Politique de la peur est une expression qui désigne un discours politique qui utilise la peur collective pour orienter l'opinion. Cette politique conduit à réduire les libertés individuelles lorsqu'elle est mise en œuvre par un gouvernementDillens, La politique de la peur, Amnesty International, 23 mai 2007.

Origine Dès le début du , H. L. Mencken, journaliste, écrivain, célèbre critique de la culture américaine, considérait que « le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d’être mise en sécurité, en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres, tous étant imaginaires »Citations de Mencken.

John W. Dean, ancien conseiller du président Richard Nixon, considère la politique de la peur comme la marque exclusive des dictatures d'Amérique latine jusqu'au gouvernement de George BushConservatives Without Conscience par John W. Dean Viking, 2006extraits. Selon Franck Furedi, professeur de sociologie à l'université du Kent, auteur de « Politics of Fear », l’expression « politique de la peur » implique que des politiciens manipulent volontairement les craintes des populations pour réaliser leurs objectifsPolitics of fear, . Cette politique est, selon lui, devenue une des caractéristiques principales de la vie publique américaine depuis le 11 septembre 2001Politics of fear par Frank Füredi . Elle a été particulièrement pointée dans les actions de John Ashcroft qui, selon certaines analyses, comme celle du président de l'International Center de l'université de Floride, n'aurait pas laissé « la loi interférer avec ses actions » et aurait « préféré faire appel de manière subliminale au racisme et à la xénophobie »Christian Science Monitor.

Mais la politisation de la peur ne date pas de 2001 et la menace que représente la possession, par certains pays, d’armes de destruction massive était déjà brandie depuis les années 1990Politics of fear par Frank Füredi . L'expression avait même été utilisée dans les années 1970 pour désigner le maccarthysmeRobert Griffith, The Politics of Fear: Joseph R. McCarthy and the Senate, University of Massachusetts Press, 1987 Politics of Fear, Joseph MacCarthy and the senate et auparavant pour le « péril jaune »politique de la peur, Andy Blunden ou .

Plusieurs médias du Royaume-Uni utilisaient la même expression, affirmant que cette politique avait rapidement été adoptée par le gouvernement de Tony BlairIndependent. Selon certains journalistes, elle serait même adoptée par le Hezbollah, pour une cause différenteThe Bulletin, Philadelphie. Selon d'autres études, l'Australie aurait également eu recours à une politique de la peur dans sa gestion de l'immigrationHow Politics of Fear Have Changed Australia, Adam Jamrozik.

Dans son ouvrage Risque : la science et les politiques de la peur, Dan Gardner, développe l'idée que notre évaluation des risques et les actions que nous entreprenons pour nous en protéger ne sont pas rationnelles mais émotionnelles et provoquées par les médias et les politiciens Risque : La science et les politiques de la peur, éditions logiques, , 2009 Review : New Scientist.

Plusieurs études sociologiques ont tenté d'évaluer les implications sociales de la politique de la peur dans la gestion du terrorisme aux États-UnisÉtude de la promotion des termes et discours officiels par cinq médias américainsAlana Lentin. Kate Nash, en particulier, présente la politique de la peur comme à la fois un contrepoids et un complément à ce qu'elle appelle « la politique du désir » (parmi les quatre modèles de politique qu'elle définit, politique tribale, politique du désir, politique de la peur, et politique de la certitude)Kate Nash.

Politique de la peur et libertés individuelles

Certaines associations de défense des droits de l'homme décrivent la politique de la peur comme utilisant un discours alarmiste afin de justifier ainsi l'adoption de mesures disproportionnées, dont le résultat serait le contrôle des populations que ces mesures étaient censées protégerHystérie sécuritaire et politique de la peur, Horizons et débats, , 11 juin 2007. Amnesty International, dans son rapport de 2007, décrivait un « monde divisé » en conséquence de la politique de la peur menée dans la guerre contre le terrorismeRapport 2007 de Amensty International.

En , Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, affirme que le gouvernement de Barack Obama souhaite « sortir de la politique de la peur »Interview de Janet Napolitano.

États-Unis

Dans son livre Propaganda (1928), Edward Bernays explique que la mentalité collective n’est pas guidée par la pensée mais « par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion ».

Leo Strauss, philosophe politique, développe l'idée que le peuple est divisé en « nombreux communs » () et « peu de sages » (). Les sages ont pour tâche de maintenir l'ordre, et pour atteindre leur but peuvent user de « nobles mensonges » (). Si les « nombreux communs » sont laissés à l'individualisme, au libéralisme et au relativisme, il ne peut en résulter que le chaos. Un mythe inventé par les dirigeants servira à contrôler le peuple. En inventant ou en entretenant une « guerre perpétuelle », le peuple pourra être mené pour son propre bienhttp://web.archive.org/web/20231228134234/https://www.freedomunderground.org/oldskin/view.php?v=3&t=3&aid=25010.. Les néo-conservateurs américains se réclament de la philosophie de Leo Strauss.

L'influence des néo-conservateurs commencerait dans les années 1980, où ilsdont Elliott Abrams ont conseillé le président Ronald Reagan. Le principe serait de mettre en place un mythe où les États-Unis seraient le représentant du bien et l'URSS l'« Empire du Mal ». L'équipe B qui interprétait en parallèle de la CIA les informations fournies, est soupçonnéeThe Power of Nightmares d'avoir surévalué la menace que représentait l'URSS à l'époque, voire d'avoir inventé certaines menaces.

Après le 11-Septembre, George W. Bush a utilisé une rhétorique déjà utilisée pendant la guerre froide. en qualifiant Al-Qaïda d'incarnation des forces du Mal. La communication de Bush s'est alors tournée vers l'Irak, régime politique décrit comme membre de l'Axe du Mal. Des liens entre Al-Qaida et l'Irak ont alors été supposés, mais jamais confirmés. L'Irak a aussi été suspecté de fabriquer des armes de destruction massive, ce qui s'est avéré être un mensonge forgé à dessein.

Noam Chomsky a montré de manière convaincante que la surévaluation du danger représenté par la guerre froide et la « guerre contre le terrorisme » n'ont été qu'un moyen pour les États-Unis de tenter de renforcer leur hégémonie Rachel Pain, Susan Smith, Fear: Critical Geopolitics and Everyday Life, Ashgate Publishing, Ltd., 2008, ..

L'appel au rejet de la politique de la peur était l'un des arguments de la campagne de Barack Obama « Barack Obama urges voters to reject ‘politics of fear’ in face of resurgent Hillary Clinton », The Times, 28 décembre 2007..

Critiques de l'utilisation du concept par les médias et certaines ONG

Sur une politique de la peur exclusivement de la province de Québec (Canada) La loi 12 (le projet de loi 78) concourt à l’instauration « d’un régime de répression et de peur », estime Charles-Maxime Panaccio, professeur à la section de droit civil de l’université d’Ottawa..

Sur une politique de la peur exclusivement « républicaine » Certains journalistes décèlent une utilisation plus large de la politique de la peur, y compris dans la politique de Barack Obama quand il évoque, par exemple, « le risque que fait peser sur notre planète » des entreprises comme EXXONPolitique de la peur, sur national review.

Jouer la carte de la politique de la peur Selon certains observateurs, « politique de la peur » est devenue une expression pratique qui s'est répandue au-delà de l'Amérique du Nord pour attaquer à moindre frais diverses propositions politiquesSpiked online. Bibliographie Renata Fritsch-Bournazel, Rapallo : naissance d'un mythe : la politique de la peur dans la France du Bloc national, Paris : Fondation nationale des sciences politiques, 1974. Anne-Marie Dillens, La Peur : émotion, passion, raison, Bruxelles : Facultés universitaires Saint-Louis, 2006. Frank Furedi, Politics of Fear: Beyond Left and Right, Al Gore, The Assault on Reason: How the Politics of Fear, Secrecy and Blind Faith Subvert Wise Decision-making and Democracy, Bloomsbury Publishing, 2007. Corey Robin, La Peur, histoire d'une idée politique, Armand Colin, 2006 American Foreign Policy and The Politics of Fear Threat Inflation since 9/11 par A. Trevor Thrall, Jane K Cramer, Routledge Global Security Studies, 2009 Governing through Crime de Jonathan SimonInsécurité et politique de la peur aux États-Unis Dan Gardner, Risque : la science et les politiques de la peur, Montréal : Éditions Logiques, 2009. Karaoke Fascism: Burma and the Politics of Fear de Monique Skidmore, University of Pennsylvania Press, 2004 War on Terror, Inc.: Corporate Profiteering from the Politics of Fear de Solomon Hughes Verso Books, 2007 Culture of Fear: Risk taking and the morality of low expectation, Frank Furedi, The Culture of fear: The assault on optimism in America, Barry Glassner Urban Nightmares: The Media, the Right and the Moral Panic over the City, Steve Macek, Kingdom of Fear: Loathsome Secrets of a Star-Crossed Child in the Final Days of the American Century., Hunter S. Thompson, (Simon & Schuster; 1st Simon edition, , ) You Have the Power: Choosing Courage in a Culture of Fear Frances Moore Lappe et , Terrorism and the politics of fear En ligne, AltaMira Press, David L. Altheide 2006 Creating Fear: News and the Construction of a Crisis, David L. Altheide, Aldine de Gruyter, 2002, 223 p. - ) Politics of fear, practices of hope, Stefan Skrimshire, éditions Continuum, 2009 The Politics of Fear: How Republicans Use Money, Race, and the Media to Win, Manuel G. Gonzales Richard Delgado, Paradigm Pusblishers, 2006

Films Documentaires Bowling for Columbine (2002), de Michael Moore Fahrenheit 9/11 (2004) de Michael Moore The Power of Nightmares (Le Pouvoir des cauchemars) dont le sous-titre est The Rise of the Politics of Fear (L'Émergence des politiques de la peur)http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/3755686.stm est un documentaire de la BBC qui met en avant les similarités entre le néo-conservatisme aux USA et le mouvement islamique radical.

Notes et références

Annexes Articles connexes Culture de la peur

Aspects théoriques

Psychologie sociale Hystérie collective Émotions d'une foule Guerre de l'information Panique morale Contrôle social

Conséquences politiques

Tolérance zéro État policier Récupération politique

Critiques des médias

Désinformation Cirque médiatique Propagande Sensationnalisme

Liens externes AMNESTY INTERNATIONAL, Rapport 2007 - La politique de la peur crée un monde dangereusement divisé

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