Pierre (saint Pierre pour l'Église catholique et l'Église orthodoxe), Siméon Bar-Yonah (traduit par « Simon, fils de Jonas ») selon le témoignage des Évangiles, aussi appelé Kephas (le « roc » en araméen) ou Simon-Pierre, est un Juif de Galilée ou de Gaulanitide connu pour avoir été l'un des disciples de Jésus de Nazareth.
Parmi les apôtres, il semble avoir tenu une position privilégiée du vivant même de Jésus avant de devenir, après la mort de ce dernier, l'un des trois piliers de l'Église de Jérusalem avec Jacques et Jean. Il est né vraisemblablement au tournant du et serait mort selon la tradition chrétienne entre 64 et 68 à Rome.
L'Église catholique en fait le « prince des apôtres », le premier évêque de Rome, et revendique sa succession apostolique pour affirmer une primauté pontificale, que lui contestent les autres confessions chrétiennes, et dont l'actuel pape est le représentant.
Il a suscité un grand nombre d'œuvres artistiques, en particulier dans l'Occident latin. Son attribut habituel est un ensemble de deux clés, symbolisant soit « les clés du Royaume des cieux », soit le pouvoir qu'il a reçu de lier et délier aussi bien sur la Terre que dans les cieux (Matthieu 16:19) ; dans ce cas une clé est d'argent et l'autre d'or.
Sources
Le personnage historique de Pierre est peu documenté par les sources. Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval remarquent : « Le portrait de Pierre qui ressort des textes anciens est aussi diversifié que controversé : de ce fait, il est difficile d'en rendre compte seulement en postulant une personnalité aux traits contrastés. En réalité, les documents qui parlent de Pierre reflètent surtout la croyance et la mémoire des divers milieux chrétiens qui les ont produits [...]. Comme pour Jésus et d'autres personnalités « apostoliques », il est plus facile d'atteindre le Pierre de la tradition que celui de l'histoire »Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F., 2006, ..
Les sources principales sont les suivantes : le Nouveau Testament (les Évangiles, les Actes des Apôtres, les Épîtres de Paul et les épîtres de Pierre (Première et Deuxième) aux communautés chrétiennes) ; la littérature apocryphe, dont certains textes datant du ; les Pères de l'Église, en particulier Eusèbe de Césarée, auteur de l'Histoire ecclésiastique.
Le nom Pierre s'appelle initialement Symon ou Simon. Jésus lui donne le nom de Simon Kephas (grec , « Simōn Kēphas » ; araméen Šim'ōn Kêfâ ; syriaque ), d'après son surnom araméen hellénisé Kephas — transcrit en français Cephas ou Kephas — qui signifie « roc »Marie-François Baslez, Saint Paul, Paris, éd. Pluriel, 2012, ..
Dans l'évangile selon Matthieu, Jésus, à partir de ce surnom, fait un jeu de mots par paronomase équivalent au sobriquet anglophone « Rocky »., d'où le nom que l'intéressé a reçu dans l'espace gréco-latin (petros ou petra en grec, et petrus en latin) : , , ..
Si le surnom semble souligner un trait de caractère de ce disciple qui occupe une place prééminente dans les Douze ApôtresSimon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, éd. PUF/Nouvelle Clio, 2007, 175., on ne sait dire si, en définitive, cette dénomination correspond à l'attribution d'un nouveau nom ou à son explication théologique., entretenant un débat prolifique qui donne lieu à un nombre phénoménal de commentairesPour un aperçu condensé de la bibliographie à ce sujet, cf. ..
Pierre dans le Nouveau Testament Les différents noms de l'apôtre Pierre sont les plus cités dans le Nouveau Testament : ils apparaissent 181 fois (soit quatre fois plus que Paul) principalement sous la traduction grecque de PetrosCelui de Simon est cité 43 fois, celui de Shyméon (au lieu de Simon) deux fois, et celui de Céphas ou Kephas six fois., dont 75 fois dans les évangiles synoptiques et 35 fois dans l'Évangile selon Jean, ce qui indique la prééminence que lui accorde originellement la première communauté chrétienne.. Pierre est aussi le personnage le plus cité dans les Évangiles canoniques après Jésus, soit 154 fois..
Évangiles vignette|redresse=1|droite|Icône à l'encaustique, (), monastère Sainte-Catherine du Sinaï.
D'après l'Évangile selon Jean, Simon Bar-Jonas est originaire, avec son frère André et l'apôtre Philippe, de Bethsaïde cité par Markus Bockmuehl, infra.. Les autres évangiles sont muets sur ses origines mais laissent penser à une activité à Bethsaïde voire à Capharnaüm : pêcheur sur le lac de Tibériade. Le (appelé rapidement « barque de Pierre » ou « barque de Jésus ») découvert en 1986, daté du premier siècle, rappelle que ses disciples viennent de tous les milieux, notamment celui des pêcheurs dont les bateaux sur le lac de Tibériade sont mentionnés par les évangiles canoniques plus de cinquante fois., les ports de /Magdala étant réputés pour leurs conserveries de poissons salés.. Son frère André porte un nom grec, ce qui suggère .
Simon s'installe à l'occasion de son mariage dans la maison de sa belle-famille dans cette ville d'où il est peut-être lui-même originaire notamment ..
vignette|redresse=1.2|gauche|La Vocation de saint Pierre et saint André, œuvre attribuée au Caravage, Royal Collection, château de Hampton Court. Jésus se trouve à droite du tableau. La maison familiale (située sous la basilique Saint-Pierre de Capharnaüm) semble servir de base pour le début de la mission itinérante de Jésus.. Avec son frère André, il décide d'abandonner sa famille (selon la légende, il aurait eu une fille Pétronille de Romevoir « Histoire des Papes, de saint Pierre à Jean-Paul II », aux éditions Tallandier Historia - 2000 ., morte martyre) pour suivre Jésus à la demande de celui-ci. et reçoit de lui le nom de « Kephas » , ), ) et )., les évangélistes se contredisant sur le contexte dans lequel se produit l'imposition de ce nom.. Pierre est toujours cité en premier de la liste des « Douze » ( ; ). À plusieurs reprises, dans les évangiles, Paul et Jean reconnaissent son importance, bien que ce dernier cite en premier son frère André. Simon-Pierre manifeste sa foi au nom de tous les disciples : « Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? ». Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (). Jésus lui déclare alors solennellement : « Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » ().
Pierre a assisté et participé à plusieurs miracles ou événements majeurs de la vie de Jésus, comme la marche sur les eaux (), la Transfiguration, l'arrestation de Jésus, le procès de Jésus, puis la Passion du Christ. Décrit dans les Évangiles comme enthousiaste, emporté, mais parfois hésitant et faillible, il abandonne Jésus pendant la Passion malgré l'assurance qu'il avait manifestée auparavant : « Si tous viennent à tomber, moi je ne tomberai pas » (). Il a regretté amèrement ce reniement : « Et Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. Et en y réfléchissant, il pleurait. » (). On retrouve le caractère enthousiaste, emporté, mais parfois hésitant et faillible, lorsque Pierre voit Jésus marcher sur la mer. Pierre demande à Jésus: « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus consent. Pierre marche sur l'eau, mais effrayé, par la force du vent, il s'enfonce dans l'eau et crie « Seigneur, sauve-moi ! ». « Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (). Pierre manifeste un désir de suivre Jésus partout, mais est rattrapé par la faiblesse humaine. L'Évangile selon Luc sous-entend que la perte de foi de Pierre a pour origine des attaques du diable. En effet, Jésus dit à Simon: « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » ().
Selon Simon Claude Mimouni, , comme en témoignent l'épisode du reniement de Pierre, unanimement rapporté par les quatre évangiles canoniques, ainsi que , parole très dure que Jésus adresse à son discipleSimon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F., 2006, ..
vignette|Les disciples Pierre et Jean courant au sépulcre le matin de la Résurrection par Eugène Burnand (1898, Paris, Musée d'Orsay). Pour Géza Vermes, Pierre Géza Vermes, Dictionnaire des contemporains de Jésus, Bayard, 2008, article « Pierre », ..
Dans . Dans ce même évangile, Pierre apparaît en concurrence avec le disciple bien-aimé, parfois identifié à Jean, fils de Zébédée.
À l'annonce par Marie Madeleine que le tombeau de Jésus a été trouvé vide, il est le premier à y entrer, le « disciple bien-aimé »Rodolpho Felices Luna, Qui est le disciple bien-aimé ?. Dans Découverte du monde biblique, Faculté de théologie et d'études religieuses, université de Sherbrooke, Québec, 21 février 2014. lui ayant laissé la préséance ( ; ). Par la suite, il est, avant les autres apôtres, témoin d'une apparition du Christ ressuscité (,).
Lors de la dernière apparition du Christ à ses disciples, Pierre est réhabilité et rétabli dans sa mission de pasteur de l'Église : « Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois : M'aimes-tu ? Et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis » ().
Actes des Apôtres et épîtres pauliniennes vignette|droite|redresse=1|Saint Pierre, par Giacomo Serpotta, Badia Nuova, Alcamo. vignette|redresse=1|gauche|Pierre guérissant le boiteux de la Belle Porte du Second temple de Jérusalem en compagnie de saint Jean l'Évangéliste, Louis-Vincent-Léon Pallière (1819), église Saint-Thomas-d'Aquin de Paris.
Les Actes des Apôtres le décrivent comme un des principaux dirigeants de la communauté chrétienne, se montrant responsable, orateur avisé et guérisseur. Après la Pentecôte, c'est lui qui prend la parole et commence la prédication du message chrétien. Lors du concile de Jérusalem (vers l'an 50), il prend position en faveur de l'admission des païens dans l'Église sans leur imposer les prescriptions mosaïques telles que la circoncision ; cependant Paul lui reprochera de ménager le point de vue des judaïsants menés par certains chrétiens juifs de la communauté de Jacques le Juste, « frère du Seigneur », chef de la communauté chrétienne de Jérusalem () : « Mais quand Cephas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il s'était donné tort. En effet, avant l'arrivée de certains gens de l'entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens ; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l'écart, par peur des circoncis » ().
Lors du premier concile de Jérusalem, Pierre aurait reconsidéré son attitude. Il ouvre le débat en défendant clairement les thèses de Paul de ne pas imposer les prescriptions de la loi de Moïse aux chrétiens païens.
Jacques le Juste, chef de l'Église locale (le premier évêque de Jérusalem), clôture le conseil en approuvant Pierre et Paul. Les chrétiens d'origine païenne sont libérés de l'obligation de suivre les traditions juives. Selon l'historien Géza Vermes, cependant, La proposition de Pierre, favorable aux chrétiens étrangers, serait « d'une historicité douteuse »,
Après le concile de Jérusalem, les Actes des Apôtres ne disent plus rien de sa vie.
Pierre dans la littérature patristique