Pierre Victurnien Vergniaud, né le à Limoges et mort guillotiné le à Paris, avocat à Bordeaux sous l'Ancien Régime, est un homme politique de premier plan de la Révolution française, élu député du département de la Gironde à l'Assemblée législative (1791), puis à la Convention (1792).

Membre éminent du groupe des Girondins, c'est un des plus grands orateurs de la Révolution française. Président à plusieurs reprises de l'Assemblée législative, c'est lui qui proclame la Patrie en danger le et qui prononce la suspension du roi le 10 août 1792, prélude à son arrestation le . Président de la Convention nationale, c'est également lui qui, à la suite du vote de la majorité des députés, prononce le verdict de mort contre le roi déchu le .

Comme la plupart des Girondins de la Convention, il tombe victime du conflit avec les Montagnards et avec la Commune de Paris : le , il est décrété d'arrestation et condamné à mort le suivant.

Biographie Origines familiales et formation Fils d'un maître d'armes, il reçoit , mais une bonne instruction.

Son père ayant connu des revers de fortune, le jeune homme entre au séminaire qu'il quitte bientôt, faute de vocation. Vite repéré par Turgot, alors intendant du Limousin, qui lui procure une bourse au collège du Plessis à Paris, Vergniaud est envoyé par lui aux écoles de Bordeaux. Il y termine brillamment ses études classiques avant de revenir à Bordeaux pour ses études de droit.

Carrière sous l'Ancien Régime Inscrit au barreau de la ville en 1780, secrétaire de Dupaty président du parlement de Bordeaux, il acquiert rapidement une certaine notoriété. Brillant mais doté d'un caractère indolent, rêveur, le jeune avocat n'accepte de travailler que lorsqu'il a besoin d'argent, refuse des causes le reste du temps. Il ne cherche pas à faire fortune.

Implication dans la révolution sous l'Assemblée constituante (1789-1791) En 1789, quand la Révolution éclate, Vergniaud a trente-six ans. D’abord nommé par la ville de Bordeaux administrateur du département de la Gironde en 1789, puis directeur du jury au Tribunal criminel du département le ., Vergniaud adhère à la société des amis de la Constitution. Par le biais de la Société des amis de la Constitution, il suit de près les grands événements parisiens, il s'informe par les journaux et les gazettes.. À cette période, Vergniaud est encore favorable à la monarchie constitutionnelle mais la tentative de fuite du roi, le , la fusillade du Champ-de-Mars le suivant et l'impopularité naissante de l'Assemblée constituante, jugée trop modérée par les publicistes et les sections parisiennes remodèlent la pensée politique de Vergniaud, comme celle de bien d'autres révolutionnaires. Il présente alors sa candidature à Bordeaux et se fait élire député à l'Assemblée législative.

Député à l'Assemblée législative Une ascension fulgurante (octobre-décembre 1791) Vergniaud est élu député à l'Assemblée législative le pour le département de la Gironde, le quatrième sur douze par 259 voix sur 515 votants, il ne lui reste qu'à rejoindre Paris. Une nouvelle carrière s'ouvre à lui et aux autres députés bordelais qui le suivent. Une nouvelle période s'ouvre également pour la France, car ce petit groupe d'hommes totalement inconnus qui arrivent dans la capitale va bientôt renverser le trône. Vergniaud semble déjà leur chef de file, bien que son caractère n'aille nullement dans ce sens.

Juriste éloquent, philosophe profondément empreint de justice et d'humanité, il a une filiation évidente avec le siècle des Lumières partageant avec Voltaire la lutte contre l'Église et l'intolérance. Mais on peut déjà percevoir chez Vergniaud ces inconstancesGérard Walter en effet caractérise ainsi l’attitude générale de Vergniaud : « Il avait pris place sur les bancs de l’opposition, attaqua avec éclat, dans des discours qui faisaient sensation, la Cour et les ministres, mais ne voulut pas abandonner définitivement le principe monarchique. De là ses hésitations, ses incertitudes, ses réticences, qui lui firent perdre la confiance du parti populaire. » (Notice sur Vergniaud accompagnant l’édition pour la Bibliothèque de la Pléiade de l’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet. Repris dans la collection Folio Histoire, , volume 1, .). qui vont le mener deux ans plus tard, lui et son parti, à la guillotine. Un témoin de l'époque, le diplomate allemand Reinhart, rencontrant la voiture qui conduit Vergniaud, Gensonné, Fonfrède et Guadet, trouve à ses compagnons de voyage une infinie générosité, du génie, mais également une certaine inexpérience, une tendance à être beaux parleurs, dominés par les habitudes du barreauL'anecdote est racontée par Michelet. Voir son Histoire de la Révolution française, Éditions Édito-service, , ..

ont parlé de Vergniaud comme d'un chef des Girondins dans la mesure où . En revanche, Vergniaud n'a pas, contrairement à ses collègues, l'esprit de clan et de querelle. Il est plutôt indolent, voire paresseux, ce qui explique, en plus de son génie, sa propension à improviser à la tribune.

Le s'ouvre la première session de l'Assemblée législative. Vergniaud siège à son extrême gauche avec ses amis de Bordeaux, Ducos, Gensonné et Guadet. Dès ses premières sessions, cette nouvelle assemblée tergiverse : le , l'Assemblée vote un décret concernant le cérémonial de la réception du roi, qui prévoit notamment que le fauteuil du roi sera à la même hauteur que celui du président de l'AssembléeArchives parlementaires, , P. Dupont, Paris, p. 82-88., et que les députés, debout et découverts à l'arrivée et au départ du roi, resteront assis en sa présence. C'était placer sur le même pied les pouvoirs exécutif et législatif.. Mais dès le lendemain, les députés modérés, convaincus par l'éloquence de Vergniaud, se ressaisissent et le décret est rapporté. Mêmes lenteurs constatées en ce qui concerne les décrets contre les émigrés qui se réunissent à Coblence et menacent la France de guerre civile. Après son collègue Brissot, Vergniaud fait son entrée sur la scène nationale, dans un discours très équilibré, fluide, empreint d'humanité (ce qui en accentue la portée et le défi lancé au roi), qui se termine par une injonction noble et mordante à Louis XVI :

Ce discours fait un tel effet sur l'assemblée qu'elle acclame son orateur et le nomme, dès le lendemain, à la présidence ()Voir la Liste des présidents et vice-présidents de l'Assemblée législative.. Vergniaud n'est alors à Paris que depuis un mois. En novembre, Vergniaud, avec Isnard, Guadet et d'autres, multiplie ses attaques contre les émigrés et les prêtres réfractairesC’est-à-dire ceux qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé.. En décembre, il rédige un projet d'adresse aux Français dans lequel il dénonce l'attitude des émigrés et leur projet de guerre contre la France :

. Or, à la lumière de , Vergniaud, inspiré par le projet d'adresse que Mirabeau a écrit aux Français en , cherche avant tout à impliquer ses concitoyens, à les faire entrer dans une phase active. Cela contredit également l'historiographie qui fait de Vergniaud un modéré : contrairement aux Feuillants et comme les Montagnards, Vergniaud considère que la Révolution n'est absolument pas achevée et qu'il faut la poursuivre. Il refuse de laisser les citoyens dans un état de latence et cherche à les impliquer. Le refus de la passivité est tout girondin en 1791, et c'est ce grand mouvement des idées qui va conduire à la guerre, . Avant de s'attaquer à Louis XVI, Vergniaud, Brissot et les Girondins entendent affronter les cours de l'Europe et répondre enfin aux provocations des émigrés réunis à Coblence. Ce mouvement vers la guerre sera également celui d'un schisme au sein des patriotes qui siègent encore à l'extrême gauche : d'un côté, Vergniaud, Isnard, Fonfrède, Brissot et Roland souhaitent la guerre comme moyen de faire tomber les trônes et de réduire à néant l'influence de Louis XVI, d'un autre côté, Robespierre, Desmoulins et Couthon qui préfèrent déjouer les complots internes et ne pas se lancer dans une guerre coûteuse, qui peut détruire la France et qui n'entraîne pas l'amour des autres peuples. « Personne n'aime les missionnaires armés », dit Robespierre aux Jacobins.

L'apogée (janvier-août 1792) La première phase des discussions sur la guerre est celle de l'interminable débat sur les sanctions à prendre contre les émigrés. Dans un discours du , Vergniaud appuie une motion de Brissot visant à envoyer un ultimatum à l'empereur Léopold II. C'est dans ce discours que l'on trouve la fameuse formule « […] en méritant le titre de bienfaiteurs de votre patrie, vous mériterez aussi celui de bienfaiteurs du genre humain ». La guerre, c'est aussi le moyen de profiter de toute l'énergie populaire. Cette étape est également celle de la scission avec Robespierre, farouche opposant à la guerre.

Grâce à l'influence de Dumouriez, des ministres « brissotins » (Pétion, Clavière, etc.), étaient entrés au gouvernement en . À la suite de leur révocation, avant la journée du 20 juin 1792, Vergniaud se serait entremis en juillet avec les conseillers de Louis XVI, pour faire assurer sa protection à condition de rappeler les ministres démocrates. Louis XVI refusa cette ouverture et fit appel à des ministres qui, pensait-il, lui étaient acquis.

Au mois de juillet, dans un de ses meilleurs discours, Vergniaud dénonça la duplicité de la politique étrangère des Tuileries, qu'il rendait responsable de l'attitude des puissances ennemies.

Président de la Législative, le , en remplacement de Merlet, il accueille le roi et sa famille venus chercher refuge auprès des députés à la Salle du Manège.

Dans l'après-midi, en tant que directeur, il fait adopter par ses collègues ces deux mesures historiques : « Le peuple français est invité à former une Convention nationale », et « Le chef du pouvoir exécutif est provisoirement suspendu de ses fonctions » (décret de déchéance).

Les débuts de la république La chute de Louis XVI et les débuts de la Convention (août 1792-novembre 1792) vignette|gauche|Pierre Vergniaud,estampe de François Bonneville,Paris, BnF, département des estampes, 1796. Cependant, à partir de cette date, il dénonce la démagogie et les machinations tortueuses des Exagérés issus de la Commune du 10 août qui ont la force armée pour eux, sous le commandement de Santerre puis de Hanriot. Il s'élève contre le terrorisme que certains présentent comme une fatalité révolutionnaire et les dangers que la démagogie développée dans les clubs populaires et les sections fait peser sur la représentation nationale.

Vergniaud s'élève avec force avec Charles de Villette et Olympe de Gouges contre les Massacres de Septembre et demande que les responsables soient identifiés et jugés comme ils le méritent. Élu à la Convention, il réclame une commission d'enquête parlementaire susceptible de faire la lumière sur les voies de faits et les spoliations de septembre où des députés sont impliqués (notamment Marat, Santerre et Panis).

Danton devient ministre de la Justice le . Grand vainqueur du , membre de la Commune insurrectionnelle de Paris, substitut du procureur Manuel, Danton, par son réseau et ses amitiés, entre au pouvoir « au son du tocsin ». Vergniaud et la Gironde ayant hésité le , ils ont laissé, à partir de ce moment, les rênes de la Révolution à La Commune de Paris. Si les Girondins retrouvent leurs ministères avec Servan, Clavière et Roland, l'influence de Danton écrase vite ces hommes sans relief. Rapidement, c'est lui qui décide tout, qui arrange la retraite des troupes françaises, traite via ses émissaires avec les forces étrangères.