est une entreprise d'orfèvrerie et des arts de la table française, fondée à Paris en 1830 par Charles Christofle.
L'entreprise est connue pour avoir introduit en France la dorure et l’argenture électrolytiques en 1842. La société a été rachetée en 2015 par l'un de ses actionnaires, le groupe de luxe familial Chalhoub..
Historique thumb|gauche|Charles Christofle, 1805-1863. L’entreprise Christofle est fondée en 1830 par Charles Christofle Christies, artists.. Issu d’une famille d’industriels parisiens spécialisés dans le travail du métal précieux, Charles Christofle est âgé de lorsqu’il entre en apprentissage chez son beau-frère Hugues Calmette, un fabricant de « bijoux de province ». En 1830, il reprend à son compte l’affaire familiale et dépose en 1832Côté Maison, Christofle en 4 dates, Marion Vignal, . son poinçon de maître à la Garantie de Paris, pour fabriquer des bijoux en or.
Douze ans plus tard, en 1842, il achète au Français Henri de Ruolz et aux Anglais Elkington les brevets de dorure et d’argenture par électrolyse ; cette technique donne naissance au métal argenté en France. En 1844, il décide de créer et de fabriquer ses propres modèles.
La Maison Christofle fournit le roi Louis-Philippe, qui, en 1846, commande un service de table pour le château d'Eu. L'entreprise devient célèbre à la suite de la commande d'un service de en 1851, comprenant des surtouts, par l’empereur Napoléon III. La pièce centrale des surtouts en orfèvrerie sera récupérée dans les ruines du palais des Tuileries, elle se trouve aujourd'hui au musée des arts décoratifs. Ses titres d’« Orfèvre du Roi » et de « Fournisseur de l’Empereur » vont permettre à la maison devenue célèbre d’être sollicitée par les souverains étrangers comme l'empereur Maximilien du Mexique., le Tsar de Russie, le Kaiser allemand, l’Empire austro-hongrois, le sultan Abdülaziz de l'Empire ottoman Christofle: A legend revisited, article de Sibel Dorsan sur Diplomat..
À la mort de Charles Christofle, son fils Paul (1838-1907) et son neveu Henri Bouilhet (1830-1910) lui succèdent et poursuivent le développement de l’entreprise. Grâce à la mise au point de nouvelles techniques (galvanoplastie massive, émaux, patines, empreintes naturelles) et à l’ouverture de nouvelles usines (Saint-Denis et Karlsruhe), Christofle s’impose comme un des orfèvres majeurs du siècle. Ses collections couvrent non seulement les arts de la table et la décoration, mais également les objets d’art, la statuaire décorative, les prix de course ou de concours agricoles et le décor monumental pour la dorure, par exemple les décors des toitures de l'Opéra Garnier..
Dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise s’attache à renouveler ses collections en proposant outre des pièces dans le style art nouveau teintées de japonisme., des pièces dans le style art déco. L’exposition des Arts décoratifs et industriels de 1925, à Paris, lui donne l’occasion de présenter ses nouvelles collections dans le pavillon qu’elle partage avec les cristalleries de BaccaratPhotographie du pavillon Christofle et Baccarat à l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, Paris, 1925 sur le site de la National Gallery of Victoria.. Luc Lanel et Christian Fjerdingstad dessinent la plupart des modèles art déco, en argent ou en métal argenté, que propose l’orfèvre. C’est à Lanel que Christofle demande la création des services destinés à équiper les trois plus grands paquebots mis en service par la Compagnie générale transatlantique à cette époque : Atlantique, Île-de-France et Normandie.
Née dans un siècle de renouvellement, l’entreprise accompagne l’essor de la bourgeoisie et l’évolution de son mode de vie. Table et gastronomie se transforment, les surtouts de table et les services à thé créés par Christofle en témoignent ainsi que l’apparition de nouvelles pièces comme l’assiette à œufs, le chariot à vin ou la fourchette à melon. Christofle équipe les hôtels, dont le Ritz. et les compagnies de transports ferroviaire et maritime.
Au siècle suivant les tables des grands paquebots art déco sont toujours dressées en Christofle« Un service d'orfèvrerie pour le paquebot Normandie ». ; d’orfèvrerie sont livrées pour le paquebot Normandie en 1935Des cheminées dans la plaine : cent ans d'industrie à Saint-Denis, autour de Christofle (1830-1930), Créaphis éditions, 1998, 203 p..
Subissant durement la crise économique de 1929, Christofle renoue avec l’expansion après la Seconde Guerre mondiale.
Le rachat de l’orfèvre Cardeilhac en 1951 fait entrer chez Christofle de nouveaux modèles de couverts (Renaissance)Musée d'Orsay. Leonard Antiques.. La création de l’orfèvre à cette époque est notamment marquée par le lancement des collections Formes Nouvelles (1959) et Christofle contemporain (1989). Ces collections proposent des pièces d’avant-garde dessinées par Lino Sabattini, Gio Ponti ou Tapio Wirkkala pour la première, de jeunes designers pour la secondeChristofle et Lino Sabbatini sur Artnet.Christofle et Tapio Wirkkala sur ArtnetChristofle et Gio Ponti sur Artnet..
La fin du et le début du sont marqués par une offre recentrée sur l’art de la table et sur la décoration. Christofle propose des lignes acier (couverts et décoration), cristal et porcelaine.
Depuis 2005, Christofle propose de la bijouterie, avec l'aide de créateurs comme Adeline Cacheux, Ora-ïto, Peggy Huynh Kinh, Andrée Putman, Arik Levy.. Renouant avec son premier métier, il lance la collection de bijoux Idole dessinée par Andrée PutmanChristofle le maître de l'argent, article de Gabrielle De Monmorin sur Le Point, 2010. puis, en 2007, la collection en argent massif Silver Story pour femme de Peggy Huynh Kinh, suivie de la collection Pleine Lune en 2008. Peggy Huynh Kinh poursuivra cette collaboration avec la collection d’orfèvrerie pour la table et la maison Silver Story en 2009Cahier Designers de la Maison Christofle..
La société est rachetée en 2015 par le groupe de luxe Chalhoub, concessionnaire de la marque au Moyen-Orient depuis 1955.
Artistes et créateurs
Dès sa fondation, Christofle associe une équipe de création interne et des dessinateurs extérieurs. : Mathurin Moreau (1821-1912) Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887). Émile-Auguste Reiber (1826-1893). Louis-Alexandre Bottée (1852-1841) René Rozet (1858-1939)Petit Palais, musée de la ville de Paris, inv. OGAL 583. Mucha (1860-1936) . Louis Süe (1875-1968) Paul Follot (1877-1942) Jean Cocteau (1889-1963) Man Ray (1890-1976) Gio Ponti (1891-1979)Marc de Ferrière le Vayer, , Dossiers de l’art, , 1991. Luc Lanel (1893-1965), créations art décoDominique Forest, Lanel, Luc & Marjolaine, Paris, éditions Norma, 2005.Christofle et Luc Lanel sur artnet.com. Christian Fjerdingstad (1891-1968). Andrée Putman (1925-2013), avec une première collection de bijoux en argent Lino Sabattini (1925-2016)Cooper Hewitt, Lino Sabattini, Marcel Wanders (né en 1963). Clara Halter (1942-2017), qui signe un presse-papier avec le mot Paix qui se vend à chaque année Ora-ïto (né en 1977)Centre Pompidou numéro inventaire AM 2017-1-25. Peggy Huynh Kinh
Techniques La fabrication des pièces fait appel à des techniques classiques de fabrication : mise en forme, travail au marteau, tournage repoussage, ciselure et gravure pour la finition ; patines, émaux, cloisonnés et laques pour les couleurs, matriçage des couverts.
Les matériaux employés sont l’or et l’argent en traitement de surface, ou en alliage pour l’orfèvrerie massive et le bijou ; le maillechort comme base des couverts en métal argent ; le laiton pour les pièces de forme argentées ; le bronze pour la statuaire ou les éléments à forts reliefs (pieds, prises, anses…) ; le cuivre est le métal principalement utilisé pour la réalisation de la galvanoplastie massive ; l'étain, sous forme d’alliage, (collection Gallia) et l’acier (lames de couteaux, quelques collections de table et de décoration).
La galvanoplastie
C’est en 1842 que Charles Christofle commence à exploiter pour la France les brevets des Anglais Henry et Georges-Richard Elkington de Birmingham concernant un procédé de dorure et d’argenture électrolytiques. Ce procédé, qu'il associe au brevet du chimiste français le Comte Henri de Ruolz, et en 1851 à celui d'Étienne Lenoir. permet à Christofle de mettre au point la technique du placage des objets. Auparavant, il fallait procéder à l'aide d'un amalgame d'or ou d'argent et de mercure qui était très nocif pour les ouvriers. Le dépôt par électrolyse d'une fine couche de métal appliquée industriellement permet une grande qualité d'exécution. Devant le succès, il fonde en 1845 la société « Charles Christofle & Cie » et commence à fabriquer dès 1846 les pièces à argenter, devenant ainsi indépendant des autres fabricants orfèvresLouis Figuier, Les Merveilles de la science, 1867-1891, tome 2, pages 349-350..
Sites de production En France
Paris En 1839, Christofle emploie dont 75 dans ses locaux parisiens, les autres étant des travailleurs externes. L’achat des brevets d’argenture et de dorure électrolytiques en 1842, le décide à abandonner la bijouterie au profit de la fabrication de l’orfèvrerie à partir de 1844. Détenteur des brevets, il sera le seul pendant à pouvoir fabriquer de l’orfèvrerie argentée (ou dorée) en France. Ce choix va également le pousser à développer ses outils industriels.
L’usine de la rue de Bondy (actuelle rue René-Boulanger à Paris) se consacre à l’orfèvrerie dès 1844, elle fabriquera surtout la grosse orfèvrerie, argentera et dorera toute la production française de l’entreprise et produira la galvanoplastie massive, technique perfectionnée par Henri Bouilhet à partir de 1853Sylvain Bellenger, « Galvanoplastie », Encyclopædia Universalis en ligne, consulté le .. En 1851 y est introduit le tournage-repoussage, première mécanisation de la mise en forme des pièces creuses rondes ou ovales, jusque-là faites en planage ou rétreinte. Le développement de l’entreprise entraîne de nombreux agrandissements. Elle emploie en 1853, année où elle produit d’orfèvrerie, 429 en 1867, 1187 en 1911. Située au cœur du quartier des orfèvres, elle utilise beaucoup d’employés à domicile (907 en 1853, 740 en 1867).
Les locaux parisiens vétustes, trop petits et de moins en moins adaptés à la production seront abandonnés en 1933 ; depuis 1930 toute la production était regroupée sur le site de Saint-Denis. L’abandon du site parisien marque aussi la fin de la production de galvanoplastie ainsi que le recours aux employés à domicile. L’usine est rasée en 1933.
Saint-Denis
En 1875, Christofle ouvre une nouvelle usine à Saint-Denis au nord de Paris.. Le terrain de . est situé entre chemin de fer et canal. La construction de Saint-Denis répond à trois besoins de l’entreprise : faire la métallurgie du nickel, fabriquer lui-même ses couverts, pallier la petitesse de la rue de Bondy.
Saint-Denis est d’abord une usine métallurgique. Sa construction intervient après que Christofle ait signé des accords d’exclusivité avec la Société foncière calédonienne qui exploitait les gisements de nickel calédonien découverts par les frères Garnier. La découverte des gisements ainsi que le raffinage par voie chimique, pratiqué uniquement par Christofle, permet d’abaisser considérablement le coût de ce métal indispensable à la fabrication du couvert argenté. Saint-Denis pendant un peu plus de sera la seule usine à raffiner le nickel selon ce procédé, récompensé par un grand prix à l’exposition universelle de Paris en 1878Structrae, Vignettes, Anciens ateliers Christofle..
Christofle décide d’adjoindre à cette production, la fabrication proprement dite du couvert. En 1884, l'usine de Saint-Denis produit de couverts par jour. Il faut déjà l’agrandir. L’argenture se fait toujours rue de Bondy, elle ne sera réalisée à Saint-Denis qu’à la fermeture de l’usine parisienne.