L'État de Géorgie (en géorgien : საქართველოს სახელმწიფო, Sak'art'velos sakhelmtsip'o) est l'entité politique qui dirige la Géorgie sous la forme une démocratie représentative de mars 1992 à . Établie lors de l'arrivée au pouvoir d'Edouard Chevardnadze, cette entité remplace l'éphémère Conseil militaire de Géorgie créé après le coup d'État contre Zviad Gamsakhourdia de janvier 1992 et est légitimé en octobre 1992 à la suite d'élections nationales confirmant Chevardnadze comme chef d'État.

Correspondant à une sombre période de l'histoire de la Géorgie, l'État apparaît dans un contexte d'instabilité politique et de conflit ethnique sanglant en Ossétie du Sud. Au fil de son histoire de quatre ans, les conflits intérieurs se succèdent, résultant en une défaite humiliante de la Géorgie face aux séparatistes d'Abkhazie en et en une dévastation de la Géorgie occidentale après une courte guerre pour le pouvoir contre l'ancien président Zviad Gamsakhourdia.

Sous le mandat de l'État de Géorgie, la corruption se développe, la criminalité augmente, le pays souffre d'une profonde crise énergétique et l'état de l'économie est désastreux, la dette et l'inflation atteignant des taux records. Il faut attendre les derniers moments de l'entité pour qu'une monnaie nationale fasse son apparition. La lutte entre organisations mafieuses infiltrés dans le gouvernement est également un des problèmes de l'État et cela engendre un véritable conflit entre le chef de l'État et ses puissants ministres, tels que Tenguiz Kitovani, Djaba Iosseliani et Igor Guiorgadze. L'entrée en force de la Constitution en met fin à l'État de Géorgie.

Contexte La Géorgie a déclaré son indépendance vis-à-vis de l'Union des républiques socialistes soviétiques le sous le mandat de l'ancien dissident Zviad Gamsakhourdia, élu populairement comme premier président de la République le suivant Nodar Assatiani et Otar Djanelidze, History of Georgia, Publishing House Petite, Tbilissi, 2009, p. 429. Celui-ci ne parvient toutefois pas à satisfaire les besoins immédiats de la population géorgienne, telles que des réformes économiques, démocratiques et pro-indépendance, ce qui contribue en grande partie à la chute de sa popularité et à la formation d'une opposition de plus en plus puissanteAssatiani et Djanelidze, op. cit., p. 430. Après une courte guerre civile au sein de la capitale Tbilissi entre les forces gouvernementales et les milices opposantes soutenus par des détachements soviétiques, le gouvernement de Zviad Gamsakhourdia quitte la Géorgie et entre en exil le Assatiani et Djanelidze, op. cit., p. 432.

Un conseil militaire dirigé par les chefs du coup d'État, Tenguiz Kitovani et Djaba Iosseliani, est établi dans le pays. Toutefois, ce régime (remplaçant un gouvernement légitimement élu par le peuple) n'est pas reconnu par la communauté internationale et ne parvient pas non plus à restaurer l'ordre dans le pays. Le conseil militaire, surnommé « junte » par ses opposants, tente par ailleurs d'opérer à d'importants changements en restaurant l'ancienne constitution de la république démocratique de Géorgie en février 1992 . Malgré ces précautions, aucun changement notable n'est aperçu et le gouvernement du conseil militaire décide de faire venir Edouard Chevardnadze depuis Moscou pour prendre en mains le destin du pays.

Histoire Un chaos intérieur Edouard Chevardnadze arrive par avion à Tbilissi le , jour dont il se souviendra plus tard comme le début de sa nouvelle carrière en tant que leader géorgien Edouard Chevardnadze, Pensées sur le passé et le futur. Mémoires, Palitra L, Tbilissi, 2006, p. 279. Le suivant, il parvient à abolir le conseil militaire en place et le transforme en un « conseil d'État » composés d'anciens opposants anti-Gamsakhourdia, d'éminents scientifiques et professeurs et de représentants des minorités ethniquesAssatiani et Djanelidze, op. cit., p. 434. Chevardnadze prend la tête de l'entité, laissant à Tenguiz Kitovani la position de ministre de la Défense et chef de la Garde nationale et Djaba Iosseliani restant influent auprès du gouvernement , tandis que Tenguiz Sigoua conserve sa place de Premier ministre .

La situation reste néanmoins tendue à travers le pays. L'arrivée de Chevardnadze au pouvoir rassure certaines personnes grâce à sa réputation d'architecte de la perestroïka durant la période soviétique, mais les partisans de Zviad Gamsakhourdia restent nombreux. Le conseil d'État publie alors un manifeste appelant à la population à un accord national et une réconciliation, mais continue toutefois à persécuter juridiquement les partisans de Gamsakhourdia. Des négociations sont entamées, mais le manque de confiance entre l'ancienne et la nouvelle génération se révèle trop importante pour que les discussions continuent et celles-ci sont à leur tour achevées. L'un des principaux incidents de cette période se déroule à Tbilissi le quand un groupe armé de « zviadistes » prennent éphémèrement contrôle de la tour de télévision et de radio national et fait appel à la population à se révolter contre la « junte militaire » ; les troupes gouvernementales parviennent à reprendre le dessus sur la milice et les protestataires sont mis en prison Otar Djanelidze, Histoire contemporaine et actuelle de la Géorgie, Universali, Tbilissi, 2009, p. 210.

Parallèlement, d'autres confrontations plus sanglantes se déroulent à travers le pays, et notamment en Géorgie occidentale (Mingrélie, Abkhazie), où Zviad Gamsakhourdia reste toujours fort populaire. Un Jour de Réconciliation national est célébré à Koutaïssi dans le but d'achever les confrontations intestines, mais celui-ci ne résulte pas en un changement important de la situation. Les dernières tentatives de négociations commencées par le président de la république autonome d'Adjarie Aslan Abachidze se révèlent également inutiles.

L'administration d'Edouard Chevardnadze, voyant qu'il est nécessaire de légitimer le gouvernement, décide d'organiser des élections nationales. Le , 74,34 % de la population, y compris la majorité des habitants d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, prend part au scrutin pour élire les députés au futur parlement et remplacer le Conseil d'État. Le bloc électoral « Paix » remporte les élections en recueillant 29 sièges sur 47, contre 18 pour le bloc « ». Le peuple vote aussi pour choisir le président du Parlement et 95,9 % votent pour l'unique candidat en liste, Edouard Chevardnadze. Lors de la première séance du nouvel organe législatif, Chevardnadze reçoit le titre de chef d'État et est donc confirmé comme dirigeant du pays. Vakhtang Gogadze est nommé président du Parlement et Tenguiz Sigoua est confirmé dans sa fonction de premier ministreAssatiani et Djanelidze, op. cit., p. 464.

D'un conflit ethnique à un autre

Outre ces problèmes intérieurs, la Géorgie laissée à Edouard Chevardnadze doit également faire face à un majeur conflit ethnique contre les sécessionnistes de la région de Tskhinvali, réclamant la formation d'une Ossétie du Sud indépendante. Cette confrontation résulte en grande partie à l'attaque géorgienne contre les séparatistes en sous la présidence de Zviad Gamsakhourdia. Une guerre menant à la mort de plusieurs centaines de personnes se déroule aux environs de Tskhinvali et pas même le coup d'État de Tbilissi de 1992 ne change la situation. Premièrement, Chevardnadze ne voit pas d'objections à continuer le conflit militaire dans le but de reprendre contrôle sur la région sécessionniste et ordonne la continuation des combats, notamment après le départ de Tskhinvali des troupes du ministère russe de l'Intérieur le Russian troops begin leaving, in The Times-News, 26 avril 1992.

Au mois de juin, après de vaines tentatives de négociations, les troupes géorgiennes font une nouvelle offensive sur Tskhinvali, la capitale des indépendantistes. Celle-ci se révèle être l'une des plus sanglantes attaques géorgiennes contre les Ossètes ; en effet, près de 80 % des habitations de la ville sont touchés par la bataille et les Géorgiens sont contraints de quitter la ville Christopher Zürcher, Pavel Baev et Jan Koehler, Understanding Civil War. Volume II, The International Bank for Reconstruction and Development, 2005, p. 268. Edouard Chevardnadze comprend alors que ses chances de reprendre la région par la guerre sont minces et accepte une médiation russe. Le , il signe à Sotchi un accord de paix garantissant un cessez-le-feu permanent avec les séparatistes sud-ossètes. Une zone de conflit est définie avec pour centre Tskhinvali, tandis que la région correspondant à l'ancien oblast autonome d'Ossétie du Sud est divisé en régions contrôlés par les Ossètes et territoires restant sous contrôle de Tbilissi. Enfin, une mission de maintien de la Paix de la Communauté des États indépendants sous direction russe et composées de membres nord-ossètes, russes et géorgiens est établie, tandis que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe se porte garant de la paix régionale .

Toutefois, alors que le conflit en Ossétie du Sud s'achève, une autre confrontation ethnique se prépare dans une autre région de la Géorgie, l'Abkhazie. Celle-ci est déjà le théâtre de tensions interethniques entre Géorgiens et Abkhazes depuis les années 1980 et une première déclaration (inconstitutionnelle) de souveraineté de la république autonome est adoptée par les dirigeants locaux en Assatiani et Djanelidze, op. cit., p. 436. Les tensions se renouvellent partiellement sous la présidence de Zviad Gamsakhourdia, sans pour autant virer au conflit militaire, probablement en raison des compromis engagés par Tbilissi et de la popularité de Gamsakhourdia en Abkhazie. Mais le coup d'État de change la situation et l'échec des nouvelles autorités géorgiennes à définir précisément l'autonomie accordée aux Abkhazes entraîne l'organe législatif local à restaurer la constitution abkhaze de 1925 faisant des relations abkhazo-géorgiennes une union confédéraleAssatiani et Djanelidze, op. cit., p. 437.

Au même moment, les séparatistes abkhazes commencent à s'armer à partir de certaines forces venant de Russie. Ils attaquent les lignes de chemin de fer, détruisent des ponts et se « préparent pour l'indépendance » par la force. Le chef des sécessionnistes, Vladislav Ardzinba, s'allie avec certains groupes nord-caucasiens, telle que la Confédération des Peuples des Montagnes du Nord-Caucase, et reçoit même un soutien relatif de Zviad Gamsakhourdia. Ces tensions aboutissent en une déclaration d'état d'urgence sur les lignes de communication abkhazes par Tbilissi et les troupes géorgiennes pénètrent en Abkhazie le . Sous le commandement de Tenguiz Kitovani, les troupes de la Garde nationales géorgienne prend Soukhoumi, la capitale abkhaze, le , et les combats s'étendent à travers toute la région.

thumb|Plan de la guerre civile géorgienne en 1993 Une centaine de morts est à déplorés dès la fin du mois d'août. Dans le but d'apaiser la situation et d'empêcher les rebelles nord-caucasiens de gagner des forces, la Russie voisine engage les deux partis à faire des négociations. Le , un premier cessez-le-feu est adopté et un second, le suivant. Mais l'aide militaire russe auprès des indépendantistes abkhazes devient de plus en plus crainte en Géorgie et bientôt, les combattants abkhazes brisent le cessez-le-feu et Edouard Chevardnadze accuse publiquement Moscou d'intervenir dans les affaires intérieures de la Géorgie. De tels incidents se multiplient durant les prochains mois et plusieurs cessez-le-feu seront brisés puis renouvelés, tandis que la communauté internationale échoue à s'engager diplomatiquement dans le règlement de la guerre.