L’Ours brun de Syrie (Ursus arctos syriacus) est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés.
Décrit scientifiquement en 1828 par Christian Gottfried Ehrenberg et Wilhelm Hemprich à partir d'un spécimen collecté au Mont Liban, il se distingue par sa petite taille (mesurant entre pour un poids maximal d'environ ), sa silhouette gracile, son pelage remarquablement clair allant du crème au brun pâle, ainsi que ses griffes blanchâtres caractéristiques. Bien que son statut taxonomique reste reconnu par les principales bases de données, la validité de ce taxon est discutée par des études génétiques récentes soulignant une forte diversité mitochondriale au sein des populations du Proche et du Moyen-Orient.
Autrefois largement répandu du Levant jusqu'au Turkménistan, l'Ours brun de Syrie a vu son aire de répartition considérablement régresser sous la pression humaine, le braconnage et la fragmentation de ses habitats forestiers et montagnards. Aujourd'hui considéré comme en danger et quasi disparu ou exceptionnellement observé au Levant, il subsiste principalement en populations relictuelles et fragmentées en Turquie, dans le Caucase et en Iran.
Sur le plan culturel, il correspond à l'ours mentionné dans les textes de l'Ancien Testament. À l'époque contemporaine, la sous-espèce est également célèbre à travers la figure de Wojtek, un ours mascotte et soldat du 2 corps d'armée polonais durant la Seconde Guerre mondiale. Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos syriacus (Hemprich & Ehrenberg, 1828) selon ; Synonymes :
Nom normalisé anglais : Syrian brown bear ; Nom vulgaire typique recommandé en français : Ours brun de Syrie ; Autres noms vulgaires : Ours de Syrie ; Noms vernaculaires : Ours.
Taxonomie vignette|gauche|Illustration d’Ursus syriacus dans Animalia evertebrata exclusis insectis - Zoologica I : Mammalium (1828) L'Ours brun de Syrie a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1828 par les naturalistes allemands Christian Gottfried Ehrenberg et Wilhelm Hemprich sous le nom binominal d'. Bien que sa présence au Proche-Orient fût mentionnée dès l'Antiquité biblique, aucun spécimen n'avait jusqu'alors été collecté ni formellement décrit par les zoologistes modernes. La localité type correspond au Mont Liban, plus particulièrement au sommet du mont Makmel, à proximité de Bcharré, où les naturalistes ont abattu en juillet une femelle adulte servant de spécimen type.
Dans leur diagnose, Ehrenberg et Hemprich constate que cet ours est plus petit que l’ours brun d’Europe, avec un pelage clair et une petite crinière sur les épaules . L'animal porte aussi des griffes de couleur claire.
Les auteurs rapportent également des observations éthologiques et écologiques, décrivant un régime alimentaire essentiellement herbivore, l'animal étant friand des cultures montagnardes de pois chiches, ainsi qu'un comportement de déplacement saisonnier qui le pousse à fréquenter les neiges sommitales en été et à descendre vers les vergers de piémont durant la saison hivernale.
Si pendant longtemps cet ours fut considéré comme une espèce distincte jusqu’en 1898-1899 par Trouessart qui la rétrograda au rang de sous-espèce, des suspicions d’appartenance à Ursus arctos existaient déjà dès la moitié du XIX siècle, notamment chez John Edward Gray qui le classa comme une sous-variété d’une variété de l’Ours brun d’Eurasie. La validité de cette sous-espèce, comme celle de la plupart des sous-espèces d'ours brun, a toutefois été régulièrement contestée au XXI siècle.
Phylogénie et évolution Les analyses génétiques menées sur des spécimens vivants, des pièces de musée et des subfossiles démontrent une très forte diversité génétique chez les ours du Moyen-Orient, empêchant de délimiter clairement un taxon unifié. Les individus originaires de Syrie et de Turquie appartiennent ainsi au clade holarctique « 3a » (qui rassemble les ours d'Europe de l'Est, de Roumanie, d'une grande partie de l'Asie du Nord et du nord-ouest de l'Amérique du Nord), tandis que l'échantillon analysé provenant du Liban est plus étroitement apparenté aux lignées d'Europe occidentale (« clade 1 »). De plus, les populations iraniennes s'avèrent phylogénétiquement très divergentes, tant entre elles que par rapport aux autres ours régionaux.
Bien que les populations du Caucase aient longtemps été attribuées à U. a. syriacus sur la base de la morphologie crânienne, les données moléculaires ne montrent pas non plus d'affinité particulière entre ces ours et ceux du Levant. En 2010, une étude de génétique moléculaire menée par les chercheurs géorgiens M. Murtskhvaladze, Alexander Gavashelishvili et David Tarkhnishvili remet en question la validité taxonomique des populations d'ours présentes dans le Caucase. L'analyse de l'ADN mitochondrial met en évidence deux lignées maternelles distinctes : l'une dans le Grand Caucase et l'autre dans le Petit Caucase, mais les fréquences alléliques des microsatellites révèlent une très faible différenciation génétique nucléaire globale, maintenue par le déplacement des mâles à travers des corridors naturels comme la chaîne de Likhi. En l'absence de divergence génétique profonde ou d'isolement reproductif, les auteurs concluent que toutes les populations de la région appartiennent à la sous-espèce nominale Ursus arctos arctos, plaçant de fait les formes caucasiennes attribuées à Ursus arctos syriacus en synonymie avec celle-ci. En attendant, la validité taxonomique de l’Ours de Syrie reste reconnue par les bases taxonomiques de référence comme .
Phylogénie Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017):
Description L'Ours brun de Syrie est une sous-espèce de taille relativement modeste, mesurant entre de longueur du museau à la queue et pouvant peser jusqu'à . Le crâne des mâles adultes mesure environ . Dès sa description originale en 1828, Christian Gottfried Ehrenberg et Wilhelm Hemprich soulignent sa taille inférieure à celle de l'ours brun d'Europe ainsi que la gracilité générale de sa silhouette, notamment au niveau de la tête et des membres.
Le pelage se caractérise par des teintes remarquablement claires, variant du blanc jaunâtre ou couleur crème () au brun très clair et à la couleur pailleThe Syrian Brown Bear. Les individus vivant aux altitudes les plus élevées présentent généralement les robes les plus pâles. Les auteurs originaux remarquent que le duvet sous-jacent est particulièrement rare comparativement aux ours d'Europe, et que l'usure mécanique des poils de couverture peut faire apparaître des taches plus fauves. Les pattes sont souvent plus sombres que le reste du corps. Les poils du garrot et de la région interscapulaire sont nettement plus longs, dressés, à base gris-brun, et forment chez certains spécimens une courte crinière ou une bande dorsale plus foncée bien visible. Les griffes, courtes et courbées, présentent une coloration claire caractéristique, panachée de blanc et de gris, faisant de ce taxon le seul ours au monde réputé pour ses griffes blanches.
Sur le plan anatomique, la diagnose initiale relève vingt-six molaires ainsi qu'une formule mammaire composée de six mamelles (quatre pectorales et deux ventrales).
Écologie et comportement Répartition et habitat vignette|Aire de répartition de l’ours brun de Syrie à l’échelle locale.|177x177px Historiquement, l'ours brun était présent au Moyen-Orient, de la Turquie jusqu'au Turkménistan. Aujourd'hui, l'ours brun est considéré comme extrêmement rare, peut-être absent, en Syrie, pays qui lui a donné son nom, et a été exterminé d'Israël, de Jordanie, de Palestine et de la péninsule du Sinaï. L'ours ne subsiste plus qu'en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, en Iran, en Irak, en Turquie et au Turkménistan.
Les ours bruns de Syrie étaient considérés comme éteints en Syrie et au Liban depuis les années 1950, jusqu'aux années 2000 lorsque des empreintes d'ours brun ont été relevées dans la neige dans l'Anti-Liban en Syrie, en 2004, puis de nouveau en février 2011. Au Liban, la première observation d'un ours brun depuis les années 1950 a été enregistrée en 2017.
En Turquie, ses habitats majeurs comprennent les forêts de la ceinture méditerranéenne, les forêts de feuillus et de conifères dans la région de la mer Noire et le nord-est de la Turquie, les forêts de chênes et de pins dans l'arrière-pays de la mer Noire, ainsi que les forêts sèches d'Anatolie orientale. En altitude, ces habitats s'échelonnent de .
En Iran, il est présent dans la zone protégée de l'Elbourz central, au sud de la mer Caspienne, et dans les monts Zagros. Dans ces régions, il privilégie les altitudes les plus élevées et les versants exposés au nord ayant accès à des points d'eau.
L’ours de Syrie et l’Homme Menaces et conservation En Turquie, l'ours est menacé par la fragmentation de son habitat à grande échelle et les persécutions dans les zones où il s'attaque aux ruches et au bétail. Des individus sont occasionnellement tués lors de battues aux sangliers avec des chiens, ou sont victimes d'appâts empoisonnés et de collets posés illégalement pour chasser le cerf, le chevreuil, le loup ou le lynx.
Au printemps 2015, trois ours bruns de Syrie sont abattus dans la préfecture de Savadkuh, dans le nord de l'Iran.
En 2018, un ours brun de Syrie endormi est abattu par les forces de sécurité irakiennes à la frontière irako-syrienne.
Dans la culture
L'Ours brun de Syrie est l'ours mentionné dans la Bible. L'instinct de protection d'une mère ourse envers ses oursons est cité de manière proverbiale à trois reprises dans la Bible hébraïque (2 Samuel 17:8, Osée 13:8 et Proverbes 17:12)George Cansdale, « Bear », dans Merrill C. Tenney (dir.), The Zondervan Encyclopedia of the Bible, vol. 1, Zondervan, 2010.. Deux femelles d'ours brun de Syrie apparaissent également dans le Deuxième livre des Rois (2 Rois 2:23-25), attaquant mortellement 42 jeunes garçons qui s'étaient moqués de la calvitie du prophète Élisée.
Durant la Seconde Guerre mondiale, un ours brun de Syrie nommé Wojtek (1942–1963) est adopté comme ourson par des soldats polonais en Iran et devient la mascotte officielle du 2 corps d'armée polonais. Intégré aux troupes avec le grade de soldat puis promu caporal, il est notamment célèbre pour avoir transporté des caisses de munitions durant la bataille de Monte Cassino. Après la guerre, il termine son existence au Zoo d'Édimbourg en Écosse, et plusieurs monuments commémoratifs lui sont dédiés en Europe.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Document original
Voir aussi
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