Le siège de Pouancé de 1432, aussi appelé troisième siège de Pouancé, résulte d'un conflit opposant le duc d'Alençon au duc de Bretagne Jean V. Bien que ce siège voie s'affronter, dans le contexte de la guerre de Cent Ans, Bretons et Anglais face à des Français, ce conflit a son origine dans une dispute familiale concernant la dot de Marie de Bretagne, sœur de Jean V et veuve de Jean d'Alençon, père de Jean II.

Ce siège, qui fait suite à ceux de 1066 et de 1379.tire son nom de la ville de Pouancé (actuel département du Maine-et-Loire), située en Anjou, à proximité de la frontière du duché de Bretagne, non loin de la place forte bretonne de Châteaubriant.

Commencé le , le siège est d'abord marqué par la résistance du duc d'Alençon. Jean V fait alors appel aux Anglais qui lui envoient des renforts. Mais cela déplaît au frère du duc de Bretagne, Arthur de Richement, connétable de France, qui va s'efforcer de pousser le duc d'Alençon à négocier sa reddition. Le traité conclu entre les deux parties, à l'avantage du duc de Bretagne, évite cependant que Pouancé tombe aux mains des Anglais.

Contexte Ce conflit prend place dans la dernière phase de la guerre de Cent Ans, peu de temps après l'équipée de Jeanne d'Arc (1429-1430).

Malgré sa condamnation à mort et son exécution en 1431, la situation politico-militaire des Anglais se dégrade en France depuis la levée du siège d'Orléans (1429) et le sacre de Charles VII à Reims : en dehors de la Normandie et de la région de Bordeaux, ils n'occupent qu'une partie de la Picardie et de la Champagne et ne contrôlent qu'imparfaitement l'Île-de-France. Ils sont de plus en plus perçus comme des occupants et les soulèvements se multiplientNoël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, 427. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon commence à prendre ses distances avec le duc de Bedford, régent en France au nom d'Henri VI.

En tant que comtes de Richmond, les ducs de Bretagne entretiennent depuis l'époque de Jean de Montfort (1294-1345) des liens étroits avec les rois d'Angleterre, mais Jean V, qui règne depuis 1399, prend lui aussi ses distances. Allié aux Français avant la bataille d'Azincourt (1415), il entame ensuite une politique de bascule entre les deux belligérants : bien que signataire du traité de Troyes de 1420, qui prive le dauphin Charles de la succession de Charles VI, au profit du roi d'Angleterre, il autorise son frère Arthur (qui sera duc de Bretagne en 1457-1458) à combattre du côté français après son retour de captivité en Angleterre (1415-1422). Arthur est nommé connétable de France en 1425.

Origine du conflit Marie de Bretagne, fille de , a été mariée en 1396 au comte d'Alençon . Mais sa dot de n'a été que partiellement versée : c'est ce problème qui est à l'origine du différend entre les deux maisons.

En 1409, Marie donne le jour à un fils, Jean, six ans avant que Jean , duc d'Alençon depuis 1414, meure à la bataille d'Azincourt. À quinze ans, son fils devient le duc d'Alençon Jean II et s'engage à son tour dans la lutte contre les Anglais. Il est fait prisonnier lors de la bataille de Verneuil ().

Il est libéré en 1429 grâce au versement d'une rançon de Pierre Joseph Odolant-Desnos, Mémoires historiques sur la ville d'Alençon et sur ses seigneurs, tome second, 1787, 26. Pour la payer, il doit mettre en vente sa place forte de Fougères qui est achetée par le duc Jean V pour , renforçant ainsi sa position sur la frontière franco-bretonne.

Vers Noël 1431, Jean V reçoit son neveu à Nantes. Celui-ci, manquant d'argent, espère obtenir le versement du reliquat de la dot de sa mère, soit . Mais continuant de différer le paiement, il se résout à utiliser des moyens de pression plus violents : il tente d'abord d'enlever son cousin, François (futur duc François ), mais n'y parvient pas. C'est Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier du duc, qui est finalement victime de l'enlèvement. conduit son otage au château de La Flèche puis, après l'échec des négociations, Pierre Joseph Odolant-Desnos, Mémoires historiques sur la ville d'Alençon et sur ses seigneurs, tome II, 1787, 35. On est alors au début de l'hiver (-).

Déroulement Entrée en guerre de Jean V décide de répondre par la guerre : il lève des troupes à Rennes et dans ses environs et en donne le commandement à son gendre, Guy XIV de Laval, avec l'ordre d'assiéger Pouancé où se trouvent le duc d'Alençon et son otage, mais aussi sa mère et son épouse. Jean V vient lui-même à Châteaubriant pour suivre plus facilement l'évolution des opérationsRevue de l'Anjou et de Maine et Loire, , 1853, 369.

Mise en place du siège Les troupes bretonnes, pas très bien préparées, se mettent en marche malgré les rigueurs de la saison : .

Elles arrivent en vue de la ville le matin du . Elles lancent d'abord une attaque sur le flanc ouest de la forteresse, le côté de l'enceinte dirigé vers la BretagneRevue de l'Anjou et de Maine et Loire, , 1853, 370.

La ville est défendue par un petit nombre de soldats, insuffisant pour résister à l'armée bretonne. Le duc d'Alençon décide de quitter en secret la forteresse pour se réfugier à Château-Gontier et monter une contre-attaque.

Il envoie un de ses meilleurs capitaines, Ambroise de Loré, à La Guerche avec l'ordre de venir en aide aux assiégés de Pouancé. Celui-ci réussit de faire rentrer par une quarante bons soldats, .

Renforts bretons et anglais pour l'armée de Jean V , mécontent de l'arrivée de ces renforts à Pouancé, sollicite le soutien du duc de Bedford. Il obtient que des compagnies anglaises stationnées en Bretagne, dans le Maine et en Basse-Normandie viennent renforcer son arméeA. Racineux, À travers l'Histoire ; au Pays de Pouancé, 1983 :

George Riguemen, écuyer, stationné à Vannes, avec 240 chevaux ; John Fastolf, avec 100 lances et 160 archers ; Sir d'Ulby, capitaine anglais, avec 300 lances et ; le et Jean Herpelay, avec ; Richard Holland, Thomas Allouin et Robin Geneson, écuyers, de la garnison d'Avranches, ; Thomas de Scales.

thumb|left|Reproduction d'une bombarde, par , Dictionnaire raisonné de l'architecture française du au , par Eugène Viollet-le-Duc, 1856.

Avec ces compagnies, on fournit également à quatre petits canons en cuivre et un grand en fer (avec vingt-quatre boulets de fer).

Simultanément, le duc de Bretagne envoie des ordres au Trégor et au Léon pour faire avancer des troupes de Basse-Bretagne : . Le vicomte de Rohan amena 565 hommes d'armes et 320 archers ; le maréchal de Dinan 250 lances et 183 archersÉgalement présent Jean III du Quélennec avec 44 hommes d'armes et 15 archers, Monseigneur d'Ancigné, avec 20 hommes d'armes, Jean Haye, chambellant du Duc, Gilles de Plusquellec, Jean et George Le Voyer, Rolland de Beaulieu, Etienne Cotte, Olivier de Rohan et Jean Hingant. Voir Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, p.386-387, Alexandre de Couffon de Kerdellech, 1878.. . . Les quantités impressionnantes de matériel dévolues au siège de la place (cf. l'encadré ci-dessous) furent acheminés par plus d'une dizaine de charretiers réquisitionnés pendant quarante jours pour les besoins de la choseArchives départementales d'Ille et Vilaine, 1F 1113, cité par René Cintré, Les Marches de Bretagne au Moyen Âge.

Matériel de siège de l'armée bretonne Des fragments de comptes de , conservés aux Archives départementales de Rennes, permettent de mieux saisir l'ampleur du siège :• Matériel d'artillerie : , , , , , , et , , […].• Armes : 60 lances et , , , , , , , , , […].• Matériel de siège : , , 38 paniers, , 12 bêches, 12 pelles, .

Échec de la contre-attaque du duc d'Alençon Le , Ambroise de Loré tente une manœuvre de diversion avec une partie de la garnison de la Guerche et attaque le manoir du Plessis-Guérif, à Piré, propriété de Jacques Bonenfant, chambellan de Jean V, où la compagnie de George Riguemen y était installée. Georges, frère de Jacques Bonenfant, est tué, et George Riguemen, blessé, perd presque toute sa compagnie. Les Anglais sont faits prisonniers et le château est pillé et brûlé. Le duc entra alors dans une grande fureurDom. Lobineau, in Henri Godivier, Histoire de Pouancé et des environs.

Les garnisons stationnées à La Guerche, Craon et Château-Gontier, relevant de l'autorité du duc d'Alençon, se joignent aux combats par de nombreuses escarmouches victorieuses contre les compagnies ennemiesJean Le Voyer et Alain Chasteigner furent pris par la garnison de Craon, George Le Voyer par celle de Château-Gontier, Jean de Baulac par celle de La Guerche. Voir Revue de l'Anjou et de Maine et Loire, , 371, 1853.

Le duc d'Alençon se met alors à chercher des appuis. Il en reçoit notamment de la part du duc de Bourbon et de quelques autres seigneurs alliés, qui lui envoient deux mille hommes d'armes auxquels se joint la garnison de Château-Gontier. Avec ces troupes, il se croit en mesure de briser le siège de Pouancé.

Le duc de Bretagne, ayant eu vent de ce projet, fait venir des troupes supplémentaires de Marcillé et de Châteaubriant. Lorsque les Français arrivent en vue de Pouancé, ils sont repoussés et poursuivis. Selon Prosper de Barante, le contingent bourbonnais était envoyé par la duchesse Marie de Berry qui gouvernait au nom de son époux captif en Angleterre, et commandé par le bâtard de BourbonProsper de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, Didier, Paris, t. 4, 1860, Alphonse Huillard-Bréholles, Mémoire intitulé : La rançon du duc de Bourbon Jean (1415-1436). In: Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et belles-lettres de l'Institut de France. Première série, Sujets divers d'érudition. Tome 8, partie, 1874. .

Poursuite du siège La conduite du siège par les Anglais et les Bretons s'intensifie : . . Pour ces travaux, le connétable de Richemont fait venir un Breton, Jean Moraud, pour réaliser les travaux d'approches consistant à améliorer l'efficacité de l'artillerie. Assgely, capitaine anglais, parent de Riguemen, conduit les travaux de mines et de sapes des murailles.

Négociations menées par le connétable de Richemont Comme le siège avance et que le nombre de Bretons augmente chaque jour, le connétable Arthur de Richemont, pressentant la chute prochaine de la ville, s'inquiète de la sécurité des femmes nobles qui se trouvent dans la forteresse, notamment sa sœur, Marie de Bretagne, et Jeanne d'Orléans, épouse de son neveu. Surtout, en tant que connétable de France, il apprécie peu de se battre aux côtés des Anglais et ne souhaite pas que ceux-ci s'emparent de la de Pouancé.

Il charge un gentilhomme de Pouancé, Guillaume de Saint-Aubin, d'aller à La Guerche informer Ambroise de Loré que la situation de Jean II devient précaire et lui demander d'en informer le duc d'Alençon. Loré va trouver le duc et le persuade de négocier. Ayant obtenu un sauf-conduit du connétable, il se rend à Châteaubriant le et remet à une lettre d'excuses de son neveu.

La paix est négociée par le connétable de Richemont et le comte d'Étampes.

Traité de paix et levée du siège Le duc d'Alençon s'engage à libérer Jean de Malestroit et tous les prisonniers anglais et bretons, à livrer la place de la Guerche en caution et à payer une amende de de dommages et intérêts.

Le duc de Bretagne s'engage à restituer la Guerche à son neveu au bout d'un an et à payer le reliquat de la dot de la duchesse d'Alençon (). Par ailleurs, il doit dédommager les Anglais, .

Le siège de Pouancé est levé aux environs du .

Liste des villes et forteresses impliquées dans le siège pour le duc d'Alençon : Pouancé La Guerche Craon Château-Gontier pour le duc de Bretagne : Châteaubriant Piré Marcillé

Bibliographie : source utilisée pour la rédaction de cet article

Sources primaires .