Le Second Empire bulgare (bulgare : Второ българско царство, Vtorо Bălgarskо Tsarstvo) est une ancienne monarchie médiévale des Balkans s’étendant non seulement sur l’actuelle Bulgarie (sauf le littoral) mais aussi sur l'Albanie, le sud de la Roumanie et de la Moldavie, le sud-ouest de l'Ukraine, la Macédoine du Nord, la Grèce septentrionale et la Serbie orientale.

Dénomination L'historiographie moderne bulgare et, à sa suite, internationale, le désigne couramment comme « Second Empire bulgare » par distinction du « Premier Empire bulgare ». Toutefois, cette dénomination commune est historiquement impropre car le véritable premier État bulgare fut l'Ancienne Grande Bulgarie (630-660, fondée par Koubrat entre les bouches du Danube et la mer Caspienne)Rascho Raschev, Die Protobulgaren im 5.-7. Jahrhundert, Orbel, Sofia, 2005 (en bulgare et allemand). De ce fait, l'État que l'historiographie moderne nomme couramment « Premier Empire bulgare » (680-1018, fondé par Asparoukh à cheval sur le bas-Danube avant de s'étendre à la majeure partie de la presqu'île des Balkans), est en fait le deuxième État bulgareJohn V.A. Fine, , Ann Arbor, 1983 (réimpression 1991), , tandis que l'État ici dénommé « Second Empire bulgare » est en fait le troisième État bulgare (1186-1396), et la Bulgarie moderne (depuis 1878) le quatrièmeBozhidar Dimitrov, Twelve Myths in Bulgarian History, KOM Foundation, Sofia, 2005. Ce problème de dénombrement et ces dénominations impropres apparaissent pendant la renaissance bulgare, au quand l'Ancienne Grande Bulgarie de Koubrat qui figure dans les chroniques de son temps comme Παλαιά Μεγάλη Βουλγαρία - « Ancienne Grande Bulgarie », n'était pas encore bien connue, laissant croire que la Bulgarie d'Asparoukh aurait été le « premier » État bulgare.

Dans les documents de son temps, comme les lettres et diplômes des papes Innocent III et Grégoire IX, les récits de Georges Cédrène, Nicétas Choniatès et Jean Skylitzès, l'armorial WijnbergenCité par Grigori Jitar : « Contributions about the coats of arms of the Assenid and Bassarab dynasties », in Annales of the Moldovan national Museum of History, Chișinău, I, pp.: 27-36 (1992) and II (1995) ., le « Second Empire bulgare » est dénommé « Bulgarie », « Blachie », « Vlacho-Bulgarie » ou « Bulgaro-Vlachie » (Βουλγάϱία, Βλάχία, Βλάχοϐουλγαϱία, Βλάχοϐουργαϱία, Βουλγάϱοϐλαχία, Βουϱγάϱοϐλαχία) et, pour ses souverains, Rex Bulgarorum et Blachorum (« roi des Bulgares et des Valaques »Officiellement utilisé par les papes en 1205 et en 1232 dans leur correspondance avec les rois Kaloyan et Ivan Assen II (1218-1241), ou par Geoffroi de Villehardouin dans ses et 79 et par Robert de Clari qui citent aussi « Joanisse, roi de Blaquie et de Bougrie », « Johans rois de Blaquie » ou encore « Jehans li Blakis »).) ou Βασιλέυς κάι αυτοκϱατόρ τών Βουλγαρών κάι τών Βλαχών ou encore Цъзар на България (« basileus et autocrate des Bulgares et des Valaques » ou « tsar de Bulgarie »)Chroniques de Georges Cédrène, Nicétas Choniatès et Jean Skylitzès : vol. 16 et 17 de la Byzantine de Bonn, éd. Immanuel Bekker, Bonn 1838-39, et .. Le mot « valaque » n’est plus utilisé par les sources pour la période après 1207.

Prémices

Après avoir conquis la Bulgarie, le basileus byzantin Basile II permit aux boyards et aux joupans bulgares et valaques de conserver leurs privilèges et maintint le caractère autocéphale de l'archevêché d'Ohrid. Mais, Isaac II Ange multiplie les vexations, les taxes et les impôts, incitant, selon Georges Cédrène, Nicétas Choniatès et Jean Skylitzès, les Bulgares et les Valaques des Balkans, à la révolte sous la direction de trois frères : Ivan Asen, Pierre et Kaloyan dont les revendications avaient été rejetées par l'empereur Isaac II Ange.

En peu de temps, les insurgés prennent le contrôle des régions formant les actuelles Bulgarie, Macédoine du Nord et Serbie orientale : seules la Dobrogée et la côte de la mer Noire demeurent hors de leur portée. La réaction de l'Empire reste faible au début. Toutefois à partir de l'été 1186, après quatre campagnes dont deux dirigées par lui-même, l'empereur Isaac II Ange les repousse, mais Pierre IV et Ivan Asen lèvent de nouvelles troupes et obtiennent en plus l'alliance des Coumans. Avec ces armées, ils entrent en Thrace en 1187. Un premier détachement sous les ordres du boyard Dobromir, beau-frère de Pierre, se dirige ensuite vers la Macédoine et un second vers la Thrace orientale. L'empereur Isaac II Ange qui avait regroupé ses troupes à Sardica en 1188 comprend très vite qu'il ne pourra pas venir à bout des révoltés et commence des négociations. Elles aboutissent à un accord signé à Loutch en 1186. Isaac II est accusé de faiblesse : il est détrôné en 1195 et remplacé par un nouvel empereur, Alexis III AngeLouis Bréhier Vie et mort de Byzance l’Évolution de l’Humanité Albin Michel Paris (1946) réédition de 1969 pages 286-287..

Fondation

Ce troisième État bulgare, appelé « Second », est issu des révoltes des Bulgares et des Valaques des Balkans commencées en 1040 par Pierre Deljan, fils du boyard Gabriel Radomir, et en 1066 par – Νικουλιτζάς Δελφινάς, petit-fils du boyard , puis, en 1185, par trois frères, Asen, Ioanitsa Caloian et Petrou, qualifiés de Valaques par les chroniqueurs byzantins Georges Cédrène, Nicétas Choniatès et Jean SkylitzèsAveril Cameron, The Byzantines, éd. Blackwell, 2006 , mais supposés par les historiens modernes Coumans par leurs ancêtresLe nom Asen signifie « sain » et son deuxième nom Belgun « sage » en langue coumane selon Alexandre Madgearu, The Asanids: The Political and Military History of the Second Bulgarian Empire, 1185–1280, Brill Publishers 2017, .István Vásáry, Cumans and Tatars: Oriental Military in the Pre-Ottoman Balkans, 1185–1365, Cambridge University Press 2005, . et en tout cas bulgares par leur région d'origine dont ils se réclamaientIvan Douïtchev, Идеята за приемствеността в средновековната българска държава, Проучвания върху средновековната българска история и култура, Sofia 1981, – 78. La région des Balkans et du bas-Danube étant multiethnique, une origine mixte coumano-bulgaro-valaque est possibleRoumen Daskalov, Alexander Vezenkov, « Shared Pasts, Disputed Legacies in Balkan Studies Library » in : Entangled Histories of the Balkans - Volume Three, Brill Publ., 2015, , . et les Assénides eux-mêmes se considérèrent héritiers des tsars Samuel, et Siméon Ier de Bulgarie. Selon l'alternative « canard-lapin », l'historiographie moderne, influencée par les nationalismes du , a tendance à interpréter les mêmes fais de manière divergente : l'historiographie bulgare considère cet État comme un royaume bulgare au sens national actuel du termeИстория на България (« Histoire de la Bulgarie ») tome III, Sofia 1982, pp.: 140-149, 272, 334. tandis que l'historiographie roumaine le considère comme un État « bulgaro-roumain »Eudoxie Hurmuzaki, „Documente privitoare la Istoria Românilor” (« Documents relatifs à l'histoire des Roumains »), tome II, ed. Socec & co, Bucarest 1915..

Quoi qu'il en ait été, l'Empire byzantin reconnaît la souveraineté de la famille des Assénides sur la Mésie soit le territoire situé entre le Danube et les Balkans : en contrepartie, le troisième des frères, nommé Kaloyan (forme bulgare du grec Kaloyannis, « bon Jean ») est envoyé comme otage à Constantinople. Pierre (Petăr pour les Bulgares et Petre ou Petru pour les Valaques) ceint la couronne du nouvel État, adoubé par le pape Urbain III qui espère convertir le pays au catholicisme. L'indépendance du royaume est reconnue.

Dans l'historiographie bulgare moderne, le prénom de Petăr est présenté comme un hommage au tsar Petăr de Bulgarie fils de Siméon de Bulgarie, que plus tard son frère Kaloyan revendiquera comme l'un de ses « ancêtres » dans ses échanges avec le pape Innocent III.. L'étendue territoriale du Second Empire bulgare dépasse dès son origine la Mésie : à cheval sur le bas-Danube et les Balkans, le nouvel État va de l'Épire aux bouches du Danube, des Carpates méridionales aux Rhodopes, et des Portes de Fer aux portes d'Andrinople (qui reste byzantine), avec une population pluriethnique : les Slaves dominant en plaine, les Valaques sur les piémonts, et les Grecs sur les côtes Jordanès, Getica : “…Sclavini a civitate nova et Sclavino Rumunense et lacu qui appellantur Mursianus…“ sur : De rebus Geticis citant le manuscrit de Vienne ; Vladislav Popović, “La descente des Koutrigours, des Slaves et des Avars vers la mer Égée : le témoignage de l'archéologie“, in Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 12, 1978, sur ; Raymond Detrez, Historical Dictionary of Bulgaria, 2-nd ed. 2006 ; Alain Ducellier, Michel Kaplan, Bernadette Martin et Françoise Micheau, Le Moyen Âge en Orient, Paris, 2014 ; Éric Limousin, Le Monde byzantin du milieu du à 1204 : économie et société, ed. Bréal 2007 ; Arnold Toynbee, Nevil Forbes et al., The Balkans : a history of Bulgaria, Serbia, Greece, Rumania, Turkey, ed. Clarendon Press, Oxford 1916, 407 p. ; Stelian Brezeanu : Toponymie et réalités ethniques sur le bas-Danube au ..

En fait, excepté en Valachie, dans le Banat et en Dobrogée, les romanophones du Second Empire bulgare, dits « Valaques », n'étaient pas des Roumains au sens moderne du terme, mais ce qu'on appellera Aroumains par la suite (la différenciation linguistique entre les Roumains et les Aroumains date du tournant des s). Par ailleurs, la langue bulgare, laïque et liturgique, était « lingua franca » dans tout cet espace, par l'autorité religieuse de l'archevêché d'Ohrid. et du patriarcat de Tărnovo, par l'alphabet cyrillique et par le slavon liturgique qui étaient encore en usage non seulement en Bulgarie, mais aussi dans les pays voisins, par exemple dans les principautés danubiennes jusqu'à l'aube du (le premier document en roumain est la lettre de Neacșu de 1521, écrite en cyrillique) The first preserved text written in Romanian: The Letter of Neacșu of Câmpulung (1521) : « The text of the letter ».

Pierre IV de Bulgarie et Ivan Assen règnent une dizaine d'années, avant de périr assassinés en 1196 et 1197. Kaloyan leur succède.

Développement

Durant le règne de Kaloyan (1197-1207, dit « Joanisse, roi de Blaquie et de Bougrie » par Geoffroi de VillehardouinGeoffroi de Villehardouin, chapitres 78 et 79 ; de son côté, Robert de Clari nomme Ioniţă Caloian : « Jehans di Blakis » tandis que Guillaume de Rubriquis en 1253 nomme le pays : « Valaquie d'Assène ».) la quatrième croisade détruit la puissance byzantine en 1204 : Constantinople devient le siège de l'Empire latin de Constantinople. Baudouin VI de Hainaut qui avait été proclamé empereur à Constantinople tente de conquérir le royaume, mais Kaloyan l'écrase et le fait prisonnier à Andrinople en avril 1205. La rançon n'étant pas payée, Baudouin mourra en captivité. Kaloyan meurt assassiné en 1207 par un mercenaire coumans alors qu'il assiège Thessalonique tombée entre les mains des Croisés. Lors de la troisième croisade, comme son voisin serbe Stefan Nemanja, le tsar Pierre IV de Bulgarie offre en vain son aide à l'empereur du Saint-Empire Frédéric Barberousse en contrepartie de la reconnaissance de leurs titres. Après le passage des croisés, l'empereur d'Orient Isaac II Ange envisage d'attaquer de nouveau le Royaume des Bulgares et des Valaques.

En 1187, Pierre IV proclame son frère cadet Ivan Asen co-régent pendant qu'il ne se réserve que le nord-est du pays avec Preslav comme capitale. Les deux frères règnent en harmonie bien que le rôle principal incombe désormais à Ivan Assen.

En 1196 Ivan Asen est poignardé à Tarnovo par le boyard Ivanko. À l'automne 1197 Pierre IV de Bulgarie est à son tour tué dans des circonstances similaires.