Les années de plomb en Europe désignent une période allant grossièrement de la fin des années 1960 à la fin des années 1980 en Europe et reprenant l'expression « années de plomb ». Elles se caractérisent par la montée et la présence dans l'ensemble des pays d'Europe de l'Ouest d'un activisme politique violent, pratiquant souvent la lutte armée, notamment pour l'extrême gauche communiste . L'usage de l'attentat politique devient durant cette période une pratique courante pour des mouvements révolutionnaires, particulièrement en Italie, en Allemagne, en France, mais aussi dans les régimes dictatoriaux (espagnol et grec).

Les historiens aujourd'hui cherchent à éclairer cette période trouble de l'époque contemporaine.

Allemagne En Allemagne de l'Ouest, autour de 1967-1968, se forment plusieurs groupes d'extrême gauche impliqués dans la lutte armée. Les motivations sont variées, certains conçoivent leur combat dans une perspective internationaliste et anti-impérialiste (soutien au Nord-Vietnam, au FPLP…), ce fut le cas par exemple de la Fraction armée rouge, d'autres luttent pour la révolution par des attentats. Les jeunes Allemands qui s'engagent dans ces mouvements sont surtout issus de la génération d'après-guerre, méprisant la génération de leurs parents, impliquée dans les crimes nazis. Une certaine forme d'antifascisme est perceptible dans leur critique de l'Allemagne (anciens nazis à des postes importants, « retour » du nazisme…).

L'État réplique à cette montée de la violence par une sévère répression (voir Fraction armée rouge). Différents groupes allemands sont actifs pendant la période : Revolutionäre Zellen, anti-impérialiste, de 1973 à 1995Revolutionären Zellen. Rote Zora, issu des Revolutionäre Zellen, féministe, de 1977 à 1995Rote Zora (1977 - 1995). Mouvement du 2 juin, de 1971 à 1980Mouvement du 2 juin (1971 - 1980). Tupamaros West-Berlin, à l'origine du Mouvement du 2 juin, de 1968 à 1971 Sozialistisches Patientenkollektiv ou Collectif des patients socialistes, un mouvement antipsychiatrique né en 1970 Fraction armée rouge, Rote Armee Fraktion, de 1968-70 à 1995

Belgique

Les Cellules communistes combattantes (CCC) (1983-1986) étaient constituées de militants issus de l’éventail des luttes sociales et politiques. Elles sont responsables de 28 actions de propagande armée ciblant, sur tout le territoire, des lieux symboliques et stratégiques de l'impérialisme des États-Unis, de l'OTAN et du système capitaliste. Les CCC étaient en contact avec Action directe, la Fraction armée rouge et les Brigades rouges.

Le groupe « Ligne rouge », resté en projet, plusieurs interpellations de militantswww.rhi-sri.org. ;

le Front national de libération wallon (FNLW), mis sur pied au milieu des années 1980, il ne passa cependant pas à l'action directeParanoïa anti terroriste ? ; le Groupe inconnu anarchiste (GIA), responsable de plusieurs petits attentats contre des cibles symboliques ; le Front révolutionnaire d'action prolétarienne (FRAP), structure éphémère mise en place en Belgique par Action directe, après sa rupture avec les CCC ; les faits de Braine l'Alleud (), d'Overijse () et d'Alost () où ont été tuées respectivement 3, 5 et 8 personnes lors de fusillades dans des supermarchés Delhaize, sont également souvent évoqués dans une « stratégie de la tension » en Belgique. Voir Tueries du Brabant.

Chronologie En 1984, les Cellules communistes combattantes (CCC) commettent leur première attaque à la bombe. La lutte révolutionnaire pour le communisme débuta bien auparavant.

1961-1963 : rupture au sein du mouvement communiste international entre l'Union soviétique et la Chine maoïste. Fondation en Belgique, du premier parti prochinois européen par Jacques Grippa, un ancien dirigeant de la Résistance communiste durant la Deuxième Guerre mondiale. Il prône l’action révolutionnaire contre l’impérialisme et le capitalisme. 1967 : implosion du parti grippiste en trois formations rivales : le Parti communiste wallon, marxiste-léniniste (PCW-ML, connu aussi sous le nom de « groupe L’Exploité », du titre de son journal), le Parti communiste marxiste-léniniste de Belgique (PCMLB, qui édite l’hebdomadaire Clarté) et PCB-La Voix du Peuple conduit par Jacques Grippa. Prônant dans sa propagande la révolution et la lutte armée contre le capitalisme, ces trois partis ML seront ensuite qualifiés à leur tour de « néo-révisionnistes », par les nouvelles organisations ML apparues après mai 68 et durant les années 1970. Après mai 68 : apparition de plusieurs groupes ML « spontanéiste » puis léninistes : Université-Usine-Union (UUU), Garde rouge (GR), Parole au Peuple (PAP), Tout le pouvoir aux travailleurs (TPT), Union des communistes marxistes-léninistes de Belgique (UCMLB), Tout le Pouvoir aux Ouvriers (TPO, ancêtre de l'actuel PTB), Lutte communiste (LC), Action communiste (AC)… Manifestations musclées et grèves sauvages contre le système capitaliste sont au programme. Objectif : la révolution communiste, par la lutte révolutionnaire. Années 1970 : premières actions (publiques et clandestines) de soutien en Belgique à la RAF allemande. Plusieurs militants d'organisations d'extrême gauche, trotskiste (Ligue révolutionnaire des travailleurs) et ML (ex-PCB grippiste, Lutte communiste…), partent au Proche-Orient dans des camps d'entraînement militaires palestiniens pour y apprendre le maniement des armes. 1978 : reflux des organisations « révolutionnaires traditionnelles ». Attentat de la RAF, près de Mons, contre le général nord-américain Haig, le commandant en chef des forces armées de l'OTAN de l'époque. 1982 : fondation à Paris de Subversion, avec Pierre Carette et des marxistes-léninistes français, dont Frédéric Oriach (ex-Noyaux armés pour l'autonomie populaire). Cette revue « pour le communisme » et la lutte armée révolutionnaire deviendra le creuset théorique des CCC. 1983 : mises sur pied, dans la clandestinité, des Cellules communistes combattantes (CCC). Création de Ligne rouge (LR), un groupe d'agitation-propagande sympathisant des « Cellules ». 1984 : le , premier attentat des CCC. Sans succès, la police tente de capturer les CCC lors de l'« opération Mammouth ». Une piste wallonne est évoquée autour d'un inconnu Front national de libération wallon (FNLW). 1985 : rupture idéologique des CCC avec Action directe (AD) et la Fraction armée rouge (RAF) (janvier). Les opérations des CCC vont se multiplier (janvier-juin et octobre-décembre). Des attentats sont également commis par d'autres organisations : groupe inconnu anarchiste, groupe flamand Don Quichotte, Front révolutionnaire d'action prolétarienne (mis sur pied de façon artificielle par AD)… Deux militants-fondateurs (Pierre Carette et Bertrand Sassoye) et deux nouveaux activistes (Didier Chevolet et Pascale Vandegeerde) des CCC sont arrêtés à Namur (). Fondation de l'Association des parents et amis des prisonniers communistes (APAPC). 1988 : procès des « 4 CCC ». Ils sont condamnés à la prison à perpétuité. Contre leur régime carcéral d’isolement exceptionnel, des grèves de la faim sont organisées. 1997 : les détenus des CCC sont légalement libérables. Campagnes régulières de l'APAPC pour réclamer leur sortie de prison. 2000 : après des peines exceptionnellement longues au regard de l’histoire judiciaire de la Belgique, libération des trois premiers militants condamnés des CCC (Bertrand Sassoye, Pascale Vandegeerde et Didier Chevolet). L’APAPC s'élargit et se rebaptise « Secours rouge/APAPC ». 2003 : Pierre Carette sort de prison après 17 ans d’emprisonnement. Comme pour Bertrand Sassoye, la question centrale qui se pose pour lui est : dans sa situation, comment contribuer concrètement au processus révolutionnaire ? 2006 : Bertrand Sassoye est actif au sein du Bloc marxiste-léniniste, une organisation politique révolutionnaire et au sein du Secours rouge/APAPC. Il se consacre aussi à la valorisation des acquis théoriques et idéologiques du combat des années 1983-1985Un site Internet vient d’ailleurs de s’ouvrir à cette fin : www.cellulescommunistescombattantes.be.. 2008 : , retour en prison pour Sassoye et Carette. Les deux ex-membres des CCC sont accusés de ne pas avoir respecté leurs conditions de libération conditionnelle. Bertrand Sassoye est, de plus, accusé d'appartenance à une organisation terroriste, avec quatre autres membres du Secours Rouge/APAPCSecours rouge/APAPC.L'Observatoire européen des terrorismes et des subversions vient de publier divers dossiers à ce sujet : observatoire-terrorismes-subversions.hautetfort.com.. Les membres arrêtés du Secours Rouge/APAPC ont été relâchés en , Bertrand Sassoye le . Pierre Carette a été relâché après quelques jours, après un jugement selon lequel il n'avait pas enfreint les conditions de sa libération conditionnelle.

Espagne En Espagne, des mouvements armés antifranquistes se forment au début des années 1970 (MIL, Groupes d'action révolutionnaire internationalistes (GARI), agissant aussi en France et en Belgique, et les Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO)). Après la mort de Franco et la transition démocratique du régime, les Groupes de résistance antifasciste du premier octobre, aile politico-militaire du Parti communiste espagnol (reconstitué) (PCE(r)), d’inspiration marxiste-léniniste, continuent le combat dans une perspective révolutionnaire uniquement. Avec les BR italiennes et les CCC belges, les Grapo et le PCE(r) forment le courant marxiste-léniniste de la lutte armée en Europe.

France

À la suite de la dissolution des mouvements maoïstes au début des années 1970 se constituent plusieurs groupes de lutte armée proches des théories maoïstes (NAPAP, Brigades internationales). Le mouvement autonome, en partie issu des milieux anarchistes et maoïstes, pratique aussi un activisme violent, allant parfois jusqu'aux attentats à la bombe dans la deuxième partie des années 1970.

Les Groupes d'action révolutionnaire internationalistes, issus du MIL, combattaient le franquisme en s'attaquant à des intérêts espagnols en France au début des années 1970.

Ces différents groupes de lutte armée vont se rejoindre dans la « coordination politico-militaire interne au mouvement autonome » à la fin des années 1970 qui aboutit à la création d'Action directe. Une scission lyonnaise du groupe en 1982 se renomme en Affiche rouge.

Action directe s'alliera dans les années 1980 avec les Cellules communistes combattantes belges, les Brigades rouges italiennes ainsi que la Fraction armée rouge allemande.

En 1987, l'activité terroriste révolutionnaire en France semble s'éteindre après l'arrestation des principaux membres d'Action directe et de l'Affiche rouge.

Un terrorisme d'extrême droite est aussi présent en France dans les années 1970 et 1980 (Groupe Charles Martel, Groupe d'intervention nationaliste…).

En France c'est surtout la lutte armée indépendantiste qui marque ces années-là avec l'activité du Front de Libération de la Bretagne; d'Iparetarrak au Pays Basque, des Loups Noirs en Alsace et des groupes armés corses (Ghjustizia Paolina, Fronte Paesanu) qui fusionnent en 1976 pour former le FLNC.

Dans le contexte corse, la notion d'années de plomb renvoie à la guerre entre le FLNC Canal Historique et le FLNC Canal Habituel dans les années 1990, guerre qui fera plusieurs dizaines de morts.

Grèce En Grèce, le régime des colonels arrivé au pouvoir lors du coup d'État de 1967 voit certains groupes s'opposer à lui, entre autres en participant à des attentats. Des groupes tels que l'Organisation révolutionnaire du 17 novembre, qui continua ses actions terroristes jusqu'à son démantèlement en 2003, sont issus de ces années de dictature.

Italie

Contexte en Italie