Maurice Ravel est un compositeur français né à Ciboure le et mort à Paris le .

Avec son aîné Claude Debussy, Ravel fut la figure la plus influente de la musique française au début du . Son œuvre, modeste en quantité (quatre-vingt-six œuvres originales, vingt-cinq œuvres orchestrées ou transcrites), est le fruit d'influences variées s'étendant de Couperin et Rameau jusqu'aux couleurs et rythmes du jazz, dont celle, récurrente, de l'Espagne.

Caractérisée par sa grande diversité de genres, la production musicale de Ravel respecte dans son ensemble la tradition classique et s'étale sur une période créatrice de plus de quarante années qui la rendent contemporaine de celles de Fauré, Debussy, Stravinsky, Prokofiev, Bartók ou Gershwin. La grande majorité de ses œuvres a intégré le répertoire de concert. Parmi celles-ci le ballet symphonique Daphnis et Chloé (1909-1912), le Boléro (1928), les deux concertos pour piano et orchestre pour la main gauche (1929-1930) et en sol majeur (1929-1931) et l’orchestration des Tableaux d'une exposition de Moussorgski (1922) sont celles qui ont le plus contribué à sa renommée internationale. Reconnu comme un maître de l’orchestration et un artisan perfectionniste, cet homme à la personnalité complexe ne s'est jamais départi d'une sensibilité et d'une expressivité qui, selon Le Robert, lui firent évoquer dans son œuvre à la fois « les jeux les plus subtils de l’intelligence » et « les épanchements les plus secrets du cœur ».

Biographie 1875 - 1900 : l’apprentissage Une enfance heureuse vignette|redresse|gauche|Joseph Ravel et Marie Delouart, détail, respectivement peints par Marcellin Desboutin et Édouard John Ravel.|alt=2 portraits, d’un homme barbu à gauche et d'une femme avec chignon à droite.|208x208px gauche|vignette|redresse|Maison natale à Ciboure.

Maurice Ravel naît le , dans la maison Estebania, quai de la Nivelle à Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz, dans les Basses-Pyrénées. Son père, Joseph Ravel (1832–1908), d'ascendance suisse et savoyarde, est un ingénieur renommé qui travaille notamment à la construction de lignes de chemin de fer et dans l'industrie automobile et étend les recherches d'Étienne Lenoir sur les moteurs à explosion. Sa mère, née Marie Delouart (1840–1917), femme au foyer après avoir été modiste, est née à Ciboure d'une famille établie dans ce village depuis au moins le . Son frère Édouard (1878–1960) est ingénieur. Maurice entretiendra toute sa vie de forts liens affectifs avec lui. En , la famille Ravel se fixe définitivement à Paris. La légende qui veut que l’influence de l’Espagne sur l’imaginaire musical de Maurice Ravel soit liée à ses origines basques est donc exagérée, d’autant que le musicien ne retourne pas au Pays basque avant l’âge de vingt-cinq ans. En revanche, il revient par la suite régulièrement à Saint-Jean-de-Luz et ses environs pour y passer des vacances ou travailler.

L’enfance de Ravel est heureuse. Ses parents, attentionnés et cultivés, familiers des milieux artistiques, savent très tôt éveiller son don musical et encourager ses premiers pas. Maurice commence l’étude du piano à l’âge de six ans sous la férule du compositeur Henry Ghys (1839-1908) et reçoit en 1887 ses premiers cours de composition de Charles-René . Le climat artistique et musical prodigieusement fécond de Paris à la fin du ne peut que convenir à l’épanouissement de l'enfant qui, cependant, au désespoir de ses parents et de ses professeurs, reconnaît plus tard avoir joint à ses nombreuses dispositions . Dans son Esquisse autobiographique, le compositeur note : « Tout enfant, j’étais sensible à la musique . Mon père, beaucoup plus instruit dans cet art que ne le sont la plupart des amateurs, sut développer mes goûts et de bonne heure stimuler mon zèle ».

Un avenir prometteur vignette|La classe de Charles de Bériot au Conservatoire de Paris, vers 1895. Ravel se tient à l'extrême-gauche ; Viñes est quatrième en partant de la droite.|alt=Vue en noir et blanc de et une femme debout derrière un piano devant lequel sont assis .

Entré au Conservatoire de Paris en , Ravel est l'élève de Charles de Bériot et se lie d'amitié avec le pianiste espagnol Ricardo Viñes, qui devient l’interprète attitré de ses meilleures œuvres et avec qui il rejoint plus tard le cercle des Apacheslire en ligne. Enthousiasmé par la musique de Chabrier et de Satie, admirateur de Mozart, Saint-Saëns, Debussy et du Groupe des Cinq, influencé par la lecture de Baudelaire, Poe, Condillac, Villiers de L'Isle-Adam et surtout de Mallarmé, Ravel manifeste précocement un caractère affirmé et un esprit musical très indépendant. Ses premières compositions, particulièrement Ballade de la reine morte d'aimer (1893), Sérénade grotesque (1893), Menuet antique (1895), ou les deux Sites auriculaires (1895 et 1897) en témoignent : elles sont déjà empreintes d'une personnalité et d’une maîtrise telles que son style ne change que peu par la suite.

En , Ravel entre dans la classe de contrepoint d'André Gedalge, et Gabriel Fauré devient son professeur de composition ; deux maîtres dont il reçoit l'enseignement avec comme condisciple Georges Enesco. Fauré juge le compositeur avec bienveillance, saluant un et une Rapport scolaire de Fauré sur Ravel, .. Les deux artistes entretiendront toute leur vie une grande estime l'un pour l'autre. Fauré introduit son élève dans le salon de madame de Saint-MarceauxMarguerite de Saint-Marceaux, Journal, introduction de Myriam Chimènes, p. 45, qui aime découvrir de jeunes talents et chez laquelle il joue régulièrement ses œuvres, dont certaines en première audition privéeMarguerite de Saint-Marceaux, Journal, p. 171, 325, 374, 534 (il chante !), 537, 583, 827, 1095, 1254. À la fin de ses études, Ravel compose une ouverture symphonique pour un projet d'opéra baptisé Shéhérazade , et la célèbre Pavane pour une infante défunte qui reste une de ses œuvres les plus jouées, même si son auteur ne l'estimait pas beaucoup.

À la veille du , le jeune Ravel était déjà un compositeur reconnu. Pourtant, son accession à la célébrité n’allait pas être chose aisée. L’audace de ses compositions et son admiration proclamée pour les « affranchis » Chabrier et Satie allaient lui valoir bien des inimitiés parmi le cercle des traditionalistes.

1900 - 1918 : la grande période vignette|upright|Maurice Ravel en 1907 (cliché Pierre Petit).|alt=Photo noir et blanc en buste d’un homme barbu et moustachu portant veste et cravate. vignette|upright|Portrait de Maurice Ravel, 1928, eau-forte par Marcel Amiguet.|alt=Portrait de Maurice Ravel par Marcel Amiguet Prix de Rome : « l'affaire Ravel » Le compositeur essuie ainsi cinq échecs au prix de Rome sur fond de querelle entre académisme et tendances avant-gardistes. Éliminé au concours d'essai en 1900, Ravel n'obtient qu'un deuxième Second Grand prix en 1901. (derrière André Caplet et Gabriel Dupont) pour sa cantate Myrrha inspirée du Sardanapale de Lord Byron, malgré les éloges de Saint-Saëns selon qui le compositeur parait Lettre de Camille Saint-Saëns à Charles Lecocq, .. C'est la seule récompense obtenue par Ravel, qui échoue de nouveau en 1902 (cantate Alcyone d'après Les Métamorphoses d'Ovide) et en 1903 (cantate Alyssa sur un texte de Marguerite Coiffier) avant d'être rejeté dès l'épreuve préparatoire en 1905, son âge lui interdisant toute tentative ultérieure. Ce dernier échec pose ouvertement la question de l'impartialité du jury où siège Charles Lenepveu, professeur des six concurrents admis en loge, et suscite, par-delà le cercle de ses premiers défenseurs, un courant d'indignation en faveur de Ravel. La nomination de Gabriel Fauré à la direction du Conservatoire de Paris en , en remplacement de Théodore Dubois, démissionnaire, ouvre la voie à une lente réforme du prix de Rome.. Ce que certains périodiques appellent « l’affaire Ravel » contribue à faire connaître le nom du musicien.

Premiers chefs-d’œuvre Ses déboires au prix de Rome n'empêchent pas Ravel d'affirmer dès 1901 sa personnalité musicale avec les Jeux d’eau pour piano, pièce d'inspiration lisztienne qui, la première, lui vaut l'étiquette de musicien impressionniste. Très tôt et longtemps dans sa carrière, Ravel est comparé à Debussy . avec une insistance qui veut le faire passer pour un imitateur, puis, rapidement, pour un rival. Si l'influence de Debussy n'est jamais démentie par Ravel, elle ne reste pas à sens unique. Certains critiques musicaux aidant, en particulier Pierre Lalo du Temps, l'un des plus farouches adversaires de la musique de Ravel, ces trajectoires communes tournent assez vite au duel à distance et sont mal ressenties par l'auteur de La Mer. Debussy et Ravel ne se fréquentent pas et leur relation, d'abord cordiale, devient très distante à partir de 1905. Jusqu'à la fin de sa vie, Ravel ne manqua jamais de rappeler combien il estimait Debussy.

Dès cette époque s'affirment les traits ravéliens les plus caractéristiques : goût pour les sonorités hispaniques et orientales, pour l’exotisme et le fantastique, perfectionnisme, raffinement mélodique, virtuosité du piano. À la période particulièrement féconde qui s’étend de 1901 à 1908 appartiennent notamment le Quatuor à cordes en fa majeur (1902), les mélodies de Shéhérazade sur des poèmes de Tristan Klingsor (1904), les Miroirs et la Sonatine pour piano et l'Introduction et allegro pour harpe (1905), les Histoires naturelles d'après Jules Renard (1906), la Rapsodie espagnole (1908), la suite pour piano Ma mère l'Oye (1908) que Ravel dédie aux enfants de ses amis Ida et Cipa GodebskiXavier-Cyprien (dit Cipa) et Ida Godebski, fille de Franciszek Kasparek, polonaise installée à Paris, comptèrent parmi les plus fidèles amis de Ravel et firent office pour lui de famille d'adoption. Il est vrai qu'ils habitaient rue d'Athènes, en face de son hôtel. Il leur dédia la Sonatine et les deux A la manière de. À leurs enfants Jean et Mimi, qu'il traitait comme ses filleuls, il dédia les Contes de ma mère l'Oye, qu'ils avaient été chargés de créer, mais la difficulté de l'œuvre les fit renoncer. Cipa était le fils du sculpteur Cyprian Godebski et le frère de Misia Sert, la future dédicataire de La Valse.Philippe Champy, Les Blacque-Belair, p. 91, puis son grand chef-d’œuvre pianistique, Gaspard de la nuit (1908), inspiré du recueil homonyme d’Aloysius Bertrand.

Succès et déceptions thumb|right|Évocation symphonique de la Grèce antique, le ballet Daphnis et Chloé est l’œuvre la plus longue écrite par Ravel. Créée le dans des décors conçus par Léon Bakst, la postérité en a consacré deux fragments sous forme de suites.|alt=Peinture représentant un paysage planté de cyprès foncés sur fond ocre.

En , Ravel se rend à Londres chez Ralph Vaughan Williams à l’occasion d'une tournée de concerts à l’étranger. Il peut à cette occasion découvrir qu’il est déjà connu et apprécié outre-Manche. Il fonde en 1910, avec notamment Charles Koechlin, Gabriel Fauré et Florent Schmitt, la Société musicale indépendante (SMI) pour promouvoir la musique contemporaine, par opposition à la Société nationale de musique, plus conservatrice, alors présidée par Vincent d’Indy et liée à la Schola Cantorum. Dirigée à ses débuts par Gabriel Fauré, la SMI est très active jusqu'au milieu des , donne en première audition un grand nombre des œuvres de Ravel et contribue à faire connaître la musique de la jeune école française et celle de compositeurs d'avant-garde alors peu diffusés en France : Ravel y invite notamment le jeune Béla Bartók. Vers la même époque, en 1911, Ravel participe à la création de la Société Chopin, sur l'initiative de son ami le musicologue Édouard Ganche.