L'histoire centrée sur la situation des femmes au Moyen Âge permet d'enrichir l'historiographie. En effet, la plupart des textes sources, qui servent aux historiens et aux historiennes, sont écrits par des hommes. À cela s'ajoute le fait que l'histoire a longtemps été une discipline dont les auteurs étaient majoritairement des hommes, ce qui a pu induire un regard particulier sur les événements.

La majorité des hommes et des femmes du Moyen Âge vivent dans un milieu rural, dans un ensemble social qualifié de société d'ordres puisque l'ensemble de la société est divisée en trois ordres : paysans, nobles et clercs.

Des villes émergent à partir du et le commerce se développe. La société se transforme et un nouveau modèle social se forge. . Durant toute cette période, la religion structure fortement la société, les institutions religieuses œuvrent dans de multiples domaines (instruction, soins, aide des pauvres) et interagissent avec la population laïque à divers niveaux.

Les événements familiaux qui rythment la vie des femmes

L'enfance gauche|vignette|upright|Le présidial au grand bailliage ; adoption d'enfants. Fac-similé dune gravure sur bois de l'ouvrage de J. Damhoudère : Refuge et garand des pupilles, orphelins. (Anvers, J. Bellere, 1567). Au cours de la période des « relevailles » de la mère, qui dure une quarantaine de jours après son accouchement, c'est le père qui, en plus de son travail, s'occupe de tout le quotidien de la maison et de la famille, à moins qu'il puisse payer une servante pour le faire, ce qui n'est pas le cas de la majorité des familles. Si les autres enfants sont assez âgés, ils participent aux soins des petits. Le père a un rôle important dans les soins, l'éducation, la protection et la formation des enfants. Dans les milieux populaires, il donne le bain aux bébés, leur fait et donne à manger, il joue avec eux, les surveille et les soigne. C'est cependant la mère qui fait le plus gros du travail autour des jeunes enfants. L'allaitement dure longtemps. L'éducation morale et religieuse des enfants est essentiellement faite par la mère, notamment en milieu rural. En ville, les mères enseignent parfois les bases de l'instruction intellectuelle à leurs enfants ; les filles aussi peuvent recevoir une éducation et nombre d'épouses de petits artisans du savent lire, écrire et compter et aident leur mari. Durant l'enfance, filles et garçons des paysans accompagnent leur père pour les travaux des champs, aux vendanges ou marché pour vendre les produits. Filles et garçons sont égaux face aux tâches domestiques, seul l'aîné de tous les enfants a une responsabilité supplémentaire qui est de veiller sur les autres. Cependant, les rôles des enfants leur sont appris : les filles restent davantage dans l'espace de la ferme pour seconder leur mère, tandis que les garçons dès 8 à 10 ans aident leur père dans les champs, au bois, pour la tonte des moutons, au marché et apprennent les gestes et implications de son métier. Les filles peuvent aussi être amenées à apprendre des métiers de fileuse, tisseuse, couseuse de toile de lin, broderie, décorations en perles.

Bien que la naissance d'un garçon comme premier-né soit socialement plus valorisée que celle d'une fille, du fait d'une organisation sociale dans laquelle le mariage des filles coûte cher, les enfants des deux sexes sont généralement autant aimés les uns que les autres. Les filles sont éduquées dans la perspective de développer des qualités morales, la fidélité à leurs parents et sont complimentées sur certaines de leurs caractéristiques physiques (beauté ou robustesse, par exemple). Dans certains systèmes juridiques d'héritage, en France et en Europe, elles sont placées à l'égal des garçons, mais pas dans tous.

Dans les familles les plus pauvres, les nouveau-nés sont installés dans un couffin d'osier mis dans le lit conjugal ou suspendu au-dessus dans un hamac. Les artisans qui peuvent se le permettre achètent un berceau. Les enfants des citadins les plus riches ont une chambre bien à eux, dans un lieu abrité et aéré de l'habitation et avec du mobilier adapté à leur taille. Les vêtements sont spécifiques mais asexués jusqu'à ce que l'enfant ait 2 à 3 ans. Les familles pauvres comptent des jouets fabriqués avec des objets de récupération ou issus de la nature, parfois fabriqués par les parents à temps perdu, et des poupées de chiffons et de paille ; les petits jouent dans la nature et participent aux fêtes et aux danses. Les enfants des familles riches ont eux nombre de jouets : dînettes, poupées, sculptées, soldats de plomb, et ils peuvent assister aux spectacles de marionnettes. Certains jouets préparent aux métiers et rôles sociaux qu'auront les enfants plus tard, en fonction de leur famille et de leur milieu : charrettes en bois miniatures pour le paysan, bateaux en bois pour le marin.

Le sentiment de l'enfance au Moyen Âge est aussi lié au culte religieux et à l'image de l'Enfant Jésus et de sa famille.

Au Moyen Âge, en Europe occidentale, à 12 ans les filles deviennent majeures, tandis que les garçons entrent dans une période de pré-majorité qui dure jusqu'à leurs 14 ans.

L'accès à l'instruction dépend de la situation familiale vignette|Geoffroi de La Tour Landry enseignant à ses filles, enluminure d'un manuscrit du Livre pour l'enseignement de ses filles, un traité didactique du écrit à l'intention des jeunes filles nobles.

Ce sont les parents et les nourrices qui permettent les premiers apprentissages des enfants. Quand vient l'âge d'apprendre les bonnes manières, les aristocrates utilisent pour certains les conseils de traités, livres dont l'usage se répand ensuite auprès des bourgeois citadins au . L'enseignement religieux fait également partie de l'éducation. Dans le peuple, la différence d'éducation entre les filles et certains garçons se fait par la suite, les garçons pouvant continuer leur instruction religieuse au presbytère en vue du sacerdoce.

Bien que plusieurs universités aient été créées à la fin du , les femmes n'y ont pas accès, ni pour étudier, ni pour enseigner.

Les auteurs médiévaux ne sont pas unanimes sur les apprentissages féminins. Certains prétendent qu'il ne faut surtout pas apprendre quoi que ce soit aux filles, comme Philippe de Novare qui écrit vers le milieu du : « Il n'est pas bien que les filles sachent lire et écrire, à moins de vouloir être religieuse car elles peuvent, lorsque l'âge viendra, écrire ou recevoir des billets doux ». À la même époque, parmi les religieux, le dominicain Vincent de Beauvais est, au contraire, tout à fait favorable à l'éducation des filles pour leur éviter d'avoir des mauvaises pensées. Un siècle et demi plus tard, Christine de Pisan, dans La Cité des Dames, défend une égalité des dispositions naturelles : « Si c'était la coutume d'envoyer les petites filles à l'école et de leur enseigner méthodiquement les sciences comme on le fait pour les garçons, elles apprendraient et comprendraient les difficultés de tous les arts et de toutes les sciences aussi bien qu'eux ». En revanche, tout le monde est d'accord pour dire que le latin n'est pas une affaire de femmes. Le chevalier de La Tour Landry écrit pour ses filles un traité d'éducation morale entre 1371 et 1373, où il explique qu'elle doivent apprendre le français. À la fin du , l'auteur du Ménagier de Paris conseille aussi à sa jeune épouse de lire des romans, « de bons livres en françois »Isabelle Heulland-Donat, « Ce que savoir lire (et écrire) veut dire », L'Histoire, septembre 2019, p. 55.

Le mariage

vignette|upright|Sans titre, dit en français Le Mariage des Arnolfini, Les Époux Arnolfini, ou Arnolfini et sa femme. Portrait par Jan van Eyck datant de 1434. Vers la fin du Moyen Âge, l'âge minimum des fiançailles est fixé à 7 ans et l'âge du mariage à 12 ans par le droit ecclésiastique. Les garçons ne peuvent pas se marier avant 14 ans. L'Église a pourtant la possibilité de faire des exceptions lorsque l'union peut rétablir la paix entre deux familles. Se marier jeune est normal à cette époque où la durée de vie et donc la durée de la jeunesse sont très courtes. Pendant l'Ancien Régime, il n'y a plus que 4 % de femmes qui se marient avant 17 ans. Les femmes les plus jeunes sont majoritairement issues de classes élevées, et se marient avec des hommes souvent beaucoup plus âgés. Dans les familles plus modestes, les mariés ont des âges plus proches. Les âges moyens au mariage durant les trois derniers siècles du Moyen Age sont entre 17 et 19 ans pour les filles et entre 27 et 30 ans pour les garçons.

Saint Augustin a exprimé en trois mots les objectifs du mariage : progéniture, fidélité, sacrement. La progéniture n'est elle-même pas indispensable, aucune disposition du droit canon n'interdisant de se marier passé l'« âge canonique »Âge canonique. La stérilité n'entraîne pas la nullité d'un mariage, bien que sa non-consommation puisse le faire.

L'amour n'est pas un fondement de l'union, mais un effet fréquent de vie commune, comme dans une famille. Le mariage est vu précisément comme une union de deux familles, qui apaise les disputes et y entraîne souvent la paix. Comme dans les sociétés primitives, donner une femme en mariage est la plus commune et plus simple méthode de forger des liens entre clans et nations. Elle l'est aussi de constituer un patrimoine apportant une meilleure sécurité dans un monde incertain.

Des cadeaux, champs, troupeaux, familles de travailleurs liés au domaine ou bijoux sont parfois offerts pour dédommager la famille de la femme. Mais parfois offerts par celle-ci, certaines sociétés estimant que la femme sera tellement chère à entretenir que son père doit payer pour s'en défaire. Les biens apportés par le mari sont appelés « douaire ». Ceux déboursés par la famille de la mariée, « dot ». Ces pratiques sont si courantes, qu'un mariage sans dot ou douaire n'est pas considéré comme valable. Les pauvres s'échangent aussi des biens pour le mariage, même si ces cadeaux ne sont alors que symboliques. Les transactions matérielles sont bien au centre de l'engagement. Le banquet de noces où se retrouvent parents, alliés et amis fait partie du même rite. Les familles dépensent sans compter pour satisfaire les convives en nourriture, vins et spectacles.

La douaire étant majoritaire en Occident au début du Moyen Âge, il est remplacé peu à peu par la dot vers le . Ce changement bouleverse la nature sociale du mariage et les stratégies matrimoniales. Alors que le douaire était relatif à l'hypergamie, les femmes épousant des hommes de rang inférieur, et que la femme en est l'usufruitière, la dot rend l'hypogamie majoritaire, ce n'est alors plus un jeune homme ambitieux qui achète son ascension sociale, mais la famille de la mariée. La femme est donc inférieure à son mari, ce qui détériore sa condition. Les filles dotées n'ont plus accès à l'héritage de leur père, les maris ont plus de pouvoir sur les biens de leur couple et quelquefois même la tutelle ou curatelle des enfants est retiré aux mères veuves. Si le mari meurt avant l'épouse, la dot revient à l'épouse ou à ses parents. La femme est alors presque considérée comme une mineure tout le long de sa vie, passant de l'autorité de son père à celle de son mari.