Marthe Robin, née le à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) et morte dans la même ville le , est une mystique catholique française, déclarée vénérable en par le pape François, fondatrice des Foyers de charité. Elle est connue pour des phénomènes supposés tels que des visions religieuses, des stigmates et une inédie. Leur authenticité a été remise en cause, notamment par deux ouvrages parus en 2020 et 2021.
Biographie Enfance vignette|La ferme Robin. Marthe Robin naît le dans la Drôme, au hameau des Moïlles, lieu-dit « la Plaine », dépendance de Châteauneuf-de-Galaure, village d'environ . Elle est la dernière enfant d'une fratrie composée de cinq filles et un garçon. Ses parents, Joseph-Michel Robin et Amélie-Célestine Chosson, mariés en 1889, exploitent une ferme de dans laquelle travaille l'ensemble de la famille.
En , Marthe est atteinte de la fièvre typhoïde, maladie qui emporte sa sœur Clémence et atteint d'autres membres de sa famille, dont son frère et l'une de ses sœurs qui en garderont des séquelles. Elle-même échappe de peu à la mort .
Ses parents sont catholiques mais pratiquent peu. Marthe Robin reçoit cependant une éducation chrétienne. Elle suit le catéchisme, fait sa première communion à l'âge de , puis sa communion solennelle deux ans plus tard. Elle fréquente l'école communale jusqu’à l’âge de . Elle suit le cours complémentaire, mais ne passe pas le certificat d’études primaires. Elle aide à la ferme familiale. Elle est décrite par les témoins de l'époque comme .
Maladie
Premiers symptômes Marthe Robin tombe malade à l'âge de , au début de l'été 1918. Elle souffre de maux de tête, de douleurs oculaires et de vomissements. Elle est soignée par le médecin de Saint-Sorlin. Une « crise nerveuse » ou une épilepsie sont évoquées. La fin de l'année est marquée par des poussées de fièvre. Un côté de son corps est paralysé et elle éprouve de très vives douleurs. À partir du , elle demeure inconsciente durant quatre jours. Deux médecins de Saint-Vallier qui l’examinent pensent à une tumeur cérébrale. Elle reçoit l'extrême-onction du curé du village, l'abbé Payre. Son état s'améliore pendant quelques semaines, mais en février elle s'évanouit dans la cuisine. Ses membres inférieurs ne la soutiennent plus et elle tombe dans une longue phase de léthargie accompagnée d'une perte de la vision. L'on pense alors à une encéphalite. Elle connaît une période de rémission au printemps 1921. Elle aurait eu une première apparition de la Vierge Marie en 1921 ou 1922.
Elle ne marche que péniblement en s'aidant de béquilles. Les médecins pensent à une poussée de rhumatismes et l'envoient en suivre une cure de bains chauds résineux durant trois semaines à Saint-Péray en Ardèche. Au mois de , elle apprend qu'elle est inscrite pour un pèlerinage à Lourdes : elle cède sa place. Elle fait le (ou 1926 selon les sources) une grave hémorragie digestive et reçoit à nouveau les derniers sacrements. Elle tombe dans le coma, à l'issue duquel elle affirme avoir eu une première vision de Thérèse de Lisieux. Les premières apparitions du démon remonteraient aussi à cette époque selon ses déclarations lors de l'expertise médicale de 1942. Elle vit douloureusement l’incompréhension de son entourage : celle de l'abbé Léon Faure nommé curé du village en 1923, mais aussi celle de son père.
Paralysie Le , elle connaît une paraplégie complète qui la laisse définitivement alitée : les . Lors d’une mission paroissiale organisée à Châteauneuf-de-Galaure, deux prêtres capucins, le père Jean et le père Marie-Bernard, rendent visite à Marthe Robin le . Ils la convainquent d'entrer dans le Tiers-Ordre franciscain. Marthe Robin rapporte à l'abbé Faure, curé du village, que le Christ lui serait apparu dans la nuit du 4 au . Le ses bras eux-mêmes deviennent raides, puis ses mains. Cet état d'impotence est décrit par différents témoins qui se sont occupés d'elle. Le , veille de l'Ascension, elle aurait vu à nouveau le Christ, puis la Vierge le , jour de l'Assomption.vignette|150px|L'abbé Georges Finet, père spirituel de Marthe Robin à partir de 1936 (photo non datée).
Fondations et rencontres Bien qu'obligée de rester dans sa chambre, Marthe Robin fait de nombreuses rencontres. À partir de , elle est accompagnée spirituellement par l’abbé Faure, curé de sa paroisse. En , à son initiative, une école de filles est créée à Châteauneuf-de-Galaure. Celle-ci va se développer rapidement. Elle rencontre, en , l'abbé Georges Finet, prêtre lyonnais qui devient son père spirituel. et le restera jusqu’à sa mort. Il l’aidera à fonder le premier des Foyers de charité à Châteauneuf-de-Galaure..
Des laïcs participent à la vie de ce foyer, sous la responsabilité d’un prêtre. Celui de Châteauneuf-de-Galaure organise des retraites de cinq jours auxquelles participeront jusqu'à chaque année. Les hommes et les femmes font séparément des retraites pendant les premières années du Foyer, mais peuvent y prendre part en commun à partir de l'automne . La majorité d'entre eux, à l’issue de chaque retraite, rendent visite à Marthe. En cinquante années, le nombre de personnes qu'elle rencontre individuellement est estimé à environ .., dont des centaines de prêtres et de nombreux évêques. Certains visiteurs attendaient d’elle des conseils pour leur vie. Selon Bernard Peyrous, elle ne donnait, généralement, Elle a également tenu une importante correspondance.
Derniers jours et obsèques Début , elle est prise de quintes de toux de plus en plus violentes. Le jeudi , elle est très fiévreuse. Ce soir-là, comme chaque semaine, elle prie pour s'unir à la Passion du Christ. Des membres du foyer disent le chapelet près d'elle puis la laissent seule. Le lendemain, vers , quand Georges Finet entre dans sa chambre, il trouve Marthe inanimée sur le sol, des chaussons aux pieds, près de son lit dont elle n'était pas censée pouvoir sortir. Elle est morte probablement dans les premières heures du vendredi , à l'âge de . Le Père Colon, docteur en médecine, et le Andolfatto, médecin à Châteauneuf-de-Galaure, constatent le décès. Aucune autopsie n'est toutefois réalisée..
Ses obsèques ont lieu le , dans le sanctuaire de Châteauneuf-de-Galaure, en présence de quatre évêques, un archevêque, près de deux cents prêtres et plus de autres personnes.. Elle est enterrée au cimetière de Saint-Bonnet.
Le procès en béatification
Enquête diocésaine Le , l'évêque de Valence, Didier-Léon Marchand, demande l'ouverture du procès canonique. Jacques Ravanel, fondateur du Foyer de charité de La Flatière (Haute-Savoie), est nommé postulateur. Il est aidé par Marie-Thérèse Gille, membre du Foyer de charité de Châteauneuf-de-Galaure et responsable de l'école de filles de 1972 à 2005. Une commission d'enquête est créée et un appel à témoignages est lancé ; il recueille . 111 témoins sont interrogés sous serment. Une dizaine d'experts sont désignés : théologiens, historiens, médecins, exorcistes... L'ensemble, appelé la , composé de 700 témoignages et de 25 expertises, représente .. Le père carme Conrad De Meester, spécialiste de Thérèse de Lisieux et d'Élisabeth de la Trinité, est choisi en 1988 pour étudier la correspondance et les écrits de Marthe Robin, soit dactylographiées. Il rend en 1989 un rapport qu'il complète en 1994..
Héroïcité des vertus Après cette étape diocésaine de , la Congrégation pour la cause des saints nomme en 1996 un nouveau postulateur, Bernard Peyrous, prêtre de la communauté de l'Emmanuel, et une vice-postulatrice, Marie Thérèse Gille. Ils s'attellent en 1998 à l'établissement de la , un corpus restreint (environ ) des documents recueillis durant l'enquête diocésaine. avec le concours de l'historien Joachim Bouflet qui avait travaillé à la cause en béatification d'Anne Catherine Emmerich.
Les postulateurs transmettent la finalisée à la Congrégation pour la cause des saints qui la signe le . Le , le pape François autorise la promulgation du décret reconnaissant l'héroïcité des vertus.
Bernard Peyrous est démis de ses fonctions en à la suite de ., Marie-Thérèse Gille décède le 25 de ce même mois.. Sophie Guex, membre des Foyers de charité, est nommée postulatrice en 2018.
Parution du livre de Conrad De Meester La parution en de l'ouvrage posthume La Fraude mystique de Marthe Robin du père Conrad De Meester crée une controverse. Selon l'hebdomadaire chrétien La Vie, les conclusions du livre sont de 2014 qui avait reconnu l'héroïcité des vertus.. Jean-Marie Guénois indique que la .. Pour leur part, les membres de la famille Robin reprochent à Conrad De Meester d'affirmer des éléments en dehors de son champ de compétence et sans avoir cherché à prendre contact avec l'entourage de Marthe Robin.. Sophie Guex rappelle qu'il n'était que l'un des 28 experts consultés et s'oppose à ses conclusions : les passages prétendument plagiés par Marthe Robin ne seraient que des passages recopiés pour un usage personnel, puis réutilisés pour décrire son expérience mystique. La Congrégation pour les causes des saints, pour sa part, affirme que ce livre n'apporte rien de neuf : Conrad De Meester a été auditionné, son rapport a été reçu et étudié, l’Église a répondu à ses objections sans retenir ses théories...
En 2025, le procès de béatification est en pause selon Sophie Guex..
Les phénomènes mystiques
Inédie et agrypnie Selon ses proches, à partir de , elle n’avale plus aucune nourriture, hormis la communion aux hosties consacrées, inédie qui aurait duré jusqu'à sa mort, cinquante et un ans plus tard.. Marthe Robin déclare également aux médecins qui l’examinent en 1942 qu'elle est atteinte d'agrypnie depuis 1932, ce qui n'a pas été médicalement constaté.
Stigmates et « passions » Au début du mois d’, selon le père de Malmann, seraient apparus les premiers stigmates. En octobre-, d'après son témoignage, Marthe Robin aurait commencé à revivre chaque vendredi la Passion du Christ. Ce phénomène se serait répété chaque semaine jusqu'à sa mort en selon ce que rapportent des témoins, ses proches et de nombreux prêtres, parmi lesquels le chanoine Bérardier, les abbés Marteau et Ollagnier, envoyés en 1942 par Étienne-Marie Bornet, évêque auxiliaire de Lyon. Les paroles de Marthe Robin lors de ses « passions » sont retranscrites par le père Finet.
Marthe Robin souhaitait la discrétion sur ces phénomènes et encourageait ses proches et ses visiteurs à ne pas se focaliser sur eux.. Selon Pierre Vignon, la vie de Marthe ne peut pas être comprise sans la foi : « La mystique désigne l’union intime qu’a vécue un chrétien à l’initiative de Dieu. Comme telle, elle échappe à l’investigation »..
Attaques du démon Elle aurait également subi à plusieurs reprises des attaques du démon dont ont témoigné le père Finet et le Alain Assailly, qui avait rencontré Marthe Robin en 1949. Elles se seraient traduites par des . Georges Finet affirme qu'elle aurait eu des côtes cassées à l'occasion de ces « attaques », auxquelles il attribue pour la dernière le décès de Marthe Robin. Cependant, l'examen post-mortem du Replumaz le dément formellement :
Joachim Bouflet fait le parallèle avec Mollie Fancher (1848-1916), une jeune baptiste américaine, dont le cas présente de nombreuses similitudes avec Marthe Robin : atteinte par une encéphalite, vivant de longs jeûnes, partiellement paralysée et privée de la vue, souffrant également d'agrypnie et d'un syndrome de personnalités multiples se traduisant par quatre écritures différentes (voir infra), elle a été aussi en proie lors de transes à de très violents spasmes dont l'intensité surpasse ce qui a été décrit chez Marthe Robin. Cependant l'origine de ces troubles n'a jamais été attribuée au démon, à commencer par l'intéressée, contrairement à ce qui est relaté au sujet de Marthe Robin, y compris par elle-même.
Cardiognosie et prophéties