Les Chroniques géorgiennes désignent conventionnellement le principal recueil de textes historiques médiévaux de Géorgie Kartlis Tskhovreba (en géorgien ), littéralement « Vie du Kartli », le Karthli étant la région de la Géorgie ancienne et médiévale connue dans l’Antiquité classique et encore sous l’Empire byzantin sous le nom d’Ibérie du Caucase. Les chroniques sont également connues sous le nom d’« Annales royales de Géorgie » car elles constituent l'essentiel du corpus officiel de l’histoire du royaume de Géorgie Stephen H. Rapp, Studies in Medieval Georgian Historiography: Early Texts And Eurasian Contexts, Peeters Publishers, 2003 , passim., passim..
Composition
Les Chroniques consistent en une série de textes distincts généralement datés du . La datation de ces travaux comme l’identification de leurs auteurs (i.e., Léonti Mroveli et Djouancher Djouancheriani) sont le sujet de débats entre les spécialistes universitaires.
Bien que plusieurs spécialistes en lexicographie géorgienne considèrent, le comme l'époque de la première rédaction du corpus, un nombre croissant d’experts modernes tend à accepter l’hypothèse du professeur Cyrille Toumanoff, qui estime que les premiers textes du Kartlis Tskhovreba ont été composés vers l'an 800. Les textes suivants du corpus ont été ajoutés au .
La version officielle et définitive a été éditée par une commission d’historiens réunie autour du prince Vakhoust, sous le patronage et l’autorité de son père le roi Vakhtang VI de Karthli au début du .
Pendant le , les trois premiers textes ci-dessous constituèrent un premier corpus couvrant l’histoire de la Géorgie des premiers temps légendaires jusqu’au règne du roi Vakhtang Gorgasali (452–502/522) et à la mort du descendant de ce même roi Vakhtang, Artchil, vers (786) : l'« Histoire des Rois et des Patriarches des Géorgiens » ; l'« Histoire du roi Vakhtang Gorgasali » ; le « Martyre de saint Archil ».
Au milieu du , deux autres textes sont ajoutés : la « Chronique du Karthli » qui reprend l’histoire de Géorgie de la fin du au règne du premier roi de la Géorgie unifiée, Bagrat III (1008-1014), et poursuit jusqu’aux premières années de règne de Georges II (1072-1089) ; l’« Histoire du Roi des Rois David » qui continue l’histoire précédente et se centre sur le règne du roi David IV (1089-1125).
Nom Nom géorgien Translittération Date Auteur Période couverte « Histoire des Rois et des Patriarches des Géorgiens » Léonti Mroveli (?) – « Histoire du roi Vakhtang Gorgasali » ca. 800Djouancher Djouancheriani « Martyre de saint Artchil » Djouancheriani ou Léonti Mroveli736–786 « Chronique du Karthli » Anonyme786–1072 « Histoire du Roi des Rois David » Anonyme1072–1125 « Histoire des Bagratides » Soumbat Davitis-Dze–1031 « Histoires & Eulogies des Souverains » Anonyme1156-1212 « Histoire des Cinq Règnes » 1223Historien de Georges IV1125-1223 « Histoire de la Reine des Reines Tamar de Géorgie » Anonyme1184–1210/1213 « Chronique de Cent Ans » Anonyme1212-1318
Manuscrits La plus ancienne version connue de la « Chronique géorgienne » est rédigée en arménien. la Chronique abrégée, adaptation de L’Histoire de la Géorgie (), fut probablement exécutée au avec huit manuscrits existant recopiés au cours de la période 1279-1311. Il s'agit d'une version courte attribuée à Djouancher qui retrace l'histoire de la Géorgie des origines légendaires à la fin du règne de David IV de GéorgieLe texte en français se trouve dans Marie-Félicité Brosset, Histoire de la Géorgie, « Additions et éclaircissements », Saint-Pétersbourg, 1851, 1-61, et en anglais sur le site de Robert Bedrosian..
La copie la plus complète des manuscrits en géorgien du Kartlis Tskhovreba est relativement récente, avec comme partie la plus ancienne l'« Anaseuli » ou « codex de la Reine Anna », qui date de la période 1479-1495. Une autre version principale, le « Mariamiseuli » ou « codex de la Reine Mariam », est une copie des années 1633-1645/1646.
De nombreuses traductions ont été réalisées : en français avec Marie-Félicité Brosset au , en russe, en anglais et en allemand, mais chacune ne couvre seulement qu'un certain nombre de ces textes.
Authenticité
Quelques universitaires plus récents comme Ivane Javakhishvili se sont interrogés sur l’authenticité des plus anciens composants de la Chronique géorgienne. Ils ont appelé à la plus grande prudence lorsqu'on les utilise. C’est ainsi que des faits strictement historiques sont souvent mêlés à des mythes, d'où une certaine difficulté à discerner la vérité historique de la mythologie.
Cependant, les analyses critiques faites à partir d’autres sources, dont les auteurs de l'Antiquité classique, et une série d’études archéologiques récentes ont prouvé la fiabilité de bon nombre d’éléments des Chroniques. Ces textes concernent non seulement l’histoire de la Géorgie, mais également celle de l’Arménie et du Caucase en général, l'Iran, la Syrie, l'Anatolie, l’Empire romain, les Khazars et les Turcs.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Christian Settipani, Continuités des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du , de Boccard, Paris, 2006 . Stephen H. Rapp Jr., Studies in Medieval Georgian Historiography: Early Texts and Eurasian Contexts, Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, subsidia, tome 113, Louvain, Peeters, 2003 . Robert W. Thomson, Rewriting Caucasian History: The Medieval Armenian Adaptation of the Georgian Chronicles: The Original Georgian Texts and the Armenian Adaptation, Oxford University Press, 1996 .
Liens externes Texte en géorgien en ligne . Site de Robert Bedrosian Traduction française (1830) en ligne (Google Books) de Marie-Félicité Brosset ; comporte des extraits en géorgien
Catégorie:Histoire de la Géorgie Géorgie Catégorie:Historiographie de la Géorgie au haut Moyen Âge