thumb|Monty Roberts en démonstration du « ».|alt=Piste ronde avec un homme et un cheval au milieu, du public nombreux autour. L'équitation éthologique, aussi appelée équitation naturelle ou équitation comportementale, est le dressage équestre inspiré de l'éthologie équine, consistant à interagir avec un cheval tout en prenant en compte les particularités psychologiques de l'animal. Elle connaît une vague d'engouement dans les pays occidentaux grâce au succès du livre et du film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux.

Ses principes proviennent de cavaliers américains nommés les chuchoteurs, pour la plupart anciens champions de rodéo. L'équitation éthologique est influencée par une vision populaire poétique des autochtones d'Amérique, mais elle s'appuie davantage sur l'héritage des vaqueros. Les pionniers sont Bill et Tom Dorrance, puis leur élève Ray Hunt. Les années 1990 et 2000 sont marquées par les succès de Monty Roberts avec sa technique dite du « », et de Pat Parelli avec ses « sept jeux ». Tous deux font l'objet d'une importante couverture médiatique. Beaucoup d'enseignants développent leurs méthodes d'approche. L'équitation éthologique repose sur des principes de non-violence et de prise en compte du statut d'animal-proie du cheval. Le but est de persuader l'animal d'obéir en douceur, plutôt que de le forcer ou d'entrer dans une relation conflictuelle. Pour cela, le pratiquant recourt à de nombreux exercices à pied et à des matériels d'équitation spécifiques tels que le licol éthologique. À terme, les enseignements permettent de monter à cheval et de diriger sa monture sans mors ou avec une simple corde (appelée cordelette) autour de l'encolure.

L'équitation éthologique fait l'objet de nombreuses critiques en ce qui concerne le manque d'académisme de ses méthodes et la revendication de principes déjà connus et appliqués par les maîtres d'équitation classique. Bien que ses enseignants obtiennent des résultats, leurs principes théoriques sont scientifiquement invalides au regard de l'éthologie équine. Certaines démonstrations de chuchoteurs font appel à des mises en scène proches de la prestidigitation et ont des visées commerciales, amplifiées notamment par la mise en place de gradations dans l'enseignement.

Terminologie

Le terme d'« équitation éthologique » s'est récemment imposé pour désigner cette pratique, après de nombreuses critiques. La difficulté était de trouver une juste traduction du terme américain d'origine, « ». Le nom d'« équitation naturelle » est parfois employé. La principale difficulté posée par cette dénomination est qu'elle est fréquemment galvaudée. En effet, l'éthologue est un scientifique, tandis que l'enseignant d'équitation éthologique n'a pas les mêmes compétences ni le même vocabulaire. La plupart des éthologues équins souhaitent pouvoir maintenir une distinction claire entre leur domaine de recherches, et l'enseignement d'une équitation dite « éthologique »..

Le nom de « chuchoteur » a été popularisé pour désigner les enseignants de l'équitation éthologique, sous l'influence du terme américain « » qui signifie littéralement « murmureur aux chevaux ». Cette légende popularisée par le roman et le film L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux n'est pas exacte, puisque l'équitation éthologique se pratique surtout à l'aide du langage du corps, et ne comporte pas de chuchotements à l'oreille. Le terme « » est employé la première fois pour un dresseur irlandais, Daniel Sullivan. Cet illettré se fait enfermer avec des chevaux indomptables. Après quelques heures où on l'entend vaguement murmurer, il ressort avec un cheval calme et confiant. Comme il n'a pas laissé d'écrit, nul n'a jamais rien su de sa méthode, d'où le surnom de « chuchoteur ». En se basant sur cette légende, ce surnom est donné par la suite à tous les dresseurs de chevaux « faiseurs de miracles », en particulier aux États-Unis, bien que la majorité des enseignants d'équitation éthologique jugent ce nom mal adapté.. En France, le périodique Cheval Magazine a dans un premier temps inventé le terme de « nouveaux maîtres » pour désigner les enseignants de l'équitation éthologique. Cette dénomination a été ensuite abandonnée, les années passant. L'expression « équitation comportementale » est, d'après Guillaume Henry, synonyme d'« équitation éthologique »..

Histoire Si l'origine de l'équitation éthologique est ancienne, son histoire ne débute véritablement qu'au dernier quart du , dans l'Ouest des États-Unis. Par le passé, plusieurs dresseurs et écuyers ont employé des méthodes de dressage douces, mais sans parvenir à les faire adopter en masse. Le principe du traitement des chevaux avec douceur est connu des grands écuyers dès l'Antiquité : Xénophon conseille déjà l'utilisation du conditionnement opérant, et connaît l'importance de récompenser plutôt que de punir. La plupart des maîtres d'équitation de tradition française (La Guérinière, Baucher...) conseillent aussi d'observer le comportement du cheval en liberté et d'éviter toute brutalité.

Origine

vignette|John Solomon Rarey est précurseur de l'équitation éthologique|alt=peinture d'un homme tenant la tête d'un cheval noir D'après le docteur en sciences de l'éducation Patrice Franchet d'Espèrey, l'équitation éthologique est , résultat d'une quête de la « centaurisation » permanente chez les cavaliers. Elle est influencée par la vision occidentale populaire des amérindiens comme peuple cavalier réalisant une véritable fusion avec sa monture, et par là avec la nature. Pour Jean-Louis Gouraud et l'éthologue Marthe Kiley-Worthington, l'Américain John Solomon Rarey est le premier à appliquer les principes de l'équitation éthologique. En 1858, sur la base de l'observation du comportement du cheval, cet homme gagne la confiance d'animaux réputés indomptables, obtenant un immense succès populaire et commercial. Jean-Pierre Digard soutient également que Rarey est précurseur des enseignants d'équitation éthologique américains de la fin du , dont il applique déjà certaines méthodes. On retrouve les mêmes principes dans les ouvrages de « chuchoteurs » plus récents.

Les pratiquants d'équitation éthologique du Montana, aux États-Unis, revendiquent l'héritage des vaqueros du Mexique et de la Californie, non celui des Amérindiens, dont les méthodes de dressage restent inconnues. L'éthologie équine suit un courant de sensibilisation envers le traitement réservé aux chevaux, entamé depuis le basculement de l'utilisation du cheval de la sphère militaire vers les activités de loisir, accompagnant aussi la recherche, pour les cavaliers, de contacts avec le cheval plutôt que d'exercices d'équitation. L'éducation entre également en compte : aux États-Unis, les personnes qui travaillent au quotidien avec des animaux n'ont longtemps eu aucun accès aux connaissances permettant d'appréhender la psychologie du cheval. Dans ce contexte, la recherche d'une « équitation alternative » prend tout son sens : les chuchoteurs « Quel vide de l'équitation classique occupent les chuchoteurs ? » dans . La prise en compte de la psychologie du cheval dans le cadre de l'équitation est en effet très récente, malgré de nombreuses preuves de la nécessité de l'intégrer, accumulées tout au long de l'histoire de la relation humain-cheval.

Apparition et diversification des pratiques vignette|gauche|Linda Tellington-Jones, enseignante d'équitation éthologique, montant un cheval sans mors en Syrie.|alt=Cheval sombre au galop sur fond de désert, monté par une femme âgée. Les premiers pratiquants connus de l'équitation éthologique moderne sont issus de l'Ouest américain, une bonne part d'entre eux étant d'anciens compétiteurs et champions de rodéo. Ils proviennent du Nord-Ouest Pacifique et des Montagnes Rocheuses, où la tradition des buckaroo (ou vaqueros) est influente. Selon eux, ils développent des méthodes de dressage douces par réaction envers les pratiques traditionnelles des cow-boys, qui « brisent les chevaux »Version originale : To break horses., afin de proposer une alternative à l'équitation western classique. Les pionniers sont Bill et Tom Dorrance, deux frères qui tirent leurs connaissances des traditions buckaroo transmises dans le Grand Bassin des États-Unis, et mettent en place les premiers stages itinérants du genre pour transmettre leur savoir, les . Leur disciple Ray Hunt est particulièrement influencé par leur enseignement« Tom Dorrance et Ray Hunt, Les premiers chuchoteurs » dans . Ray Hunt a une influence déterminante à son tour sur Buck Brannaman. Beaucoup d'enseignant d'équitation éthologique moderne se réclament de l'héritage des frères Dorrance et de Ray Hunt, certains d'entre eux ayant été directement formés. Viennent ensuite Monty Roberts, John Lyons, Andrea Fappani, Klaus Ferdinand Hempfling et Pat Parelli, le plus célèbre dans les années 2000.

Depuis les années 1980, ce courant équestre s'impose progressivement, et le savoir qu'il véhicule se codifie. Le décollage survient en 1995 aux États-Unis, avec la parution du roman The Horse Whisperer (en français, L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux) et surtout du film de Robert Redford qui en est tiré, popularisant la pratique et les principes de l'équitation éthologique auprès d'un large public. La parution américaine de l'autobiographie de Monty Roberts, en 1997, accroît le phénomène. Les premiers articles de presse sur le sujet sont publiés en France en 1996, Cheval Magazine présente ces dresseurs « hors norme » comme les « nouveaux maîtres » de l'équitation. Les enseignants d'équitation éthologique acquièrent alors une renommée internationale, aussi bien en Amérique du Nord (surtout aux États-Unis) qu'en Europe, en l'espace de quelques années. Les praticiens de haut niveau tels que Monty Roberts et Pat Parelli développent une vision commerciale de leurs méthodes et la propagent à travers des livres, des apparitions à la télévision, des spectacles et d'autres médias. La démonstration fructueuse de Monty Roberts auprès de la reine d'Angleterre Élisabeth II (1996) ancre définitivement cette pratique dans les îles britanniques.

De 1998 à 2000, Pat Parelli et John Lyons donnent de nombreux stages en Europe. Leur sens du marketing et leur suscitent la curiosité. Leurs démonstrations attirent chaque fois un public très nombreux. Il faut attendre 1999 pour que les premiers ouvrages d'équitation éthologique soient traduits en langue française. Cela entraîne une nouvelle curiosité envers les pratiques équestres des peuples amérindiens.

Raisons du succès Plusieurs facteurs expliquent le succès rapide de l'équitation éthologique. Des méthodes marketing à l'américaine, très efficaces, sont déployées et appliquées : en France, Pat Parelli crée au haras de la Cense le premier centre d'équitation éthologique du pays et « révolutionne » la pratique équestre française. Le Robert M. Miller estime (tout comme Jean-Pierre Digard) que la féminisation de l'équitation compte pour beaucoup : si les hommes issus du milieu western ont lancé le mouvement, les femmes se sont chargées de le populariser et de le faire prospérer. Une autre part du succès de cette équitation réside dans le fait que les nouveaux maîtres sont capables de « redresser en douceur » les chevaux difficiles ou souffrant de troubles du comportement. Or, les cavaliers ont toujours été à la recherche de ce type de méthodes s'ils sont confrontés à un cheval récalcitrant. Jean-Pierre Digard conclut que son succès s'explique parce qu'elle est « dans l'air du temps », les cavaliers souhaitant un cheval qui montre son plaisir d'obéir en toute liberté. L'époque est favorable au concept de « naturel » et met l'accent sur le bien-être du cheval, avec un réel désir d'être aussi naturel et attentionné que possible envers sa monture.

Adoption en masse