Le Nyassaland () est un protectorat britannique d'Afrique, institué en 1907 à la suite du protectorat britannique d'Afrique centrale. Entre 1953 et 1963, le Nyassaland fait partie de la fédération de Rhodésie et du Nyassaland. Après la dissolution de la fédération, le Nyassaland obtient son indépendance du Royaume-Uni le et devient le Malawi.

L'histoire du Nyassaland est marquée par l'accaparement massif des terres communautaires des Africains par les colons, au début de la période coloniale. En , John Chilembwe déclenche un soulèvement protestant contre la discrimination à l'encontre des Africains. Les autorités coloniales revoient leur politique. À partir des années 1930, une classe sociale d'Africains éduqués, pour beaucoup, au Royaume-Uni, émerge et devient politiquement active, réclamant l'indépendance. Des associations sont créées et, en 1944, un parti politique, le Nyasaland African Congress (NAC) naît sur la base d'une association antérieure.

Lorsque, en 1953, le Nyassaland est contraint d'adhérer à une fédération qui incorpore aussi la Rhodésie du Nord et la Rhodésie du Sud, il y a une recrudescence de troubles sociaux, la fédération étant extrêmement impopulaire dans la population. Le NAC ne parvient pas à empêcher l'incorporation à la fédération, ce qui cause son déclin. Peu de temps après, une nouvelle génération, plus militante, revivifie le parti. Finalement, Hastings Banda est invité à revenir au pays, qu'il conduit à l'indépendance en 1964.

Historique de la population vignette|La totalité des habitants européens de Blantyre, 75 personnes, sur une seule photo (1897). En 1911, est mené le premier recensement depuis que le protectorat est devenu Nyassaland. Il donne les chiffres suivants : les Africains (natives, « autochtones » ou « indigènes ») sont , les « Européens », 766, et les « Asiatiques », 481. En , on compte et . Les Africains sont, en 1919, et , soit . Blantyre, la ville principale, abrite 300 résidents Européens. Ce faible nombre d'Européens reste caractéristique ; il y en a seulement en 1945. Vers 1960, ce nombre atteint environ , puis, du fait des luttes pour l'indépendance, décroît après cette date. Le nombre d'Asiatiques, pour la plupart commerçants, est, lui aussi, faible.

La catégorie native est large, et il n'existe pas de définition de ce qu'elle recouvre. Dans une affaire judiciaire de 1929, le juge déclare : À l'inverse des personnes d'origine européenne ou britannique, les autochtones du Nyassaland ne possèdent pas la citoyenneté britannique et ne relèvent pas du droit de la nationalité et de la citoyenneté britannique, mais bénéficient du statut de British protected person. Le mot native est utilisé dans tous les recensements coloniaux jusqu'en 1945 y compris. Dans les années 1940, les autochtones du Nyassaland considèrent le terme comme offensant.

Les recensements coloniaux sont imprécis. Ceux de 1901 et de 1911 estiment la population à partir des registres de la taxe d'habitation (hut tax) et les fraudeurs qui y échappent, jusqu'à 10 % du total, ne sont pas recensés. Les recensements de 1921, 1926 et 1931 ne sont pas fondés sur des comptages individuels, minorant probablement les chiffres des absents et ceux des régions reculées. Le recensement de 1945 est plus fiable, mais n'est pas encore un reflet fidèle de la population africaine. Les recensements de 1921, 1931 et 1945 comptabilisent aussi les migrants venus du Mozambique. Ceux conduits avant 1945 minimisent fortement le nombre d'Africains ainsi que la véritable ampleur de l'émigration vers l'extérieur du Nyassaland.

Depuis la période coloniale jusqu'à nos jours, la densité de la population rurale du Nyassaland/Malawi est parmi les plus élevées de l'Afrique subsaharienne. La population double entre 1901 et 1931 quoique le fort taux de mortalité infantile et les décès dus aux maladies tropicales font que la croissance démographique naturelle s'établit entre 1 et 2 % par an. Le reste de la croissance démographique semble résulter de l'immigration depuis le Mozambique. Entre 1931 et 1945, la croissance naturelle double, probablement grâce au développement des soins médicaux entraînant la décrue de la mortalité infantile. L'immigration se poursuit durant la période coloniale, mais elle devient un facteur moins significatif de la croissance démographique.

Le recensement de 1921 mentionne (des migrants venus du Mozambique, locuteurs du Lomwe). Il est probable qu'un grand nombre de ceux mentionnés sous d'autres noms tribaux ont, eux aussi, franchi la frontière du Mozambique. Il est aussi probable que le nombre d'immigrants venus des territoires adjacents, essentiellement le Mozambique et la Rhodésie du Nord, double entre 1921 et 1931, la majeure partie des vagues migratoires se situant après 1926. La population des Anguru augmente de plus de 60 % entre 1931 et 1945. En 1966, le recensement mentionne nés à l'étranger, dont 70 % nés au Mozambique .

L'immigration familiale (entrante) est quelque peu compensée par l'émigration des hommes qui partent travailler à l'étranger, essentiellement vers la Rhodésie du Sud et l'Afrique du Sud. Le développement du Nyassaland est entravé par ce départ des travailleurs. En 1935, le gouvernement estime à les hommes adultes qui travaillent ailleurs qu'au pays. Sachant que, dès 1931, le recensement en Rhodésie du Sud comptabilise adultes venus du Nyassaland, cela laisse à penser que l'estimation de est inférieure à la réalité. En 1937, on estime le nombre d'hommes adultes travaillant à l'étranger à ; un quart de ceux-ci n'ont pas eu de contacts avec leur famille depuis plus de cinq ans..

En 1945, presque et presque sont identifiés comme absents de leur foyer, sans compter ceux qui n'ont aucun contact avec leur famille. La majeure partie de ces expatriés viennent des zones rurales du nord et du centre ; en 1937, sur comptés comme absents, moins de viennent de districts du sud, où plus d'emplois sont disponibles. L'émigration économique se poursuit jusqu'à l'indépendance et après ; en 1963, quelque sont absents de leur foyer et travaillent à l'étranger, en Rhodésie du Sud, en Afrique du Sud et en Rhodésie du Nord.

Administration vignette|Nyassaland est ses principales villes.

Administration centrale Durant la période de 1907 à 1953, le Nyassaland est sous le contrôle direct du Colonial Office et du parlement du Royaume-Uni ; la direction est confiée à un gouverneur, nommé par le gouvernement britannique, qui rend compte au Colonial Office. Dans la mesure où le protectorat a besoin de soutien financier sous forme de prêts et de subventions, le gouverneur rend compte au trésor de Sa Majesté en matière financière.. De 1953 à la fin de 1963, le Nyassaland fait partie de la fédération de Rhodésie et du Nyassaland, laquelle n'est pas un État indépendant, et qui est constitutionnellement subordonnée au gouvernement britannique. Le Nyassaland reste un protectorat et ses gouverneurs conservent certaines responsabilités en matière d'administration locale, de travail et de syndicats, d'enseignement primaire et secondaire africain, d'agriculture et de police interne. La majeure partie du pouvoir des gouverneurs est cependant transférée au gouvernement fédéral. Ce dernier a, seul, la responsabilité des relations extérieures, de la défense, de l'immigration, de l'éducation supérieure, des transports, de la poste ; il tient un rôle prééminent en matière de politique économique, de santé, de développement industriel et d'électrification. Le Colonial Office conserve le pouvoir ultime concernant les affaires africaines et la propriété foncière. La Fédération est dissoute le et l'indépendance du Nyassaland est fixée au .

La plupart des gouverneurs ne font pas leur carrière dans un seul territoire, mais ils sont assistés par des chefs de département qui, eux, pour la plupart, passent leur vie professionnelle entière au même endroit. Quelques-uns parmi les plus expérimentés de ces fonctionnaires siègent dans les deux conseils qui assistent les gouverneurs. Il y a le « conseil législatif », à l'origine composé seulement de fonctionnaires ; à partir de 1909, des membres non-fonctionnaires sont nommés (ils sont minoritaires). Jusqu'en 1961, le gouverneur a droit de veto sur les ordonnances passées par le conseil législatif. Le second organe est le « conseil exécutif », de plus petite taille, chargé de la politique. Il n'est formé que de membres fonctionnaires jusqu'en 1949, date à laquelle deux membres blancs sont nommés aux côtés des huit précédents. La composition du conseil législatif devient progressivement plus représentative. En 1930, les six membres non-fonctionnaires ne sont plus nommés par le gouverneur, mais sont désignés par une association représentant les planteurs et hommes d'affaires blancs. Jusqu'en 1949, les intérêts des Africains sont représentés par une seule personne, un missionnaire blanc. Cette année-là, le gouverneur nomme trois Africains et un Asiatique qui se joignent au six Blancs et aux dix fonctionnaires.

À partir de 1955, les six Blancs non-fonctionnaires sont élus ; cinq Africains (mais aucun Asiatique) sont nommés. Ce n'est qu'en 1961 que tous les sièges du conseil législatif sont pourvus par élection ; le Malawi Congress Party remporte vingt-deux des vingt-six sièges ainsi que sept des dix sièges du conseil exécutif.

Administration locale

Le protectorat est divisé en districts depuis 1892, avec un Collector of Revenue, appelé plus tard District Commissioner (« commissaire de district »), responsable de chacun. Il y a, à l'origine, une douzaine de districts ; leur nombre augmente jusqu'à deux douzaines au moment de l'indépendance. Les douze Collectors, aidés de vingt-six assistants sont, en 1907, chargés de collecter la hut tax (taxe d'habitation) et les droits de douane ; ils ont aussi des responsabilités en tant que magistrats, quoique la plupart n'aient pas suivi de formation juridique. À partir de 1920, les District Commissioners rendent compte à trois Provincial Commissioners, responsables des provinces du Nord, Centrale et du Sud. Ces derniers rendent eux-mêmes compte au Chief secretary, qui réside à Zomba. Le nombre de District Commissioners et de leurs assistants croît de cinquante et un en 1937 à environ cent vingt en 1961.

Dans la plupart des régions du protectorat, il n'y a que peu de chefs africains puissants. Au début, les Britanniques tentent de minimiser le rôle des chefs existants au profit d'une gestion par les Collectors. À partir de 1912, les Collectors nomment des chefs principaux et des chefs de village comme intermédiaires locaux entre l'administration du protectorat et la population locale, une forme dindirect rule. Chaque Collector détermine quels pouvoirs déléguer aux chefs de son district. Certains nomment des chefs traditionnels, jouissant d'une autorité importante au niveau local, comme chefs principaux.

Une autre version de lindirect rule est instaurée en 1933. Le gouvernement autorise les chefs et leurs conseils, nommés Native Authorities, mais ils ne disposent que de peu de pouvoir et de moyens financiers. Les Native Authorities peuvent mettre en place des tribunaux (Native Courts) de droit coutumier. Cependant, Charles Bowring, gouverneur de 1924 à 1929, estime que le système fondé sur les chefs traditionnels est en déclin et qu'on ne peut s'y fier. Les tribunaux coutumiers n'ont pas compétence sur les domaines fonciers appartenant aux Européens, lesquels sont supervisés par les District Commissioners. Ces derniers sont chargés de faire appliquer les impopulaires lois agricoles ; ils s'occupent, en outre, de la grande majorité des différends civils dans le protectorat.