Jusqu'au milieu du , les membres de la maison de France étaient simplement appelés monseigneur, suivi du titre de leur apanage. Les épithètes d'honneur tendirent à se multiplier au , si bien qu'un prince comme Philippe le Bon était désigné comme le « Très haut, très puissant, très excellent et très magnanime prince monseigneur Philippe duc de Bourgogne »... Par la suite et jusqu'au , les usages s'écourtèrent, se raffinèrent et évoluèrent en fonction des modes et de la volonté royale. À la fin de l'Ancien Régime, les membres de la maison de France étaient usuellement désignés par leur titre mais aussi par une expression connue décrivant leur position au sein de la dynastie. Ils étaient soit membres de la famille royale, soit membres des lignées de princes du sang. La connaissance de ces expressions est souvent nécessaire pour comprendre les textes d'auteurs comme Retz, Saint-Simon ou la marquise de Sévigné.
La famille royale de France thumb|right|200px|Une couronne d'un fils de France. Entre et 1830, la famille royale de France était composée, dans l'ordre du cérémonial, du roi, de sa femme (la reine), des reines douairières (parmi lesquelles la mère du roi — à condition qu'elle ait auparavant été reine, et ne se soit pas remariée par la suite — qui est appelée la reine mère), de ses enfants et des enfants de son fils aîné, de ses frères et sœurs, de ses oncles et tantes (ainsi que, le cas échéant, des filles de rois de France de branches précédemment éteintes), de ses autres petits-enfants, et de ses neveux, nièces et cousins germains (voire grand-oncle à la mode de Bretagne, comme dans le cas de et du Régent entre 1715 et 1723). Les parents plus éloignés (petits-neveux, autres cousins) sont appelés les princes du sang.
L'ordre de dignité ou de préséance des membres de la famille royale était, selon l'usage français, à peu près le même que dans toutes les familles : le roi ; la reine ; les reines douairières ; le dauphin ; la dauphine ; les fils de France et leurs épouses, par ordre de primogéniture mâle ; les filles de France célibataires (les filles mariées et leurs enfants font partie de la famille de leur époux), au rang de leurs frères ou de leur père ; les petits-fils de France et leurs épouses, par ordre de primogéniture mâle ; les petites-filles de France célibataires (les petites-filles mariées et leurs enfants font partie de la famille de leur époux), au rang de leurs frères ou de leur père.
Venaient ensuite, juste après la famille royale (et avant les légitimés) : les princes du sang et leurs épouses, par ordre de primogéniture mâle ; les princesses du sang célibataires (les princesses du sang mariées et leurs enfants font partie de la famille de leur époux), au rang de leurs frères ou de leur père.
Patronymes
Le roi et la reine de France n'ont pas de patronyme. Ce vide a conduit les révolutionnaires à leur donner le patronyme Capet, en reprenant le surnom de leur premier ancêtre masculin connu. Les enfants de France (fils de France et filles de France) portent le patronyme « de France ». Cet usage est ancien car il remonte à la fin du . Le roi, la reine et les enfants de France, signent de leur prénom seul, sans numéro ni surnom. C'est un privilège qui leur est réservé et qui marque leur prééminence au-dessus de tous les autres dynastes, qui doivent eux signer en ajoutant leur patronyme après leur prénom.
Les petits-enfants de France portent pour patronyme le nom de l'apanage qui a été conféré à leur père. S'ils font souche, ce nom devient leur patronyme héréditaire, comme pour la famille d'Orléans. C'est ainsi que les princes du sang ont pour patronyme le nom de l'apanage du fils de France dont ils descendent. Toutefois, quand une branche de princes du sang accède au trône en devenant la branche aînée de la dynastie, elle prend alors le nom « de France ».
La chute de la monarchie en 1830 a mis fin à cette transmission onomastique particulière, et de nos jours les membres de la branche aînée (issue de ) de la maison de France s'appellent « de Bourbon » (car ce nom a été adopté par leurs ancêtres communs, et son frère , ducs de Parme) — à l'exception notable de la famille régnante du Luxembourg, qui porte le nom de Nassau, tandis que la branche cadette du roi des Français Louis-Philippe et de son père Philippe Égalité porte depuis 1662 le patronyme « d'Orléans » (ou d'Orléans et Bragance pour les descendants de Gaston d'Orléans, comte d'Eu).
Qualifications Le roi de France se fait appeler Votre Majesté ou Sire (et la reine, Votre Majesté ou Madame), et non « Majesté ». Sa Majesté est un prédicat utilisé pour mentionner le roi ou la reine à la troisième personne. Les autres membres de la famille royale se font appeler Monseigneur ou Madame, et non « Altesse ». En revanche, pour mentionner un membre de la famille royale à la troisième personne, on parle de Son Altesse royale.
Les princes du sang portent la qualification d'altesse sérénissime depuis le Grand Condé (son père Henri de Bourbon avait porté celle d'altesse depuis le règne de ). Le , accordaLe Moniteur universel du 22 septembre 1824 : lire en ligne l'altesse royale au duc d'Orléans et au duc de Bourbon, et le lendemainLe Moniteur universel du 23 septembre 1824 : lire en ligne il l'accorda aussi aux enfants et à la sœur du duc d'Orléans.
Dans les actes les plus officiels (traités, contrats, registres de catholicité)., le roi, la famille royale et les princes et princesses du sang sont désignés par une déclinaison de formulesContrat de mariage du duc de Bourbon en 1770 : Actes importants de l'histoire de France et autographes des hommes célèbres, 612-613, lire en ligne appellatives, qui varièrent au fil des siècles avant d'être codifiées par un règlement. de en 1688 (à l'occasion. du mariage du prince de Conti avec l'aînée des filles du prince de Condé) : très haut, très puissant et très excellent prince(sse), pour le roi et la reine ; très haut, très puissant et excellent prince(sse), pour le dauphin et la dauphine ; très haut et très puissant prince(sse), pour les fils et filles de France (et les épouses des fils de France) ; très haut et puissant prince(sse), pour les petits-fils (et leurs épouses) et petites-filles de France, ainsi que pour les princes (et leurs épouses) et princesses du sang. On trouve parfois des variantes plus révérencieuses, notamment dans le contrat de mariage (1695) du duc de Saint-Simon, où le roi est qualifié de très haut, très puissant, très illustre et très magnanime prince, le dauphin (et son fils aîné) de très haut, très puissant et très illustre prince, et le duc d'Anjou de très haut, très puissant et très excellent prince.
Titres ordinaires
Dauphin de France : titre lié à la possession de la seigneurie du Dauphiné accordé en apanage au fils aîné du roi de France ou, en cas de mort du dauphin, au fils aîné de ce dernier s'il en laisse un, à son frère cadet sinon. La dauphine n'est pas l'aînée des filles, mais la femme du dauphin. Le titre de dauphin était réservé au successeur direct du roi.
Fils de France est le titre donné aux fils du roi de France nés en légitime mariage. C'est l'équivalentDictionnaire de la conversation et de la lecture, XXIV, 318 , lire en ligne du titre d'infant donné aux fils des rois de Navarre, de Portugal et d'Espagne. Le titre apparaît au Moyen Âge, d'abord sous la forme de fils du roy de France ou fils de roy de France. Le titre de fils de France sera ensuite étendu aux fils du dauphin, fils aîné du roi, et même aussi aux fils du fils aîné du dauphinCeci en vertu de l’ d’un édit du de .Philippe de Montjouvent, Éphéméride de la Maison de France de 1589 à 1848, du Chaney, 1999, ..
Fille de France est le titre donné aux filles du roi nées en légitime mariage. C'est l'équivalent du titre d'infante donné aux filles des rois de Navarre, de Portugal et d'Espagne. Le titre apparaît au Moyen Âge, d'abord sous la forme de fille du roy de France ou fille de roy de France. Le titre de fille de France sera ensuite étendu aux filles du dauphin, fils aîné du roi. La sœur du roi pouvait recevoir le titre de fille de France, même si leur père n'avait été que prince du sang (ce fut le cas de la sœur d', titrée fille de FranceDeclaration du roy pour faire jouir Madame, sa sœur unique, du tiltre et qualité de fille de France, du vingt septiesme janvier 1599 : lire en ligne. par son frère en 1599). Une fille de France avait pour adresse « Madame », suivi de son prénom ou de son titre si elle était apanagée.
Enfants de France : titre désignant collectivement les fils de France et les filles de France. C'est en 1330 que le titre d'enfant de France est donné pour la première fois.Chronique parisienne anonyme de 1316 à 1339 : lire en ligne , à Louis de France (né le et mort le de cette même année), fils puîné du roi .
Petit-fils de France : titre accordé aux fils légitimes d’un fils de France autres que ceux du dauphin et du fils aîné de ce dernier ; à la condition toutefois d'être petit-fils d'un roi de France. Cette condition devint caduque en 1787, quand fit petits-fils de France les ducs d'Angoulême et de Berry, dont le père (le comte d'Artois) était fils de France mais dont le grand-père n'avait été que dauphin.
Petite-fille de France : titre accordé aux filles légitimes d’un fils de France autres que ceux du dauphin et du fils aîné de ce dernier ; à la condition toutefois d'être petite-fille d'un roi de France. Ce titre fut créé à l’instigation de Gaston de France (1608-1660) afin de donner une préséance à sa fille par rapport aux princesses du sangPhilippe de Montjouvent, Éphéméride de la Maison de France de 1589 à 1848, éd. du Chaney, 1999, p. 31..
Petits-enfants de France : titre désignant collectivement les petits-fils de France et les petites-filles de France.
Monseigneur Ce titre (abréviation de Monseigneur le dauphin) désigne Louis de France (1661-1711)D'après Saint-Simon, ce titre fut introduit à la Cour par lui-même : « Jamais Dauphin jusqu’au fils de été appelé Monseigneur, en parlant de lui tout court, ni même en lui parlant. On écrivoit bien “Monseigneur le Dauphin”, mais on disoit “Monsieur le Dauphin”, et “Monsieur” aussi en lui parlant ; pareillement aux autres fils de France, à plus forte raison au-dessous. Le roi, par badinage, se mit à l’appeler Monseigneur ; je ne répondrois pas que le badinage ne fût un essai pour ne pas faire sérieusement ce qui se pouvoit introduire sans y paroître, et pour une distinction sur le nom singulier de Monsieur. Le nom de Dauphin le distinguoit de reste, et son rang si supérieur à Monsieur qui lui donnoit la chemise et lui présentoit la serviette. Quoi qu’il en soit, le roi continua, peu à peu la cour l’imita, et bientôt après non seulement on ne lui dit plus que Monseigneur parlant à lui, mais même parlant de lui, et le nom de Dauphin disparut pour faire place à celui de Monseigneur tout court. » (Saint-Simon, Mémoires, , )., dit aussi « le Grand Dauphin » pour le distinguer de son fils. Le Grand Dauphin était le seul fils survivant de et de son épouse Marie-Thérèse d’Autriche, et le grand-père de .
Monsieur (employé seul) Parmi les frères cadets du roi, c'est le frère le plus âgé. Le terme est en usage depuis . Exemples : Gaston de France (1608-1660), duc d'Orléans, frère de . Aussi appelé « le Grand Monsieur » à partir de 1640 pour le différencier du frère de . Philippe de France (1640-1701), frère de , aussi appelé « le Petit Monsieur » jusqu’en 1660 (jusqu'à la mort de Gaston d'Orléans). C’est le chef de la maison d’Orléans, époux d’Henriette d’Angleterre puis de la princesse Palatine Élisabeth-Charlotte de Bavière (1652-1722). Il meurt en 1701 et son fils, Philippe d’Orléans, sera régent en 1715. Pendant le règne de , « Monsieur » désigne le comte de Provence (1755-1824), futur . Pendant le règne de , « Monsieur » désigne le comte d’Artois (1757-1836), futur .
Madame (employé seul)