Les affaires Luc Tangorre sont des affaires criminelles françaises médiatisées pour lesquelles Luc Tangorre, né en 1959 à Saint-Étienne, est condamné une première fois en 1983 à quinze ans de réclusion criminelle pour dix agressions sexuelles et viols sur les dix-sept qui ont été commis à Marseille à cette époque, il bénéficie d'un non-lieu pour six autres et est acquitté pour une dernière.

En 1982, un comité de soutien se constitue en faveur de Luc Tangorre, puis se mobilise pour obtenir la révision de son procès. Il compte des intellectuels et des personnalités politiques françaises, parmi lesquels l'écrivaine Marguerite Duras, l'historien Pierre Vidal-Naquet, Albin Chalandon, et le parlementaire Dominique Baudis. Grâce à leurs actions, Luc Tangorre est gracié partiellement, en 1987, par François Mitterrand, président de la République française. Cette grâce présidentielle, ainsi qu'une libération conditionnelle favorisée par le garde des Sceaux Albin Chalandon, entraînent sa sortie de prison.

Le viol de deux étudiantes américaines vaut à Tangorre une nouvelle incarcération en 1988. Quatre ans plus tard, la cour d'assises de Nîmes le condamne à dix-huit ans de réclusion criminelle avec circonstances atténuantes. Il n'a jamais reconnu les faits. Après cette deuxième condamnation, Pierre Vidal-Naquet présente ses excuses au nom du comité de soutien.

Luc Tangorre est placé en garde à vue en 2014 pour une agression sexuelle sur mineure de quinze ans au Grau-du-Roi. Deux autres mineures portent plainte pour des faits similaires, la première un mois après avoir reconnu sa photo sur un article de presse, la seconde onze mois après. Il est condamné pour ces faits en 2019, par le tribunal correctionnel de Nîmes, à trois ans et demi de prison ferme. Il ne fait pas appel de sa condamnation, tout en continuant à nier les faits qui lui sont reprochés.

En 2017, il est de nouveau placé en garde à vue puis incarcéré pour avoir été reconnu sur présentation de photos par une adolescente âgée de quatorze ans qui l'accuse de tentative de corruption de mineur. Toutefois deux autres témoins de cette tentative ne le reconnaissent pas. Dans cette affaire, il est relaxé par le tribunal judiciaire de Lyon en 2020.

Première affaire Viols à Marseille Le , Sylviane, une femme de , rentre chez elle à dans le de Marseille ; elle ferme son véhicule, fait quelques pas en direction de son domicile lorsqu'elle aperçoit un homme étrange qui aussitôt la menace d’une arme et l'oblige à remonter dans le véhicule avec lui. Sous la menace de ce qui se révèle être un revolver factice, Sylviane prend sa voiture et se dirige dans les rues de Marseille avec son ravisseur puis s'arrête dans un chemin à la demande de ce dernier. Là, l'homme la viole puis l'oblige à le ramener à la hauteur d'une résidence où se trouve, paraît-il, son vélomoteur...

Sylviane rentre chez elle et le lendemain, vient déposer plainte au commissariat de Marseille pour viol. Elle brosse un portrait-robot de son violeur (âgé de , portant des tennis blanches et un blouson de couleur sombre) et apprend dans le même temps qu'elle n'est pas la seule à avoir déposé plainte : en effet, entre fin 1979 et , neuf autres jeunes femmes sont venues porter plainte pour agression sexuelle ou pour viol (ces agressions étant commises dans les et de Marseille). Le soir même, une autre agression a lieu à Marseille, puis une autre encore une semaine plus tardJacques Pradel, « L'affaire Luc Tangorre », émission L'Heure du crime, RTL, ...

Arrestation de Luc Tangorre Le , vers , une patrouille de gardiens de la paix de Marseille intercepte un homme correspondant au portrait robot brossé par Sylviane et au comportement qu'ils estiment suspect. Ils l'interpellent pour un contrôle d'identité : l'individu s'appelle Luc Tangorre, est âgé de 22 ans, est étudiant en sport, possède une 2CV et déclare attendre une connaissance. Les policiers le fouillent et trouvent sur lui un couteau de cuisine emballé. Ils l'emmènent immédiatement au commissariat, où il est interrogé.. Il y passe la nuit et le lendemain matin Sylviane vient au poste de police pour l'identifier. Après avoir cru reconnaître un homme sur montage photo le , une douzaine de jours plus tard derrière une glace sans tain, parmi les principales personnes qu'on lui présente, Sylviane déclare à propos de Luc Tangorre : .

Les autres femmes agressées viennent aussi au commissariat et certaines d'entre elles reconnaissent formellement Luc Tangorre tandis que d'autres hésitent ou ne le reconnaissent pas comme étant leur agresseur. Luc Tangorre nie tout en bloc et déclare que parmi la liste de suspects, il était le seul à être âgé entre 20 et , qu'il était le seul à porter des tennis blanches et le seul à mesurer moins d'. Pour lui, on a fabriqué un coupable.

Les policiers opèrent le lendemain une perquisition dans le studio de Luc Tangorre et y découvrent un revolver factice recelant une fine pellicule de terre séchée, un vélomoteur et un imperméable kaki auréolé de taches suspectes. Les policiers font analyser ces taches qui se révèlent être de la vaseline.. Ils se rendent ensuite aux abords du monument aux morts du parking de Morgiou où le violeur a agressé Béatrice et Dominique en et pour prélever des échantillons de terre afin de les comparer à ceux retrouvés sur le jouet découvert chez Tangorre. Par ailleurs, une des victimes a déclaré que le violeur avait déposé son arme à terre avant de la violer et plusieurs victimes témoignent qu'il sortait de sa poche une petite boîte contenant de la vaseline.

Quelques semaines plus tard, les experts expliquent du premier échantillon prélevé qu'il constitue et du second qu'il diffère de l'échantillon de comparaison. Une polémique sur le choix du baryum s'instaurera dès lors que le plastique du jouet est précisément constitué lui-même de baryum, d'autant plus que les prélèvements ne s'effectueront pas sur les lieux du viol d'Aline. Par ailleurs, les taches sur le blouson de Tangorre s'avèrent avoir et l'une des victimes avait déclaré que le violeur avait utilisé, pour la violer, tout en précisant, après l'arrestation de Luc Tangorre, que . À la suite des identifications de certaines des femmes agressées et aux éléments à charge retenus contre Luc Tangorre, celui-ci est écroué au centre pénitentiaire de Marseille.. Quand les amis et la famille apprennent ce qui arrive à Luc, personne n'y croit : tout le monde le décrit comme quelqu'un de simple, gentil et attentionné ; pour eux, il ne peut pas être un violeur. Le , Luc Tangorre entame une grève de la faim : un comité de soutien voit le jour le de la même année. L'affaire devient si médiatisée que même des intellectuels se mettent à défendre Luc Tangorre, parmi lesquels l'historien Pierre Vidal-NaquetFrançois Dosse, 30. En quête de grandes causes controversées, Pierre Vidal-Naquet, une vie, 2020, pages 513 à 532, les écrivains Gilles Perrault, Marguerite Duras et Françoise Sagan et les hommes politiques Albin Chalandon, Jean-Claude Gaudin ou Dominique Baudis.

Premier procès Sur les dix-sept agressions reprochées à Luc Tangorre et commises entre le et le , six accusations font l'objet d'un non-lieu avant l'ouverture du procès.

Le , le procès de Luc Tangorre s'ouvre devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence. Ce dernier ainsi que ses amis et sa famille croient avec fermeté à l'acquittement. La défense de l'accusé est assurée par Anne et Jean Dissler, François Chevallier et Paul Lombard.. Cinq victimes, sur les onze faits retenus, témoigneront finalement devant la Cour d'assises. Leur témoignage pèse lourd. Luc Tangorre se défend en présentant des alibis peu corroborés ou émanant de son entourage : entre autres le soir de l'agression de Sylviane, il était hospitalisé. De même, il affirme qu'il était avec des amis le soir de plusieurs autres agressions..

Le verdict du procès de Luc Tangorre tombe le : il est condamné, avec circonstances atténuantes, à quinze ans de réclusion criminelle pour six agressions sexuelles et quatre viols« Luc Tangorre, innocent à tout prix », réalisé par Bernard Faroux et présenté par Christophe Hondelatte, Faites entrer l'accusé, France 2, .. Il est acquitté pour une agression sexuelle remontant à 1979. Lui ainsi que tout son entourage crient au scandale de l'erreur judiciaire. Une grande partie de la presse n'est pas convaincue non plus, un grand quotidien marseillais explique dans ses colonnes : .

Le , son pourvoi en cassation est rejetéCour de cassation, Chambre criminelle, rejet du pourvoi, ..

Incarcération et grâce présidentielle De à , Luc Tangorre est incarcéré au centre de détention de Muret où il multiplie avec l'aide de ses parents les tentatives de révision de son procès. La demande de révision s'appuie sur une contre-expertise de la terre qui remet en cause les conclusions des premiers experts. Des rumeurs circulent : sa famille financerait cette contre-expertise et son frère aurait fait un témoignage tardif pour justifier les traces du produit qui alors qu'un témoin avait largement expliqué l'origine des taches lipidiques observées sur l'imperméable dès le début de l'instruction. Ces contre-expertises annihilent les conclusions des premières au motif de . La requête est rejetée le . Le , après le rejet du pourvoi dans l'intérêt de la loiCour de cassation, Chambre criminelle, 09 octobre 1986, 85-92520 (le ), Luc Tangorre et sa famille obtiennent une grâce présidentielle de François Mitterrand, mais seulement partielle, qui réduit sa peine de quatre années. Cette grâce partielle fait suite aux actions du comité de soutien qui s'est constitué pour obtenir des actes d'instruction supplémentaires puis la révision de sa condamnation, faisant valoir que l'accusation ne repose que sur des reconnaissances (tapissages notamment) obtenues dans des conditions contestables et que ses différents alibis n'ont pas été pris en compte.

Le , après avoir purgé de détention (presque sept ans), Luc Tangorre obtient d'Albin Chalandon une libération conditionnelle. Une cohorte de journalistes est présente à sa sortie de prison le , tendant leur micro : il fait une déclaration pour signifier la poursuite de son combat. Ensuite, il déménage pour habiter Lyon et ouvre un bureau de tabac.

Récidive Viol de deux étudiantes américaines Venues de Paris en stop sur la Côte d'Azur pour cette fin de semaine des 21 et , Jennifer Mac Luney et Carol Ackermann, vingt et vingt et un ans, étudiantes américaines à Paris, se rendent à Marseille dans un premier temps puis, dans un second temps, à la plage des Sablettes à La Seyne-sur-Mer. Le , elles refont de l'auto-stop pour regagner la capitale où elles suivent des cours de perfectionnement de français dans un collège américain. Elles se postent à la sortie de Marseille où un conducteur en 4L, âgé d'une trentaine d'années, brun et sympathique, leur propose de les amener à Lyon. Peu avant Nîmes, l'individu prétend vouloir aller cueillir des cerises pour dévier de l’itinéraire annoncé et stopper sa 4L vert pomme dans une cerisaie isolée située à quelque trois kilomètres de Nîmes. Là, sous la menace d'une arme, il les viole longuement puis les sodomise en utilisant de l'huile de moteur pour se faciliter la tâche. Il les abandonne non sans leur avoir donné cent francs pour prendre un taxi car « les routes ne sont pas sûres ». Après 35 minutes de marche à travers champs, elles gagnent une borne d'autoroute d'où elles appellent la police pour signaler qu'elles ont été victimes de viol..

Enquête