Les écomatériaux, parfois dits matériaux écologiques, sont des matériaux de construction bas carbone (produit manufacturé en général, ou à mettre en œuvre sur le site de construction) qui répondent aux critères techniques habituellement exigés des matériaux de construction (performances techniques et fonctionnelles, qualité architecturales, durabilité, sécurité, facilité d’entretien, résistance au feu, à la chaleur, etc.), mais aussi à des critères environnementaux ou socio-environnementaux, tout au long de leur cycle de vie (c'est-à-dire de leur production à leur élimination ou recyclage).

Ces matériaux présentent de nombreux avantages (création d’emplois locaux et non-délocalisables, qualité de vie dans l’habitat et pour les ouvriers lors de la construction, faibles répercussions environnementales, moindre ponction sur les ressources naturelles, diminution de l'empreinte écologique de la construction, et réduction du bilan du point de vue des émissions de gaz à effet de serre) mais peuvent être un peu plus coûteux à l'achat (pas toujours) ou nécessiter un temps de mise en œuvre légèrement plus long. Certains comme les matériaux biosourcés et géosourcés sont utilisés depuis des millénaires, tandis que d'autres comme les matériaux recyclés sont plus récents. Leur utilisation augmente mais reste très minoritaire dans les pays riches et notamment pour la réhabilitation, pour diverses raisonsRapport des Amis de la terre « Pourquoi les écomatériaux restent marginalisés dans la rénovation des logements » [Le CSTB (Conseil Scientifique et Technique du Bâtiment) est difficilement accessible aux PME/TPE, Synthèse du rapport], mars 2009, 12 pages et rapport complet « État des lieux et enjeux dans la rénovation thermique des logements » (mars 2009).

Définition Il n'y a pas encore de définition officielle de l'éco matériau, mais on admet généralement qu'il doit répondre aux critères et principes du développement durable et donc : provenir pour ses matières premières de ressources durablement renouvelables et réellement renouvelées, sans que cela se fasse au détriment d'autres milieux naturels ou espèces ; présenter des qualités techniques et performances durables dans le temps ; être sain, c'est-à-dire ne pas générer d'impacts négatifs sur la santé, tant lors de sa production que de sa « Mise en œuvre » et tout au cours de sa vie, y compris durant sa phase d'élimination ; favoriser le confort de l’habitant et de celui qui le met en œuvre (artisan, ouvrier, habitant) ; être aussi sûr qu'un matériau « classique » ; avoir un impact (coût) environnemental et énergétique faible ou neutre. En particulier le matériau de base ne devrait pas être rare, et il doit induire une consommation d'énergie la plus faible possible sur l'ensemble de son cycle de vie, cette consommation devant être en quelque sorte largement compensée par le fait que son usage permette d'importantes économies d’énergie durant toute la durée de vie du bâtiment grâce à ses performances d’isolant. Souvent ces matériaux sont totalement biodégradables et ne consomment donc pas d'énergie en fin de vie ; présenter à long terme, des coûts d’investissement (conception-fabrication) et différés (entretien, remplacement, recyclage), évités (pollution, déconstruction, transports) connus, et les plus bas possibles. L’utilisation d’éco materiaux mobilise des ressources et filières locales (boucles courtes) et créé de l’emploi dans le cadre d'activités redistributives ; il est accessible à tous (tant en ce qui concerne le coût que les informations fournies et garanties par l'autorité publique ; son écobilan doit en particulier, comme celui des autres matériaux prendre en compte l'« énergie grise » dépensée pour l'extraction, le transport et la transformation des matières premières, la fabrication, le stockage et la distribution et la fin de vie du matériau).

Au-delà des critères et principes liés au développement durable, il peut être totalement ou partiellement issu de la biomasse végétale (céréales, oléagineux, cultures dédiées telles que les plantes à fibres, coproduits agricoles ou agroalimentaire) ou animale (laines de mouton par exemple). Ainsi, les plastiques biosourcés (issus de mélasse de canne à sucre), les matériaux isolants biosourcés, les bétons biosourcés (à base de chanvre, de lin, de miscanthus, ou de bois), ou encore les fibres végétales font partie de la famille des écomatériaux, au même titre que les matériaux de réemploi, réutilisés et recyclés.

Classification

Matériaux de réemploi

Matériaux réutilisés

Matériaux recyclés

Matériaux biosourcés alt=Matériaux biosourcés|droite|sans_cadre Les matériaux biosourcés (en anglais biosourced materials) sont issus de la matière organique renouvelable (biomasse), d’origine végétale ou animale. Ils sont surtout utilisés comme matériaux et produits de construction dans le bâtiment mais peuvent aussi être utilisés dans les produits de décoration, dans l'habillement, dans l'emballage ou encore dans le mobilier fixe.

La nature de ces matériaux est multiple : bois, chanvre, paille, ouate de cellulose, textiles recyclés, balles de céréales, miscanthus, liège, lin, chaume, herbe de prairie, etc. Les matériaux biosourcés ne doivent pas être confondus avec les matériaux géosourcés, des matériaux d’origine minérale, dit premiers, qui demandent peu de transformation : terre crue; pierre. Matériaux géosourcés

Famille d'usages En 2016, une étude française faite dans le cadre du plan industriel « Chimie verte et Biocarburants » recensait comme principaux groupes d'usages : les matériaux de construction ; les produits de nettoyage et sanitaires ; les véhicules et équipements (y compris pièces et produits de maintenance) ; les fournitures de bureau et matériel d'impression ; des produits utiles à l'entretien des espaces verts ; l'emballage dont sacs plastiques et couverts jetables ; les produits cosmétiques et certains produits à usages médicauxDGE, dir. générale des entreprises & Ademe (2016) "ANALYSES ; Recensement des produits biosourcés disponibles sur le marché et identification des marchés publics cibles" ; mai 2016 PDF, 144p

Enjeux Moindre empreinte écologique Noble G (2014), Les matériaux biosourcés, une filière pleine de promesses, Information (2 pages) de Batiactu (10/04/2014), en diminuant dans certains cas l'empreinte eau et l'empreinte carbone.

Moindres risques toxicologiques et écotoxicologiques Un écomatériau doit présenter le moins de risque possible pour la santé et celle des écosystèmes lors de sa production, sa mise en œuvre et sa fin de vie ou recyclage. Devant être recyclable ou biodégradable sans émanations toxiques ou écotoxiques (pour l'homme, la faune, la flore et l'environnement…), il s'intègre dans la perspective d'une économie circulaire.

Moindre empreinte énergétique L’empreinte énergétique d'un écomatériau, c'est-à-dire l'énergie nécessaire à sa fabrication et mise en œuvre (ou « contenu énergétique ») doit être la plus faible possible (en tenant aussi compte de l'« énergie grise »).

Soutenabilité Certains écosociolabels tels que le FSC insistent sur le fait qu'un matériau (bois ou dérivé du bois en l'occurrence) ne doit pas avoir globalement généré d'impacts négatifs en terme social (emploi, santé, culture des populations indigènes ou des personnels utilisés sur les chantiers de coupe et dans les filières de transformation, construction, élimination..), d'Environnement et dans le champ de l'Économie. Ils doivent au contraire contribuer à moins faire appel aux produits polluants et émetteurs de gaz à effet de serre, et contribuer à économiser les ressources naturelles polluantes, ou pas, peu, difficilement ou couteusement renouvelables.

Exemples d'écomatériaux Bois (à condition de choisir des essences naturellement résistantes aux insectes, champignons, UV) et non imbibées de pesticides non dégradables ou produisant des dioxines ou furanes si le bois est brûlé en fin de vie. le bois massif présente un grand intérêt en tant que puits de carbone, mais une utilisation généralisée serait source de déforestation. L'agrosylviculture pourrait être une source complémentaire de bois et fibre. huile de lin (qui peut protéger le bois, imperméabiliser un mur, produire le linoleum) crin, laines (ex. : laine de mouton) et poils ou fibres végétales (consolidant et assouplissant les torchis ou certains enduits) Il existe aussi des peintures sans solvants ni dérivés de pétrole dites « naturelles ». Celles-ci sont fabriquées dans une démarche éthique et de respect de la fabrication à la mise en place de la peinture, de l'environnement (maison, travail) au retraitement des résidus de peinture et matériels. terre crue terre cuite. Matériaux d'isolation : chanvre ; roche volcanique ; liège laine de mouton paille (dans un mur terre-paille, ou en botte à plat ou sur champs posées et protégées par des techniques adaptées, comme la Solomite). herbeL'herbe des prairies, l'isolant biosourcé par excellence ? lin plumes ouate de cellulose laine de bois etc.

Par rapport aux isolants conventionnels, ces matériaux, parfois dits ou « alternatifs », à faible conductivité thermique, permettent une isolation thermique aussi efficace (mais parfois avec une épaisseur nécessaire plus importante) qu'avec la laine de roche (, , mais d'énergie incorporée, laine de verre ( (pour +/- d'épaisseur), , d'énergie incorporée, polystyrène extrudé en plaque expansées aux HCFC (/m.K, d'énergie incorporée, mousse de polyuréthane ( ; /m.K ; d'énergie incorporée), verre cellulaire ( en plaques ; 0,057, W/m.K et d'énergie incorporée) Voir aussi Liste des conductivités thermiques., et sans les inconvénients de ces derniers sur la santé et l'environnement.

Freins au développement des filières Dans certains pays les systèmes de certifications et d'assurance de matériaux ne sont pas ou peu accessibles aux petites entreprises qui ont développé des écomatériaux ou qui les posent. Les assureurs couvrant la « garantie décennale », de même que par beaucoup de professionnels du bâtiment ou de maîtres d’ouvrage publics exigent en France des produits évalués par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), dont ne font pas partie nombre d'écomatériaux. En 2008, le système de management de la qualité prive ainsi paradoxalement les consommateurs français d'écomatériaux déjà couramment employés depuis plus de dix ans dans les pays nordiques ou en Allemagne.

Prospective et perspectives La filière écomatériaux offre de nouveaux débouchés artisanaux et à l'agriculture (chanvre pour l'isolation, paille pour la construction terre-paille, lin pour les fibres de lin, lait pour la caséine des peintures écologiques, etc.).

En France, où le développement des écomatériaux a été bien plus lent qu'en Europe du Nord et en Allemagne et aux Pays-Bas les projets de lois et objectifs issus du Grenelle de l'environnement pourraient encourager le décollage de cette filière, avec le CSTB (Conseil Scientifique et Technique du Bâtiment) et les processus de validation technique pour les PME/TPE.