vignette|Littérature anticommuniste américaine typique des années 1950, traitant spécifiquement de l'industrie du divertissement. La liste noire de Hollywood () est une liste d’artistes à qui les studios hollywoodiens refusaient tout emploi, parce qu’ils les soupçonnaient de sympathie avec le Parti communiste américain. Elle est créée le à la suite d'une annonce de la (MPAA), au tout début de la guerre froide et en pleine Peur rouge. Son impact sur le monde cinématographique est essentiellement ressenti à Hollywood mais également à d'autres endroits, aux États-Unis comme à l'étranger.
Tout au long de son existence, et y compris lorsqu'elle est la plus médiatisée entre la fin des années 1940 et la fin des années 1950, la liste noire est rarement rendue publique dans son intégralité, et les sources prouvant que les artistes aient eu un lien direct ou indirect avec le parti ne sont souvent pas mentionnées ni vérifiables. Elle est donc la conséquence de multiples décisions individuelles et unilatérales prises par les directeurs de studios et pas le résultat d'une législation nationale ou locale. Au-delà de l'impact sur l'industrie, elle a également causé de nombreux dommages aux carrières ou à la rémunération de plusieurs artistes performant à la télévision, à la radio ou au cinéma tels que Charlie Chaplin, mis sur la liste au début des années 1950 et contraint à quitter les États-Unis en 1952.
Bien que la liste noire n'ait pas de date officielle de disparition, il est largement considéré qu'elle a été supprimée vers 1960, lorsque Dalton Trumbo – un ancien membre du parti de 1943 à 1948, et également membre des – est publiquement embauché par le réalisateur Otto Preminger afin d'écrire le scénario dExodus (1960). Plusieurs mois plus tard, l'acteur Kirk Douglas déclare que Trumbo avait également écrit le scénario de Spartacus (1960). Malgré le retour de Trumbo en 1960, la liste continue à avoir des effets pendant tout le reste des années 1960. Au cours des années 1950, la plupart furent obligés, pour survivre, de travailler clandestinement, souvent sous couvert d'un prête-nom comme Michael Wilson ou le couple Ben et Norma Barzman. Ceux qui ont accepté de quitter le parti et de donner les noms de leurs amis communistes ont également pu travailler à nouveau, comme Elia Kazan et Edward Dmytryk. Le plus souvent, les interrogatoires ont lieu entre les accusés et un groupe de membres du Congrès américain ou d'agents du FBI.
Histoire
Contexte La liste noire d'Hollywood trouve son origine dans une succession d'événements entre les années 1930 et le début des années 1940, dont la Grande Dépression, la guerre civile espagnole et les accords américano-soviétiques de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les difficultés économiques couplées à la montée du fascisme dans le monde provoquent une augmentation du nombre d'adhérents au Parti communiste des États-Unis d'Amérique (CPUSA). Leur nombre est inférieur à 20 000 jusqu'en 1933, puis augmente de manière constante jusqu'à atteindre 66 000 membres en 1939. Bien que le CPUSA ait connu une perte relative de popularité après les procès de Moscou de 1936-1938 et le pacte germano-soviétique de 1939, le nombre d'adhérents reste toujours bien supérieur à son niveau d'avant 1933.
Dans ce contexte, le gouvernement américain commence à s'intéresser aux possibles liens entre le Parti communiste et Hollywood. Sous la direction du membre de la Chambre des représentants Martin Dies Jr., la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentantsEn anglais : . (HUAC) créée spécifiquement pour l'occasion publie en 1938 un rapport affirmant l'omniprésence du communisme dans l'industrie cinématographique. Deux ans plus tard, Dies obtient le témoignage d'un ancien membre du Parti communiste, John L. Leech, qui désigne quarante-deux professionnels de l'industrie comme étant communistes. Après que Leech ait répété ces dénonciations en toute confidentialité devant un grand jury de Los Angeles, de nombreux noms sont divulgués à la presse, notamment ceux de Humphrey Bogart, James Cagney, Katharine Hepburn, Melvyn Douglas et Fredric March. Dies déclare alors qu'il tous ceux qui coopéraient en le rencontrant lors d'une . Dans les deux semaines qui suivent, toutes les personnes figurant sur la liste – à l'exception de l'actrice Jean Muir – ont rencontré le président de la HUAC. Dies tous les accusés à l'exception de l'acteur Lionel Stander qui est en conséquence renvoyé par le studio de cinéma Republic Pictures où il travaillait sous contrat.
Deux grèves majeures menées dans l'industrie cinématographique dans les années 1930 exacerbent les tensions entre les producteurs d'Hollywood et les employés syndiqués, en particulier ceux de la créée en 1933. En 1941, le producteur Walt Disney fait paraître une annonce dans le magazine Variety dans laquelle il déclare sa conviction que est à l'origine de la grève des dessinateurs et des animateurs. D'après les historiens Larry Ceplair et Steven Englund, . Motivé par l'appel lancé par Disney, le sénateur californien Jack Tenney, président de la En anglais : . (CUAC), lance une enquête sur les . L'enquête est un échec et est moquée par le Variety.
L'entente entre les États-Unis et l'Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale apporte au PCUSA une crédibilité nouvelle. Au cours du conflit, le nombre d'adhérents atteint les 50 000. Cependant, dès la fin des hostilités, sa perception change de nouveau : le communisme devient de plus en plus une source de craintes et de haine pour les Américains. En 1945, , fondateur du parti néofasciste , commence à prononcer des discours attaquant les . Le représentant du Mississippi , membre du HUAC, tient une conférence de presse pour déclarer que . Rankin promet ensuite : .
Les rapports sur la répression soviétique en Europe de l'Est et en Europe centrale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale alimentent la . La croissance de l'influence politique conservatrice et le triomphe des Républicains aux élections de mi-mandat de 1946, qui obtiennent le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, conduisent à une renaissance majeure de l'activité anticommuniste institutionnelle, menée publiquement par la HUAC et avec le soutien des enquêteurs du FBI et de son premier directeur J. Edgar Hoover. L'année suivante, la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals (MPA), un groupe cofondé par James Kevin McGuinness, publie une brochure écrite par Ayn Rand et intitulée . Il conseille aux producteurs d'éviter les dans leurs films. Les manières de réaliser ce conseil sont précisées par plusieurs instructions volontairement floues et vagues telles que , , , , et .
Premières accusations publiques (1946-1947) Le 29 juillet 1946, , éditeur et fondateur du Hollywood Reporter, intitule sa chronique En anglais : .. Dans cette chronique, Wilkerson cite comme sympathisants communistes Dalton Trumbo, Maurice Rapf, Lester Cole, Howard Koch, Harold Buchman, John Wexley, Ring Lardner Jr., , Henry Meyers, Theodore Strauss et John Howard Lawson. Au cours des deux mois suivants, Wilkerson publie d'autres chroniques contenant les noms d'autres communistes présumés et de travaillant à Hollywood. Sa chronique quotidienne est par la suite surnommée la En anglais : . ou simplement la En anglais : .. À la mort de Wilkerson en 1962, l'article qui lui est dédié dans le Hollywood Reporter indique qu'il avait En anglais : .. Dans un article publié en 2012, le fils de Wilkerson présente ses excuses publiques pour le rôle du journal dans l'établissement de la liste noire d'Hollywood et ajoute que son père souhaitait alors venger sa propre ambition contrariée de posséder un studio de cinéma.
À la fin du mois de septembre 1947, en s'appuyant sur les listes fournies par le Hollywood Reporter, la HUAC convoque 42 personnes travaillant dans l'industrie cinématographique afin qu'ils puissent témoigner lors d'auditions. La HUAC avait alors déclaré son intention de vérifier si des agents communistes pouvaient avoir incorporé de la propagande dans des films américains.
Parmi les personnes citées à comparaître par la HUAC, 23 sont considérées comme . Certaines d'entre elles avaient déjà témoigné lors de séances à huis clos conduites par la HUAC à Los Angeles. Les audiences menées en octobre à Washington débutent par la comparution de 14 témoins amicaux, parmi lesquels Walt Disney, Jack Warner, Gary Cooper, Ronald Reagan, Robert Taylor et Adolphe Menjou. Disney affirme que la menace communiste dans l'industrie cinématographique était sérieuse et désigne d'anciens employés comme étant de probables communistes. Reagan, qui était alors président de la Screen Actors Guild, déclare qu'une petite clique au sein de son syndicat utilisait des pour tenter d'orienter la politique du syndicat, mais qu'il ne savait pas si ces membres (non nommés) étaient communistes ou non, et qu'en tout cas il pensait que le syndicat les contrôlaitLa première épouse de Ronald Reagan, l'actrice Jane Wyman, a par la suite déclaré – d'après Joe Morella dans sa biographie de Wyman en 1985 – que les accusations politiques de Reagan contre des collègues et amis avaient mené à des tensions au sein du ménage, résultant en leur divorce.. Adolphe Menjou déclare quant à lui : En anglais : ..
Contrairement aux témoins amicaux, d'autres personnalités hollywoodiennes de premier plan dont les réalisateurs John Huston, Billy Wilder et William Wyler ainsi que les acteurs Lauren Bacall, Lucille Ball, Humphrey Bogart, Bette Davis, Henry Fonda, John Garfield, Judy Garland, Sterling Hayden, Katharine Hepburn, Danny Kaye, Gene Kelly, Myrna Loy et Edward G. Robinson, protestent contre le HUAC et fondent le En anglais : . (CFA). Une importante délégation du CFA se rend à Washington par avion en octobre pour exprimer son opposition au harcèlement politique du gouvernement à l'égard de l'industrie cinématographique. Quelques membres du CFA, dont Hayden, assurent à Bogart qu'ils ne sont pas communistes. Au cours des audiences du HUAC, un journal local de Washington rapporte que Hayden était en fait communiste. Après son retour à Hollywood, Bogart lança à Danny Kaye : . Sous la pression des studios Warner Bros. et afin de se détacher des prétendus Hollywood Reds, Bogart rédige une déclaration publiée dans les journaux de la Hearst Corporation sous le titre qui ne dénonçait pas le CFA mais affirmait que son voyage à Washington avait été . Après cet évènement, Billy Wilder annonce son retrait du CFA et appelle les autres membres du comité à le suivre.
Outre les 23 témoins amicaux, 19 témoins ou ont choisi de ne pas coopérer avec la HUAC. Parmi eux, beaucoup étaient considérés comme des membres du PCUSA. Treize d'entre eux étaient de confession juive. Les audiences des débutent le lundi 27 octobre 1947 et bénéficient d'une très large couverture médiatique.
Finalement, seuls 11 des 19 témoins sont appelés à témoigner. Parmi eux, le dramaturge Bertolt Brecht décide de répondre de manière évasive aux questions de la HUAC avant de quitter les États-Unis le lendemain et de ne jamais y revenir. Les dix autres refusent de dire s'ils étaient membres de la Screen Writers Guild ou du CPUSA, invoquant leurs libertés d'expression, d'opinion et d'association garanties par le Premier amendement. La plupart des dix contestent également la légitimité de la commission. John Howard Lawson déclare lors de son audition : En anglais : .. Parmi les questions auxquelles ils refusent de répondre se trouve : En anglais : .. La HUAC accuse formellement les dix hommes d' et entame des poursuites pénales à leur encontre devant la Chambre des représentantsCongressional Record 1947, vol. 93, page H10818 (27 octobre 1947)..