Charles Joseph Lovy est un enfant de troupe né le à Tulle (Corrèze)Archives de la Corrèze, commune de Tulle, acte de naissance , année 1880 (page 130/293).. Sergent au de tirailleurs algériens, il est mort au combat de Ksar el Azoudj, près de Béchar (Algérie) le .

Biographie Charles Lovy est d'extraction modeste. Cinquième enfant d'une famille qui en comptera sixSe reporter à la généalogie publiée dans Lemouzi, ( trim. 2012), ., il voit le jour chez ses parents, au Pont-NeufDénommée officiellement rue du Pont-Neuf par délibération du conseil municipal en date du , elle sera débaptisée en rue des Martyrs le pour rendre hommage aux victimes du précédent (voir Massacre de Tulle)., dans le quartier de Souilhac. Le patronyme Lovy est d'origine franc-comtoise : fils d'un ouvrier de fabrique, son père Georges Frédéric est né le à Issans (Doubs). Armurier de profession, il est déjà domicilié au Pont-Neuf de Tulle lorsqu'il a épousé, le , Antoinette Jaucent, une Tulliste qui exerçait alors le métier de couturière dans la même rue. et qui se trouve être sans profession à la naissance de leur fils Charles. En 1893, le jeune Lovy, qui a alors , entre comme enfant de troupe à l’école militaire préparatoire de MontreuilL'école de Montreuil-sur-Mer qui a ouvert ses portes le sera fermée le au profit de l'E.M.P.T. de Tulle . (Pas-de-Calais) pour cinq années d'études qui se terminent par l'inscription de son nom au tableau d'honneur. Le , alors qu'il est encore légalement mineur puisqu'il est âgé de L'âge de la majorité qui était de sous l'Ancien Régime, a été réduite à en 1792. Elle sera abaissée à le ., il se porte engagé volontaire pour cinq années au d’infanterie caserné à Riom (Puy-de-Dôme) où il obtient ses galons de sous-officier : il est nommé caporal le puis sergent, le de la même année. C’est en cette qualité qu’il passe, par permutation, au de tirailleurs algériens stationné à Oran, où il est nommé sergent le .

Il est chargé de la surveillance de la frontière algéro-marocaine dans les régions d'Oran, Tlemcen, Naâma et de Zousfana (Figuig), et la lutte contre les bandes d'insoumis venant du Maroc qui effectuent des razzias sur le territoire algérien, les caravanes et les voyageurs.

Le , il est promu sergent fourrier. En 1903, son bataillon est muté pour l’Extrême Sud du Sahara oranais. Cette région était, et est toujours, une zone frontalière stratégique et très sensible entre le Maroc et l’Algérie.

Le combat de Ksar el Azoudj

Au début du , les relations entre le Maroc et l'administration française en Algérie sont incertaines tant à cause des frontières un peu mouvantes que des razzias effectuées par des bandes d'insoumis, sur le territoire algérien, les caravanes et les voyageurs.

La France qui veut pacifier ces régions et étendre son autorité vers le Maroc, revendique, à partir de 1901, un droit de police sur ces frontières. Afin de pacifier une zone située à l’extrême sud du département d'Oran, le long de la frontière de l'Est marocain, le de tirailleurs algériens, les légionnaires, les turcos et les spahis y sont envoyés en opération. Cette zone qui doit accueillir le chemin de fer devant relier DuveyrierDuveyrier s'appelle aujourd'hui Zoubia. à Beni Ounif, à proximité du col de FiguigCarte satellite. est stratégique, cette ligne de chemin de fer devant relier l'Algérie au Soudan français. Le tracé de ce chemin de fer passe dans la vallée de Zoufsana, où des puits, des postes militaires et des caravansérails sont établis près des points d'eau. Malgré la présence militaire les brigands marocains et les tribus algériennes insoumises s'embusquent et attaquent les travailleurs et les postes isolés.

Au début de l'année 1903, le bataillon est envoyé en train à Béni-Ounif, dernière station du chemin de fer de la Zousfana.

Charles Lovy reçoit l’ordre d’occuper le fort avancé de Ksar el Azoudj, situé à deux jours de chameau, avec dix hommes.

Le , en tant que commandant de sa compagnie, il prend possession du fort situé à l’entrée de l’infini désertique, après deux jours de marche. Le fort de Ksar el Azoudj est construit sur une arête d'un plateau légèrement incliné vers l'est et dont le point d'accès est défendu par un retranchement. Au bas de la falaise un épais bouquet de verdure cache une petite source. Il s'agit d'un fortin robuste entouré de murailles, qui sert de refuge aux cavaliers du Maghzen chargés du transport du courrier dans l’Extrême Sud.

Chaque jour, la section fouille et effectue des reconnaissances dans cette région située au nord du djebel Béchar ou l'eau de la Zousfana qui vient de Figuig est bue par le sable, ou pas un arbuste, pas une herbe ne pousse. Rien que du sable et des rochers brûlés, avec des mamelons rocheux déchiquetés, fendus d’énormes crevasses et percés de trous profonds, dont le djebel Moumen, un mamelon de de haut, idéal pour les bandits et les embuscades.

Le , une sentinelle aperçoit dans la plaine un détachement se dirigeant vers le fort.

C’étaient trois détachements de légionnaires et de bat' d'Af' qui remontait de Taghit par Fendi (région de Béchar) après avoir visité des postes plus au sud et construit des caravansérails.

Le lendemain, trois spahis partent baliser la piste de Djenan à Taghit.

L’un d’eux revient au galop expliquant qu’en s’approchant de Fendi ils ont été attaqués par des Berbères, qui ont massacré l’escorte et se sont emparés du convoi de chameaux.

Immédiatement le capitaine Normand, commandant des légionnaires, prend un groupe de , part à la poursuite des berbères, le sergent Lovy commandant l'avant-garde.

Le capitaine Normand, Lovy, deux spahis et cinq éclaireurs engagent le combat contre les Bérabers embusqués dans les crêtes montagneuses. L'avant-garde est rejoint par le reste de la colonne sous les ordres du lieutenant Dézé. À 150 contre 30, les Bérabers reculent devant les Français. Cinq chameaux sont récupérés et les Marocains culbutés ne s'accrochent plus que sur une arête de rocher.

Hélas épuisés par vingt-cinq kilomètres de course, six heures de combat, brûlés par le soleil, mourant de soif et les munitions s’épuisant les dix-huit hommes valides restant, le signal de la retraite est alors donné.

On recule en combattant, l’ennemi toujours en surnombre est stimulé par la retraite amorcée par les militaires français. Il ne reste plus que quatre hommes à l’arrière-garde, pour couvrir la fuite de leurs camarades vers Ksar el Azoudj, qui emmènent leurs blessés. L'arrière-garde est composée du sergent Lovy et de trois tirailleurs algériens contre une centaine de Berbères marocains. Les quatre hommes, ayant utilisé leur dernière cartouche, combattent au corps à corps. Les trois tirailleurs algériens succombent et Lovy blessé, meurt frappé d’un coup de poignard entre les yeux.

Le capitaine Normand et ses hommes étaient sauvés grâce au sacrifice de ces quatre soldats.

Les obsèques vignette| Obsèques du sergent Lovy à l'église Saint Jean-Baptiste de Tulle, le . La photographie, non signée, est parue dans le numéro de Pèlerin daté du dimanche . Inhumée dans un premier temps avec ses hommes dans l’oasis de Fendi, la dépouille du sergent Lovy sera transférée au cimetière du Puy-Saint-Clair de Tulle. Le gouvernement a, en effet, sur intervention de la Société des anciens enfants de troupe (voir plus bas), ordonné le rapatriement des restes du valeureux militaire vers sa terre natale.

Les obsèques officielles du valeureux sergent Lovy qui se déroulent le font l'objet d’une importante manifestation patriotique à laquelle assiste le ministre Maurice BerteauxJournal l'Abeille de la Nouvelle Orléans du , article « M Berteaux à Tulle ».. La cérémonie religieuse a lieu à l'église Saint-Jean-Baptiste de Tulle. Des cartes postales seront éditées pour l'occasion et mises en vente au Grand Bazar de TulleSon nom exact était le « Grand Bazar de la Ville de Paris » (succursale de la Maison universelle) qui avait ouvert ses portes à Tulle le .. L'une d'entre elles présente l'effigie du valeureux Lovy en médaillon. Les photographies nous montrent la ferveur patriotique de l’assistance qui se pressent sur le parvis de l'église, trop petite et bientôt impénétrable. Très vite, le tirailleurs algériens ouvre une souscription en vue d’élever dans la ville natale du défunt un monument à la mémoire du brave sous-officier (voir plus bas).

Le , l'ancien avocat René Fage (1848-1929), érudit localhttp://www.cths.fr/an/prosopo.php?id=101357#., rendra compte à la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze de l'excursion qu’il a fait, à la fin du mois d’avril précédent, au pays où le sergent fourrier Charles Lovy avait trouvé la mort :

Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, 1905, .

Une chanson sur l'air du Clairon de Paul Déroulède, lui sera même dédiée. Elle commence par ce quintil : , etc..

Le monument commémoratif

vignette|Le Monument Lovy dans son intégrité, au bout de la promenade du quai Baluze à Tulle. Phototypie Bessot & Guionie, Brive. La carte postale, écrite au dos, est datée du mais le cliché est bien plus ancien. Le monument érigé à la mémoire de Charles Lovy s'inscrit dans la tradition patriotique de la Troisième République. Il s'agit de glorifier un soldat, enfant du peuple, ayant offert sa vie en sacrifice pour la Patrie, jusqu'à en faire une sorte de saint laïc. Cette œuvre célèbre la bravoure, la hardiesse au combat. Elle hisse au rang des vertus civiques le don de soi allant jusqu'à accepter une mort sacrificielle. Avant Lovy, trois sergents décédés héroïquement ont eu l'insigne honneur d'être représentés en pied sur un piédestal : Pierre Triaire (1771-1799), sergent de canonniers, mort au Fort d'El Arish pendant la campagne d’Égypte, dont la statue., inaugurée en 1891, se dresse au Vigan (Gard), sur la place de l'Hôtel-de-Ville ; Jean Pierre Hippolyte Blandan (1819-1842), du régiment d'infanterie de ligne, mort à Boufarik (Algérie) le . Une statue (Gauthier, sculpteur; Thiébaut, fondeur) est érigée à sa mémoire dans cette commune du département d'Alger en 1887. Elle se trouve à Nancy depuis son rapatriement après l’indépendance de l’Algérie en 1962.. Une autre statue du sergent Blandan existait à Lyon, sa ville natale, place Sathonay. Inaugurée en 1900, elle fut fondue sous le régime de Vichy en 1941. ; Jules Bobillot (1860-1885), du du génie, mort à l'hôpital d'Hanoï le après avoir été blessé grièvement lors du siège de Tuyên Quang (Tonkin). Une statue le représentant fut inaugurée en 1888 à Paris , sur le boulevard Voltaire. ; elle fut fondue sous le régime de Vichy en 1941Dominique Perchet, Monument au sergent Bobillot, Paris, arr. ..

Historique de sa création Le , le ministre de la Guerre autorise l’armée à participer à une souscription nationale que lance la Société protectrice et de Secours mutuels des anciens Enfants de Troupe des Armées de Terre et de MerPrésident : général de brigade Fournès ; : commandant Ferrand ; vice-président : lieutenant-colonel Jules Aronssohn. C’est ce dernier qui sera présent à l’inauguration du monument Lovy. dont le siège social se trouve à Paris , numéro 34, rue Philippe-de-Girard, en vue d'ériger un monument dans la ville natale du sergent fourrier Charles Lovy. Le , lecture est faite en conseil municipal d’une lettre datée du précédent émanant de ladite Société lui demandant de fournir un emplacement sur l’une des places ou promenades publiques pour ériger de Tulle. La Société réclame, en outre, la concession gratuite d’un terrain au cimetière pour y édifier un monument funéraire qui abritera les restes du glorieux Tulliste. vignette|La statue du sergent Lovy désormais sans son piédestal donnant sur un square, à proximité de la gare de Tulle.