Jan Derk Domela Nieuwenhuis Nyegaard, né le à Amsterdam et décédé le , est un pasteur protestant, un écrivain, un militant flamingant et un nationaliste thiois néerlandais. Il est un proche parent du militant anarchiste Ferdinand Domela Nieuwenhuis.
Biographie
1870-1914 Enfance Il était le fils de Jacob Domela Nieuwenhuis, avocat et professeur à Groningue, et d’Elizabeth Rolandus Hagedoorn. Dans son enfance, Domela Nieuwenhuis était souvent malade, de sorte qu'il ne put plus aller à l'école. Il fut alors élevé à la maison par son père, son frère et par quelques professeurs privés.
Dès sa prime jeunesse, ses matières préférées étaient l'histoire, l'ethnologie, la mythologie nordique, la linguistique et l’origine des noms germaniques. Il alla à la recherche de ses origines, qui se révélèrent être danoise et norvégienne. De là son nom de famille supplémentaire Nyegaard qu’il adopta afin d’affirmer ses origines ancestrales, mais qui ne fut officiellement reconnu que par arrêté royal du , 86. Il admirait également la Frise et les Frisons. Il adorait tout ce qui touchait au monde germanique et, en particulier, tout ce qui était scandinave : c'est au Danemark et à la Norvège qu'il réservait son amour le plus fougueux. En outre, il était un ardent patriote et orangiste néerlandais.
Formation de prédicateur Comme il avait la ferme volonté de devenir pasteur, dans les traces de son père, il alla étudier à l'école préparatoire de théologie de l'Église libre à Lausanne. Sa santé l'obligea malencontreusement à rejoindre les Pays-Bas. Sur avis médical, il décida de poursuivre ses études en Écosse. Au préalable, le , il contracta mariage avec une fille de pasteur, Andrea Elisabeth Hermina Sijpkens. C’est avec « Elise », son épouse, avec qui il aura trois fils, qu’il partit pour l'Écosse, où il put finalement exercer son pastorat. Le jeune couple s’installa à Édimbourg. Jan Derk y suivit les cours au séminaire de l’Église libre d’Écosse (). Comme cette église était très calviniste, alors que lui, il était luthérien, il passa à l'Église évangélique de l'Écosse (), où il put achever ses études. Le , il fut ordonné pasteur à l’église de Buccleuch.
Militant flamingant thumb|left|Jan Derk Domela Nieuwenhuis se fit beaucoup d'amis en Flandre, dont Julius Mac Leod (1857-1919), professeur à l’université de Gand.
De retour dans les Pays-Bas, sa formation s'avéra inadaptée à l’église luthérienne, et c'est à l'instigation du jadis célèbre théologien G.J. Vos, qu'il passa à l'Église réformée hollandaise () à laquelle appartenait déjà sa femme Elise. Vos, conjointement avec le prédicateur anversois Th. A. Eggenstein, lui offrit alors un poste de pasteur et professeur dans la petite paroisse de l'église de la Mission à Ostende, afin qu’il pût traverser une période de deux années après laquelle il serait acceptable pour une paroisse réformée. Quoiqu’il eût beaucoup de travail à Ostende, il était néanmoins capable de faire fleurir sa paroisse.
Lui et Elise firent connaissance avec le poète et médecin germanophile dr Eugeen van Oye, ancien élève de Guido Gezelle, qui, comme lui, était un admirateur passionné de la Scandinavie et de sa culture. À Ostende, Domela devint conscient de la lutte linguistique et commença à se solidariser avec le mouvement flamand. Il adhéra à l'Union générale néerlandaise (, ANV). À partir de 1913, juste avant la Première Guerre mondiale, il devint président d’un groupe activiste, (La Jeune Flandre). Ce groupe éditait (La Poste flamande), un périodique nationaliste flamande, pour lequel Domela Nieuwenhuis écrivit de nombreux articles sur sa conception d’une Flandre et des Pays-Bas sous protectorat allemand ainsi que sur la création d’une alliance pangermanique : l’.
thumb|Ferdinand Domela Nieuwenhuis (1846- 1919), militant anarchiste, était l'oncle de Jan Derk.En 1898, il accepta un poste dans la paroisse réformée d’Odijk (province d'Utrecht), mais déjà en 1903, il revint en Flandre, où il devint pasteur de la paroisse évangélique et réformée à Gand. Ce fut sans doute le professeur Paul Fredericq, membre du consistoire, qui facilita cette décision. Nommé aumônier protestant des détenus dans les prisons de Gand et de Bruges par le ministère de la Justice à Bruxelles, il devint en même temps fonctionnaire de l'État belge ; son pastorat à Gand sera très fécond. Elise le soutint courageusement dans la lutte contre l'alcoolisme et dans son travail d’évangélisation dans les quartiers pauvres de la ville. Les Domela parcoururent à plusieurs reprises la Flandre française, où Jan Derk prêcha à Dunkerque () et à Roubaix (). Ils visitaient fréquemment le village de Hoorebeke-Sainte-Marie, dans le coin des gueux près d'Audenarde.
Le presbytère de Domela, sis sur la Coupure à Gand, était connu pour son hospitalité. Y séjournèrent une ou plusieurs fois : Ferdinand Domela Nieuwenhuis, militant anarchiste et oncle de Jan Derk, Henrietta Sofia Susanna Kuyper (fille de l’homme politique antirévolutionnaire) et l’étudiant en histoire Pieter Geyl. Ce dernier deviendra par la suite historien et père spirituel de l’historiographie portant sur l’ensemble des Pays-Bas, tant méridionaux que septentrionaux. Les Domela se firent de nombreux amis en Flandre : parmi eux le professeur Julius Mac Leod, éminent homme de science militant pour la néerlandisation de l'université de Gand. Son fils unique, Andries, fut catéchiste de Domela pendant quelque temps. De temps à autre, Domela donna des lectures pour l'association d'étudiants (Ah ! ça ira), pour le syndicat libéral des ouvriers et pour des sociétés de femmes.
Autour de 1910, il obtint un siège au sein de l’administration de la branche gantoise de l'Union générale néerlandaise. Dans ce groupe, il rencontra Hippoliet Meert, fondateur de l'ANV, Roza de Guchtenaere, le jeune Marcel Minnaert et le laryngologue dr Reimond Speleers. Progressivement, son aversion pour cet État belge qu’il considérait comme abusivement dominé par une francophonie arrogante, devint une haine amère. En mai 1914, Marcel Minnaert, Reimond Kimpe et Antoine Thiry commencèrent à éditer une revue mensuelle, (La Scission administrative), où ils prenaient position contre une Belgique unitaire. Domela prit un abonnement.
1914-1955 La Première Guerre mondiale
À partir d’août 1914, lorsque le pays était impliqué dans la Première Guerre mondiale, le groupe élargi de Minnaert et les siens se réunissait régulièrement à la fin de l'été. Domela le rejoindra très vite. Le , douze jours après l'occupation de Gand par les Allemands, ce cercle devint formellement un groupe sous le nom de . Domela devint alors leur président, Kimpe leur secrétaire et Minnaert secrétaire « adjoint ». On rédigea un programme sur les principes de base dans lequel la disparition de l'État belge était exigée ainsi que la fondation d'un État flamand souverain, où la langue française n’aurait plus de place. Domela songeait à un royaume de Flandre, provisoirement sous la protection allemande, à la tête duquel figurerait un membre de la maison de Nassau. En outre, il lança l'idée d'une qui devrait inclure tous les peuples germaniques, y compris le peuple anglais, sous le gouvernement suprême et la protection militaire d’un pays central, l’Allemagne (le pays qui avait mis au point le système de protection sociale ouvrière le plus développé du monde, reconnu comme paradis des ouvriers par rapport aux pays avoisinants). À l’intérieur de cette alliance, tous les États conserveraient leur indépendance. À la proposition du « camarade » Leo Picard, commença en février 1915 à publier le journal , utilisant des fonds fournis par les autorités allemandes. Picard et quelques autres membres évoluant rapidement vers une attitude moins anti-belge, des tensions graves surgirent au sein du groupe. Le , elles aboutirent à une séparation entre les partisans de Domela et ceux de Picard. Six mois plus tard, les Allemands cessèrent leur soutien à la , car la prise de position irréconciliable envers la Belgique ne leur convenait plus.
bénéficiait d'une diffusion considérable dans les provinces de Flandre-Occidentale et de Flandre-Orientale. Des « succursales » furent créées dans de nombreux endroits. Le , à une conférence à Gand, tous ces groupes s’unirent pour former le mouvement national . Même en dehors des « Flandres » (c’est-à-dire la Flandre-Occidentale et la Flandre-Orientale), des départements apparurent, entre autres à Bruxelles, à Lierre et à Anvers. Domela s'engagea profondément dans l’activisme et, de plus, dans l’aile la plus radicale.
thumb|left|Alfred von Tirpitz (1849-1930), militaire et homme politique allemand. Jan Derk eut trois fois des entrevues avec cet homme au cours de la Première Guerre mondialeTrois fois, en 1915, en 1917 et en 1918, il fit un voyage en Allemagne, où il eut des entrevues avec des personnalités telles que l'amiral Alfred von Tirpitz. À la fin de l'automne parut de sa main, chez l’éditeur Versluys à Amsterdam, un ouvrage, (La Flandre libérée de toute contrainte méridionale), dans un style d'écriture emphatique et caractérisé par de nombreuses citations. Cette production littéraire, visant à propager les idéaux de , fut traduite en allemand par le révérend A. Schowalter et, sous le titre (La Flandre libérée), publiée à Leipzig en 1918.
À partir de mars 1916, Domela dut faire face à l'opposition allemande : son « extrémisme » déplaissait aux autorités d'occupation à Bruxelles qui commencèrent à intriguer contre et arrivèrent à manipuler Kimpe et Thiry de telle façon qu’ils se tournèrent contre Domela. Subséquemment, le journal fut liquidé. Après avoir incité, par la consultation populaire ou référendum du Conseil de Flandre (), à la sécession de la Flandre en 1917, l'occupant allemand cessa son soutien et Domela Nieuwenhuis se vit expulser des rangs de . Encore en 1917, les Allemands réussirent à obtenir la collaboration du dr Karel Bonns afin d’exclure de l'administration générale de un Domela perdant toute influence dans le mouvement Jeune flamand. Dans la dernière année de la guerre, c'était en tant que chef de propagande qu’il devint membre du conseil d'administration du (Union des nationalistes), créé par le Gantois Jan Wannijn. Il s'agissait d'une organisation bien gérée, ne le cédant en rien à quant à l'attitude anti-belge. En octobre/novembre 1918, lorsque l'effondrement de l'Empire allemand était imminent, Domela et les siens prirent la fuite pour se réfugier aux Pays-Bas, neutres pendant la guerre. L'année suivante, en 1919, la Cour d'assises de Gand le condamna à mort par contumace pour haute trahison ; il en sera fier pour le reste de sa vie.
L’entre-deux-guerres
Entre les deux guerres, Domela se profila de façon plus modérée. En 1919, grâce à des relations amicales, il devint pasteur de la paroisse réformée à Beetsterzwaag, mais il ne s'y sentait pas à l'aise. La tension entre libéraux et orthodoxes nuisait à la vie religieuse, de même que l'action de Domela, qui ne fut pas toujours des plus heureuses. Lui et Elise cherchaient alors à se distraire en faisant de nombreux voyages, jusqu’en Islande en 1933. Son wheeme ou presbytère était une sorte de Mecque pour les anciens activistes et admirateurs de la « Grande-Néerlande » dans les Pays-Bas septentrionaux et méridionaux des années 1920 et 1930. Il restait en contact avec ses collègues aux Pays-Bas et en Allemagne, exilés de la Flandre.