vignette|299x299px|Des hommes palestiniens dans la ville de Ramle vus derrière une clôture de barbelés, avant d'être expulsés par les forces israéliennes. L'expulsion des Palestiniens de Lydda et Ramle, auquel les Palestiniens font référence en tant que Marche de la Mort de LyddaFraser (2001), ., se produisit en durant la Première Guerre israélo-arabe. Entre et Palestiniens s'enfuirent ou furent expulsés de ces deux villes et des 25 villages environnantsMorris (2004), . après la conquête de la zone par les Israéliens au cours de l'Opération DaniB. Morris (2004), écrit qu'en juillet 1948, avant l'invasion israélienne, Lydda et Ramle avaient une population de à habitants, desquels étaient réfugiés de Jaffa et des zones alentour ; tous furent expulsés, à l'exception de ceux qui restèrent pour travailler ou qui réussirent à revenir chez euxB. Morris (2003), ; Said and Hitchens (1998), ..

Entre 290 et 450 Palestiniens et 9 à 10 soldats israéliens perdirent la vie durant la bataille de Lydda et dans les violences qui suivirentSelon Morris (2004), , le détail de pertes à Lydda est :

1. 11 juillet : 6 morts et 21 blessés du côté israélien et "des douzaines d'arabes (peut-être 200)" durant le raid conduit par Moshe Dayan. Les services de renseignements du parlent de 40 morts chez les Arabes.

2. 12 juillet : À la suite de l'incident durant lequel les soldats israéliens reçurent l'ordre de tirer sur toute personne vue dans les rues, 3-4 Israéliens furent tués et environ une douzaine blessés. Côté arabe, 250 personnes furent tuées et de nombreuses blessées.. Le bilan des morts à Ramle est inconnu mais vraisemblablement moindre étant donné que la ville se rendit immédiatement.

Ces expulsions comptent pour un dixième de l'exode palestinien de 1948, un événement commémoré dans le monde arabe en tant que Nakba (« la catastrophe »)Morris (1986), ..

Contexte

vignette|Brigade du bataillon avant l'opération Dani, 1948. Le , après 30 ans de conflits entre Juifs et Arabes en Palestine mandataire, l'Organisation des Nations unies vota le Plan de Partage de la Palestine, divisant la région entre un État juif, un État arabe et la zone de Jérusalem et sa banlieue, sous contrôle international. Ce fut le début la Guerre de Palestine de 1948, connue dans le monde arabe en tant que « Première Guerre de Palestine », chez les Palestiniens en tant que « la Catastrophe » (Nakba) et chez les Israéliens en tant que « Guerre d'indépendance »Morris (2008), .

Dans une première phase, jusqu'en , tandis que le pays restait sous contrôle britannique, les communautés juives et arabes de Palestine s'affrontèrent dans une guerre civile qui résulta avec l'effondrement de la société arabe palestinienne et l'exode massif de sa population tandis que les habitants juifs de Jérusalem se retrouvaient isolés du reste de leur communauté principalement établie dans la plaine côtière.

Le , dernier jour du Mandat britannique, l'Indépendance d'Israël fut déclarée. Plusieurs États arabes opposés au Plan de partition, principalement l'Égypte, la Jordanie, l'Irak et la Syrie, intervinrent militairement. Après un mois de durs combats, les Israéliens restaient invaincus. Épuisés et affaiblis par de lourdes pertes, les deux camps acceptèrent un cessez-le-feu de quatre semainesMorris (2008), . Le jour précédant la fin de la trêve, les Égyptiens lançaient une offensive, espérant prendre les Israéliens par surprise tandis que ces derniers avaient organisé trois offensives, l'une d'entre elles, l'Opération Dani, dans le secteur de Lydda et RamleMorris (2008), .

Après la conquête de la zone, l'armée israélienne organise le pillage à grande échelle des deux villes. Rien qu'à Lydda, servent à emporter le butin.

Lydda et Ramle jusqu'à début 1948

Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Lydda et Ramle sont attribués à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Importance stratégique

Les deux villes bénéficiaient d'une position stratégique importante de par leur situation au carrefour des routes principales est-ouest et nord-sud de la région.

En 1948, le plus grand camp militaire britannique était situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Lydda à Sarafand, et un des plus importants dépôts britanniques était situé à Beit Nabala, sept kilomètres au nord. L'aéroport principal de Palestine était situé juste au nord de Lydda d'où il était connecté aux chemins de fer de Palestine. La source principale d'approvisionnement en eau de Jérusalem était à Ras al-Ayn, à 15 kilomètres au nord de LyddaKhalidi (1998), ..

Préparatifs militaires et premiers combats Très vite après la proclamation du plan de partage, un comité national palestinien se forme pour la défense de Lydda et se prépare à un siège : armement, fortifications, entraînement, service de soins et ravitaillementSpiro Munayyer, Walid Khalidi (introduction et notes), (2008). « La chute de Lydda », Revue d'études palestiniennes, , . https://doi.org/10.3917/repa.108.0039.. Le commandement de la défense est confié à Hamza Subh, ancien sergent de la Légion arabeMunayyer 2008, 41.. La garnison de volontaires locaux est renforcée par une quarantaine de Bédouins venus de TransjordanieMunayyer 2008, 43.. Durant la guerre civile, les milices palestiniennes s'attaquèrent au trafic juif sur les routes aux abords des deux villes. La Haganah lança une attaque de représailles le et le , l'Irgoun fit exploser une bombe dans le marché de Ramle, tuant 7 personnes et en blessant 24. Toujours en février, l'Irgoun tua neuf Arabes et une femme à Abu al-Fadl, près de RamleMorris (2004), ..

Le quartier général installé par Hassan Salameh à l'ouest de Ramla est piègé pr un commando de la Haganah en mars. L'explosion des charges placées dans la cave détruit le bâtiment et tue plusieurs dizaines de miliciens de SalamehMunayyer 2008, 44..

Dans le contexte de la bataille de Latroun, des attaques se produisirent les nuits du 21 au , du 24 au et du quand les Israéliens bombardèrent les deux villes.

Réfugiés vignette|Déplacement forcé des Palestiniens de Ramla par les troupes du Palmach. vignette|Expulsion des Palestiniens de Lydda. À partir de mars et avril, des milliers de réfugiés arrivèrent de Haïfa suivis par des habitants de la campagne entre Jaffa et Lydda. L'afflux était si important qu'un camp fut construit pour les accueillir entre Lydda et Sarafand al-Ammar et Sarafand al-Kharab. Plus de personnes vivaient alors à Lydda. Les autorités de la ville décidèrent d'interdire aux habitants de prendre la fuite et mirent en place des barrages sur les routesMunayyer 2008, 45..

Selon Benny Morris, il y eut parallèlement un exode massif des femmes, des enfants et des vieillards de Ramla malgré les tentatives faites par les miliciens arabes pour les en empêcher.

En , il y avait entre et personnes vivant dans les deux villes dont environ réfugiés de Jaffa et d'ailleurs, se considérant en sécurité dans les villes parce qu'elles étaient situées en dehors des territoires attribués à l'État juif par le Plan de partage de l'ONU et parce que les troupes du roi Abdallah y étaient déployées, ce qui impliquait que la région était sous sa protection.

La présence des réfugiés était source de difficultés et de chaos : la plupart n'avaient ni argent ni nourriture et organisaient des expéditions de pillage en dehors des villes pour rassembler de la nourriture malgré le risque des ripostes de l'armée israélienne. Spiro Munayyer, qui travaillait au central téléphonique de Lydda mais qui servit comme membre du personnel paramédical écrivit que : « La vie dans la ville devint intenable. Les allées et les rues étaient bondées de personnes et jonchées de détritus ; bien que la cité employait des équipes sanitaires supplémentaires, les rues étaient à ce point obstruées de gens que les travailleurs étaient incapables d'effectuer leur travail »Munayyer (1998), ..

À l'époque, deux familles de notables, les Husseini et les Nashashibi étaient opposées par des rivalités dont l'enjeu était le contrôle politique de la PalestineMorris (2004), .. Le , Alec Kirkbride, l'ambassadeur britannique à Amman, écrivit au Ministre des Affaires étrangères Ernest Bevin que les notables de Lydda et Ramle étaient « terrorisés par les suivants du Mufti [al-Husseini] qui avaient menacé de mort quiconque traiterait avec la Légion arabe »Kirkbride to Bevin (No. 225), 13 April 1948, PRO FO 816\117 quoted in Morris, 2003, ..

Encerclement et chute de Lydda et Ramle

Le 4 mai, la Haganah s'empare d'al-Abbasiyya au nord de Lydda et d'Abou Shousha. Le lendemain, les milices locales de Ramla et Lydda, appuyées par une compagnie, des blindés et de l'artillerie de la Légion arabe, attaquent simultanément le kibboutz Gezer et la Haganah retranchée à Abou Shousha. Les forces arabes reprennent Abou Shousha, s'emparent de Gezer et font 26 prisonniers, desserrant ainsi l'étreinte qui se resserrait autour des deux villesMunayyer 2008, 46..

Le 28 mai, Hassan Salameh qui commandait la défense de Ras al-Aïn, est blessé et transporté à l'hôpital de Lydda. Trois cents hommes de la milice de Lydda, commandés par Hamza Subh, reprennent la position aussitôt ; un détachement de 80 hommes y est laissé pour la défendre face aux IsraéliensMunayyer 2008, 47.

L'attaque qui aboutit à la chute de Lydda est dirigée par Yigal Allon et comprend les brigades Yiftah, Harel (commandée par Yitzhak Rabin) et deux bataillons de la brigade blindée commandés par Yitzhak Sadeh et Moshé Dayan, soit Munayyer 2008, 40..

Le 10 juillet, le village de Rantiyya, au nord de Lydda, est pris par les Israéliens, ainsi que l'aéroport de Lydda et le village d' au sud. La ville de Lydda est bombardée par l'aviation israélienne toute la journéeMunayyer 2008, 48..

Lydda succombe à une attaque venue de l'est. Des combattants retranchés dans le poste de policeMunayyer 2008, 49..

Expulsion et massacres

Après la prise de Lydda, la ville et sa voisine de Ramle sont le théâtre d'une expulsion massive des habitants au cours de laquelle entre et sont expulsés de la ville et ses environs en une journée. Près de cinq cent personnes sont retenues par les Israéliens près de la gare, pour servir de manutentionnaires pour les trains ravitaillant l'armée israélienne. Environ cinq cent personnes vivant près de la grande mosquée furent autorisées à resterMunayyer 2008, 53..

Les habitants de Ramle furent pour la plupart conduits en bus jusqu'à al-Qubab d'où ils marchèrent jusqu'aux lignes de la Légion arabe à Latroun et Salbit. Ceux de Lydda n'avaient pas de moyens de transport ; ils marchèrent 6 kilomètres jusqu'à Beit Nabala puis 11 kilomètres jusqu'à Barfiliya, sous des températures de 30-35 °C, transportant tout ce qu'ils avaient pu prendre avec eux. De là, la Légion arabe aida la plupart à atteindre le camp de réfugiés de Ramallah à quelque 50 kilomètresMorris (2004), Gilbert (2008), , et Rantisi (1990), .

Le nombre de réfugiés qui moururent durant la marche est également inconnu et varie selon les sources. Les estimations vont « d'une poignée, et peut-être des dizaines » à 355, principalement des suites de la fatigue et de la déshydratation, mais des témoignages affirment également que des réfugiés furent tués pour avoir refusé d'abandonner leurs biens aux soldats israéliens. Au total, environ perdirent la vie au cours des événements* Morris (1989) écrit : "Tous les Israéliens qui furent témoins des événements furent d'accord que l'exode, sous un chaud soleil de juillet, fut un épisode de longue souffrance pour les réfugiés, particulièrement pour ceux de Lydda. Certains furent dépossédés par les soldats de leurs biens quand ils quittèrent la ville ou aux postes de contrôle le long du chemin… Peu de réfugiés moururent - de fatigue, déshydratation et maladie".