Jean-Pierre DefranceSon patronyme s’orthographiait également « De France » mais l’architecte et sculpteur écrivait lui-même : « Defrance ». est un sculpteur et architecte français né à Rouen le , et mort dans la même ville, le .

Defrance est principalement connu pour ses nombreuses interventions dans les anciennes églises de Rouen et pour sa contribution au décor de l’un de ses monuments emblématiques : la fontaine du Gros-Horloge. thumb|300px|La fontaine du Gros-Horloge de Rouen par Defrance - 1731

Biographie Fils de Jean Defrance, tourneur sur bois et de Catherine Beaufour, Jean-Pierre Defrance naît près de la porte Guillaume-Lion, sur la paroisse Saint-Maclou« 10 décembre 1694, Jean-Pierre, né du huitième, fils de Jean De France et de Catherine Beaufour, a été baptizé en notre église par M. Lambert, prêtre et sacristain, et nommé par Me Pierre Le Prevost, prêtre de notre paroisse, et par Marie Hamette, tous deux de cette paroisse. Signé : Le Prevost, Defrance. » où ses parents s’étaient unis le .

C’est probablement dans l’atelier de son père, que Defrance s’initie à la sculpture car il est qualifié de « maître peintre-sculpteur-doreur » lors de son mariage, le , avec Catherine Le MirreDans les actes de baptême de ses quatre premiers enfants il ne porte que le qualificatif de sculpteur :

Les actes de baptêmes de ses enfants nous permettent ensuite de suivre les déplacements du foyer : rue du Porche-fourré puis rue du Plâtre, sur la paroisse Saint-Maclou ; rue des Faulx, non loin de là, sur la paroisse Sainte-Croix-Saint-Ouen ; puis sur la paroisse Saint-GodardActe de mariage d’un de ses cousins : « Par Saint-Sauveur, 8 novembre 1756, mariage de Pierre Defrance, de la par. S. Vivien, tourneur, fils de Pierre De France et de Marie-Catherine Violet, avec Jeanne-Marguerite Le Seux, en présence de Jean-Pierre Defrance, architecte, de la par. S. Godard, et d’Adrien Violet, charpentier, de la par. S. Maclou, l’un cousin et l’autre oncle de l’époux. ». Le couple revient ensuite sur la paroisse Sainte-Croix-Sainte-Ouen, mais rue Bourg-l’Abbé cette-fois, dans l’enclos de l’abbaye Saint-Ouen toute proche.

De son mariage naissent plusieurs enfants dont Charles de Beaurepaire a retrouvé la trace :

Louis-Jean, baptisé à Saint-Maclou le . Marie-Marthe-Madeleine née le , baptisée à Saint-Maclou le suivant. Geneviève-Dorothée, baptisée à Saint-Maclou le . Marguerite-Clotilde, baptisée à Saint-Maclou en 1726. Marie-Louise, baptisée à Saint-Maclou en 1727. Suzanne-Françoise-Aimée, baptisée le et décédée le . Marie-Catherine, baptisée le à Sainte-Croix-Saint-Ouen. Marie-Sophie, baptisée le à Sainte-Croix-Saint-Ouen.

À partir de 1748, et durant quelques années, on retrouve le sculpteur en résidence à Paris où a lieu son second mariage, avec Marie-Jacob-Thérèse d’Orgherviel, alors veuve en secondes noces de Pierre-Martin Carbon.

Jean-Pierre Defrance meurt le « Du mardy jour de mars 1768, a été inhumé par M. le curé dans la nef de cette église, du côté de l'épître, sous les bancs numérotés 16, 17, 18, Messire Jean-Pierre de France, architecte expert juré, demeurant rue Bourg-l’Abbé, de cette paroisse, décédé du jour d’hier, sur les 5 h. du matin, âgé de 74 ans ; et pour témoins furent Maître Victorin-Jacques De France [un frère du défunt], de la communauté de S. Patrice et M. Pierre Sanson, ancien trésorier de cette paroisse, y demeurant rue des Faulx, lesquels ont signé : Defrance, prêtre, Pierre Sanson, N. Legros (curé de la paroisse). », à l’âge de 74 ans, et est inhumé dans l’église Sainte-Croix-Saint-Ouen.

Sa veuve le rejoint deux ans plus tard« 20 septembre 1770. Inhumation, dans le cimetière (de Sainte-Croix-Sainte-Ouen), de Marie-Jacob-Thérèse d’Orgherviel, veuve en premières noces de M. Pierre Gravet, et, en secondes, de M. Pierre-Martin Carbon, et, en troisièmes, de M. Jean-Pierre De France, architecte, demeurant dans l’enclave de S. Ouen, rue Bourg-l’Abbé, de cette paroisse, âgée d’environ 62 ans, décédée du jour d’hier, à 1 heure après minuit. Présent : M. Pierre-Joseph-Augustin Gravet, son fils du premier lit, architecte, demeurant par. S. Ouen ; M. Louis-Augustin Ribard, greffier des architectes experts pour les bâtiments, demeurant rue des Bons-Enfants, par. Sainte-Croix-des-Pelletiers. ».

Defrance, l'architecte Nommé officiellement « expert-juré des bâtiments, prieur et arpenteur pour la ville et le bailliage de Rouen », le , Jean-Pierre Defrance travaille dans cet office, aux côtés de Pierre Le Brument, dont le fils Jean-Baptiste devait, par un coup du sort, le supplanter en tant qu'architecte de l’abbaye de Saint-Ouen et bâtisseur de l’église de la Madeleine, l’un des rares édifices religieux rouennais, de style classique. L'architecte dispose alors d'une maison, rue Bourg-l'Abbé (où il mourra), et fournie par les religieux pour en jouir, « ainsi que la dame son épouse, pendant leur vie ». Au décès de la veuve de Defrance, les abbés disposeront de la maison en faveur de Jean-Baptiste Le Brument, qui travaillait déjà auprès de Defrance contre 300 livres par an, et qui fut considéré comme le véritable architecte de l'édifice. Ce choix indisposera Gravet, autre architecte, fils de la veuve de Defrance d’un premier mariage, et donnera lieu à un factum qu’il fera paraître contre eux.

Il semble que Defrance travaille rapidement avec son fils Louis, qui est qualifié d’architecte et domicilié avec son père, rue des Faulx, le Louis Defrance est alors témoin au mariage de sa sœur Marie-Catherine Defrance avec Jean-Baptiste Martin, fils de feu Barthélémy Martin, employé dans les fermes du Roi, et de feu François Tronel..

En sa qualité d’expert-juré des bâtiments, l'artiste se voit confier le dressage de divers procès-verbaux et devis de réparations. Ainsi, œuvrant près de Dieppe dès 1731, il fait restaurer l’église de Cressy-en-Normandie (non loin de Bellencombre)devis du ), celle de Crasville-la-Rocquefort en 1742Archives départementales de la Seine-Maritime, G 4953. avant d’opérer directement dans les églises de Rouen.

En 1766, Defrance établit un devis pour la construction de l’église d’Yvetot Archives départementales de la Seine-Maritime, C 972 ; édifice détruit lors des bombardements de 1944.

À la demande de Joseph François de Malide, évêque d’Avranches, Defrance est dépêché en l’église de Bruquedalle à La Chapelle-Saint-Ouen, le de la même année 1766. Le bourg dépendait en effet du prieuré de Sigy que le prélat détenait depuis le décès, en 1760, de l'évêque de Lectoure, Claude-François de Narbonne-Pelet.

Mais Defrance officie également dans sa ville natale, démolissant ici pour rebâtir plus solide là. Ainsi, en 1728, le retrouve-t-on à Saint-André-hors-la-Ville, connue à cette époque sous le nom de « Saint-André-de-la-porte-Cauchoise » où, le Archives départementales de la Seine-Maritime, G 6294., on lui demande un rapport sur divers travaux.

L'année précédente, il décide du pavage puis, en 1727 du retombage de l’église Saint-VivienArchives départementales de la Seine-Maritime, G 7802.. Il fait également remplacer la croix du cimetière dès 1733Archives départementales de la Seine-Maritime, G 7803.. Sept ans plus tard, en 1734, il conseille aux autorités de faire abattre les arcs-boutants des sous-ailes de l’église Saint-Nicolas, initialement destinés à acculer les grandes voûtes du chœur et de la nef qui n’avait point été finalement élevée, « pour quoi lesdits arcs s’étaient lâchés »Archives départementales de Seine-Maritime, G 7358.

En 1737, à la demande des trésoriers de l'église Saint-Martin-du-Pont, Defrance rédige un devis visant à la démolition du clocher de l'édifice ; travail finalement adjugé à Pierre Le Brument le Archives départementales de Seine-Maritime, G 7136. L'année suivante, il fait confectionner une cloison sur l'une des tribunes qui servait de chambre au Trésor de l'église Saint-Maclou Archives départementales de Seine-Maritime, G 7000. Trois ans plus tard, en 1740, il est employé à un marché en l'église Saint-Candé-le-Jeune Archives départementales de la Seine-Maritime, G 6332., puis restaure les voûtes, en 1742 à Saint-Candé-le-Vieux, travaux exécutés sous sa direction par Pierre Le BrumentArchives départementales de Seine-Maritime, G 6353 & 6368.

En 1755, l'église Saint-Godard voit les combles de ses chapelles latérales abaissées de manière « à ce qu’ils s’accordassent avec ceux du chœur et de la nef », ce qui nécessite la démolition d’une partie de la maçonnerie des pignonsArchives départementales de Seine-Maritime, G 6640 & 6641. Tandis qu'il refait le pavage de l'église Saint-HerblandArchives départementales de la Seine-Maritime, G 6704., Defrance entreprend, en 1747, de redonner à l'église Saint-Jean, une nouvelle sacristieDessin conservé aux Archives départementales de Seine-Maritime, G 6757. Après avoir consacré, en l’espace de dix ans, près de livres d’embellissement pour leur église, les trésoriers de Saint-Jean, malgré l’embarras de leur finances, décident l’élévation d’une nouvelle sacristie et de restaurer complètement la chapelle des fonts baptismaux, dont la décoration n’était plus en rapport avec celle de l’église.

L'année 1752 voit une visite faite par Defrance du clocher de l'église Notre-Dame-de-la-Ronde, et dont la démolition parait nécessaire, en compagnie d’autres architectes-expertsArchives départementales de Seine-Maritime, G 7398. Il est ainsi décidé que, sous sa conduite, on s’occuperait sans retard du pavage du chœur et qu’on ouvrirait une porte dans le mur au bas de la chapelle Saint-JeanArchives départementales de Seine-Maritime, G 7396.

On le retrouve également en 1766, effectuant diverses réparations sur l’hôtel de la Comédie, sis rue des Charrettes.

Defrance, le sculpteur Bien que Defrance soit principalement connu pour ses décors baroques des édifices religieux de Rouen, il contribua pourtant à se faire connaître par l'embellissement de certains monuments civils.

Mais c'est principalement en 1731 qu'il réalise son plus grand coup d'éclat en voyant agréer par la ville de Rouen son projet pour la construction de la fontaine du Gros-Horloge, le .

La fontaine du Gros-Horloge thumb|300px|Détail des sculptures de la fontaine du Gros-Horloge de Rouen par Defrance - L'Alphée. confie Pierre ChirolPierre Chirol, Rouen, 1935, p.…

Le , alors que le duc de Montmorency-Luxembourg vient à Rouen recevoir son poste de gouverneur de la Province de Normandie, le Conseil de la Ville le reçoit avec tous les honneursEustache de La Quérière, Notice historique et descriptive sur l'ancien Hôtel-de-Ville, le beffroi et la Grosse-horloge de Rouen, Rouen, H. Boissel, 1864, ., et lui offrent les « présents d'usage » ; soit « dans une bourse tissue d’or » et 24 bouteilles de vin des Canaries. Matérialisant la générosité que l'histoire lui prêta, le duc rendit la somme en arguant de son désir qu'elle fût consacrée aux besoins de la Ville. C'est ainsi qu'en 1731, on décida, par le biais d'une fontaine, de rendre hommage au généreux donateur et à sa famille. En effet, la tradition rapporte qu'un des premiers Montmorency, nommé Lanicet ou Lisoie, assistant au baptême de Clovis dont il était le favori, se jeta dans le bassin des Fonts aussitôt que le roi en fût sorti, et fut baptisé immédiatement après lui ; d’où le titre de « Premier baron Chrétien » donné au chef de cette famille.