Multien, où Roger naît en 1907. En 1910, la famille s'installe au 18, rue Flatters à Paris, où naît Geneviève, en 1912Exposition Roger Vailland – les origines, sur lectura.fr..

En 1919, après le retour de guerre du père, la famille devient rémoise, toujours pour raisons professionnelles. Reims est en pleine reconstruction. Le père de Roger lui transmet l’amour de la géométrie, de la nature et de la lecture : Plutarque, Shakespeare, Les Mille et Une Nuits. Avec des camarades de lycée, notamment René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte, il forme le groupe des Phrères simplistes : ils cherchent à travers les drogues et l'alcool le dérèglement de tous les sens (sur le modèle d'Arthur Rimbaud). . L'amitié d'un professeur de philosophie à Reims, René Maublanc, lui permet de publier son premier poème dans Le Pampre, revue littéraire régionale..

En 1925, la famille emménage à Montmorency. Roger entre à Louis-le-Grand, à Paris, en classe d’hypokhâgne. Deux ans plus tard, il loge chez sa grand-mère rue Pétrarque, ce qui est censé faciliter sa préparation d'une licence de Lettres à la Sorbonne. Il est au cœur de la vie parisienne et renonce très vite à ses études. vignette|left|upright=0.9|Son ami Robert Desnos.

Grâce aux conseils et à l’appui de Robert Desnos, il est embauché en 1928, à , par Pierre Lazareff comme journaliste à Paris-Midi (une édition de Paris-Soir) et emménage dans un hôtel de la rue Bréa. Outre Robert Desnos, il côtoie le tout-Paris littéraire : Cocteau, Gide, Prévert, Marcel Duhamel, Michel Leiris, Raymond Queneau, Benjamin Péret, James Joyce, les papes du surréalisme Louis Aragon et André BretonSur l'activité de journaliste de Vailland, voir notamment l'article de Christian Petr, « Le saut de l'ange de Roger Vailland, du Grand Jeu à Paris-Midi », in L'universel reportage, revue Mélusine , L'Âge d'homme, Lausanne, 2005..

Toujours en 1928, il fonde, grâce à l'appui de Léon Pierre-Quint, la revue Le Grand Jeu avec ses « Phrères simplistes » René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte, et le peintre Joseph Sima. La revue se définit comme la . Il s'agit de s'extraire du terne présent, d’accéder à un autre état du « moi » où vie et mort, réel et imaginaire se rejoignent. Roger Vailland se dépense sans compter pour la revue. André Breton , et organise le , au Bar du Château, un procès dont Louis Aragon est le procureur, sous prétexte d'un article de Roger Vailland à l'éloge du préfet Chiappe. Le jeune homme, que ses « Phrères » ne défendent pas, est durablement anéanti et se retire. Lui parti, la revue s'effondre : il n'y aura que trois numéros du Grand Jeu.

(Sur cette époque, voir le témoignage de sa sœur Geneviève : L'enfant couvert de femmes.)

Reporter à Paris-Soir, Roger Vailland parcourt divers pays, voyages dont il fera des récits détaillés. Il publie deux grands romans-feuilletons en 1932-33, Leïla et La Visirova.

En , il habite un appartement au 38, rue de l’Université, qu’il occupe avec Andrée Blavette (surnommée Boule), sa future femme, en alternance avec l’hôtel particulier des Blavette, villa Léandre à Montmartre, lieu qui sera un de ses ports d’attache jusque pendant la guerre. Il se séparera d'Andrée au début de 1947.

vignette|left|upright=0.85|Lyon : cours Gambetta. thumb|upright=0.7|Portrait de Sade.

Fin 1940, la guerre et son métier de journaliste le mènent cours Gambetta à Lyon où Paris-Soir s'est replié. Il vit mal cette époque de latence, brasse beaucoup de projets et en 1942, après une cure de désintoxication, il s'engage dans la Résistance aux côtés des gaullistes puis des communistes. La guerre est le catalyseur qui va libérer Vailland de l’angoisse de l’écriture.

Engagé dans la Résistance dès 1942 et en mission au domicile de Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin, il découvre un exemplaire de Lucien Leuwen, se plonge dans sa lecture… et se lance aussitôt dans l’écriture de Drôle de jeu. Recherché par la Gestapo et désireux de se retirer au calme pour écrire son roman, il s’installe en , sur le conseil d’un ami, au château Mignon, un peu à l’écart de Chavannes-sur-Reyssouze, près de Bourg-en-Bresse. À la fin de la guerre, il reprend son métier de reporter-journaliste et il est correspondant de guerre pour plusieurs journaux. Drôle de jeu paraît à la Libération et reçoit le prix Interallié en 1945. Vailland y a mis le quotidien de la vie d’un réseau de résistants, dont son héros Marat, partagé entre ses convictions politiques et son âme de séducteur, et Caracalla, jeune chef de la Résistance gaulliste dont le pseudonyme est le nom de l'empereur romain Caracalla, et dont le personnage lui a été inspiré par Cordier : « […] pour taquiner le « patron », Caracalla, qui, bien qu'admirateur de l'Armée rouge, est loin d'être un révolutionnaire ; on raconte même qu'avant la guerre, il était inscrit à l'Action française. […] Caracalla c'est un des chefs de la délégation gaulliste […]. Il n'a que vingt-trois ans »Roger Vailland, Drôle de jeu, éd. Libretto, Paris, 2009, pp. 13 et 15.. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Cordier donnera à ses Mémoires le titre d'Alias Caracalla, dans lesquels il écrit : « En 1943, je fis la connaissance de Roger Vailland […]. Après la libération, il m’offrit Drôle de jeu, récit à peine romancé de notre relation. « J’ai choisi pour votre personnage le pseudonyme de Caracalla. […]. » Aujourd’hui […] ce pseudonyme imaginaire a ma préférence sur tous ceux qui me furent attribués dans la Résistance »Alias Caracalla, tome 1, Préambule, Gallimard, 2009..

Vailland rêvait depuis longtemps d’écrire un grand roman sans y parvenir, puis, jusqu’à la fin de sa vie, il va en enchaîner neuf, avec des périodes de production, des périodes de remise en cause… et une méthode efficace : un diagramme accroché au mur indique en abscisse les jours d’écriture et en ordonnée le nombre de pages écrites. Il poursuit ses activités de journaliste mais n'écrit plus que pour des journaux progressistes : avec Pierre Courtade, Claude Roy, Pierre Hervé et Jacques-Francis Rolland, il participe à la belle aventure du journal Action et collabore aussi à Libération ou à La Tribune des nations.

L'année 1947 marque sa première collaboration comme dialoguiste pour le film de Louis Daquin Les Frères Bouquinquant, première étape d'un parcours qui l'amènera à travailler avec Roger Vadim vers la fin de sa vie, . En , ses amis De Meyenbourg, installés à Sceaux, ont pitié de sa situation matérielle et lui offrent l’hospitalité jusqu’en . Cette même année 1950, il se joint à d’autres écrivains comme Marcelle Auclair, Jacques Audiberti, Hervé Bazin, Émile Danoën et André Maurois pour le numéro de La Nef (revue de Lucie Faure) intitulé « L’amour est à réinventer ».

Après un voyage en Extrême-Orient, il emménage au printemps 1951 avec Élisabeth Naldi (rencontrée fin 1949) à La Grange aux Loups (aussi appelée dans ses livres La Grange aux Vents), une austère petite maison des Allymes, hameau à six kilomètres d’Ambérieu-en-Bugey. Hébergés dans la simplicité de la maison de campagne d'André Ulmann et de Suzanne Tenand, loin des intellectuels de gauche parisiens, ils découvrent la vie des ouvriers et des paysans. Élisabeth et Roger vivent dans une certaine austérité les années les plus heureuses de leur vie. En 1952, il est arrêté par la police égyptienne.

En 1954, Roger et Élisabeth se marient et s’installent, à l’automne, dans une belle maison à Meillonnas, un village à cheval sur la Bresse et le Revermont, à douze kilomètres de Bourg-en-Bresse. Élisabeth Vailland sera aussi sa muse, celle qui veillera sur sa mémoire, celle qui le protégera et l'emmènera en Italie dans les Pouilles puis jusque sur l'île de La Réunion dans ses périodes de crise profonde, quand il aura besoin de retrouver plus de sérénité.

Inscrit au Parti communiste en 1952, duquel il se désengage après l'insurrection de Budapest en 1956Il en reste membre, toutefois, jusqu'à la fin de l'année 1958, renonçant à prendre sa carte en 1959 après avoir recueilli l'avis de son ami Henri Bourbon, il écrit la série de romans engagés du cycle de L'Homme nouveau : Les Mauvais Coups (1948) — l’histoire d’un couple qui se défait —, Bon pied bon œil (1950) — la découverte du militantisme —, Beau masque (1954) — le thème de la fraternité syndicale et de la lutte contre l’aliénation (ce thème le relie à son ami Henri Lefebvre qui vient le voir en 1956 et quitte le parti à la même époque que lui) — et 325.000 francs (1955) — allégorie contre le capitalisme, battu par Les Eaux mêlées de Roger Ikor pour le Goncourt. La lutte des classes n’est pas son unique thème de prédilection : il crée des personnages assez cyniques ou libertins.

Cette évolution thématique marque un changement dans son œuvre littéraire : ainsi, dans La Loi (prix Goncourt 1957), il brosse le portrait stendhalien d’un héros dominateur, dans La Fête (1960), celui d’un héros donjuanesque, dans La Truite (1964), celui d’une jeune femme décidée à exploiter les hommes sans rien leur concéder. Vailland consacre également deux essais à des écrivains libertins célèbres : Choderlos de Laclos (1953) et Éloge du cardinal de Bernis (1956).

Roger Vailland, archives personnelles, cité dans Yves Courrière, Roger Vailland ou Un libertin au regard froid, Plon, Paris, 1991, 604-605

Au début des années 1960, Vailland renoue avec le cinéma. Il travaille avec Roger Vadim et lui écrit des scénarios. En , il est à Hollywood en compagnie de René Clément pour préparer leur film Le Jour et l'Heure, puis au printemps 1961, à Jérusalem, pour couvrir le procès Eichmann ; il y retrouve Yves Courrière.

Toute sa vie, Roger Vailland aura rejeté les contraintes et aura cherché, avec une désinvolture élégante, à connaître le bonheur : une pratique hédoniste qui le marginalise.

Grand reporter, romancier communiste qui roulera en Jaguar à la fin de sa vie, drogué, grand résistant, alcoolique, amateur de cyclisme et de montagne, ascète lorsqu’il écrit, ex-surréaliste, libertin, Roger Vailland a commencé tôt à opérer le « dérèglement de tous les sens » cher à son maître Arthur Rimbaud.

Roger Vailland meurt à cinquante-sept ans, le , d’un cancer du poumon. Il repose dans le cimetière de Meillonnas, près de Bourg-en-Bresse.