Les médias, en particulier la presse écrite, ont joué un rôle important dans le développement de la culture acadienne à partir du milieu du et ont souvent été au centre des aspirations politiques et économiques. Les Acadiens sont généralement minoritaires et moins fortunés que leurs compatriotes, ce qui a influencé l'histoire des médias en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles..
Presse écrite Contexte thumb|Cette carte montre les principales communautés acadiennes du Canada ainsi que celle du nord des États-Unis. On retrouve aussi une communauté significative dans le Sud des États-Unis, en Louisiane. Plusieurs facteurs ont influencé la fondation et la survie des journaux acadiens, tels que la croissance démographique et la répartition de la population, le niveau de scolarité, le dynamisme économique, les transports et les communications. Au début du , l'Acadie comptait seulement 11 journaux, comparativement à 231 journaux franco-américains et 50 franco-ontariens. La population d'origine française a augmenté de façon importante en Acadie entre 1871 et 1911, soit 120 % d'augmentation au Nouveau-Brunswick, 58 % en Nouvelle-Écosse et 41 % à l'Île-du-Prince-Édouard. Malgré cette augmentation, le développement de la presse était freiné par l'éparpillement de la population acadienne. De plus, les grandes agglomérations, propices au développement des journaux, comptaient peu d'Acadiens. Par rapport au niveau de scolarisation, des personnalités acadiennes du XIX dont Israël Landry ont dénoncé l'ignorance des Acadiens ainsi que leur manque d'intérêt envers leurs médias. Le manque de moyens financiers a mis fin à de nombreux journaux. Le choix de l'emplacement de l'imprimerie était et est probablement toujours important car certaines régions acadiennes sont mal desservies en matière de transport, rendant difficile la distribution de journaux quotidiens.
Avant la fondation du premier journal acadien en 1867, la Nouvelle-Écosse possédait déjà des journaux anglophones depuis 1752, le Nouveau-Brunswick depuis 1783 et l'Île-du-Prince-Édouard depuis 1787. Ces trois provinces avaient déjà vu la parution de 516 titres différents, incluant un gaélique et un allemand. Saint-Jean a elle seule en a publié 135.
Presse pionnière thumb|L'entête du premier numéro du Moniteur acadien. thumb|left|upright=0.75|Israël Landry thumb|Le premier numéro du Courrier des provinces maritimes.
Le Moniteur acadien, le premier journal acadien du CanadaLes États-Unis possèdent des journaux francophones depuis 1794., est publié à Shédiac à partir du par Israël Landry, un Canadien français du Québec. Shédiac est alors une prospère ville portuaire de habitants. Le journal est un succès, étant le seul en ville. Landry démissionne tout de même quelques mois plus tard, à cause des difficultés financières, et parce qu'il n'est pas appuyé par l'élite acadienne, probablement à cause de son origine québécoise, et que le clergé lui reproche son ton trop agressif. Le Moniteur acadien était en effet un journal engagé et conservateur.
En 1869, A. Béchard annonce son intention de fonder Le Réveil à Fredericton mais laisse tomber à cause du faible nombre d'abonnements. Ce journal s'annonçait conservateur et lié aux hommes politiques. Moïse Cormier publie ensuite L'Étoile du Nord pendant quelque temps à Saint-Jean. Le deuxième journal durable est Le Courrier des provinces maritimes, fondé en 1885 à Bathurst par l'élite du comté de Gloucester, dont Valentin Landry. Dans son message aux lecteurs du premier numéro, il annonce vouloir défendre les intérêts des Acadiens, dans la tradition du Moniteur acadien, et qu'il « parlera religion, éducation, agriculture, colonisation, science, industrie ». Selon une étude de Phylis Leblanc, la direction du journal laisse en fait peu de place à ces sujets. Son nombre d'abonnés passe de 800 à un maximum de en 1887. Le journal est vendu à Peter Veniot en 1891 puis à Onésiphore Turgeon en 1900, qui en cessera la publication en décembre 1903, probablement pour des raisons budgétaires. thumb|left|upright=0.75|Valentin Landry. thumb|Le premier numéro de L'Évangéline.
Le premier journal acadien de la Nouvelle-Écosse, L'Avenir, est fondé en 1880 à Digby. On connait peu cette publication qui, après avoir disparu pendant plusieurs années, est publiée à nouveau à Yarmouth avant de disparaître définitivement vers 1883. L'Acadie libérale est publié à Methegan entre 1890 et 1893 par J.B. de Vicq, un belge qui annonce un honnête « journal de campagne » qui ne contiendra « rien de nature à blesser la morale et la décence ».
Après avoir quitté Le Courrier des provinces maritimes, Valentin Landry fonde L'Évangéline en Nouvelle-Écosse. Il explique dans le premier numéro du que les Acadiens de la Nouvelle-Écosse et les de l'Île-du-Prince-Édouard méritent un journal francophone si les du Nouveau-Brunswick en ont déjà deux. Il redoute alors l'ouverture d'un troisième journal dans cette province qui serait mal accueillie par Le Moniteur acadien. Il décide d'installer l'imprimerie à Digby, car cette ville est facilement accessible en chemin de fer et en traversier. Par ailleurs, Valentin Landry a déjà étudié dans la province et a épousé la fille d'un député néo-écossais. De plus, il évoque une raison sentimentale, car Digby est situé près de Port-Royal, le premier établissement permanent de l'Acadie et c'est possiblement pour cette raison qu'il nomme son journal d'après l'héroïne du roman Evangéline de Henry Longfellow. Dans ce premier numéro, Landry affirme aussi qu'il veut se préoccuper de tous les sujets ayant une importance pour les Acadiens de la Nouvelle-Écosse et d'ailleurs et qu'il veut faire connaître ses opinions sur la politique avec courage et franchise. Dans la pratique, le journal de 4 pages traite de deux thèmes principaux, soit l'agriculture et l'éducation. Il traite aussi de l'hygiène, de la langue, de la religion, du nationalisme, de la colonisation et de l'émigration ainsi que de la condition féminine. Le journal véhicule ainsi les opinions du clergé et de l'élite acadienne, se distinguant probablement peu des autres journaux francophones du Canada à ce sujet.
L'Évangéline est généralement bien accueilli, à part certaines critiques dont le Windsor Tribune qui affirme s'opposer à «cet esprit séparatiste qui veut conserver un journal français dans notre colonie anglophone de Nouvelle-Écosse »Traduction libre de « It is the separatist spirit that we think is manifested in the ambition to maintain a French newspaper in our English speaking colony of Nova Scotia [...]». Il y a déjà abonnés avant l'ouverture, et près de 800 de plus la première année, répartis également entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, ainsi que quelques-uns à l'Île-du-Prince-Édouard, au Québec, en Ontario, aux États-Unis et en France. En 1889, deux ans après la fondation, Landry déménage l'imprimerie à Weymouth parce que la population y est majoritairement francophone, que la ville est aussi facilement accessible que Digby mais que le coût de la vie y est moins élevé. Landry en profite pour acheter du meilleur matériel pour pouvoir imprimer un nouveau journal anglophone, le Weymouth Free Press.
Le prête eudiste d'origine française Jules Lanos fonde L'Acadie à Weymouth en 1900. Il lutte contre L'Évangéline et s'attaque directement à Valentin Landry, en fondant aussi le Sissiboo Echo, un journal anglophone concurrent du Weymouth Free Press. Dans ses journaux, Lanos critique la ferveur de Landry. D'autres publications participent à la polémique, plusieurs personnalités dont Pascal Poirier demandent ensuite que cessent ces querelles. L'Acadie disparait en 1904 et Valentin Landry en profite pour déménager L'Évangéline à Moncton, au Nouveau-Brunswick.
Dans son éditorial du , Valentin Landry confirme les rumeurs du déplacement de L'Évangéline à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Il explique ce choix par l'importance grandissante de cette ville pour l'Acadie et du fait que la ville de Weymouth est trop petite et éloignée pour assurer la survie du journal. Il affirme également qu'il y pensait depuis un certain temps mais que l'ouverture de L'Acadie par Jules Lanos l'en a empêché. Le refus du gouvernement provincial de lui accorder une subvention à laquelle a droit tout journal publiant les débats de l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse a aussi joué dans sa décision. Il termine en affirmant qu'il ne veut pas nuire financièrement au Moniteur acadien en déménageant ses bureaux près de Shédiac, bien que les deux tiers des lecteurs de L'Évangéline résident dans la province.
thumb|Le premier numéro de L'Impartial.
Jusqu'en 1893, les Acadiens de l'Île-du-Prince-Édouard devaient se contenter de journaux néo-brunswickois ou néo-écossais. C'est le de cette année que Gilbert Buote fonde L'Impartial à Tignish. Buote désire combattre l'anglicisation et promet un journal neutre sur le plan politique, d'où son nom, même s'il promet défendre les intérêts acadiens durant une campagne électorale. Cette réputation de neutralité sera mise en doute en 1896, lorsque le journal prendra la part du Parti conservateur durant la Question des écoles du Manitoba puis pour le Parti libéral à partir de 1904. Cette situation fait perdre de nombreux abonnés au journal. Buote tente de mettre en pratique la devise du journal, L'union fait la force, en encourageant les Acadiens à se doter de leurs propres institutions. Selon George Arsenault, la fondation de L'Impartial représente ainsi le principal événement de la communauté acadienne de la province à la fin du siècle. Ainsi, l'Association des instituteurs acadiens, proposée par son journal, fut l'organisme principal de la communauté acadienne de l'île jusqu'à la fondation de la Société Saint-Thomas d'Aquin en 1919. François Buote succède à son père à la direction du journal et tente de redresser le journal mais doit en suspendre la publication en 1915. Il décède en 1921, alors qu'il tentait de rééditer le journal. Une étude partielle du contenu du journal démontre que Gilbert Buote a publié beaucoup d'articles sur l'histoire et la généalogie locale, laissant ainsi de nombreuses sources pour les historiens.
1905 à 1945 thumb|left|Le premier édifice occupé par L'Évangéline à Moncton. thumb|Le premier numéro du Madawaska. L'implantation de L'Évangéline à Moncton en 1905, ville voisine de Shédiac, ne semble pas nuire aux ventes du Moniteur acadien. Par contre, les deux journaux s'accusent mutuellement de leurs orientations, L'Évangéline étant libéral et Le Moniteur acadien conservateur. Le déménagement est très mal vu par les lecteurs de la Nouvelle-Écosse, certains affirmant que c'est un second exil d'Évangéline, en référence au poème de Longfellow.
La publication du Moniteur acadien est suspendue le , après le décès de George-Antoine, fils du propriétaire Fernand Robidoux. Ce dernier meurt à son tour en 1921 et les autres membres de la famille publient à nouveau le journal entre le et le .