() est un terme allemand utilisé par le ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, dirigé par Joseph Goebbels, pour désigner des armes révolutionnaires censées permettre le renversement de la situation militaire catastrophique du Troisième Reich à la fin de la Seconde Guerre mondiale et assurer sa victoire ultime.

Étymologie est un terme allemand, de , « miracle » et , « arme » ; au pluriel, .

Illusions et réalités vignette|Maquette d'un Arado AR E555, un avion conçu dans l'Allemagne nazie mais qui n'a jamais été construit. La plupart de ces armes n'ont guère dépassé le stade de projet ou de prototype ou n'ont été utilisées que trop tard et en trop petites quantités par la Wehrmacht pour avoir eu un véritable impact sur le déroulement des opérations.

L'ambition nazie ne connaissant plus de limites – servie par des compétences techniques qui, quoique exceptionnelles, étaient largement insuffisantes –, on vit se multiplier sous la férule d'Adolf Hitler des projets d'une grande audace scientifique, voire, pour certains, totalement farfelus relevant plus de la science-fiction que de l'ingénierie. Ainsi, les super-V2 gigognes, le projet de bombardier stratosphérique Arado Ar-E 555 capable en théorie de frapper la côte Est des États-Unis en emportant une éventuelle bombe atomique, les rayons de la mort (« découverts » par Robert Ley en et dont une enquête diligentée par les services de Speer démontre l'excentricitéR.J.Evans, le Reich, 1939-1945, .), ou celui plus extraordinaire encore de bombardier sub-orbital développé sur papier par l'ingénieur Eugen Sänger se sont révélés déraisonnables.

Le , les physiciens Albert Einstein et Leó Szilárd ont envoyé une lettre au président des États-Unis Franklin Roosevelt pour avertir que l'Allemagne nazie était capable de se doter d'une bombe atomique. Les services de renseignement américains ont alors collecté des informations provenant de l'Allemagne nazie, en enlevant des documents et en débauchant les scientifiques allemands. En , des chercheurs d'Allemagne, du Royaume-Uni, du Canada, des États-Unis et autres pays d'Europe se mirent au travail pour le projet Manhattan. Les Allemands possédaient d'importantes réserves d'uranium, qui sont finalement tombées dans les mains des Américains« Arme secrète d'Hitler : l'arme allemande de l'Apocalypse » - La voix de la Russie, 25 novembre 2014..

À partir de 1944, avec la dégradation de la situation militaire, les armes miracle sont abondamment utilisées par la propagande, qui réalise des films pour les actualités filmées ou des reportages pour la presse écrite, évoquant les dégâts de ces armes sur les villes britanniques. Pendant l'automne et l'hiver 1944-1945, la population adhère diversement au discours sur ces nouvelles armes, mais leur existence est encore certifiée par des courriers en : pour les convaincus, la guerre est alors vue comme une course contre la montre, pour parvenir à achever ces nouveaux équipements, mais, ceux-là mêmes commencent à voir leurs espoirs déçus au fil du mois de marsR.J.Evans, le Reich, 1939-1945, .. Les responsables du parti eux-mêmes semblent peu convaincus de l'efficacité de ces armes et de leur capacité à renverser le cours de la guerre. Pour les sceptiques, de plus en plus nombreux au fil du conflit, ces armes sont objet de plaisanteries : les V1 sont appelés () ou encore ().

Toutefois, si leur développement tardif n'a pas eu de réelle influence sur l'issue du conflit, ces armes ont suscité après la chute du Troisième Reich l'intérêt de plusieurs des pays vainqueurs. La récupération des avancées technologiques importantes mises au point par le complexe militaro-industriel allemand a notamment pris la forme de programmes structurés menés par les services secrets de nations, tels que Opération (États-Unis), (URSS), (Royaume-Uni) ou la France.

La capture du centre d’essai de Peenemünde par les Soviétiques, des archives allemandes relatives au programme de missiles tactiques et balistiques du programme (V-Waffen) et surtout de l’équipe de savants et techniciens de Werner von Braun par l’intermédiaire de ont ainsi permis le développement des missiles balistiques US et surtout du programme spatial de la Nasa.

Si la plupart des projets et spéculations paraissent irréalistes dans le contexte d'une Allemagne réduite à un champ de ruines par l'issue du conflit, reflété de façon emblématique par Dresde dès après les bombardements de février 1945, les réalisations récentes des ingénieurs allemands qui avaient dépassé le stade du prototype, tel l'avion Messerschmitt Me 163 Komet, semblaient donner crédit aux envolées lyriques du sur la contribution des à l'issue de la guerre. Les interventions de ce dernier à la radio allemande, destinées à galvaniser une population réduite à vivre sous les abrisLire Une femme à Berlin, notamment l'appréciation de l'auteur sur le discours radiophonique de Goebbels, dont les promesses sont interprétées au premier degré par le personnage de Siegismund dans le récit., s'éloignaient de plus en plus de considérations concrètes, à mesure que les chars adverses achevaient la conquête du territoire allemand sur deux fronts. De sorte que la frontière est floue entre les modèles effectivement produits industriellement et les Wunderwaffen théoriques ou prototypiques, et seule la situation arrêtée lors de la reddition les sépare.

Guerre terrestre

Armement individuel de pointe : premiers fusils d'assaut puis 45 ; et ; MG 45 ; équipements de vision nocturne pour fusils d'assaut (Vampir) et chars (Sperber). Engins chenillés téléguidés de destruction : Goliaths. Chars super-lourds et monstres blindés : les ( : litt. développement)images virtuelles des «projets E»: La « série E » fut à l'origine lancée par Heinrich Ernst Kniekamp dès 1942. Le projet global visait à remplacer les chars et chasseurs de chars () alors en service. Ce programme fut accepté par Hitler en 1943, l'ensemble des six engins prévus dans le projet utilisant des pièces standardisées afin d'en faciliter la production et la maintenance — souci récurrent et priorité absolue du ministre de l'économie Albert Speer. Le programme « vivota » jusqu'en 1944 c'est-à-dire jusqu'au moment où il devint évident que l'économie allemande en ruine ne pourrait jamais donner suite à ces extraordinaires projets. Le plus « achevé » de ces monstres (dont fait, par exemple, partie le Panzerkampfwagen VIII Maus) fut l'E-100, doté d'un canon de ou d'un de . Quelques exemplaires ont été capturés par les Britanniques à l'état d'éléments non assemblés lors de leur progression dans le nord-ouest et le nord de l'Allemagne pendant l'opération Varsity entre autres. Mais le plus improbable de ces programmes de super-blindés est le (avec le « char » Ratte (rat)) datant de 1942.

Guerre aérienne : la défense du Reich et l'

Défense du Reich

Les Allemands ont effectivement conçu de nombreux prototypes aux caractéristiques tout à fait inhabituelles et ont même mis en service un certain nombre d'armes en avance sur leur temps.

Citons ainsi, parmi les armes étant entrées en service : les chasseurs à réaction Me 262 et He 162, ou encore le bombardier à réaction Ar 234, les avions fusées Me 163, les missiles V1 et V2, les missiles anti-navires Fritz X et Henschel Hs 293, les roquettes air-air R4M, les radars embarqués sur avions Lichtenstein et surtout l'ultra-moderne Radar FuG 240 Berlin.

Parmi les prototypes ayant été effectivement fabriqués : les ailes volantes Horten, dont la Horten Ho 229 à réaction conservée au National Air and Space Museum, l'avion à voilure delta Lippisch DM-1 conservé au National Air and Space Museum, l'avion fusée Bachem Ba 349 Natter, les missiles air-air, dont le Kramer X4, les missiles sol-air , Enzian, Rheintochter, Schmetterling, ou WasserfallLigne de Front pages 30 à 55.

Dans l'idée d'impressionner et rassurer les populations, les colossales tours de défense anti-aérienne et leur armement étaient un élément clef de communication puisqu'elles servaient également d'abri aux populations. Elles étaient notamment équipées d'affuts doubles de FlaK 40.

Amerika Bomber

200px|vignette|droite|Le Schwerer Bomber - Amerika Bomber - Messerschmitt Me 264. Achevé dès 1942, il ne dépassa cependant pas le stade du prototype Bien qu'ayant d'emblée opté pour une doctrine militaire résolument offensive, les autorités militaires allemandes — à l'inverse de ce qui se fit en Grande-Bretagne et aux États-Unis — n'accordèrent qu'une attention toute relative aux projets de bombardiers stratégiques à long rayon d'actionLes premiers projets allemands de ce type d'appareil datent de la fin des années 1930., favorisant plutôt ceux à moyen rayon — Heinkel He 111, Junkers Ju 88 et variantes ou Dornier Do 17 et variantes — opérant à partir des bases excentrées du Reich et des aérodromes des pays occupés. Le premier appareil « long rayon » mis en service fut en fait un avion de ligne civil militarisé, le Focke-Wulf Fw 200 Condor, affecté à des missions maritimes lointaines. Son successeur désigné, le Heinkel He 177 Greif (Griffon), affligé de vices cachés et de problèmes techniques récurrents et endémiques, ne connut qu'une carrière discrète, sa propension fatale à s'enflammer lui ayant valu le sobriquet de « fliegende Feuerzeug », le briquet volant, et les quelques rares raids sur Londres — missions Steinbock — auxquels il prit part relèvent quasiment de la péripétie. Seuls quelques raids de ces avions sur les usines soviétiques loin de la ligne de front en 1944 furent réellement couronnés de succès, grâce à l'absence de radars et de chasseurs évoluant aisément à haute altitude chez les Soviétiques. 200px|vignette|droite|Autre vue du prototype Me 264 en vol 200px|vignette|droite|Prototype de Junkers Ju 390 Bien que deux prototypes aient été construits dès 1942, l'ambitieux et remarquable quadrimoteur Messerschmitt Me 264 — l'authentique Amerika Bomber — n'entra jamais en production, . Les projets Junkers et Dornier restèrent également au stade expérimental de prototypes et de bancs d'essai de systèmes d'armes et autre ingénierie aéronautique.

Les développements heureux de la propulsion à réaction allemande et la vindicte exaspérée de Hitler, bien décidé à frapper Londres, Moscou et New YorkVille que Hitler croyait être la capitale des États-Unis. relancèrent, mais bien trop tardivement, ces projets, Joseph Goebbels promettant aux Américains — mais surtout au peuple allemand — un nouveau Blitz digne de celui qui frappa Londres en 1940, en représailles aux bombardements des villes allemandes.

Ce soudain regain d'intérêt des dirigeants politiques du Reich pour le bombardement stratégique permit dès lors un développement poussé du programme Arado Ar 234 Blitz (programme pourtant lancé dès 1941), les premiers appareils montant sur le front en 1944 en version reconnaissance en prenant des photos des formations de troupes en Normandie. Sa vitesse de Mach 0,8, son plafond de m et son rayon d'action de km devaient lui permettre en théorie de bombarder Londres impunément. Dans la réalité, son rôle se réduisit essentiellement à vainement tenter d'enrayer la progression alliée à l'Ouest par des bombardements défensifs, le plus célèbre d'entre eux étant celui contre le pont de Remagen en . À l'approche de la fin des hostilités, neuf appareils basés dans le nord de l'Allemagne tentèrent encore quelques raids tout à fait symboliques et à seule fin de propagande contre Londres.

Parallèlement, d'autres projets dormant depuis le début de la guerre furent relancés dans l'intention bien vaine de donner corps à cette propagande vantant une prochaine victoire grâce aux Wunderwaffen. C'est ainsi que les programmes Junkers (Junkers Ju 388, Junkers Ju 488) ou Dornier 317 connurent un semblant de relance tout aussi illusoire que tardive.