Un tic de langage est un mot ou une expression que l'on utilise inconsciemment, machinalement, de façon exagérée ou incorrecte. C'est une métaphore par extension du mot « tic » appliquée à des mots ou expressions qui semblent incontrôlés.
L'emploi de cette expression est courant dans les médias et dans les milieux de la communication, et dans l'usage général de la langue. Elle sert, selon certains linguistes, de catégorie « fourre-tout », employée généralement pour condamner l'usage d'un néologisme ou une expression à la mode.
En linguistique, la notion de « tic de langage » n'est pas utilisée, certains linguistes dénonçant régulièrement l'usage de cette expression.
En psychiatrie, l'expression est utilisée uniquement au sens premier et désigne des comportements involontaires et répétitifs, appelés aussi « stéréotypiques », qui impliquent l'appareil phonatoire, comme des bruits de bouche ou de gorge divers, la répétition incoercible d'un mot dénué de son sens (palilalie, écholalie) ou l'insertion automatique et régulière de mots vulgaires ou obscènes (coprolalie).
Catégories de mots concernés Les mots qualifiés abusivement de « tic » font généralement partie d'une des catégories suivantes : néologisme, marqueur discursif, connecteur courant, anglicisme, cliché, pléonasme, argot.
Exemples de mots ou expressions qualifiés de « tics de langage »
Usage général Fonction Les professionnels de la communication appellent généralement ces tics des « mots béquilles »« Les tics de langage, ces petits mots-moteurs », émission « Modes de vies », sur le site franceinfo.fr, 10 octobre 2011. ou « mots tuteurs ». Ils semblent avoir plusieurs fonctions : permettre la respiration du locuteur (il peut ainsi réfléchir, se détacher de son propre discours tout en le maintenant), par exemple en répétant la question d'un interlocuteur pour avoir le temps de penser à la réponse, ou bien en utilisant le mot « euh » ; éviter de se mettre en avant , en utilisant des phrases sans contenus ou génériques (ex : « c'est clair », « j'avoue », « grave »., « c'est pas faux », « carrément ») ; montrer l'appartenance à un groupe sociologique ou générationnel référant (ex : « branché », « nonobstant » ; « ça gère » ; « complexe »« Agilité : passer de "c’est compliqué" à "c’est complexe" », Véronique Teurlay, Medium Corporation, 18 mai 2016.) ; se conformer à des modes langagières (ex : « gérer », « absolument », « incontournable », « genre ».).
Exemples Employer les « euh » à profusion« Euh ! Et si vous éliminiez vos tics de langage, «au jour d’aujourd’hui» ! », Céline Deval, Cadre et Dirigeant magazine.com, 19 octobre 2015 (consulté le 8 février 2016). (onomatopée). Ponctuer ses phrases d'un « bref » en guise de liaison« "Bref", un tic de langage à faire disparaître », Alice Develey, Le Figaro.fr, 26 juin 2018. ou d'un « voilà » en guise de conclusion« Les expressions à bannir au bureau : "Voilà, voilà... Voilà ! Et voilà !" », Quentin Périnel, Le Figaro.fr, 6 février 2017.. Dire des expressions toutes faites, vides de sens (« point barre », « tu vois ce que je veux dire ? »« Ces tics de langage qui nuisent à vos entretiens d'embauche », Guirec Gombert, RégionJob.com, 27 mars 2014 (consulté le 8 février 2016)., « c’est que du bonheur ! », « j’ai envie de dire », « c’est abusé », « du coup »., « trop pas », « genre »). Dire « au jour d’aujourd’hui »« "Au jour d'aujourd'hui", tic de langage le plus affreux ! », Quentin Périnel, Le Figaro.fr, 21 octobre 2015. ou « voire même ». (tautologie, pléonasme). Dire « on est sur ... » (« aujourd'hui, on sera sur un suprême de volaille » ; « on est sur Paris », à la place de « on est à Paris »« À tous ceux qui disent "sur Paris" », Jean-Marc Proust, Slate.fr, 2 août 2017.). Dire « bon courage ! » à la place de « bonne journée ! »« "Bon courage !" et autres tics de langage dans l'air du temps », Daniel Bernard, Elodie Emery et Anne Rosencher, Marianne.fr, 30 décembre 2015 (consulté le 8 février 2016).« Les expressions à bannir au bureau : "Bon courage !" », Quentin Périnel, Le Figaro.fr, 17 octobre 2016.. Le fait de répéter deux (ou plusieurs) fois ses mots ou ses phrases. Ponctuer ses phrases d'un « du coup », « donc, du coup », « pour le coup », des expressions fourre-tout dont le sens n'est pas toujours identifiable.. Ponctuer ses phrases d'un « en fait », « finalement » ou « au final ».., que ce soit au début, au milieu ou à la fin d'une phrase, voire plusieurs fois dans la même phrase, pour renforcer une argumentation. Dire « en vrai ». au lieu de « en vérité », « en réalité » ou « je pense que ». Mais aussi dire « j'ai envie de dire » au lieu de « on pourrait dire » ou « pourrait-on dire ». Dire « après » pour marquer l’idée de concession ou de conclusion, au lieu de « dès lors », ou « cela étant »..
Politique
Personnalités anciennes On a relevé chez Démosthène des expressions récurrentes qui peuvent apparaître comme des « tics » : invocations aux dieux, locutions proverbiales telles que « être à tel mouillage », « celui qui sème recueille les fruits », « une affaire d'Eurybate » (tromperie), « la proie des Mysiens » (butin facile)Raymond Chevallier, « L'Art oratoire de Démosthène dans le Discours sur la Couronne », Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°2, juin 1960. p. 207 [www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1960_num_1_2_3896].
Dans le Dialogue des orateurs de Tacite, l'avocat Marcus Aper critique certaines tournures de Cicéron dont .
Personnalités françaises contemporaines Dans le monde de la politique française et de la haute fonction publique, les tics de langage sont nombreux, souvent liés à la communication politique« Les nouveaux poli-tics de langage », Titiou Lecoq, Slate.fr, 14 avril 2010., notamment avec l'utilisation du « langage des énarques »Andrée Girolami-Boulinier, « L'énarque et le langage courant », dans Communication et langages, année 1977, Volume 36, , pp. 5-30 (lire en ligne) sur le site Persée.fr (consulté le 8 février 2016).Frédéric Mathieu, Jamais sans ma Novlangue ! : Le décodeur de poche, autoédition, 2014, 482 p. (lire en ligne sur Google Books) (consulté le 21 mars 2016)., la langue de bois« La Ferme des énarques : les illusions perdues d'une ancienne élève », Eléonore de Vulpillières, Le Figaro.fr, 2 septembre 2015. ou les éléments de langage« Les petites phrases, des éléments de langage ? », Ambroise Bouleis, sur le site journalisme.sciences-po.fr (consulté le 8 février 2016).. Ceci reflète les tendances des individus à orienter leur discours pour influencer une certaine cible (électeur, usager, citoyen).
Nicolas Sarkozy, à l'instar de Georges Marchais, est souvent cité pour son utilisation approximative de la langue française et pour les nombreux tics de langage qui parsèment ses discours et interventions politiques« Nicolas Sarkozy parle aussi mal que Georges Marchais », Nicolas Cori, Libération.fr, 6 janvier 2011.« Quand Nicolas Sarkozy malmène le français », Juliette Cua, L'Express.fr, 15 juin 2009.« Le "parler mal" de Sarkozy, stratégie ou inculture ? », Chloé Leprince et Sylvain Malcorps, Rue89.fr, 8 janvier 2011.« Les mots de Nicolas Sarkozy , un langage de rupture », Thierry Cabarrus, suite101.fr, 8 juillet 2013.« Sarkozy à l'aise au "Petit Journal" », Le Parisien.fr, 17 mars 2012.. Emmanuel Macron s’est vu moqué dès sa campagne pour la présidentielle par son usage fréquent, tournant au tic de langage, de l'expression « en même temps »., et d'autres par la suite, regroupées sous le vocable « Macronade » (à l'image des « Raffarinades » de Jean-Pierre Raffarin). Il en est de même du néologisme « Macroner » qui désigne le fait de se montrer très inquiet d'une situation, de le dire haut et fort, mais de ne rien faire pour résoudre le problème.
Communication et marketing Comme pour la politique, dans la communication médiatisée et le marketing, on a parfois dénoncé comme étant des tics les anglicismes ou les néologismes perçus comme du jargon.
Exemples L'utilisation de termes anglophones abrégés, tirés du jargon informatique et de la communication (ASAP, B2B, B2C)« Parlez-vous la com’? Pour vous notre "Lexicom" », Touchepasamacom.fr (consulté le 18 mai 2016)., du télémarketing ou du « jargon de bureau »« Ces expressions insupportables du jargon de bureau », Adèle Bréau, Terrafemina.com, 28 avril 2013 (consulté le 8 février 2016). (« je reviens vers vous »« Ça m’énerve "Je reviens vers vous" », Emmanuèle Peyret, Libération.fr, 16 juillet 2014., « n’hésitez pas à revenir vers moi », « pas de souci »).
Confusion possible Il arrive que même les éléments de langage soient parfois désignés comme des tics, surtout en cas de désaccord politique. Ainsi, des choix qui n'ont rien d'involontaire ou incontrôlé, mais qui visent précisément à influencer une certaine cible (usager, client ou « cible » marketing, action de lobbying), ont pu être dénoncés avec l'étiquette tics de marketing, ou tics de langage : utiliser le terme « produit phytosanitaire » ou « phytopharmaceutique » à la place de pesticide« Pesticides Les produits phytosanitaires ? », Le Figaro.fr (consulté le 15 mai 2016). ; de même, dire « vidéoprotection » au lieu de vidéosurveillance« Quand la "vidéoprotection" remplace la "vidéosurveillance" », Le Monde.fr, 16. février 2010..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Élodie Mielczareck, La stratégie du caméléon - S'adapter à tous les profils grâce à la communication non verbale, Le Cherche-Midi, 2019, 224 p. Dans ce livre, la sémiologue Élodie Mielczareck décortique les tics de langage qui envahissent les conversations. Selon elle, « "Euh", "grave", "voilà"... Vos tics de langage décortiqués », Claire Conruyt, Le Figaro.fr, 17 janvier 2020.. citant Nino Amiridze, Boyd H. Davis et Margaret Maclagan (éditeurs), « Fillers, Pauses and Placeholders », Typological Studies in Language , John Benjamins, Amsterdam/Philadelphia, 2010.
Articles connexes
Barbarisme Buzzword (mot à la mode) Communication médiatisée Disfluence verbale Élément de langage Fluence verbale Franglais Mot fourre-tout Novlangue Registre familier Solécisme Tic L'article anglophone correspondant : Filler_(linguistics), donne une liste de tics dans de nombreuses langues
Liens externes « Ces tics de langage qui nuisent à vos entretiens d'embauche », Guirec Gombert, RegionsJob, « Ce que nos tics de langage disent de nous », Femme actuelle, « 8 tics de langage à faire taire d’urgence ! » La plume à poil, « Les "tics de langage", sempiternel piège à clics des journalistes », Les linguistes atterré·e·s,
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