Les Troupes coloniales et indigènes allemandes constituent la force armée chargée de la protection et de la défense de l'Empire colonial allemand entre les années 1890 et 1918. Elles prirent notamment part à la Première Guerre mondiale au terme de laquelle elles disparurent après la défaite militaire de l'Empire allemand et le partage de ses colonies entre les nations alliées.

Constitution de l'Empire colonial allemand thumb|275px|Apogée de l'empire colonial allemand en 1914 275px|thumb|right|Le drapeau impérial est hissé sur l'île de Mioko dans l'archipel Bismarck : les honneurs sont rendus par un détachement de marins. Après la fondation de l'Empire allemand en 1871, les autorités politique du nouvel état consacrèrent dans un premier temps tous leurs efforts à la consolidation politique, militaire et économique intérieure. Ce ne fut qu'au début des années 1880 - après la construction d'une indispensable Marine impériale allemande en 1878 - que l'Empire allemand entama son expansion coloniale par la création de l'Union coloniale allemande (Deutscher Kolonialverein, 1882-1883), à capitaux privés. Et, sous la férule prudente et pragmatique du chancelier Otto von Bismarck, fort soucieux de ne pas s'attirer l'inimitié britannique et d'éveiller le « revanchardisme » français par des aventures inconsidérées, la création de cet Empire colonial allemand ne se fit pas, comme pour l'Espagne de la Renaissance ou ces deux dernières Puissances, par le biais de campagnes et conquêtes militaires mais par celui d'une habile politique d'instauration de Protectorats impériaux sur des domaines acquis ou constitués par des sociétés d'investissements coloniaux privées. Ce ne fut qu'au début des années 1890 que l'Empire leva ses premières troupes coloniales - les Schutztruppen - bientôt épaulées en Afrique de contingents indigènes - les Askaris.

La sécurité dans les colonies allemandes du Pacifique - Nouvelle-Guinée incluant l'archipel Bismarck, îles du Pacifique nord, Samoa, etc. - était assuré par de petits détachements de police locale à recrutement indigène. La concession coloniale allemande de Jiaozhou en Chine était quant à elle sous administration militaire de la Marine impériale allemande et protégée par des milices privées financées par les compagnies allemandes (cfr infra) et par les troupes du III. Seebataillon qui y tenait garnison, les autres unités d'infanterie de Marine y envoyant ponctuellement des détachements embarqués - certains éléments étant aussi stationnés dans ces possessions du Pacifique (idem).

Schutztruppen

thumb|right|180px|Détail du Reichkolonialflagge Les Schutztruppen (All., litt. : troupes de protection) constituaient les forces armées chargées de la sécurité et de la défense des colonies africaines de l'Empire allemand de la fin des années 1880 jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale qui marqua la disparition de l'Empire colonial allemand. Chaque colonie allemande disposait de sa propre Schutztruppe qui, comparable aux autres forces coloniales, était constituée de volontaires européens - parfois issus des armées métropolitaines des états constituant l'EmpireBeaucoup d'entre eux étaient cependant recrutés localement - et africains des colonies encadrés d'officiers sans brevet ainsi que d'officiers médicaux et vétérinaires.

Ces Schutztruppen ne constituaient cependant pas un corps autonome d'infanterie coloniale allemande à l'instar par exemple des Légions étrangères française et espagnole. Elles ne dépendaient d'ailleurs pas du Ministère de la Guerre, mais des administrations responsables de la gestion du domaine colonial et ne faisaient pas partie de l'armée impériale.

En Afrique orientale allemande, les engagés indigènes devinrent rapidement célèbres sous le nom d’« askaris » - désignation qui s'étendit finalement à toutes les troupes de volontaires africains. Elles servaient également comme forces de police et de maintien de l'ordre dans les colonies - les Polizeiaskaris.

Ainsi les troupes de protection de l'Afrique orientale ont été créées en 1891 à partir de mercenaires enrôlés par Hermann von Wissmann en 1889.

La Schutztruppe de l'Afrique orientale allemande fut établie par un acte du Reichstag daté du et par la suite, un deuxième fut institué le pour les forces coloniales d'Afrique occidentale allemande (Togoland et Kamerun) et du Sud-Ouest africain allemand.

Les formations des Schutztruppen ne firent jamais partie, d'un point de vue organisationnel, de l'armée impériale et de la marine allemande (sauf quelques années au début pour l'Afrique orientale). Aucune troupe coloniale ou indigène allemande ne fut par ailleurs engagée sur les fronts européens ou russe pendant la Grande Guerre, contrairement aux troupes coloniales des autres belligérants. En raison des combats sur place dans les colonies, les troupes coloniales allemandes n'ont pas eu la possibilité matérielle d'aller combattre sur les fronts européens. Leur histoire se termine en 1919 avec la liquidation de l'empire colonial allemand à la fin de la Première Guerre mondiale.

En 1896, le quartier général de la Schutztruppe fut établi à Berlin, dans la Mauerstraße, à proximité de l'Office impérial aux Colonies. Une mutinerie en 1894 montre que la loi et les règles de discipline militaire allemande étaient appliquées dans la SchutztruppeMutinerie des tirailleurs indigènes en 1894.

Le Togoland n'a jamais eu de Schutztruppe, mais une Polizeitruppe (voir ci-après).

Polizeitruppen

Askaris et auxiliaires indigènes

Effectifs et organisation Afrique À la veille de la Première Guerre mondiale, il y avait trois commandements de Schutztruppen en Afrique à savoir un pour chaque région coloniale : Est, Ouest et Sud-Ouest. Afrique orientale allemande 200px|thumb|right|La Schutztruppe en Afrique orientale allemande en 1901

À la déclaration de la Première Guerre mondiale en 1914, les Schutztruppe d'Afrique orientale allemande furent organisés en 14 compagnies terrestres ou « Feldkompagnien » comprenant un total de , avec des quartiers-généraux situés dans la capitale de Dar es Salaam. Incluant divers éléments supplémentaires, tels des transporteurs et simples travailleurs, les Schutztruppe totalisaient approximativement . Le , le lieutenant-colonel Paul Emil von Lettow-Vorbeck assuma le commandement et l'entrainement de cette formation en Afrique orientale allemande. Il mena par la suite ses unités sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, en étant finalement promu au grade de "Generalmajor"Hoyt, Guerilla, . Les Schutztruppe d'Afrique orientale allemande furent les dernières formations à se rendre; plusieurs jours après l'armistice de novembre 1918.

Une compagnie de Schutztruppe d'avant 1914 était constituée de 160 hommes (parfois pouvant atteindre 200 soldats) répartis dans trois sections appelées "Züge" de 50 à 60 unités chacune, incluant deux équipes de mitrailleurs. Chacune des 14 compagnies comprenait également un contingent de 250 porteurs minimum. Ces derniers étaient pour la grande majorité des indigènes recrutés sur place et connus sous le nom de Ruga-RugaMiller, Battle for the Bundu, . Voici la liste détaillée de ces 14 compagnies:

Compagnie, en allemand "Kompagnie": Arusha/Neu MoshiHaupt, , Schutztruppe garrisons Compagnie: Iringa et Unbena Compagnie: Lindi Compagnie: Kilimatinde et Singida Compagnie: Massoko Compagnie: Udjidiji et Kassulo Compagnie: Bukoba, Ussuwi et Kifumbiro

Compagnie: Tabora Compagnie: Usumbura Compagnie: Dar es Salaam Compagnie: Kissenji et Mruhengeri Compagnie: Mahenge Compagnie: Kondoa Irangi Compagnie: Muansa et Ikoma

La , à savoir celle de "Dar es Salaam" intégra par la suite un bureau de recrutement, un service de transmissions et également un intendant militaire.

Des forces supplémentaires vinrent s'ajouter progressivement aux Schutztruppe. Ainsi, 260 allemands et 2472 africains, à savoir 68 officiers, 60 adjudants et sous-officiers ainsi que 132 sous-officiers médicaux, des administrateurs, des techniciens en armement, 2 officiers et 184 sous-officiers africains et enfin Farwell, The Great War in Africa, .

Durant la Grande Guerre, une fut créé à travers l'ajout de 30 unités supplémentaires à ce corps des Schutztruppe, plus quelques éléments de compagnies temporaires, notamment des "Schützenkompagnies" (compagnies de fusiliers) appartenant au . Les "Schützenkompagnies" étaient à l'origine composées de colons blancs, de leurs fils, de propriétaires de plantations et d'employés de compagnies commerciales, c'est-à-dire des volontaires pour la majorité, mais certaines unités devinrent mixtes et assimilèrent blancs et noirs quand la guerre s'éternisa. De nombreux petits détachements furent ainsi formés. Sud-Ouest africain allemand

200px|thumb|right|Schutztruppe du Sud-ouest africain allemand Les Schutztruppe du Sud-Ouest africain allemand étaient structurés en 12 compagnies d'infanterie mobile totalisant , avant tout des allemands. La , stationnée dans la zone désertique au nord de la colonie, était montée sur des chameaux en provenance d'autres colonies. Une seule unité, appelée la Basterkompagnie, composée d'africains, fut mise en place et déployée. Les relations entre l'administration allemande et les autochtones présents dans cette colonie avaient été progressivement détériorées à tel point que peu d'africains locaux furent recrutés. Cependant, les Boers et les Afrikaners se joignirent entre eux pour reprendre leur lutte contre le Royaume-Uni.

Les forces coloniales du Sud-Ouest africain allemand étaient constituées de volontaires de l'armée et de la marine impériale (incluant notamment des autrichiens), mais essentiellement constitués de membres de régiments allemands. Avant leur déploiement en Afrique, ces troupes furent préparées à leurs futures missions de défense ainsi qu'à leur futur environnement militaire. Un de ces lieux d'entrainement était la base située à Karlsruhe. Grâce aux conditions climatiques dans la vallée du Haut-Rhin du grand-duché de Bade, alliant chaleur et humidité, la zone fournissait une acclimatation rapide, semblable au climat que l'on pouvait retrouver dans le Sud-Ouest africain allemand.

La structuration des forces militaires de la région était la suivante :

Le siège du commandement se trouvait à Windhuk (aujourd'hui Windhoek, actuelle capitale de la république de Namibie), et se composait de quartiers généraux, de tribunaux et de cabinets d'avocats, de corps médicaux ainsi que des unités spécialisées dans la topographie (arpentage et réalisation de cartes).

Commandement du district nord: Windhuk

Quartiers généraux locaux : Windhuk Quartiers généraux locaux et intendant militaire : Swakopmund Compagnie : Regenstein, Seeis Compagnie : Okanjande Compagnie : Outjo et Otavi Batterie : Johann-Albrechts-Höhe de transport : Karibib

Bureau d'approvisionnement : Karibib Écuries : Okawayo Artillerie et dépôt ferroviaire : Windhuk Hôpital militaire et centre médical : Windhuk Dépôt des vêtements : Windhuk

Commandement du district sud : Keetmanshoop

Quartiers généraux locaux et intendant militaire : Lüderitz Compagnie : Ukamas Compagnie : Kanus Compagnie : Chamis et Churutabis et Compagnie (cavalerie sur chameaux), hôpital militaire : Gochas et Arahoab Batterie : Narubis Batterie : Gibeon section de transport : Keetmanshoop

Artillerie et dépôt ferroviaire : Keetmanshoop Hôpital militaire et centre médical : Keetmanshoop Dépôt des vêtements : Keetmanshoop Bureau d'approvisionnement : Keetmanshoop Administration des garnisons : Keetmanshoop Écuries : Aus « Haras » des chameaux : Kalkfontein

À la veille de la Première Guerre mondiale, les forces totalisaient 91 officiers, 22 médecins, 9 vétérinaires, 59 administrateurs civils, des techniciens en armement et de ravitaillement (en munitions), 342 sous-officiers ainsi que 1444 autres personnels provenant de divers rangs, soit un total de 1967 unitésHaupt, Deutschlands Schutzgebiete, .