La centrale thermique de Tracy est une centrale thermique au mazout lourd d'une capacité de construite à compter de 1962 par la puis complétée par Hydro-Québec après l'étatisation des compagnies d'électricité au Québec. Mise en service entre 1964 et 1968, elle est située sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Sorel-Tracy, une ville de la Montérégie.
Utilisée principalement comme centrale de pointe, la centrale thermique de Tracy est particulièrement sollicitée par période de grand froid. En plus de répondre aux besoins ponctuels en hiver, elle a servi plusieurs fois à suppléer aux baisses de niveau des grands réservoirs nordiques de la société Hydro-Québec.
Malgré son exploitation sporadique, la centrale a souvent été pointée du doigt en matière de pollution de l'air, étant une source importante de dioxyde de soufre (), d'oxyde d'azote (), de particules fines et de dioxyde de carbone (). Certains ont reproché à la société d'y produire de l'électricité pour la vendre sur les marchés d'exportation en profitant des bas prix du combustible à certaines époques.
La centrale a mis fin à ses opérations à l'hiver 2010-2011 et a été fermée définitivement le en vue de son démantèlement, qui a été achevé en .
Localisation La centrale est située dans l'ancienne ville de Tracy sur le bord du fleuve Saint-Laurent, à au nord-est de Montréal. Fondée en 1954, la municipalité, qui est séparée de Sorel par la rivière Richelieu, a une vocation industrielle et navale. Le chantier naval de Marine Industries s'y établit en 1937. D'autres industries lourdes de sidérurgie et métallurgie choisissent également l'endroit.. Tracy devient un secteur de Sorel-Tracy après la fusion des deux villes, en 2000..
La propriété d'Hydro-Québec a pour adresse le 12125, route Marie-Victorin. La centrale a été construite sur un terrain de , qui enjambe la route 132 et une voie ferrée du Canadien National, à en amont du centre-ville de Sorel..
Histoire
thumb|left|Vue aérienne de Sorel-Tracy.|alt=Photo aérienne qui montre la ville de Sorel-Tracy, le fleuve Saint-Laurent et les Îles de Sorel.
La construction de cette centrale au mazout a été entreprise au début des années 1960 par la (SWP) afin de répondre à l'augmentation de la demande d'électricité et de compenser le faible potentiel de développement hydroélectrique résiduel de la rivière Saint-Maurice. De plus, l'entreprise réussit difficilement à obtenir des approvisionnements fermes supplémentaires de la société d'État Hydro-Québec. En , la société informe la SWP qu'il sera impossible de lui vendre davantage, disant avoir de la difficulté à couvrir les besoins de son propre réseau de distribution..
La SWP entreprend des études en vue d'ériger une centrale thermique au mazout de qui serait construite à Tracy au coût de 45 millions de dollars canadiens.. La centrale, conçue pour procurer une puissance d'appoint aux centrales de la rivière Saint-Maurice., devait être alimentée par les résidus de l'usine pétrochimique construite à Varennes par une autre filiale du groupe, la ..
En , l'entreprise aborde le sujet lors d'une rencontre avec le ministre des Ressources hydrauliques, Daniel Johnson, qui accueille l'idée de manière . Ce dossier et le projet de construire la centrale des Rapides-des-Cœurs en Haute-Mauricie, restent en suspens à la veille d'une élection prévue en 1960.
Le nouveau premier ministre du Québec, Jean Lesage, donne son accord à la Shawinigan en , en assortissant toutefois son approbation à l'aménagement dans les plus brefs délais des rapides des Cœurs et l'érection de l'usine pétrochimique à Varennes.. La construction de la centrale et de l'usine pétrochimique sont annoncées le .. Les travaux de la première phase de la centrale débutent en , sous la direction de l'entrepreneur général , de Philadelphie. et emploient 800 ouvriers..
Elle est complétée après la prise de contrôle de la Shawinigan par Hydro-Québec dans le cadre de la deuxième phase de la nationalisation de l'électricité en 1963. Deux groupes supplémentaires sont ensuite commandés par Hydro-Québec. qui en confie la construction à Shawinigan Engineering. Les travaux débutent en pour se terminer en .
Dans un fascicule publié par son service des relations publiques peu après la mise en service du second groupe, à l'été 1965, Hydro-Québec motive sa décision en évoquant des , ajoutant que le rôle de la centrale sera appelé à varier au fil des ans. Moins coûteuse à construire qu'une centrale hydroélectrique et située plus près des marchés de consommation, elle peut selon les circonstances produire en pointe, remédier aux pannes de production ou de transport, compenser le manque d'eau en période de faible hydraulicité ou participer au réglage de la tension en faisant tourner les génératrices pour fournir de la puissance réactive au réseau..
La transition entre l'ancien et le nouveau propriétaire complique un peu les choses pendant la construction. Les deux groupes construits pour la SWP doivent être séparés par un mur de ceux commandés par Hydro-Québec, puisque les détenteurs d'obligations de la Shawinigan exigent que les actifs de la nouvelle filiale d'Hydro-Québec restent distincts de ceux de la société d'État..
Caractéristiques techniques
thumb|Les cheminées de la centrale.|alt=Gros plan sur quatre grandes cheminées rouges et blanches. thumb|Les réservoirs de carburant situés en face de la centrale.|alt=Un immense réservoir de carburant situé à l'arrière d'une route. thumb|Le poste électrique de la centrale.|alt=Deux rangées parallèles de pylônes électriques.
Les centrales thermiques jouent un rôle secondaire dans le réseau de production d'Hydro-Québec, dominé par la production hydroélectrique. En 2009, la production thermique non nucléaire constitue 4,4 % de la puissance installée totale, mais ne produit que , ce qui ne représente que 0,3 % de la production totale de l'entreprise..
Plus coûteuses et plus polluantes que les centrales hydroélectriques, les centrales thermiques sont surtout utilisées pour produire de l'énergie lors des périodes de pointe sur le réseau électrique québécois. D'autres desservent des régions isolées qui ne sont pas connectées au réseau principal et sont à la tête de réseaux autonomes..
Une centrale thermique comme celle de Tracy convertit l'énergie contenue dans le mazout lourd en chaleur, en mouvement, puis en électricité. Le brûlage du combustible vaporise de l'eau et la vapeur actionne une turbine en se détendant. L'action de la turbine fait tourner le rotor d'un alternateur et produit de l'électricité. L'eau retourne à l'état liquide et est réutilisée pour un autre cycle..
Avant d'arriver dans la chaudière, l'eau est préchauffée à six reprises pour passer de à et dégazée avant d'entrer dans la chaudière à une température de , voisine de l'ébullition sous pression..
Les chaudières sont imposantes. Chacune d'entre elles mesure à sa base et s'élève à une hauteur de , l'équivalent d'un édifice de .. Au sommet, la chaudière comporte un ballon d'une longueur de dans lequel l'eau et la vapeur saturée sont séparées. La chaudière est chauffée par 16 brûleurs, quatre à chaque coin, qui peuvent être rétractés et s'incliner pour régler la température de la vapeur.. La vapeur atteint l'état de gaz parfait à .. et une pression de après un passage dans le surchauffeur.
À sa puissance nominale, la centrale consomme de mazout lourd à l'heure.. Une dizaine de réservoirs de stockage de carburant de sont situés derrière la centrale.. Ils sont alimentés en combustible à partir des raffineries de Montréal ou de Lévis par pétrolier ou chemin de fer..
Chaque groupe de la centrale est conçu pour démarrer à chaud en 20 ou 30 minutes. Un démarrage à froid peut prendre entre deux et trois heures. Il s'agit d'une opération délicate puisque toutes les pièces de la turbine doivent être chauffées de manière relativement uniforme afin d'empêcher des déformations du métal.. Le bon déroulement de cette opération s'accompagne de plus de 70 étapes et est contrôlé par des automatismes séquentiels afin d'éviter les fausses manœuvres. Les mêmes précautions doivent être prises lors de l'arrêt de la production afin de refroidir les machines de manière que les pièces ne gauchissent pas..
La centrale est reconnaissable à ses quatre cheminées hautes de .. Les cheminées, encadrées de soupapes de sécurité, ne s'élèvent qu'à au moment de l'ouverture dans les années 1960. Elles sont rallongées en 1980, en réponse à des considérations environnementales. Sa production maximale annuelle est limitée à en raison de la réglementation sur la pollution de l'air.
Les chaudières de la centrale sont conçues pour être converties au charbon dans l'éventualité où ce combustible devienne une solution plus économique. Des espaces pour l'équipement de chauffe et un parc à charbon sont prévus dans les plans..
Le pylône électrique près de la centrale a une hauteur de , ce qui en fait le plus haut au Québec.. Il appartient à une ligne de qui traverse le fleuve Saint-Laurent. Le poste de départ de la centrale est relié au réseau par quatre lignes à à des postes à Boucherville, Varennes, Contrecœur, Carignan (lignes 2320 et 2322) et Sorel-Tracy (lignes 2332 et 2336) ..
L'usine de Tracy a été la seule grande centrale thermique dans le parc de production d'Hydro-Québec — qui a compté aussi trois turbines à gaz, les centrales de Bécancour, La Citière et Cadillac, à son parc de production intégré en 2011 — et elle a longtemps constitué la principale source d'émission de polluants atmosphériques du producteur d'électricité québécois..
Exploitation thumb|L'entrée principale de la centrale.|alt=Des portes vitrées à l'entrée d'un bâtiment de couleur brune. Un logo jaune formé d'un Q et d'un éclair orne la façade.
La centrale de Tracy a une vocation de centrale de pointe. Elle a donc principalement été ouverte en hiver pour répondre aux besoins supplémentaires du chauffage électrique. Elle a également connu des périodes d'activité prolongées entre 1989 et 1991, en 1998, 2003 et 2004 en raison de la faible hydraulicité et d'une baisse conséquente des volumes d'eau emmagasinés dans les réservoirs.
Depuis les années 1980, des voix se font entendre pour réclamer la fermeture de la centrale chaque fois qu'elle est mise en opération pour une période prolongée.. Les résidents se plaignent en particulier du bruit et des odeurs..
En , la ministre de l'Énergie, Lise Bacon, demande à Hydro-Québec d'examiner la possibilité de convertir la centrale au gaz naturel, autant pour réduire ses rejets de dioxyde de soufre () que par mesure d'économie — l'entreprise débourse alors le baril pour le mazout lourd alors que l'équivalent en gaz lui aurait coûté ..
En 1992, Hydro-Québec annonce qu'elle s'engage dans un programme de modernisation de de dollars canadiens, qui inclut la conversion des brûleurs à la bi-énergie gaz naturel/pétrole en 1994 et 1995.. La centrale ayant été peu utilisée entre 1992 et 1997, le programme de réfection est revu à la baisse, diminuant de . Après avoir évoqué la possibilité de fermer la centrale à l'été 1996 dans le cadre d'un programme de réduction des dépenses de l'entreprise, Hydro-Québec met en veilleuse deux des quatre groupes. et écarte la conversion des brûleurs au gaz naturel qui ..
Périodes d'utilisation intensive thumb|La centrale a été exploitée en base entre juin 2003 et mai 2004 en raison d'importants déficits d'hydraulicité.|alt=Arrière de la centrale de Tracy, un bâtiment industriel avec 4 cheminées. À gauche, on voit un gros pylône électrique.