Les Éburons (en gaulois : Ἐβουρωνοί — gallo-grec — ou EBVRONOI — gallo-latin, Ebourōnoí ; en latin : EBVRONES ou EBVRONÉS, Eburonēs) étaient un peuple belge, établi dans le nord-est de la Gaule au .
Selon ses Commentaires, Jules César les considérait comme des Germains cisrhénans (), mais leur nom est celtique et le proconsul romain lui-même semble les considérer également comme gaulois dans le livre VI (guerre contre Ambiorix).
Territoire thumb|left|Chemin celte pavé menant à un passage sur la Meuse, à Maastricht Leur territoire correspond aux provinces modernes du Limbourg et de Liège en Belgique, au Limbourg néerlandais, et à une partie avoisinante de l'Allemagne jusqu'à Aix-la-Chapelle. Strabon indique, en , que les Eburons résident dans une forêt appelée « Arduenna », large de ou environ 800 kmGeographia, IV, Kap. III, 5. Selon Jules César mentionne : « les Éburons, dont la plus grande partie habite entre la Meuse et le Rhin, et qui étaient gouvernés par Ambiorix et Catuvolcos ».. César situe les Sègnes et les Condruses au sud des Eburons, entre eux et les Trévires, qui résident près de la Moselle. Le territoire des Sègnes se situait à proximité de la rivière Ourthe, le territoire des Condruses se situait dans le Condroz. A l'ouest, ils étaient voisins des Nerviens et des Atuatuques, ces derniers situés entre ces deux tribus, dans l'Entre-Sambre et Meuse.
La capitale du peuple Atuatuca est une forteresse située « au centre de leur territoire ».. L'emplacement de la cité anciennement associé à Tongres est aujourd'hui remis en cause. César décrit le site comme pourvu d'un étroit défilé à l'ouest, adapté à une embuscade, caractéristique très rare en Campine. D'autres sites ont été proposés comme la Montagne Saint-Pierre, sur la Meuse, ou la ville de Spa, en Ardenne. Maastricht est habité depuis .
Étymologie thumb|right|Fragment de cruche en forme de taureau, datant du , découvert à Maastricht L'ethnonyme Éburon, le substrat toponymique de leur ancien territoire, ainsi que les différents noms de personnes s'expliquent indubitablement par une langue celtique et non pas germanique au sens moderne du terme. En effet, Eburo est expliqué par le celtique *eburo- « if » ou « sanglier »Pierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, édition Errance, 2003.Ugo Janssens, Ces Belges, « les Plus Braves », Histoire de la Belgique gauloise, 2007, Racine, p. 50.. On compare le vieil irlandais ibar, if, le breton evor et le gallois efwr, bourdaine.
Le terme eburo- (autrement eburos) se rencontre fréquemment dans l'onomastique personnelle gauloise (anthroponymes gaulois cf. Eburus, Eburo, Eburius) et dans la toponymie (ex: Eburo-dunum > Yverdon, Embrun. Plusieurs villes et villages remontent à *Eburiacon, toponyme similaire, d'où les , Ivrey, Évry, Ivry-la-Bataille, Eure. Le nom des Éburons se rapproche également d'autres appellations issues du monde celtique : les Éburovices, Eburacum (York). Le nom de la ville anglaise de York, la civitas eburacum et plus au nord se trouve une région appelé Yorkshire Moors (les bruyères du comté de York). . La ville suisse d'Yverdon s'appelait *Eburodunum dans l'antiquité. Eburo (if, taxus) + dunon (*dun, colline, village fortifié). Celle d'Envermeu dans l'actuelle Normandie s'appelait *Eburomagus, devenu *Eburomavus « la plaine des ifs » ou « le marché de l'if ». Ainsi que la tribu des Aulerques Eburovices qui a donné son nom à Évreux dans la même province.
Selon César, les Éburons étaient connus pour la culture de l'if.. Cet arbre donne un bois fibreux, élastique et solide, d'une excellente qualité pour la fabrication des arcs et flèches. L'if des Éburons était tellement apprécié en Gaule, qui avait son propre if, que cette qualité fut nommée eburoCitation Information. Zeitschrift für celtische Philologie. Volume 55, Issue 1, pages 50–55, , 9 mai 2007.
Le mot latin pour désigner l'if est taxus, il permet d'expliquer la dénomination plus récente de cette région, la Toxandria ou Taxandrie'.
Historique thumb|Statère en or des Éburons. Triskele surmonté d'une croisette et au revers, cheval celtisé et roue de char, évocation de l’attelage figurant sur les monnaies de de Macédoine.
Venant de la moyenne vallée du Rhin et de la rive droite au nord du Main, les Belges arrivent en Gaule Belgique vers Ils y supplantent les Gaulois. Les Eburons avaient des relations étroites avec les Nerviens, une grande nation Belge située à l'ouest de leur territoire. Les Aduatuci (ou Atuatuci) étaient voisins des Nerviens et les Eburons. César rapporte qu'Ambiorix avait été obligé de leur rendre hommage avant l'arrivée des Romains et que son propre fils et son neveu leur avaient été confiés comme otage.. Ce fut avec ces deux nations, que les Eburons allait former rapidement une alliance militaire contre les forces de César..
Conquête romaine thumb|left|Casque gaulois en bronze de type Coolus-Manheim provenant de la région de Tongres. Musée du Cinquantenaire, Bruxelles (Belgique) thumb|Ambiorix tendant une embuscade à la romaine, Karel de Kesel, 1865, Musée royal de Belgique En , les forces de César affrontent une alliance de nations belges dans la bataille du Sabis. Des informations des Remi, une nation alliée avec Rome, établissent que les Germani (Condruses, Éburons, Cérèses, et Pémanes) ont promis environ . Ceux-ci devaient rejoindre , , , , , , , , , , et . Toutes ces forces devaient être dirigées par Galba, roi des Suessions. Cependant, cette alliance n'a pas fonctionné. Les Suessions et les Bellovaques se sont rendus après que les Romains se sont déplacés vers leurs terres. Les Nerviens, avec les Atrébates et Viromanduis, formèrent la force la plus importante le jour de la bataille. Les Éburons ne sont pas spécifiquement mentionnés dans la description de la bataille elle-même, mais après la défaite, les Éburons devinrent la nation la plus importante à résister à la suzeraineté romaine.
Lorsque les Tenctères et les Usipètes qui étaient des nations germaniques, traversèrent le Rhin en , ils affrontèrent en premier selon César les Ménapes, avant de traverser la Meuse vers une tribu appelée Ambivarètes, puis avancèrent dans le territoire des Éburons et Condruses, qui étaient tous les deux « sous la protection des Trévires ».
thumb|left|L'attaque d'Ambiorix représentée sur le Palais provincial de Liège, 1849-1853 En , les forces de César sont de retour sur le territoire belge pour hiverner, à la suite de leur deuxième expédition en Grande-Bretagne. Les récoltes n'ont pas été bonnes, en raison de la sécheresse, ce qui conduit à un nouveau conflit. L'insurrection commence seulement après qu'une légion et cinq cohortes, sous le commandement des lieutenants de César, Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculéius Cotta, sont arrivées dans leurs quartiers d'hiver situés dans le pays éburon. Selon Jules César qui l'écrit dans son ouvrage Commentaires sur la Guerre des Gaules, Ambiorix, un des deux rois éburons avec Catuvolcos, extermine la romaine avec ses cinq cohortes supplémentaires lors de la bataille d'Aduatuca. Les Éburons, encouragés par les messages du roi des Trévires, Indutiomare, et dirigés par leurs deux rois attaquent le camp romain et, après avoir incité les Romains à quitter leur bastion, sur la promesse d'un passage sûr, ils les massacrent presque tous (environ ). Les deux légats, Quintus Titurius Sabinus et Lucius Aurunculeius Cotta, furent tués. Ceci se passa peut-être dans la vallée du Geer, en Il s'agit de la plus importante perte romaine de la Guerre des Gaules ( ainsi que les suiveurs : valets, marchands).
thumb|right|300px|Révolte d'Ambiorix et ses alliés contre les légions romaines en Gaule belgique en , ordre chronologique des événements :1. Massacre d'Aduatuca de la légion de Sabinus et Cotta ;2. Victoire de César contre l'armée qui assiégeait Cicero ;3. Victoire de Labienus contre les troupes qui l'assiègent. Encouragé par cette victoire, Ambiorix se rend personnellement chez les Aduatuci puis chez les Nerviens, pour leur proposer une nouvelle attaque d'un hivernage romain sur le territoire nervien, sous le commandement de Quintus Tullius Cicéron, frère du célèbre orateur. Les Nerviens convoquèrent rapidement les forces de plusieurs nations sous leur gouvernement, Centrones, Grudii, Levaci, Pleumoxii, et Geiduni. L'attaque du camp hivernage de Q. Cicéron sera moins heureuse : la coalition des Éburons, Atuatuques et Nerviens est battue par César, venu à la rescousse.. Pourtant, César rapporte que le sauvetage était en suggérant que pratiquement la moitié de cette légion était déjà détruite à son arrivée. Les pertes de César en Belgique s'élèveraient ainsi à au moins, soit près d'un quart de son armée (estimée à huit légions, soit entre ). Labienus, l'un des généraux les plus fiables de César, qui était en hivernage sur le territoire des Trévires, est également menacé lorsque les nouvelles de la rébellion des Eburons se propage. Finalement, le roi des Trévires, Indutiomare, est exécuté, ce qui entraîne la dispersion des forces des Eburons et des Nerviens.
L'année suivante, César entre dans le pays des Eburons. Lors d'une attaque surprise sur le quartier général d'Ambiorix, Catuvolcos, trop âgé pour fuir ou pour se battre, s'empoisonne avec une concoction à base d'if pour ne pas être capturé. Ambiorix parvient à s'échapper. Le pays des Eburons boisé et marécageux étant difficile pour les Romains, César invite les peuples voisins à venir piller les Eburons. Tandis qu'il ravage le pays des Eburons, César laisse Quintus Tullius Cicero, avec une légion, pour protéger les bagages et magasins, à un endroit appelé Aduatuca, qui était le lieu où Sabinus et Cotta avaient été tués. La tentative de faire usage des Sicambres se retourne contre les Romains lorsque les Eburons leur expliquent que les fournitures romaines sont des cibles les plus attrayantes. À cause de cette rébellion, César tente d'exterminer le peuple éburon, mais le manque de chiffres annoncé dans son ouvrage, alors qu'il a été si prolixe et trop heureux d'annoncer le nombre d'ennemis tués et d'esclaves vendus lors de ses victoires, montre que César a eu du mal à mettre la main sur les Éburons. D'après César, ceux-ci, sur ordre d'Ambiorix, prirent le maquis et leur armée se divisa, menant pendant deux années une guerre d'usure et de guérilla. Ambiorix ne fut jamais capturé par César, qui lui adresse quelques lignes épiques dans la Guerre des Gaules. César rapporte avoir brûlé chaque village qu'il pouvait trouver sur le territoire des Eburons, chassé tout le bétail, et il indique que ses hommes et bêtes ont consommé tout le blé. Il laisse ceux qui se sont cachés, s'il y en avait, avec l'espoir qu'ils seraient tous morts de faim pendant l'hiver. Les Eburons vont fuir vers les recoins les plus inaccessibles du territoire : Ambiorix se réfugie dans la forêt d'Ardenne, d'autres dans la Peel ou le delta du Rhin et de la Meuse.
La Civitas Tungrorum