L'art académique correspond à la fois à une période historique formalisée au début du (mise en place de l'Académie des beaux-arts en France, en 1816) et à une tendance, par extension, à contrôler la production artistique via des structures de pouvoir, l'encadrement de la formation, l'accès aux expositions prestigieuses et à l'économie de l'art.

L'art académique du , notamment en France, est aussi souvent surnommé « art pompier ». Le terme pompier souligne le côté caricatural et conformiste d'un art sous la tutelle d'une Académie souveraine. Elle en souligne la conséquence vue comme inévitable, d'un abêtissement de l'art malgré la maîtrise technique, en tant qu'elle fait sienne, voire prône la défense d'un conformisme critique., voire sur la défensive, vis-à-vis des évolutions historiques en termes de représentation et valorisation par l'art, de leurs dangers potentiels en cas de mauvais usage, via une mise en avant du beau et du bon posés comme allant de soi, hiérarchisés et formalisés par ses soins).

Le terme « pompier » (parfois étendu à d'autres académismes) est néanmoins réducteur. Il souligne le moment caricatural de cette période académique.

Cette période de l'Académie des beaux-arts est prise entre deux feux historiques et la rapide remise en cause de son contrôle via notamment l'émergence des arts pré-modernes, puis modernes, leur soudaine profusion (pré-impressionnistes, impressionnistes, post-impressionnistes, premier Salon des indépendants en 1884, émergences des différentes avant-gardes). Cette période académique peut être vue comme le modèle d'une doctrine dogmatique à contre-courant, qui peut néanmoins éclairer la question de la tutelle sur les arts, par qui et sous quelle autorité cette tutelle s'exerce.

Aparté sur la question de l'académisme

L'Académie des beaux-arts existe toujours. et que d'autres académies prospèrent. L'art académique ici circonscrit comme « pompier », peut être vu comme un précipité historique (qu'on peut encore croiser sous d'autres régimes et dont on ne peut se prétendre à l'abri peut-être), moment historique caricatural, mais néanmoins refondateur, d'un après la révolution, et de son retour de bâton potentiel (en France la Restauration). Une société contemporaine éclairée est censée résoudre, ou diluer ce dilemme, faute d'être en mesure de l'évacuer.

Aussi le terme « pompier » peut être vu par ce biais, comme un lapsus, tentative de restreindre la stigmatisation de l'académisme sur la période du .

La question est sans fin et souligne que les enjeux de rupture et de continuité sont d'importance, dans une validation, plus ou moins bien maîtrisée, bien administrée, de l'évolution des échelles de valeurs dont les Beaux-Art sont l'un des marqueurs anthropologique cruciaux (l'art, comme le langage, est l'un des marqueurs du propre de l'homme et engage le politique dans sa capacité à se porter garant). Enjeux qui sont inscrits dans une période historique plus ou moins longue, au sein d'une société, en l’occurrence la nôtre. L’existence des académies, le fait qu'elles perdurent, serait la garantie d'une inscription (dynamique) dans la continuité, d'une société ayant résolu la gestion de ses points de rupture, moins sujette aux ruptures épistémiques et culturelles, pouvant compter sur un art, des arts, eux-mêmes en évolution non disruptive, susceptibles de participer au même projet de société, en ayant trouvé la bonne dynamique. À moins que d'autres ruptures, fin de l'histoire, avènement d'un nouvel ordre égalitaire, prônées par certaines avant-gardes. ne voit encore possiblement le jour ? La tendance actuelle est plutôt de considérer, du côté de l'art, que toutes les avant-gardes (les plus radicales étant elles-mêmes passées à la trappe) ont perdu leur raison d'être, leur nécessité, leur moteur.., leur utilité et même pertinence historique.

Partant un académisme éclairé, dynamique, adaptatif, voire éclaté entre différentes instances ; suffisamment, voire plus dynamiques et efficaces, où l'académie effective n'aurait qu'un rôle de prestige (dans les fait néanmoins largement soutenu), de validation institutionnelle apparemment faiblement politique, serait la résolution effective actuelle, de la question d'un art certes possiblement en conflit, mais en conflit partiel, partie prenante de cet équilibre ou déséquilibre dynamique, en acceptation (concertée ?) des questions de sa validation, de sa valeur symbolique, économique, des rapports plus ou moins novateurs aux techniques interpelées dans leurs mises en œuvre par les arts actuels. À l'analyse des conflits possibles actuels réels (conflits internationaux, déséquilibres climatiques…) cet équilibre peut sembler, soit illusoire, soit consacrer une fin effective de l'art comme valeur première, acteur et sujet d'enjeux politique réels des processus de civilisation possiblement à l’œuvre (un épuisement ou affadissement plus que par un dépassement prôné par « les avant-gardes »). L'académisme actuel, qui reste à évaluer, continuerait bien alors de tenir son rôle de validation ou d'invalidation.

Pour en revenir à la période historique de la refondation de l'Académie des Beaux-Arts :

La mise sous tutelle formalisée au via l'Académie des beaux-arts est concomitante d'une volonté de retour idéalisé au classicisme (un avant de la période révolutionnaire) voire de l'art antique (paradigme du beau). Il s'agit, dans un esprit de retour conservateur, de restauration, de « renouer » avec l'Académie royale* supprimée par la Révolution**.

Les thèmes privilégiés de l'art académique tels qu'ils ont été définis au par l’Académie des beaux-arts. en France** sont l'histoire, la mythologie et l'orientalisme souvent magnifiés. Le dessin préparatoire, pluriel, élaboré, quasi architectural, affirme sa prééminence sur la mise en couleurs, même si celle-ci doit faire preuve également d'une grande maîtrise. (à la suite de David et Ingres*** et des enseignement reçus de leurs maîtres - NB : le rapport dessin-couleur sera remis en cause par les impressionnistes). Débat qui peut sembler surprenant, déjà présent à l'époque classique, et qui connaît encore quelques débats.....

En sculpture, l'art académique se caractérise notamment par une mise en avant de la monumentalité, telles les œuvres d'Auguste Bartholdi et d'Emmanuel Frémiet. Parmi les artistes représentatifs de ce courant figurent les peintres français Alexandre Cabanel, Ernest Meissonier, Fernand Cormon, William Bouguereau et Jean-Léon Gérôme._*<small>NB: Paradoxalement, l'Académie royale, ainsi que d'autres académies concomitantes de l'époque des Lumières. était censée, entre autres, libérer, protéger, les artistes de la tutelle des corporations.</small>

_** Une mise en perspective des académismes en Europe, aux États-Unis (mais aussi au XX siècle en Chine, en Russie…) reste à approfondir pour une approche syncrétique de l'« académisme ». Le processus académique (moment historique ? sous quelle forme ?) interroge de fait l'évolution du statut de l'art dans les sociétés concrètes, leur différents régimes, voir utopiques (La République de Platon par exemple.), le rapport de l'art à la recherche technique et formelle, mais aussi ses rapports à la validation d'une « époque ».....

La définition de l'art académique peut prendre différentes définitions, et découplages, ruptures et continuités selon les pays (> pages en différentes langues publiées sur Wikipédia). La définition d'un académisme, sa formalisation conservatrice, réactionnaire, conformiste (le tout concaténé sous le terme pompier), se joue en France autour de la Révolution (abolition par la Convention, rétablissement par la Restauration). Elle trouve dans une lecture anglo-saxonne, qui reconnait la place historique d'un « French Model », une définition plus large. La définition de l'académisme invite à interroger, c'est là sa pertinence encore active, les enjeux de formalisation esthétique, d'une improbable ou souhaitable circonscription : continuité-rupture, conservatisme-avant garde, ordre-désordre, conservation-évolution-réaction-révolution (politique, industrielle, sociale, mœurs), ethnocentrisme-mondialisation, néo académisme, etc., interrogés à l'aune de possibles, recherchés bien qu'inatteignables (l'art formel y aurait-il renoncé ?), universaux.

thumb|upright|Jean-Jacques Scherrer, Jeanne d'Arc, victorieuse des Anglais, rentre à Orléans et est acclamée par la population (1887), musée des beaux-arts d'Orléans.

Principes de l'enseignement académique selon l'Académie des Beaux-Arts Les principes de l’art académique intègrent l’enseignement artistique au , souvent vu comme un « centre de gravité ». Ces principes, primordiaux dans l'enseignement académique, sont des règles de rigueur très importantes qui sont transmises, avec une valeur traditionnelle, marquée dans l’Académie pour officialiser la dimension d'excellence dans le domaine artistique. Les grands principes idéaux de cette Académie sont : la hiérarchie des genres : distingués depuis le , les genres dans le domaine de la peinture suivent un classement précis, par ordre de noblesse. Les plus prestigieux sont les éléments traitant de la religion, de l’Histoire et de la mythologie, souvent porteurs d’un message moral. Suivent les scènes de la vie quotidienne, et enfin les portraits et les paysages, qui sont les genres les moins nobles. En plus de cette hiérarchie, on compte aussi la dimension de la toile : plus le sujet est noble, donc important, plus son support doit être grand ; l'affirmation de la supériorité du dessin sur la couleur : ici, l’artiste est créateur de la forme, considérant que le principe de « ligne » n’existe pas dans la nature. L'artiste est aussi créateur de la profondeur et du relief dans l’art du tableau classique. Malgré l’omniprésence de la couleur, dans ce principe, celle-ci arrive bien après en termes de hiérarchie. Ce principe respecte les idéaux de l’Académie : s’il n’y a pas de dessin, la peinture ne peut exister.

Ces règles et principes ne concernent pas seulement l’École des Beaux Arts et ses enseignements, mais aussi ce qui est appelé le Salon. Le Salon est défini comme « expositions périodiques d’artistes vivants ». Le premier est créé en 1667 par Colbert, mais son nom prend sens en 1848 du fait qu'il se déroule dans le Salon Carré du Louvre. Cet évènement était primordial dans la vie artistique du car c’est le seul lieu où les artistes ont la possibilité d'exposer une démonstration de leurs œuvres, occasion rare et très importante pour gagner en reconnaissance.

L'Académie pourvoyait à la formation technique (apprentissage du dessin, de l'anatomie, de la couleur…) et culturelle (familiarisation avec les sujets de l'antiquité, les grands auteurs…) des jeunes artistes. Les candidats à l'entrée à l'École des Beaux-Arts (créée en 1817 - les femmes n'y sont admises qu'en 1897), sous la tutelle de l'Académie des Beaux-Arts (créée l'année précédente). doivent passer un concours d'admission consistant en l'exécution d'une figure nue dessinée d'après le modèle vivant.

Le contrôle de l'Académie Dans la deuxième moitié du , se cristallise une opposition qui va profondément marquer toute l'histoire de l'art du : celle de l'académisme et de la « modernité », terme lancé par Charles Baudelaire. Les avant-gardes n'ont pu s'imposer qu'en bousculant l'art officiel. Les peintres académiques régnaient sur l'Académie des beaux-arts, à l'Institut, au Salon, longtemps lieu de passage obligé pour exposer, se faire connaître et obtenir des commandes de l'État. L'Antiquité est le sujet de référence absolu ; le dessin et la copie d'œuvres sont les deux moyens privilégiés d'accéder à cet enseignement.