thumb|La ligne rouge montre les lieux rapportés par Benjamin Morrell de la côte du Nouveau-Groenland méridional (1823), et le montre « l'apparition » signalée par James Clark Ross en 1843. La ligne en pointillé désigne le trajet du capitaine Johnson en 1821.

Le Nouveau-Groenland méridional., ou Groenland méridional., appelé en anglais, est une terre fantôme consignée en par le capitaine américain Benjamin Morrell lors d'un voyage d'exploration et de chasse aux phoques en mer de Weddell, dans l'océan Austral, à bord de la goélette Wasp. Également connue sous le nom de terre de Morrell, ou Morrell’s Land en langue anglaise, elle est mentionnée dans son récit intitulé A Narrative of Four Voyages, écrit neuf ans plus tard : l'auteur y fournit les coordonnées précises mais aussi une description sommaire de cette terre qu'il aurait longée sur plus de .

Au moment du voyage de Morrell, la géographie de la mer de Weddell est approximative et ses côtes presque entièrement inconnues, ce qui rend plausible la découverte d'une terre. Toutefois, la réputation d'affabulateur dont souffre l'auteur et les erreurs manifestes dans le compte-rendu de son voyage mettent à mal sa crédibilité et sèment le doute quant à ses diverses revendications. Comme la zone est peu visitée à l'époque et la navigation difficile en raison du pack, l'existence de cette prétendue terre ne fit jamais l'objet d'une enquête sérieuse avant d'être catégoriquement démentie au cours des expéditions antarctiques du début du . En , l'explorateur allemand Wilhelm Filchner cherche sans succès des signes de l'existence d'une terre, après que son navire Deutschland se bloque dans les glaces et dérive vers la région décrite par Morrell. Un sondage révèle que le fond de la mer y atteint une profondeur de plus de , donc sans terre qui puisse se trouver à proximité. Trois ans plus tard, pris au piège dans les mêmes eaux avec son navire Endurance, Ernest Shackleton réussit par des moyens similaires à confirmer l'inexistence du Nouveau-Groenland méridional.

Plusieurs explications possibles à l'erreur de Morrell ont été suggérées, y compris la tromperie intentionnelle. Cependant, Morrell décrit brièvement et prosaïquement cette terre, sans rechercher gloire ou crédit personnel pour sa découverte. Dans son récit, il attribue à Robert Johnson, son ancien capitaine, l'honneur d'avoir découvert et nommé la terre deux ans plus tôt. Morrell peut réellement s'être trompé, par un mauvais calcul de la position de son navire ou en oubliant certains détails en écrivant le compte-rendu, neuf ans plus tard. Mais il a aussi pu avoir commis la faute de confondre de lointains icebergs avec une terre, ou être induit en erreur par les effets d'un mirage. En 1843, l'explorateur James Clark Ross rapporte avoir vu une terre à proximité des observations de Morrell, terre dont l'inexistence sera elle aussi confirmée ultérieurement.

Voyage du Wasp, 1822-1823 Première phase, de juin 1822 à mars 1823 Au début du , la géographie de l'Antarctique est presque totalement inconnue, bien que des observations occasionnelles de terres aient été déjà enregistréesPour plus de détails sur les premières observations de l'Antarctique, y compris la première observation de l'explorateur russe Bellingshausen du continent Antarctique, voir .. En 1822, Morrell, qui avait navigué aux îles Sandwich du Sud l'année précédente. est nommé commandant du Wasp pour un voyage d'une durée de deux ans de chasse aux phoques, de commerce et d'exploration dans les océans Austral et Pacifique.. Outre ses fonctions de chasseur, Morrell obtient, comme il disait, . Il propose de les employer pour étudier les mers antarctiques . Ce sera le premier des quatre grands voyages qui garderont Morrell en mer pratiquement huit années, bien qu'il ne retourne pas en Antarctique lors des voyages suivantsLes voyages postérieurs, dans différents navires, conduiront Morrell jusqu'à l'océan Pacifique, aux côtes sud et ouest de l'Afrique et jusqu'en océan Indien. Voir les 1 à 7 du sommaire dans : ..

thumb|left|Île Bouvet, que Morrell déclare avoir aperçue le .

Le Wasp prend la mer au départ de New York, en direction du sud, le . L'expédition atteint les îles Malouines à la fin du mois d'octobre, après quoi Morrell passe seize jours à chercher sans succès d'inexistantes îles AuroraLes îles Aurora font partie des nombreuses îles fantômes situées dans les eaux sub-antarctiques, finalement démontrées inexistantes.., avant de se diriger vers la Géorgie du Sud où le bateau jette l'ancre le . Le relèvement de ce mouillage, tel que Morell en fait état dans son compte-rendu, est manifestement erroné, puisqu'il le situe en pleine mer à environ au sud-ouest du littoral de l'île. Le Wasp se dirige ensuite vers l'est pour chasser le phoque et, selon Morrell, atteint la lointaine île Bouvet le , trouvant cette île insaisissable avec ce que l'historien William James Mills appelle une . La description de Morrell des caractéristiques physiques de l'île est, toujours selon Mills, , car il omet de mentionner la plus singulière caractéristique de l'île : elle est couverte d'une couche de glace permanente.. Il tente alors de mener le bateau vers le sud, mais, atteignant la glace épaisse aux environs du sud, il fait cap au nord-est vers les îles Kerguelen où il jette l'ancre le .

Après plusieurs jours d'exploration et de chasse aux phoques de toute évidence fructueuse, le Wasp quitte les îles Kerguelen le , naviguant sud et ouest, pour noter sa position la plus à l'est à le ... De ce point, conformément à son propre compte rendu, Morrell décide de profiter de forts vents venant de l'est, et fait un rapide passage à l'ouest pour revenir au méridien de Greenwich (0°). Son compte-rendu fournit peu de détails mais indique qu'une distance de plus de a été couverte en Gould montre que, selon les chiffres de Morrell, ce rapide voyage comprend un tronçon de en quatre jours, une allure de progression dont même Gould, généralement favorable à Morrell, est enclin à douter. .. La crédibilité d'un voyage si rapide et direct dans des eaux infestées de glaces flottantes est largement mise en cause, notamment du fait que Morrell indique les latitudes sud relevées au cours de cette navigation, et qu'elles s'avèreront plus tard comme étant d'au moins à l'intérieur du continent. Le , le Wasp atteint l'île Candlemas aux îles Sandwich du Sud. Après quelques jours passés à la recherche de combustible pour alimenter les poêles du navire, le Wasp navigue en direction du sud le , dans la région qui sera plus tard connue sous le nom de la mer de WeddellJames Weddell, qui fut le premier à explorer la région un mois avant Morrell, nomma cette mer . Ce nom n'est pas adopté et, en 1900, la mer est officiellement nommée . (entrée de la mer de Weddell).. Trouvant la mer remarquablement libre de glace, Morrell progresse jusqu'à la latitude avant de venir au nord-ouest, le . Cette retraite, dit Morrell, est due au fait que le navire est à court de combustible ; par ailleurs, il prétend, dans ces eaux libres, qu'il aurait pu mener le navire jusqu'au sud ou peut-être même jusqu'au pôle lui-même.. Ces mots sont très similaires à ceux utilisés par l'explorateur britannique James Weddell pour décrire ses propres expériences dans la même région, un mois plus tôt, ce qui conduit les historiens à penser que Morrell aurait pu plagier le compte-rendu fait par Weddell de sa propre expédition, puisque celui-ci avait été publié entre-temps..

Observation de la terre thumb|upright|Le capitaine Benjamin Morrell.

À quatorze heures le jour suivant, pendant que le Wasp naviguait vers le nord-est dans la mer qui sera nommée plus tard mer de Weddell, Morrell note : Citation originale : ., soit environ quatorze kilomètres.. Son compte-rendu se poursuit : (Carte, 52).Citation originale : .. En effet, Robert Johnson, un ancien capitaine du Wasp, avait fait un voyage d'exploration le long de la côte ouest de la péninsule Antarctique en 1821, la nommant Le nom de Johnson pour cette terre ne fut jamais adopté ; en 1831, elle fut nommée Terre de Graham. .. La référence de Morrell à Johnson indique qu'il considérait la terre qu'il voyait comme la côte est de la péninsule, dont le caractère géographique et les dimensions étaient alors inconnus.. Morrell décrit la poursuite des activités de chasse au phoque le long de cette côte durant le reste de la journée. Le lendemain matin, la chasse reprend et le navire progresse lentement vers le sud ; il continue ainsi jusqu'à ce que Morrell décide d'arrêter . Les montagnes de neige qu'il observe semblent avoir été à près de plus au sud.

Morrell met le cap au nord alors qu'il se trouve à , , selon son calcul du point. Trois jours plus tard, le , le navire croise ce qu'il estime être le cap Nord de la terre, à , . , écrit Morrell. Il note également la présence de près de . À dix heures, le Wasp fait ; il n'y aura pas d'autre mention de ce long voyage dans le compte-rendu. Le Wasp fait voile pour la Terre de Feu, puis à travers le détroit de Magellan dans l'océan Pacifique, atteignant Valparaíso, au Chili, le .

Dès la première navigation de l'océan Austral au , des terres qui devaient par la suite s'avérer inexistantes sont signalées dans ces eauxVoir la liste des terres et des îles rapportées dans : .. L'historien du Pôle Robert Headland du Scott Polar Research Institute propose différentes raisons pour expliquer ces fausses observations, qui vont de l' à l'invention de canulars visant à attirer les navires rivaux loin des bonnes zones de chasse. Une autre raison est le fait que certains icebergs peuvent transporter des roches et autres débris glaciaires, qui, plus ou moins sales, peuvent les faire prendre pour une terre. Il est également possible (bien que peu plausible) que certaines de ces terres aient existé, mais aient disparu à la suite de phénomènes volcaniques. D'autres observations peuvent être de véritables terres, mal situées en raison de la défaillance du chronomètre, de conditions météorologiques défavorables ou simplement par incompétence..

Recherches de la terre de Morrell thumb|left|Cartes de l'Antarctique datant de 1894, montrant la faible connaissance de la géographie de l'Antarctique, 70 ans après Morrell. La carte inférieure indique la Ross's Appearance, mais pas le Nouveau-Groenland méridional. Des doutes sont exprimés quant à l'existence du New South Greenland, ce , lorsqu'en 1838, l'explorateur français Jules Dumont d'Urville navigue tout près de la position du de Morrell, mais ne rencontre aucune terre.. Ces éléments de preuve et la nature générale du compte-rendu de Morrell — ses erreurs et sa réputation d'être un fanfaron selon les termes du géographe britannique Hugh Robert Mill, conduisent par la suite de nombreux géographes à ignorer ses revendications.. Ce scepticisme est resté, même après que Sir James Clark Ross a mentionné une terre en 1843, non loin de la prétendue observation de Morrell. L'observation d'un navigateur renommé comme Ross est parfois présentée comme .. Il n'y a pas eu d'autres navigations dans la mer de Weddell jusqu'en 1903, lorsque l'expédition Scotia de William Speirs Bruce arriva à , mais dans un secteur de la mer éloigné des observations de Morrell ou de Ross. William Speirs Bruce atteint son Farthest South à la longitude .. Bruce est, cependant, généralement bien disposé à l'égard de Morrell et écrit que son observation ne devait pas être rejetée jusqu'à ce qu'elle soit absolument démentie..