La république de Géorgie de 1991-1992, aussi nommé République de Géorgie, est l'entité gouvernementale qui dirigea la Géorgie de 1991 à 1992 sous la présidence de Zviad Gamsakhourdia, à la sortie du pays du régime soviétique. Dissout en après le coup d'État mené par des généraux pro-soviétiques, le régime laissa à ses successeurs un lourd héritage toujours présent dans l'esprit national de la Géorgie actuelle : crise économique, guerre civile et conflits séparatistes toujours non résolus en Abkhazie et en Ossétie du Sud.
Avant la déclaration d'indépendance du , durant la dernière phase de la période soviétique, la Géorgie est dirigée par le Conseil suprême de la république de Géorgie (en géorgien : საქართველოს რესპუბლიკას უმაღლესი საბჭოთა Sak'art'velos respoublikas oumaghlesa sabtchot'a). Ce Conseil, avec à sa tête Zviad Gamsakhourdia, un ancien dissident soviétique, fut la première entité soviétique à choisir un leader qui n'était pas issu du Parti communiste. Cela mena à une tension des relations entre Moscou et Tbilissi dont les traces sont toujours présentes aujourd'hui.
Contexte L'histoire moderne de la Géorgie commence avec l'indépendance de la république démocratique de Géorgie en 1918. Cet État s'établit à la faveur de la guerre civile russe, et rédige sa propre constitution, la première de l'histoire géorgienne, en 1921. Toutefois, cette république est en guerre avec la Russie bolchévique en février-mars 1921, qui l'annexe à l'issue du conflit. En décembre 1922, le pays est intégré à l'Union des républiques socialistes soviétiques en tant que sujet fédéral de la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie, puis en tant que république socialiste soviétique à partir de 1936.
Le pouvoir soviétique mène une politique de restriction des sentiments nationalistes. La Géorgie couvre un espace réduit par rapport au territoire contrôlé et revendiqué avant l'annexion de 1921. Ainsi, plusieurs territoires géorgiens sont donnés aux républiques d'Arménie, d'Azerbaïdjan, de Russie et à la Turquie voisine, tandis que d'autres régions sont déclarées autonomes sur des fondements ethniques ou religieuses : l'Adjarie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.
L'anti-nationalisme géorgien s'accentue surtout après la mort de Joseph Staline en 1953. En effet, ce dernier étant ethniquement géorgien, son successeur Nikita Khrouchtchev participe activement à la réduction des mouvements nationalistes géorgiens durant la période de déstalinisation. On peut notamment observer l'émergence d'un parti pour l'indépendance du pays durant les manifestations de Tbilissi de mars 1956, manifestations qui se termineront en tragédie avec un raid policier causant la mort de plusieurs dizaines d'individus. Ce point tournant de l'histoire soviétique de la Géorgie voit aussi se développer les mouvements dissidents dans certains cercles culturels, principalement dans les années 1960. Parmi les plus célèbres dissidents, on peut citer le musicien Merab Kostava, l'écrivain Zviad Gamsakhourdia et d'autres. Le nationalisme géorgien sera de plus victorieux durant les protestations d'avril 1978 pour protéger le statut unique de la langue géorgienne au sein de la république, démonstrations qui alièneront toutefois les ethnies non-géorgiennes vivant sur le territoire du pays, notamment les Abkhazes et les Ossètes.
Avec la politique de libéralisation entamée dans l'Union soviétique durant la seconde moitié des années 1980, les Géorgiens devront faire face à certains défis importants concernant les relations entre Tbilissi et les régions autonomes dépendant d'elle. La situation se tend et une classe politique affirmant que les tensions ethniques sont créées à l'instigation de Moscou se forme. Les protestations se multiplient et une grande partie de la population réclame alors la séparation vis-à-vis de l'Union. Dans une dernière tentative de reprendre le contrôle sur la situation, l'armée soviétique réprime une nouvelle fois brutalement les manifestants à Tbilissi le , date symbolisant le changement définitif de l'orientation politique géorgienne envers le monde soviétique.
Histoire L'organisation de la république Les évènements tragiques d'avril 1989 marquent le début de la fin du règne soviétique en Géorgie. En effet, non seulement la population géorgienne se trouve massivement mécontente des évènements, mais la classe politique communiste elle-même commence bientôt à entamer les étapes en vue d'une séparation éventuelle vis-à-vis de Moscou. C'est ainsi que dès le , le Soviet suprême de la RSS de Géorgie adopte une série de résolutions anti-soviétiques : l'acte de soviétisation du est condamné comme une intervention et l'occupation de la Géorgie par la Russie bolchevik, l'accord d'union du mettant en place la république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie est jugé invalide, l'acte de création de l'Union soviétique du est également déclaré illégal, tandis que le Soviet suprême s'engage à « protéger la souveraineté d'État de la Géorgie ».
thumb|Zviad Gamsakhourdia et Merab Kostava Parallèlement avec ces événements, les mouvements dissidents et nationalistes se réunissent dans le but de former une organisation politique. Au mois de mars 1990, un forum national réunissant un grand nombre de partis politiques officiellement interdits par le pouvoir soviétique est convoqué et parvient à convaincre le Soviet suprême de reporter les élections législatives du à une date plus tardive dans l'année. Après maints débats sur le futur politique du pays, ce forum national se divise en plusieurs fractions idéologiques, mais le mouvement « Table ronde », dirigé par Zviad Gamsakhourdia, Merab Kostava et Akaki Assatiani, réussit à se démarquer des autres. Bientôt, le Soviet suprême décide d'accorder à l'opposition des élections multipartites pour le mois d'octobre, les premières élections démocratiques du monde soviétique.
Le , les élections législatives se déroulent librement à travers presque tout le pays, excepté dans les régions autonomes où les partis ethniques ne sont pas autorisés. Près de 70 % de l'électorat participe aux votes et choisit entre pas moins de candidats pour 250 sièges de députés. La grande majorité de la population vote pour la « Table ronde » (une coalition de partis non communistes favorables à l'indépendance) qui reçoit 114 sièges au Soviet suprême (dont le nom est changé en Conseil suprême), contre seulement 61 mandats pour le parti communiste. Le Front populaire, la « Géorgie démocratique » et le bloc « Liberté et Renaissance économique » reçoivent chacun un siège de député.
Le Conseil suprême nouvellement élu se réunit pour la première fois le dans une session hautement attendu à travers la nation et bénie par le Catholicos-Patriarche de toute la Géorgie Ilia . Le Conseil prend tout de suite des résolutions importantes pour le destin du pays, dont le remplacement des emblèmes soviétiques par ceux datant de la république démocratique de Géorgie (drapeau, armoiries, hymne national), et élit Zviad Gamsakhourdia, chef de la fraction « Table ronde », comme Président du Conseil suprême et, par conséquent, chef d'État du pays. La toute première loi votée par le Conseil suprême concerne le nom du pays : de République socialiste soviétique, son nom est changé en république de Géorgie. La seconde loi approuvée déclare une période de transition nationale de durée indéterminée pour la Géorgie, censée préparer la nation pour le rétablissement de la souveraineté d'État.
Fin de la domination soviétique La période de transition proclamée par le nouveau gouvernement rencontre bientôt un grand succès parmi toutes les vagues politiques du pays. Ainsi, même le parti communiste géorgien déclare sa séparation du parti communiste de l'Union soviétique le , brisant de cette manière tout lien politique unissant la Géorgie à Moscou. Le centre s'oppose à ces avancées vers l'indépendance et tente donc de mettre pression sur le gouvernement nationaliste. Mikhail Gorbatchev va jusqu'à menacer de graves problèmes territoriaux et économiques à la Géorgie si celle-ci se décide à quitter l'« union fraternelle », mettant en garde Tbilissi au sujet d'une implication soviétique dans les conflits éventuels en Abkhazie et Ossétie du Sud.
thumb|L'Acte d'Indépendance de 1918 Malgré cela, le gouvernement géorgien continue sa politique de transition nationale. Ainsi, le Conseil suprême commence activement à entreprendre l'abolissement des institutions soviétiques dans le pays, pour les remplacer par des corps nationaux démocratiques. Le , le système des soviets locaux est aboli à travers la Géorgie, annulant les pleins pouvoirs de ceux-ci, avant que l'administration de Gamsakhourdia s'engage à désintégrer les fermes collectives. Le capitalisme est introduit dans la région à la suite de la privatisation de nombreuses petites entreprises, tandis que le marché devient libre et les banques privées apparaissent ; le nombre de journaux et médias indépendants se multiplie.
La prochaine étape de la période transitoire se transforme en une « guerre de lois » contre le Kremlin. Le Conseil suprême révoque en effet les lois fédérales allant à l'encontre de la souveraineté géorgienne. Une garde nationale est formée en et le service militaire soviétique est aboli. Au mois de mars, des élections locales sont organisées nationalement dans le but de mettre un terme à la vacance dans les gouvernances locales qui est apparue après la dissolution des soviets locaux. La constitution géorgienne est également amendée et des additions démocratiques dirigeant le pays vers l'indépendance y sont ajoutées. Chacune de ces lois est parallèlement annulée par Moscou.
Dans le but de sauver l'État de l'Union soviétique, le gouvernement central décide d'organiser un référendum sur le changement du statut de l'union, celle-ci devant devenir l'« Union des républiques souveraines soviétiques ». La Géorgie, avec plusieurs autres républiques soviétiques, refusent de prendre part à ce référendum, censé se dérouler le et décide à la place d'organiser un scrutin national pour le . Celui-ci a pour question « Êtes-vous d'accord avec l'idée que l'indépendance de la Géorgie devrait être restauré sur la base de l'Acte d'Indépendance du ? » Plus de citoyens prennent part aux élections et pas moins de 90,8 % donnent une réponse positive à la question. Seuls certains districts en Ossétie du Sud et en Abkhazie ne prennent pas part au scrutin en raison des conflits ethniques et participent au référendum soviétique du à la place.
Autant est-il que désormais, le gouvernement de la « Table ronde » est confiant dans la volonté du peuple a regagner l'indépendance perdue en 1921. S'appuyant sur les résultats du référendum, le Conseil suprême vote le à l'unanimité la séparation définitive de la Géorgie vis-à-vis de l'URSS. Moins d'une semaine plus tard, le , le Conseil suprême élit Zviad Gamsakhourdia comme président de la République et Akaki Assatiani devient le président du Conseil.
République de Géorgie