John Edgar Hoover, né le à Washington, D.C., et mort le dans la même ville, est un fonctionnaire américain qui dirige le Federal Bureau of Investigation (FBI) de 1924 jusqu'à sa mort.

Issu d'une famille modeste, il est le fils de Dickerson Naylor Hoover, imprimeur au Bureau fédéral de la cartographie, et d'Annie Marie Scheitlin Hoover, femme au foyer d'origine suisse et allemande. Diplômé en droit de l'université George-Washington en 1917, il commence sa carrière au département de la Justice en tant que greffier. En 1924, à l'âge de 29 ans, il est nommé directeur du Bureau of Investigation, prédécesseur du FBI. Sous sa direction, le Bureau développe des méthodes scientifiques d'investigation, notamment l'utilisation des empreintes digitales et des laboratoires d'analyse criminelle. En 1935, il transforme le Bureau of Investigation en FBI, une agence fédérale ayant des compétences élargies.

Il lutte contre le gangstérisme des années 1930, avec l'arrestation de figures emblématiques telles que John Dillinger, « Baby Face » Nelson et « Machine Gun » Kelly. Il supervise également la traque des espions pendant la Seconde Guerre mondiale et les premières années de la guerre froide. Sous son mandat, le FBI devient un instrument central dans la lutte contre le communisme aux États-Unis.

Son usage excessif de la surveillance, ses dossiers secrets sur des personnalités politiques, et son influence sur la vie politique américaine soulèvent des inquiétudes sur le respect des libertés civiles. Il accumule des informations compromettantes sur des dirigeants politiques, y compris des présidents, ce qui lui permet de conserver son poste malgré les changements d'administration. Il est aussi accusé de racisme, d'homophobie et de harcèlement à l'égard de figures du mouvement pour les droits civiques, notamment Martin Luther King, qu'il fait surveiller de près et contre lequel il mène une campagne de discrédit.

Biographie Origines La plupart des renseignements connus émanent d'une enquête du journaliste Jack Alexander.

Hoover est né à Washington en 1895. Son père Dickerson Naylor Hoover (1856-1921) est un imprimeur à la santé mentale fragile, qui passe les huit dernières années de sa vie dans un asile psychiatrique. Sa mère Anna Marie Scheitlin (1860-1938) l'éduque selon ses valeurs traditionnelles ; Hoover vit avec elle dans la maison familiale jusqu'à la mort de celle-ci en 1938 et en subit la profonde influence.

Début de carrière

Après avoir terminé ses études secondaires, Hoover devient vacataire à la Bibliothèque du Congrès et suit des cours du soir à la faculté de droit de l'université George Washington. En 1916, il obtient son LL.B. et l'année suivante son LL.M.

Il obtient une exemption de service lors de la Première Guerre mondiale et, recommandé par un oncle qui est juge, Hoover entre au département de la Justice le .

Il se place dans le sillage du procureur général (attorney general) du moment, le démocrate Alexander Mitchell Palmer, inventeur du « péril rouge »Il lança une série de raids policiers contre les organisations communistes, les « Palmer Raids »., qui en fait vite son assistant spécial et gravit rapidement les échelons de la fonction publique. Il est promu à la tête de la section chargée de « l'enregistrement des ressortissants d'un pays ennemi » (Enemy Aliens Registration.), et en 1919, directeur de la toute nouvelle General Intelligence Division (GID) du département de la Justice.

Mettant à profit son expérience de bibliothécaire, il crée un gigantesque et précis fichier de toutes les personnes appartenant à des groupes radicaux ou en étant proches : en quelques années sont indexés, avec des notes biographiques sur les qu'il considère comme les plus dangereuses ; il participe alors à l'organisation des « Palmer Raids »Franck Ferrand, « J. Edgar Hoover », émission Au cœur de l'histoire, 9 janvier 2012. Dans des opérations de police commencées le , militants ouvriers sont arrêtés ; 250 d'entre eux sont expulsés vers l'étranger et les autres incarcérés.

Le Bureau of Investigation : le BoI En 1921, lorsque le GID est transféré au Bureau of Investigation (BoI, ancêtre du FBI) Hoover devient directeur adjoint de William J. Burns.

Le , sous la présidence de Calvin Coolidge, le procureur général Harlan Fiske Stone nomme Hoover directeur par intérim du Bureau of Investigation (BOI), qu'il veut réorganiser, car la réputation en avait été ternie par le Teapot Dome et d'autres scandales sous le président Harding. Hoover a alors 29 ans. Il est titularisé sept mois plus tardJ. Edgar Hoover sur Encyclopædia Universalis.

À cette date, le BoI compte environ 650 employés, dont 441 agents spéciaux. Hoover y rationalise le recrutement, la formation et l'encadrement des agents, impose un code moral strict, accumule les notes au Congrès et au président des États-Unis pour obtenir que ses agents puissent porter des armes ou arrêter les suspects (les infractions à la loi sont encore du ressort des États à cette époque où les marshals qui poursuivent les voleurs devaient s'arrêter aux frontières de l'État voisin).

Il ordonne d'écarter les femmes du recrutement, considérant : « qu'elles ne sont pas capables de se servir d'une arme, ce que tous nos agents doivent faire ». En parallèle, il interdit le recrutement des personnes d'origine afro-américaine ou hispanique.

Sous la présidence de Franklin Delano Roosevelt (1933-1945) : une extension des pouvoirs En 1933, après l'élection de Franklin Delano Roosevelt à la présidence des États-Unis, la place d'Edgar Hoover se trouve menacée. En effet, Roosevelt pressentait Thomas James Walsh comme procureur général des États-Unis (équivalent de ministre de la Justice dans les gouvernements européens). Ce dernier s'était empressé de répondre favorablement à la proposition de Roosevelt, déclarant ses intentions au New York Times . Thomas James Walsh avait effectivement eu un différend avec Edgar Hoover durant les années 1920 et avait bien l'intention de l'écarter de son poste. Fort heureusement pour Hoover, Walsh mourut le d'une thrombose coronarienne dans le train qui devait le mener le jour même au siège du procureur général où il s'apprêtait à entrer.

Hoover renforce la réputation du FBI en faisant adopter le Federal Kidnapping Act, en luttant efficacement contre les gangs qui sévissent à l'époque de la prohibition, en capturant et en faisant exécuter les responsables du massacre de Kansas City.

Après que le BoI eut été renommé en « Federal Bureau of Investigation » - FBI - en 1935 et ses pouvoirs étendus par le Congrès, Hoover devint prééminent dans le renseignement intérieur à partir de 1939.

En , le président Roosevelt annonça, en raison de la probabilité imminente d'un conflit en Europe continentale, que le FBI serait chargé de toutes les opérations de renseignements, bénéficiant de sa confiance. En , le principe des écoutes téléphoniques fut autorisé par la présidence, au prix d'un contournement de la loi, permettant le suivi de , de 13 syndicats, de 22 associations de droits civiques et de 85 groupes politiques de gauche. Ordre fut donné de détruire les archives tous les six mois.

Sans accord de son autorité de tutelle, J. Edgar Hoover constitua, à la fin de l'année 1939, une liste de personnes pouvant être incarcérées pour risque de collusion avec les autorités allemandes, avec leurs alliés et avec les forces communistes. En 1940, le ministère de la Justice demanda le contrôle de la liste. En 1943, il ordonna son annulation. Le directeur du FBI décida de la renommer. Nomenclature de sécurité, non détruite (ces faits furent révélés par l'enquête du congrès en 1975).

En 1941, l'action de surveillance et de prévention d'une offensive menée par le FBI, et malgré l'action et les informations fournies par l'agent double Dusko Popov, fut un échec à l'origine de l'attaque des forces japonaises sur les installations portuaires militaires de Pearl Harbor, le .

Sous la présidence de Harry S. Truman (1945-1953) : la fin de l'hégémonie sauvée par la guerre froide ? Le , Harry S. Truman prend la relève à la mort de Franklin Delano Roosevelt, survenue au cours de l'exercice de son quatrième mandat ; la position de Hoover est dans un premier temps fragilisée. En effet, Truman, qui avait dénoncé l'incompétence du FBI lors de l'attaque de Pearl Harbor en 1941, exprima également sa position hostile à l'égard de Hoover dans une note datée du :

« Nous ne voulons ni Gestapo, ni police secrète. Ceux du FBI vont dans cette direction. Ils se mêlent de scandales sexuels et de chantage alors qu'ils devraient attraper les criminels. Ils ont aussi l'habitude de dénigrer les représentants des polices locales. CELA DOIT CESSER. Nous avons besoin de collaboration ».

Malgré l'aversion du président nouvellement nommé, J. Edgar Hoover mettait à disposition de la Maison Blanche, grâce au service des écoutes téléphoniques, des informations politiques de première main.

Harry Truman brisa le rêve de J. Edgar Hoover de réunir sous son seul pouvoir, le renseignement extérieur et intérieur des États-Unis, considérant que cela représentait une charge trop importante et privilégiant le projet de William Donovan, le directeur de l'OSS. C'est pour cette raison, et contre le lobbying intensif de J. Edgar Hoover qui accusait de manière infondée l'OSS de William Donovan de receler dans ses rangs des agents communistes, que le président Truman décida la création de la Central Intelligence Agency en 1947. La CIA dépendait directement de son autorité par l'intermédiaire du Conseil de sécurité nationale, avec pour objectif de lutter contre l'influence du communisme.

En conséquence de la perte des antennes à l'étranger du FBI notamment au Mexique, acquises au cours de la Seconde Guerre mondiale, Hoover donna pour ordre d'appliquer et ce jusqu'à sa mort, à l'égard de la nouvellement créée CIA, une politique de la terre brulée, à tel point que cela aboutit à un conflit avec le second directeur de cette dernière, le général Walter Bedell Smith, qui dénonça son attitude :

« Vous avez le mandat impératif de coopérer totalement avec la CIA. Si vous voulez vous y opposer, je me battrai contre vous dans tout Washington ».

Ce véritable divorce institutionnel explique toujours de nos jours l'incompatibilité de ces deux institutions.

Avec l'apparition de la guerre froide, l'acquisition par les Soviétiques de l'arme atomique en 1949, et profitant des effets de la guerre de Corée, ainsi que de l'affaire des époux Rosenberg, Hoover renforça à nouveau sa position et affirma l’existence d’un vaste réseau d’espionnage soviétique implanté aux États-Unis. Ceci entraîna notamment la création du programme de loyauté des fonctionnaires fédéraux en 1946 et de la National Security Act en 1947.

Sous son action, le nombre de membres du Parti communiste américain de en 1944, passa à en 1956 pour tomber à en 1971.

En 1948, toujours en opposition avec Harry S. Truman qui réduisit ses pouvoirs, il soutint secrètement le candidat Dewey pour lequel il fit écrire des textes par les agents du FBI, tentant de discréditer le président en poste dans la lutte contre le communisme.

Sous la présidence de Dwight Eisenhower (1953-1961) : le retour en force En 1952, en pleine période de chasse aux sorcières menée par le sénateur McCarthy, il obtint, en faisant pression sur le département de la Justice, le départ de l'acteur britannique Charlie Chaplin des États-Unis vers la Suisse, l'accusant de diffuser de la propagande communiste.

À partir de 1956 (et ce jusqu'en 1971), il mit en place le programme illégal d'écoutes COINTELPRO.

En 1958, il publia son ouvrage Masters of Deceipt (Les maîtres trompeurs), manuel de lutte contre l'influence du communisme aux États-Unis.

Sous la présidence Kennedy (1961-1963) : des relations orageuses Sous John F. Kennedy, la situation de J. Edgar Hoover se fragilisa à nouveau grandement.