Le Tribunal constitutionnel fédéral d'Allemagne (, abrégé en BVerfG) est la allemande. Créé en 1951 et siégeant à Karlsruhe (dans le Bade-Wurtemberg), il juge de la conformité des lois à la Loi fondamentale de 1949.

Compétences et procédures Le Tribunal constitutionnel fédéral contrôle l’application de la Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne et notamment le respect des droits fondamentaux qui y sont énoncés. Sa fonction est définie par les articles 92 à 94 de la Loi fondamentale. Son fonctionnement est réglé par la Loi relative au Tribunal constitutionnel fédéral(Gesetz über das Bundesverfassungsgericht, BVerfGG).

Ce Tribunal a donc pour principales compétences : de veiller aux respects des droits fondamentaux ; d'assurer la séparation des pouvoirs entre les différents organes de l'État ; d'arbitrer les contentieux entre les normes édictées par les différents organes de l'État ; d'arbitrer lors de contentieux électoraux.

Les principales procédures permettant de faire appel au Tribunal sont les suivantes : La Verfassungsbeschwerde est le recours contre une décision, généralement un jugement d’une cour de dernier ressort, dont le requérant considère qu’elle porte atteinte à ses droits fondamentaux. Le Normenkontrollverfahren permet à la Cour de vérifier la conformité de la législation à la loi fondamentale, soit sur renvoi préjudiciel d'une autre juridiction (konkrete Normenkontrolle), soit à la demande du Gouvernement fédéral, d’un gouvernement de Land ou d’un tiers des membres du Bundestag (abstrakte Normenkontrolle). Le Verfassungsstreit est utilisé quand différentes institutions diffèrent sur l’interprétation de la constitution. Il peut s’agir par exemple de disputes de compétences entre l’État fédéral et les Länder. La Cour est aussi le juge des élections et peut interdire des partis politiques s'ils mettent en danger le système issu de la constitution.

Fonctionnement Il comprend seize juges, nommés pour un mandat non renouvelable de douze ans, pour moitié respectivement par le Bundestag et le Bundesrat, selon des procédures différentes dans les deux cas. Ces juges sont répartis en deux sénats (Senate) de huit juges chacun (« Senat » étant le mot employé pour désigner les chambres des cours supérieures en Allemagne - mais les Senate du Bundesverfassungsgericht sont aussi subdivisés en « Kammern », cf. infra). Les procédures de pourvoi constitutionnel (Verfassungsbeschwerde) et celles dites Normenkontrollverfahren sont réparties entre les deux sénats. Toutes les autres procédures sont traitées par le deuxième sénat. Les juges de chaque sénat se réunissent également en chambres (Kammern) de trois juges, une telle chambre pouvant décider de rejeter sommairement un pourvoi constitutionnel comme n’ayant manifestement aucune chance de succès.

Une procédure devant le Tribunal constitutionnel fédéral lui est adressée par écrit. Si la requête est recevable, elle peut être directement jugée par la chambre s’il s’agit d’un cas simple, déjà tranché dans le passé. Les décisions de plus grande portée sont prises par un sénat. Dans l’ensemble, la plupart des requêtes sont traitées par les chambres. De 1951 à 2001, elles ont pris contre seulement par un sénat.

La plupart de ces procédures sont des recours contre les violations des droits fondamentaux (Verfassungsbeschwerden). De 1951 à 2001, le Tribunal en a reçu sur un total de . Seule une minorité de ces recours sont couronnés de succès : sur la même période, 2,5 % soit .

Décisions marquantes Jurisprudence "Solange" Le Tribunal est notamment connu à l’étranger pour sa jurisprudence So lange. Dans la décision So lange I de 1974, elle se réserve le droit d’écarter une norme de droit européen pour cause de violation des droits fondamentaux (en allemand ) le droit européen ne garantit pas une protection globale des droits fondamentaux de la personne équivalente – mais pas nécessairement identique en tout point à celle de la loi fondamentale allemande. À la suite des progrès de la jurisprudence européenne en matière de droits fondamentaux, le Tribunal a ensuite accepté dans sa décision "Solange II" de 1986 qu’il ne peut plus contrôler les normes européennes par rapport aux droits fondamentaux allemands le droit européen offre une protection des droits fondamentaux globalement équivalente à celle de la loi fondamentale allemande.

Ces décisions lui permettent d’accepter en principe la suprématie du droit européen tout en conservant en pratique la possibilité d’écarter toute règle contrevenant aux dispositions les plus importantes du droit constitutionnel allemand. Comme la plupart des cours constitutionnelles européennes, le Tribunal constitutionnel fédéral ne se plie donc pas totalement à la vision de la Cour de justice des Communautés européennes qui affirme la supériorité des normes communautaires sur les normes nationales, fussent-elles de nature constitutionnelle.

Sur le nom de famille des femmes mariées En 1991, le Tribunal constitutionnel fédéral a jugé contraire à l'article 3 de la Loi fondamentale (règle sur l'égalité devant la loi), un article du qui obligeait les femmes à prendre le nom de leur mari lors de leur mariage.

Sur le port du voile Dans sa décision sur le voile () d’, le Tribunal a invalidé une décision administrative prise à l’encontre d’une enseignante refusant d’enlever son hidjab pendant les cours. Cette censure a été motivée par le fait qu’il y avait là une restriction à la liberté religieuse. Selon le Tribunal, cette restriction pouvait être justifiée par l’obligation de neutralité de l’État en matière religieuse et philosophique et le rôle particulier que joue le fonctionnaire en tant que représentant de l’État à cet égard.

Le Tribunal estimait néanmoins qu’une telle restriction nécessitait une décision expresse dans une loi votée par le parlement, loi qui faisait défaut au Bade-Wurtemberg au moment des faits. Elle rappelle que toute loi imposant ce type de mesure doit s’appliquer indistinctement à toutes les religions pensant, selon de nombreux observateurs, aux habits de nonnes encore portés dans quelques écoles publiques. Une autre loi similaire a été votée dans le Land de Hesse alors que Berlin préparait une loi d’interdiction complète de tout symbole religieux dans la fonction publique. Bien que cette jurisprudence ne concerne que les enseignants – les élèves sont parfaitement en droit de porter le voile – certains observateurs ont noté un rapprochement avec la conception française de la laïcité, alors que les Églises sont traditionnellement beaucoup plus liées à l’État en Allemagne.

Sur le mandat d'arrêt européen thumb|Bâtiment de la Cour constitutionnelle fédérale à Karlsruhe. Le juge espagnol Garzon a lancé un mandat d'arrêt européen contre M. Darkazanli, un citoyen germano-syrien, soupçonné d'être un relais financier d'Al-Qaïda. M. Darkazanli réside en Allemagne. Il y a été arrêté en . Il forma un recours devant le Tribunal constitutionnel fédéral contestant la conformité du mandat d'arrêt européen avec l'article 16 de la Loi Fondamentale portant sur la nationalité et l'extradition. L'article 16-2 dispose en effet que "Aucun Allemand ne peut être extradé à l’étranger. Une réglementation dérogatoire peut être prise par la loi pour l’extradition à un État membre de l’Union européenne ou à une Cour internationale à condition que les principes de l’État de droit soient garantis."http://www.bundestag.de/htdocs_f/documents/cadre/loi_fondamentale.pdf

La décision du Tribunal constitutionnel fédéral du donne raison à M. Darkazanli. Le Tribunal a estimé que l'Allemagne n'a pas correctement transposé la décision-cadre du relative au mandat d'arrêt européen et aux procédures de remise entre États membres. (Une décision-cadre est une décision que le Conseil de l'UE peut prendre en rapport avec la coopération policière et judiciaire en matière pénale dans le but du rapprochement des dispositions législatives et réglementaires des États membres, à condition que la décision soit prise à l'unanimité des ministres du Conseil de l'UE.)

Le Tribunal estime que cette mauvaise transcription a pour effet d'une part qu'il n'y a pas de recours devant une juridiction allemande prévu et qu'elle n'a pas utilisé toutes les marges de manœuvre que lui permettait la décision-cadre européenne afin de garantir les droits fondamentaux.

Dans cette affaire, le mandat est privé d’effet car la loi allemande de transposition est contraire à la constitution. Ce n'est donc pas le mandat européen mais un mandat qui est privé d'effet. Toutefois, la décision du Tribunal constitutionnel fédéral rend le mandat d'arrêt européen inapplicable aux ressortissants allemands tant que la loi de transposition introduit trop peu de garanties pour les libertés individuelleshttp://www.eurogersinfo.com/actu1905.htm.

Le Parlement allemand a voté une nouvelle loi pour transposer la décision-cadre du Conseil de l'UE, qui est entrée en vigueur en 2006, afin de remplacer celle qui a été déclarée inconstitutionnelle.

Élections anticipées de 2005 Le , les huit juges du Tribunal constitutionnel fédéral ont rejeté à sept voix contre une le recours du vert Werner Schulz contre la dissolution du Bundestag par le président fédéral. De ce fait, l’appel d’élections anticipées le est confirmé. La dissolution avait été obtenue par le chancelier fédéral Gerhard Schröder à la suite d'une utilisation de la constitution jugée par certains contraire à son esprit : la Loi fondamentale prévoit une possibilité de dissolution lorsqu’un gouvernement n’a plus de majorité ; à cette fin, le chef du gouvernement avait demandé à son propre groupe parlementaire de voter la défiance lors de la question de confiance (Vertrauensfrage).

De facto, le Chancelier se voit presque conférer un droit de dissolution du Bundestag semblable au pouvoir du Premier ministre du Royaume-Uni, cette dissolution nécessitant toutefois l’accord commun du Chancelier, du Bundestag et du Président fédéral.

Cette décision nourrit un débat passionné sur l’équilibre des pouvoirs.

Autorisation des « perquisitions en ligne » en février 2008 Le , le Tribunal constitutionnel fédéral a déclaré conforme à la loi fondamentale les « perquisitions en ligne », l'espionnage via Internet des ordinateurs mais seulement dans le cadre d'enquêtes portant sur des menaces concrètes contre des vies humaines ou contre l'État, c'est-à-dire principalement les menaces d'attentats terroristes. Ces perquisitions devront systématiquement recevoir au préalable l'aval d'un juge.

En l'espèce, le Tribunal était appelé à se prononcer sur une législation du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie en application depuis , qui permettait le contrôle des courriels ou de messages échangés sur les forums de discussion sur Internet. Les juges l'ont déclarée contraire à la Constitution car trop peu limitative. Les magistrats ont cependant profité de cet arrêt pour énoncer les conditions de recours à l'espionnage informatique. Ils ont pour la première fois défini un « droit fondamental à la protection de la confidentialité et de l'intégrité des systèmes informatiques ».

Ceci signifie que les données sur la vie privée des suspects ne pourront pas être exploitées à des fins judiciaires. Le gouvernement fédéral doit préparer des lois respectant la décision de la Cour constitutionnelle et permettent l'utilisation de "chevaux de Troie" dans les ordinateurs des suspects de terrorismeMarie de Vergès, La Cour constitutionnelle allemande encadre les perquisitions en ligne, Le Monde, 28 février 2008.