Servais-Théodore Pinckaers OP, né le à Liège en Belgique et mort le à Fribourg en Suisse, est un théologien moraliste, prêtre catholique et membre de l’Ordre dominicain (Ordre des prêcheurs). Il a eu un impact important sur le renouveau d’une approche théologique et christologique à l’éthique chrétienne.

Biographie Servais-Theodore Pinckaers est né à Liège (Belgique) en 1925 et a grandi dans le village de Wonck (actuellement dans la commune de Bassenge) dans la Région wallonne de Belgique. Il est entré dans l’Ordre Dominicain en 1945. Il fit ses études au Studium dominicain de La Sarte (Huy), en Belgique, où il obtint sa licence en Théologie (1952) sous la direction de Jérôme Hamer, par un mémoire (tesina) intitulé « Le surnaturel chez Henri de Lubac ». Il poursuivit ses études de doctorat à la Pontificia Università San Tommaso d’Aquino (l’Angelicum) en suivant les cours de professeurs éminents tels que Reginald Garrigou-Lagrange, Paul Philippe et Mario Luigi Ciappi. Sa thèse, rédigée sous la direction du fr. Louis-Bertrand Gillon, était une étude théologique médiévale de l’espérance : « La vertu d’espérance de Pierre Lombard à saint Thomas » (1954).

Une fois achevées ses études, Pinckaers retourna au Studium Dominicain de La Sarte pour enseigner la théologie morale. Il y séjourna de 1954 à 1965 (il était à La Sarte quand, en 1958, un des confrères de la communauté, Dominique Pire, a reçu le Prix Nobel de la paix pour son travail avec les réfugiés européens de la guerre). Ce fut là que Pinckaers commença à renouveler notre conception de la théologie morale, présageant de plusieurs années l’appel du Concile Vatican II au renouveau. Les fruits de ce travail, publiés d’abord dans plusieurs articles dispersés, furent par la suite publiés dans son étude novatrice Le renouveau de la morale (1964 ; préfacé par Marie-Dominique Chenu). Ce fut aussi à La Sarte qu’il rédigea l’analyse textuelle et le commentaire des Questions 6 à 21 de la Prima Secundae (c’est-à-dire le Traité des Actes humains de S. Thomas d’Aquin) pour l’édition bilingue (latin et français) de la Somme Théologique dans la Revue des Jeunes (1961 et 1965). Pinckaers fait référence à cette période de La Sarte, à la fois comme étudiant et plus tard comme professeur, comme le moment où il met en œuvre les idées qu’il présentera et développera par la suite dans ses ouvrages. Ses principaux concepts sont : (1) la primauté de la Parole de Dieu, en tant que Parole vivante qui s’adresse à chaque génération et surpasse toute simple parole humaine ; (2) l’importance fondamentale des Pères de l’Église, spécialement de saint Augustin ; (3) la valeur durable de la méthode et des idées de saint ThomasCf. , publié dans Renouveler toutes choses en Christ: Vers un renouveau thomiste de la théologie morale, Hommage à Servis Pinckaers, o.p., Michael Sherwin, o.p. et Craig Titus, eds. (Fribourg: Academic Press Fribourg, 2009)..

Après la fermeture du Studium de La Sarte (Huy) en 1965, Pinckaers s’établit au couvent dominicain de Liège et s’engage dans un ministère pastoral pendant les huit années suivantes, années qui donnèrent forme aux questions pastorales exprimées dans nombre de ses ouvrages. Puis, en 1975, il est appelé à assumer la chaire de théologie morale fondamentale en langue française à l’Université de Fribourg (Suisse), où il enseigne pendant les 25 ans suivants. En tant que professeur émérite, il resta à Fribourg, résidant au couvent dominicain international de l’Albertinum jusqu’à son décès le . Il avait quatre-vingt-deux ansJacques Berset, "Fribourg: Décès du dominicain Servais Pinckaers, ancien doyen de la Faculté de théologie" APIC..

Ouvrage Pinckaers a œuvré pour exposer une vision complète de la théologie catholique. Il a démontré que la départementalisation académique des disciplines théologales risque de falsifier la nature de la théologie. Il a fait appel au modèle et à l’aperçu de saint Thomas d’Aquin par tirant de ses sources biblique, patristique, magistérielle et contemporaine. Ainsi, Pinckaers a rendu compte qu’une interconnexion des perspectifs philosophique, moral, spirituel et théologique est nécessaire pour faire justice : à l’agir chrétien et l’interaction entre la nature et la grâce ; à la loi et la prudence ; à l’interaction humaine et divine dans la quête du bonheur chrétien. Ses 26 livres et plus de 300 articles traitent l’agir chrétien à part entière, en visant une audience soit académique soit populaire.

Son ouvrage le plus connu est Les sources de la morale chrétienne (1985), qui a été traduit dans de nombreuses langues. Ses œuvres plus académiques incluent de nombreux articles (dans les revues comme Nova et Vetera et la Revue thomiste), ainsi que les livres suivants : Ce qu’on ne peut jamais faire. La question des actes intrinsèquement mauvais : Histoire et discussion (1986) ; L’Évangile et la morale (1991); La morale catholique (1991) ; et La vie selon l’Esprit : Essai de théologie spirituelle selon saint Paul et saint Thomas d’Aquin (1996). En 2001, il acheva une nouvelle analyse textuelle et un nouveau commentaire des cinq premières questions de la Prima Secundae (c’est-à-dire le traité de S. Thomas d’Aquin sur le bonheur) pour la seconde édition bilingue de la Somme Théologique pour l’édition de la Revue des Jeunes.

Parmi ses travaux populaires, on peut citer des mêmes plus nombreux articles (dans les journaux Sources et Kerit) ainsi que les livres suivants : La faim de l’Évangile (1977), La quête du Bonheur (1979), La justice évangélique (1986), La prière chrétienne (1989), La grâce de Marie. Commentaire de l’Ave Maria (1989), Un grand chant d’amour, La Passion selon saint Matthieu (1997), et À l’école de l’admiration (2001).

Après un temps d’inactivité relative à cause de son état de santé à la suite d'une crise cardiaque. Pinckaers rédigea À la découverte de Dieu dans les Confessions (2002), le premier de deux volumes d’une étude de la pensée de saint Augustin dont le titre général est : En promenade avec saint Augustin. Le deuxième volume est à paraître. Il publia aussi Plaidoyer pour la vertu (2007), qui a reçu une mention spéciale lors de l’octroi du Grand prix catholique de littérature pour l’année 2007. Pendant la dernière année de sa vie, Pinckaers prépara plusieurs ouvrages pour la publication, parmi lesquels Passions et vertu (2009) Cf , sur le site internet de la , université de Fribourg..

Services et honneurs Pinckaers a siégé dans plusieurs commissions romaines, y compris la Commission de rédaction du Catéchisme de l'Église catholique et de la Commission préparatoire pour l’encyclique Veritatis splendor. De 1989 à 2005, il a été consulteur de la Congrégation pour l'éducation catholique. De 1992 à 1997, il a été membre de la Commission Théologique Internationale.

En 1990, il a été nommé Magister Sacrae Theologiae, l’honneur académique le plus élevé décerné par l’Ordre dominicain. En 2000, il a reçu un doctorat « honoris causa » en « Théologie du mariage et de la famille » de l’Université pontificale du Latran.

Vue d’ensemble 1925. Est né à Liège, Belgique (le ). A grandi dans le village de Wonck (actuellement dans la commune de Bassenge) dans la Région wallonne de Belgique 1945. Entre dans l’Ordre dominicain (après d’avoir étudié une année dans le séminaire diocésain). 1946-1952. Étudie la philosophie et la théologie au Studium dominicain de La Sarte, Huy, en Belgique. 1951-52. Licence en théologie sacrée (S.T.L.), sous la direction de Jérôme Hamer, son mémoire (tesina) est intitulé « Le surnaturel chez Henri de Lubac » (La Sarte: S.T.L. tesina, 1952). 1951 (le lundi de Pâques ). Est ordonné prêtre, au couvent dominicain de La Sarte. 1952-1954. Étudie pour le doctorat en théologie sacrée à l’Université Pontificale de S. Thomas d’Aquin (Angelicum) à Rome. A suivi des cours de professeurs éminents tels que Reginald Garrigou-Lagrange, Paul Philippe et Mario Luigi Ciappi. 1954. Achève sa thèse, rédigée sous la direction du fr. Louis-Bertrand Gillon, une étude théologique médiévale de l’espérance, intitulée « La vertu d’espérance de Pierre Lombard à saint Thomas ». 1954-1965. Professeur de théologie morale fondamentale au Studium dominicain, à La Sarte, Huy, Belgique. 1965-1972. Ministère pastoral (prédication et direction spiritual) au couvent dominicain à Liège, Belgique. 1966-19772. Prieur du couvent. 1972-1973. Professeur extraordinaire à la faculté pontificale de théologie de l’Université de Fribourg (Suisse). 1973-1975. Ministère pastoral au couvent dominicain à Liège. 1975-1997. Professeur de théologie morale fondamentale à la faculté pontificale de théologie de l'Université de Fribourg. 1975. Cofondateur de la revue Sources, avec Guy Bedouelle, OP, Georges Cardinal Cottier, OP, Raphaël Oechslin,OP. 1983-1990 et 1996-1999. Prieur de l’Albertinum à Fribourg (Suisse). 1989-1991. Doyen de la faculté de théologie de l'Université de Fribourg. 1989-2005. Consulteur à la Congrégation pour l'éducation catholique (nommé par le pape Jean Paul II, ). Membre de la commission de rédaction du Catéchisme de l'Église catholique (1992), contribué à la section morale. Membre de la commission préparatoire pour l’Encyclique Veritatis Splendor (1993). 1990. Est nommé Magister de Sacra Theologia (l’honneur académique le plus élevé décerné par l’Ordre dominicain). 1990. Festschrift pour son soixante-cinquième anniversaire, Novitas et Veritas Vitae : Aux sources du renouveau de la morale chrétienne . 1990-1991. Direction de recherches de la thèse de doctorat d'herméneutique sacrée "Le rapport religieux et politique judeo-chaldéen dans le récit historique et les finalités prophétiques vétéro-testamentaires" (Wladimir Di Giorgio, non publiée /imprimatur vaticana interne ). 1992-1997. Membre de la Commission Théologique Internationale, Vatican. 1996. Leçon d’adieu à l'Université de Fribourg (). Comme Professeur émérite, il a continué à enseigner à l’Université de Fribourg jusqu’à ce que son successeur (Jean-Louis Bruguès, OP (ensuite évêque d'Angers, puis archevêque et secrétaire de la Congrégation pour l'éducation catholique, puis archiviste et bibliothécaire du Vatican), ait pris la chaire en automne 1997. 2000. Doctorat « honoris causa » en « Théologie du mariage et de la famille » de l’Université pontificale du Latran (en présence du Cardinal Camillo Ruini, Grand Chancelier de l’Université et le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État du Vatican). 2005. Colloque pour le du P. Pinckaers, suivi d'un Festschrift : Renouveler toutes choses en Christ. Vers un renouveau thomiste de la théologie morale. Hommage à Servais Pinckaers, OP.

Bibliographie Livres Notes et appendices de : S. Thomas d’Aquin, Les actes humains (Somme théologique, Ia–IIae, qq. 6-17), vol. I. Éditions de La Revue des jeunes, Paris, Cerf, 1961. Le renouveau de la morale. Etudes pour une morale fidèle à ses sources et à sa mission présente, Préface par M. D. Chenu, Tournai, Casterman, 1964. Traduction italienne : Il rinnovamento della morale. Studi per una morale fedele alle sue fonti e alla sua missione attuale, Turin, Borla, 1968. Traduction espagnole : La renovación de la moral. Estudios para une moral fiel a sus fuentes y a su cometido actuel, Estella, Verbo Divino, 1971. Traduction et commentaires de: S. Thomas d’Aquin, Les actes humains (Ia–IIae, qq. 18-21), vol. II. Éditions de La Revue des jeunes, Paris, Cerf, 1965. La faim de l’Evangile, Paris, Téqui, 1977. Traduction italienne : La via della felicità. Alla riscoperta del Discorso della montagna (trad. Agostino Donà), Milan, Edizioni Ares, 1997, section II.La quête du bonheur, Paris, Téqui, 1979. Traduction italienne : La via della felicità. Alla riscoperta del Discorso della montagna (trad. Agostino Donà), Milan, Edizioni Ares, 1997, section I. Traduction anglaise : The Pursuit of Happiness—God’s Way: Living the Beatitudes, New York, Alba House, 1998.