(né le vraisemblablement au palais de Goslar en Saxe et mort à Liège le ) fut empereur du Saint-Empire de 1084 à 1105. Il appartient à la dynastie des Saliens.

Le à Aix-la-Chapelle, son père, , le couronne roi associé des Romains. À la mort de celui-ci en , il règne en tant que roi des Romains sous la régence de sa mère, Agnès d'Aquitaine, jusqu'en 1062, puis jusqu'à sa majorité en sous la régence d'Annon, archevêque de Cologne. Le à Rome, il est couronné empereur par l'antipape . En 1105, son fils cadet Henri, bénéficiant de l'appui du pape , se rebelle et le force à abdiquer le .

, le troisième empereur de la dynastie franconienne issue des Francs saliens, est un des souverains les plus controversés du Moyen Âge. Ses multiples revers de fortune ont intrigué les chroniqueurs de son époque mais aussi des générations d'historiens. Son opposition au pape et la pénitence de Canossa constituent des événements essentiels de la querelle des Investitures.

Biographie Jeunesse d’ Relations entre l'Église et l'Empire à la naissance d'

Depuis sa fondation en 962, le « Saint-Empire romain » est entravé d'abord par le peu d'institutions sur lesquelles l'empereur peut asseoir son autorité, ensuite par la faiblesse de ses revenus, les empereurs ne disposant que de leurs propres domaines pour financer leur politique. De plus, le choix de l'empereur ne dépend que de l'élection des princes germaniques et du couronnement par le pape à Rome.

transforme les ducs en vassaux qui sont à son entière disposition et s'appuie sur le clergé pour administrer l'Empire. Il prend l'habitude de nommer les évêques à qui il donne l'investiture temporelle et spirituellePierre-Roger Gaussin, article « Allemagne médiévale », Encyclopaedia Universalis, DVD 2007.. Ses successeurs continuent la même politique. L'empereur porte alors le titre de rex et sacerdos, « roi et prêtre », c'est-à-dire protecteur de l'Église. En outre, les empereurs prennent soin de faire élire, de leur vivant, leur fils comme successeur afin d'assurer une certaine continuité dynastique. Après le couronnement impérial d' par le pape , la collaboration étroite entre les deux pouvoirs se fait, dès lors, à l’avantage de l’empereur. Ce dernier contrôle alors totalement l’élection du pape et renforce encore son contrôle sur le clergé local.

Mais au milieu du , des voix s'élèvent contre les maux dont souffre l'Église, les premiers étant l'immoralité et l'incompétence du clergé. , proche des Clunisiens, est sensible à la dégénérescence morale de l'Église et favorable à la réforme monastique préconisée par Cluny. introduit aux synodes de Sutri et de Rome de 1046 un mouvement de réforme de l'Église, qui est soutenu par des papes réformateurs comme , élu après la destitution des papes concurrents , et . Il favorise l'élection au trône pontifical d'un candidat réformateur en 1048. Celui-ci fait venir dans son entourage le moine Humbert de Moyenmoutier qui défend l'idée selon laquelle la racine des maux du clergé est institutionnelle : elle est due à la pratique des investitures laïques, le prince laïc choisissant toujours le candidat qui lui sera plus fidèle.. Il affirme que toute investiture laïque est simoniaque qu'elle soit le fruit d'un échange marchand ou nonHumbert de Moyenmoutier finit par écrire un livre l'Adversus simoniacos qui connaît une réelle audience dans la curie romaine.. De nombreux synodes ont martelé que les clercs ne devaient en aucun cas accepter de charge de la part d'un laïc, avec ou sans versement d'argentFrancis Rapp, Les relations entre le Saint-Empire et la papauté, d'Otton le Grand à de Luxembourg (962-1356), clio.fr, consulté le 7 novembre 2007..

Héritier attendu vignette|Le palais impérial de Goslar, site probable de la naissance d'Henri. Le , à la résidence impériale de Goslar, naît « enfin » (selon le mot du chroniqueur Herman de Reichenau.) l'héritier tant désiré par l'empereur et par sa seconde épouse Agnès d'Aquitaine. Ils lui donnent tout d'abord le nom de son grand-père, Conrad. Mais l'abbé Hugues de Cluny insiste pour qu'ils le prénomment Henri. Afin que l'abbé de la réforme clunisienne puisse être le parrain de l'héritier, on repousse le baptême, qui a lieu à Cologne, jusqu'aux Pâques suivantes.

Dès Noël 1050, a fait jurer aux princes qu'ils resteraient fidèlement soumis à son héritier. En , il convoque une assemblée d'Empire à Tribur dans le but d'élire roi le jeune Henri alors âgé de trois ans. À vrai dire, les princes se bornent à lui jurer fidélité à la condition qu'il se révèle être un souverain juste.

Au mois de novembre suivant, Henri est nommé duc de Bavière. Il est sacré roi de Germanie à Aix-la-Chapelle le par l'archevêque Hermann de Cologne ; le duché de Bavière revient alors à son frère cadet Conrad. À Noël 1055, à Zurich, il est fiancé à Berthe de Turin (1051-1087) : entend ainsi créer dans les Alpes un contrepoids à son rival Godefroy le Barbu en s'alliant par mariage à la maison de Canossa-Toscane.

Régence

thumb|200px| et Agnès.

meurt en 1054, mais une délégation romaine comprenant Hildebrand (le futur ) parvient à convaincre de choisir , le parti réformateur reste donc dans l'entourage du Saint-Siège, pour autant le pape reste désigné par l'empereur.

Peu avant sa mort, survenue brusquement le , en présence du pape qui séjourne à ce moment-là dans l'entourage de l'empereur, exige des princes d'Empire qu'ils élisent son fils et lui rendent hommage. Après avoir présidé aux obsèques impériales le , est, le suivant, le principal artisan de l'élection du jeune fils d', âgé de , comme roi de Germanie, sous le nom d’. Le pape met aussi en place la régence d'Agnès d'Aquitaine, veuve de l'empereur. Victor achève la réconciliation avec Godefroy le Barbu, duc de Basse-Lotharingie et de Toscane entré en conflit avec .

Le pouvoir est assumé par la régente Agnès de 1056 à 1061. Cette dernière est proche du mouvement clunisien : le monastère de Cluny est une fondation de sa famille et Hugues, son abbé, confident intime de la famille impériale, est aussi le parrain de l'héritier du trône, le futur . Pleine de bonne volonté et très pieuse, Agnès n'a pas l'autorité politique de son mari et doit concéder de nombreuses possessions aux ducs afin de conserver leur fidélité. Elle est, durant sa régence, fortement influencée par les hommes d'église tels que , et Henri d'Augsbourg. Elle est conseillée par des nobles de rang inférieur et des ministériels, ce qui suscite la désapprobation de la haute noblesse de l'Empire.. Agnès se montre cependant incapable de trouver une issue satisfaisante aux querelles de succession du trône de Hongrie en 1060.

En inféodant le duché de Souabe (ainsi que l'administration de la Bourgogne) à Rodolphe de Rheinfelden, le duché de Bavière à Otton de Northeim et celui de Carinthie à Berthold de Zähringen, elle investit sans le savoir les principaux futurs opposants de son fils. On reproche à Agnès d'entretenir une relation avec son principal conseiller, l'évêque Henri d'Augsbourg. Elle n'a jamais pu « écarter le soupçon d'un amour coupable, parce que la rumeur disait qu'une relation si familière ne pouvait résulter d'un commerce honnête », selon le chroniqueur Lambert de Hersfeld..

Pendant la régence, les relations entre l'Église et l'Empire évoluent en défaveur de ce dernier. Au décès de , en 1057, les réformateurs, profitant de la minorité d’, élisent comme pape sans qu'Agnès ne soit mise au courant.. Le nouveau souverain pontife est le frère de Godefroy le Barbu : un refus de la régente pourrait déclencher une nouvelle rébellion des grands vassaux. Le nouveau pape s'oppose à la nomination du pape par l'empereur. En 1058, le cardinal-évêque de Silva Candida, Humbert de Moyenmoutier, rédige un traité condamnant la simonie. Il dénie à le droit d'intervenir dans la nomination des évêques. Il proclame la prééminence du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. est assassiné après seulement huit mois de pontificat.

Son successeur est élu pape à Sienne le par les soins du moine Hildebrand. Il est conduit à Rome par Godefroy le Barbu, qui expulse l'antipape , élevé par la faction des Tusculum. Le , fait décider par un concile réuni au Latran, que l'élection des pontifes sera dorénavant confiée au collège des cardinaux. Même si le droit de confirmation impériale subsiste, le pape n'est donc plus l'homme de l'empereur. Les réformateurs ont su jouer la stabilité de l'empire contre l'indépendance du Saint-Siège.

À la mort de , en 1061, Anselme est élu pape par le Sacré Collège, conformément au décret du feu pape. Une notification est adressée à la cour d’, qui l'ignore. Les cardinaux, considérant que le privilège de confirmation impériale est abandonné, est sacré le . Furieux, les Romains, dépossédés de leur ancien droit d'élection, portent leurs griefs devant l'impératrice Agnès. Elle saisit l'occasion de contrer la nouvelle indépendance du Sacré Collège et convoque une assemblée à Bâle qui, en l'absence de tout cardinal, élit un autre pape qui prend le nom d'. Ce schisme ne dure que peu de temps et l'antipape est abandonné par ses protecteurs dès 1064. Conforté dans son rôle, accentue son contrôle sur l'Église d'Italie..

Coup d'État de Kaiserswerth

La régence provoque tant de mécontentement que certains princes d'Empire conspirent. , archevêque de Cologne, s'empare du jeune roi en 1062 à Kaiserswerth (aujourd'hui Düsseldorf). Il le place dans ses bagages avec les insignes impériaux et s'enfuit à bord d'un bateau sur le Rhin. Le jeune Henri — il a alors — essaie de s'échapper en sautant dans le Rhin. Il reste profondément blessé par le déshonneur qui lui a été fait. L'empire est alors administré par Annon en parfait accord avec les ducs et les grands de Germanie. Agnès ne fait rien pour retrouver son pouvoir. Elle choisit même, en 1062, de se retirer dans un couvent alors que son fils est encore mineur. À partir de 1063, Annon doit partager ses responsabilités avec Adalbert, archevêque de Hambourg-Brême, qui obtient la confiance du jeune roi et la conservera après son accession à la majorité.

Le , Henri est adoubé et accède ainsi à la majorité. Sa mère doit alors l'empêcher d'élever contre Annon l'épée qu'il vient de ceindre. Adalbert de Brême, qui veut garder son ascendant sur le jeune roi, le retient au nord des Alpes et l'empêche de régler les affaires italiennes de l'empire. Lors de la diète de Tribur de , Annon, aidé de , incite les princes germaniques à chasser Adalbert de la cour, mais ne parviendra jamais à retrouver de l'influence sur le roi. Henri ne veut plus être la marionnette de son entourage. Les grands essaient en vain de reconquérir le devant de la scène auprès du souverain. Les épreuves l'ont endurci et ont forgé sa volonté. Il a reçu une riche éducation mais bénéficie du tempérament d'un homme d'action. Il entend servir au mieux les intérêts de l'empire. Alors même qu'il combat le pouvoir du pape, il n'en reste pas moins un homme pieux, bénéficiant du fidèle soutien moral de son parrain, Hugues de Semur, l'abbé de Cluny.. Comme son père, il pense que sa fonction et son autorité viennent directement de Dieu.

Henri épouse Berthe de Turin le . Trois ans plus tard, il engage une procédure de divorce qui fait grand bruit, assurant que le mariage n'a pas été consommé ; mais le légat du pape Pierre Damien l'accuse de grave immoralité et refuse le divorce.

Guerre contre les Saxons