vignette|redresse=1.5|Procession armée de la Ligue catholique à Paris en 1590, musée Carnavalet. vignette|Gravure du , Luther dépeint comme un monstre à sept têtes. vignette|Affiche contre Luther, le diable lui souffle à l'oreille
L'antiprotestantisme en France est la dénonciation, la répression ou la persécution du protestantisme en France depuis la Réforme protestante jusqu'au .
En 1521, la Sorbonne condamne certaines propositions extraites des écrits de Luther. Deux ans plus tard, en 1523, Jean Vallière est condamné au bûcher : c'est le premier martyr protestant en France. En 1547, Henri II crée la Chambre ardente pour poursuivre et condamner les délits d'hérésie liés à la Réforme. Elle prononcera 450 condamnations de 1548 à 1550, dont 60 à la peine de mortFrancis Higman, op. cit., p. 190..
Dans les édits royaux du , le protestantisme est appelé systématiquement R.P.R. (Religion prétendue réformée). Certains parlements ont tardé à enregistrer l'Édit de Nantes et son application n'a pas toujours été paisible : à Rennes, le temple a été incendié en 1613, 1654, 1661 et 1675.
En 1681, Géraud de Cordemoy publie la Conférence entre Luther et le diable au sujet de la messe avec ses commentairesConférence entre Luther et le diable au sujet de la messe, commentaires de Géraud de Cordemoy et Nicolas Lenglet Du Fresnoy, éditeur Isidore Liseux, 1875, p. 2., republié et largement diffusé dès 1875 par Isidore Liseux avec les commentaires en sus de Nicolas Lenglet Du Fresnoy.
En , l'évêque Bossuet célèbre Louis XIV et la révocation de l'édit de Nantes, ce , dans son oraison funèbre du chancelier Le Tellier : . En 1688, Bossuet publie lHistoire des variations des Églises protestantes, ouvrage où il attaque le protestantisme sous l'angle doctrinal et qui connaît de nombreuses rééditions.
Catholique et ultramontain, Joseph de Maistre accuse le protestantisme d'être un facteur de dissolution. Dans un ouvrage écrit en 1798, il écrit : Joseph de Maistre, Réflexions sur le protestantisme dans ses rapports avec la souveraineté, Turin, 1798..
En Languedoc et alentour, la Révolution ravive les oppositions confessionnelles. Lors de la Terreur blanche de 1815, le temple de Saint-Affrique est dévasté par une foule qui brûle son mobilier. Le sous-préfet refuse de rembourser les dégâts, alléguant les dégâts révolutionnaires commis contre les églises catholiques, et qu'il impute aux protestants. À Senneville (commune de Guerville), la chapelle protestante est fermée de 1842 à 1845, et le pasteur Napoléon Roussel est condamné par le tribunal de Mantes. Dans la même région, le maire de Gommecourt déclare : « Je regarde le protestantisme comme un vrai fléau ». De 1854 à 1856, le culte protestant est interdit en Haute-Vienne, notamment à Villefavard et Châteauponsac : temples et écoles sont fermés, le pasteur Barbezat de Rancon meurt d'apoplexie. Ces interdictions touchent des communautés protestantes récentes.
À Saint-Brieuc, le préfet des Côtes-du-Nord interdit l'exercice du culte protestant en , après une plainte de l'évêque.
En 1858, Louis-Gaston de Ségur publie en France Causeries familières sur le protestantisme d'aujourd'hui*Louis-Gaston de Ségur, Causeries familières sur le protestantisme d'aujourd'hui, par Mgr de Ségur, Paris et Lyon : Pélagaud, 1858, in-18, 246 p.. En 1881, le romancier Émile Zola dénonce le protestantisme dans une tribune au Figaro : . Zola oppose le protestantisme au , et il y voit une entrave au rationalisme.
Le polémiste Ernest Renauld, à la fin du , publie deux livres s'attaquant au protestantisme en France. Son action s'inscrit dans le cadre de l'affaire Dreyfus, où bon nombre de protestants ont soutenu Alfred Dreyfus, comme le sénateur Scheurer-Kestner ou Francis de PressenséAkadem, L’antiprotestantisme pendant l’Affaire. Charles Maurras se profile comme un adversaire du protestantisme, considérant les protestants comme des adversaires de la nation. Pour certains milieux nationalistes, le « péril » protestant menace l'identité française et cherche sournoisement à dénationaliser le pays. Le protestantisme formerait un parti et fomenterait un complot dont les alliés seraient des nations protestantes comme la Grande-Bretagne et l'AllemagneComment sortir des doctrines de haine : le regard de la sociologie historique, site du CNRS.. L'ancien boulangiste Georges Thiébaud a tenté lui aussi de donner une orientation antiprotestante au nationalisme français.
Une politique antiprotestante à Madagascar L'antiprotestantisme se traduit par des actes dans le cas de Madagascar, objet d'une rivalité coloniale franco-anglaise. Les missions protestantes étant assimilées à l'influence britannique, elles sont visées après la conquête de l'île en 1895, reprise en main par Gallieni. Des temples sont fermés, ainsi que l'université protestante, l'académie de médecine, l'hôpital protestant. Le ministre et pasteur Rainandriamampandry est fusillé en 1896 après une parodie de procès. L'insurrection des Fahavalos, qui avait donné le prétexte de cette répression, est présentée de manière biaisée par la presse française, qui ne parle que des églises catholiques détruites et fait le silence sur les temples incendiés.
En 1907, le gouverneur Augagneur est félicité par le Grand Orient de France pour son action contre les missions protestantes, Marc Spindler, « L'antiprotestantisme à Madagascar 1895-1913 », p. 153..
Alphonse Magniez, ancien capitaine de l'armée française, s'attaque au protestantisme dans un essai publié en 1921Alphonse Magniez, Les Faux Prophètes du protestantisme ou la fausseté du protestantisme démontrée par ses auteurs et par son origine, A. Taffin-Lefort, 1921..
En 1976, l'écrivain et journaliste Robert Beauvais publie un pamphlet, Nous serons tous des protestants, où il tente de démontrer une mainmise protestante sur la France. Des traces d'antiprotestantisme subsistent à la fin du et au début du , comme l'usage systématiquement péjoratif du mot . Dans son ouvrage La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, l'historien Fernand Braudel oppose l'humilité de la mort du souverain espagnol à .
Notes et références
Bibliographie Ouvrages anciens Anatole Leroy-Beaulieu, Les Doctrines de haine : l'antisémitisme, l'antiprotestantisme, l'anticléricalisme, Paris, Calmann-Lévy, 1902. Alfred Rébelliau, Bossuet, historien du protestantisme. Étude sur l'"Histoire des variations…", Paris, Hachette, 1891, sur l'ouvrage de Jacques-Bénigne Bossuet (Histoire des variations des Églises protestantes, 1688) ; article de Ferdinand Brunetière, « Bossuet, historien du protestantisme », Revue des deux Mondes, 1892, sur Wikisource.
Études contemporaines Ouvrages généraux Jean Baubérot, Marianne Carbonnier-Burkard , Histoire des protestants. Une minorité en France (- siècle), Ellipses Marketing, 2016. .
L'antiprotestantisme au .
L'antiprotestantisme aux Élisabeth Labrousse, Une foi, une loi, un roi ? La révocation de l’édit de Nantes, Paris, Payot / Genève, Labor et Fides, 1985. Bernard Dompnier, Le venin de l'hérésie : image du protestantisme et combat catholique au , Paris, Le Centurion, 1985.
L'antiprotestantisme aux Jean Baubérot et Valentine Zuber, Une haine oubliée : L'antiprotestantisme avant le « pacte laïque » (1870-1905), Albin Michel, , 02/02/2000 ; Présentation sur cairn.info. André Encrevé et Michel Richard, Les Protestants dans les débuts de la Troisième République, Société d'histoire du protestantisme, 1978. Sébastien Fath, Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France de 1800 à 2005, Genève, Labor et Fides, 2005 , .
Annexes
Articles connexes Antichristianisme Anticléricalisme Anticatholicisme Antisémitisme Protestantisme en France
Liens externes
« L'antiprotestantisme pendant l'Affaire » sur Akadem « L'antiprotestantisme » sur museeprotestant.org Steven C. Hause, « Anti-Protestant Rhetoric in the Early Third Republic » sur jstor.org, French Historical Studies, Vol. 16, No. 1 (Spring, 1989), p. 183-201, Duke University Press
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