Le haras national de Lamballe est l'un des cinq pôles équestres de la région française Bretagne. À l'origine, c'est un dépôt d'étalons royaux, créé à l'automne 1783 dans l'unique écurie d'une caserne de la ville de Lamballe. Supprimé en 1790, brièvement recréé en 1825, ce haras national trouve sa forme définitive à partir de 1842, avec pour fonction de mettre des étalons reproducteurs à la disposition des propriétaires des poulinières de sa circonscription. De nombreux travaux d'agrandissement jusqu'au début du permettent la construction de onze nouvelles écuries qui hébergent alors jusqu'à 350 étalons de toutes races. Le haras national joue un rôle majeur dans le développement de la race du Norfolk-Breton, futur Postier breton, en important des étalons Trotteur Norfolk depuis l'Angleterre. Il est également à l'origine du succès de l'étalon demi-Ardennais Naous, l'un des étalons fondateurs de la race du Trait breton.

Au début du , le haras national de Lamballe passe sous gestion d'un syndicat mixte et perd ses anciennes fonctions d'étalonnage public. Il se tourne alors vers le tourisme et la préservation du cheval Breton. Il accueille chaque année et . Avec ses bâtiments patrimoniaux classés, il dispose notamment d'une sellerie d'honneur réputée et d'une collection de 22 véhicules hippomobiles. Il organise de nombreuses manifestations, dont le concours national du cheval Breton, ainsi que le plus grand festival équestre de Bretagne chaque année au mois de septembre, les Mille Sabots.

Histoire thumb|left|Bâtiments administratifs du haras national de Lamballe, établis dans l'écurie , vus depuis l’entrée ouest. Le haras national de Lamballe est l'un des berceaux de la race du Postier breton, autrefois dénommé Norfolk-Breton. Les archives de ce haras, entre les années 1864 et 2016, occupaient linéaires, mais seuls linéaires ont été conservés à la suite d'un travail d'archivage terminé en .

Dépôts d'étalons de Lamballe

Premier dépôt, 1780-1790 Un dépôt d'étalons temporaire existait déjà à Lamballe en 1780, hébergeant 19 chevaux, dont 7 bidets bretons. La création du haras remonte à un dépôt d'étalons royaux initié en 1783, à la suite d'un rapport de l'Académie d'agriculture de Rennes. Ce dépôt est créé à l'automne, dans une écurie de la caserne Saint-Martin de Lamballe, en s'acquittant d'un prix de location annuel de 240 livres, et en embauchant deux palefreniers et un maître-maréchal pour les huit étalons royaux accueillis. Quatre nouveaux étalons arrivent en , puis deux sont transférés depuis l'évêché de Saint-Malo. Un vétérinaire formé à Alfort est appointé en 1785. Ce dépôt d'étalons est supprimé en 1790, comme le sont tous les autres haras et dépôts royaux.

Tentatives de restauration du dépôt Le dépôt est progressivement restauré sous l'Empire. Le , le préfet reçoit l'ordre de faire visiter le couvent des Ursulines et des Augustines de sa ville, puis le , le couvent Sainte-Catherine : aucun de ces lieux n'est retenu pour y établir un dépôt d'étalons. Le , le ministre écrit que les frais d'installation sont trop importants pour établir un dépôt d'étalons à Lamballe.

En 1814, les étalons restants sont expulsés de la caserne pour pouvoir y parquer des prisonniers de guerre.. En 1819, le maire de Lamballe, Louis Colas de La Baronnais, signale que des marchands de chevaux d'origine étrangère achètent les meilleurs animaux de la commune aux éleveurs ; il réclame de nouveau un dépôt d'étalons en 1818 et 1819. L'année suivante, six étalons sont envoyés par l'administration des haras dans la commune de Lamballe, chez l'aubergiste Lagadec. Ce dernier se fait prendre à faire saillir ses propres chevaux au détriment de ceux qui lui ont été confiés, et ne pas pratiquer les prix réglementaires. Le maire propose alors d’héberger ces étalons dans la caserne Saint-Martin.

Second dépôt, 1825-1833 En 1825, l'essai de création d'un haras véritable n'aboutit pas. Le maire de Lamballe réclame l'établissement d'un dépôt d'étalons dans sa ville, en faisant adopter un vœu par le conseil d'arrondissement de Dinan. Une ordonnance royale du , relative à la réorganisation des haras nationaux, ordonne le rachat de la caserne Saint-Martin (alors propriété de M. Micault de Mainville) par la ville de Lamballe ; la ville et le département contribuent ensuite financièrement aux travaux d'installation. M. Gravé de la Rive est nommé chef du dépôt, puis rapidement remplacé par M. Thiery fin 1828, lequel est remplacé par M. de Coëtquen des Ormeaux de Coëtdihuël. M. de Salinis dirige le dépôt de 1831 jusqu'à sa fermeture, en 1833. Quatre étalons sont acquis entre 1826 et 1830. La commission équestre des Côtes-du-Nord, réunie en , souligne la bonne qualité des juments poulinières du département, et demande des crédits à Lamballe pour pouvoir acheter les meilleurs étalons locaux avant leur vente dans le commerce. Cependant, l'ouverture du haras national de Langonnet fait juger la création d'un dépôt d'étalons à Lamballe comme inutile. Le dépôt est supprimé administrativement pour raisons budgétaires en 1833. Une lettre du préfet datée du ordonne le transfert du matériel et des chevaux vers Langonnet. Les frais d'aménagement engagés sont perdus, et les quatre étalons transférés à Langonnet. Le dépôt est officiellement fermé en 1834, après huit années d'exercice et quatre directeurs différents. Cela entraîne des protestations, notamment dans le Journal des Haras. La fermeture du dépôt est notée dans le registre de la commission équestre des Côtes-du-Nord comme une . De nombreuses réclamations d'éleveurs arrivent au préfet et au conseil général, le rattachement des activités d'élevage équin à Langonnet pour tout le département des Côtes-du-Nord amenant de grandes perturbations. En , le préfet transmet ces plaintes au ministre, déplorant les frais engagés par la ville et le département, en vain. En 1836, le conseil général demande le rétablissement du dépôt d'étalons de Lamballe.

Création définitive du haras Dans un contexte d'opposition entre l'administration militaire et celle des haras, le , une ordonnance royale divise la gestion des activités des haras nationaux dans l'ancienne province de Bretagne en deux parties : les départements des Côtes-du-Nord et de l’Ille-et-Vilaine échoient au haras de Lamballe, alors créé sous sa forme définitive.

Il ne dispose à l'époque que d'une écurie. Une seconde, de même taille, est mise en construction la même année. Ce haras public a la charge théorique des poulinières réparties dans ces deux départements, une bonne partie étant mises à la reproduction avec des étalons privés. Le haras est brièvement dirigé par M. Paulin de Thélin, lequel parvient à y générer des revenus importants, malgré le coût des travaux qui a endetté la ville de Lamballe. Cette direction suscite des controverses en raison de sa parenté avec Achille de Montendre, et du contexte de lutte entre l'administration des haras et celle des remontes militaires. Il s'ensuit de nombreuses vicissitudes et de fréquents changements de direction entre 1842 et 1852.

En 1842, ce haras accueille le premier étalon trotteur Norfolk de Bretagne, Sir Henry Dimsdale, qui se reproduit une année avant d'être transféré au haras national de Saint-Lô. Le haras héberge aussi, à cette époque, des diligenciers Percheron, et des étalons de selle militaires de type Pur-sang, Arabe, et Anglo-normand. En 1844, il compte 35 étalons, dont 7 Pur-sangs. Un incident est rapporté en 1852, à l'occasion de la visite de l'inspecteur général des remontes, le général des Carrières, qui déclare que les chevaux du Midi (Arabe et Barbe) conviennent mieux aux haras et station du sud de la France. Le maire de Lamballe en rend compte au préfet, qui fait remonter au ministre le souhait de garder des étalons Arabe et Barbe au haras de Lamballe.

En 1857, le haras national de Lamballe reçoit une courte visite de Napoléon III. En 1864, l'étalon trotteur Norfolk Flying Cloud est importé depuis l'Angleterre vers le haras de Lamballe ; il deviendra le père de Corlay, l'un des étalons les plus réputés qu'aient connu la Bretagne. Le découpage départemental est modifié en 1860, Lamballe recevant la charge du Nord du département du Finistère, le département d'Ille-et-Vilaine étant confié au haras national d'Hennebont. En 1865, un rapport de l'Administration des haras fait valoir que, sans vouloir proscrire l'élevage du cheval de gros trait, elle juge utile de remplacer les étalons de gros trait de Lamballe par des étalons Anglo-normands et Norfolk.

Consécutivement à la défaite de la France au terme de la guerre franco-allemande de 1870, le haras de Lamballe est agrandi via la construction des écuries à , ce qui permet l'hébergement de 350 étalons. Grâce à un bon accueil des éleveurs, Lamballe accroît ses importations d'étalons trotteur Norfolk depuis l'Angleterre, via le nord du Finistère. Les premières tentatives d'élevage du cheval d'artillerie par croisement avec le carrossier normand, visant à fournir des chevaux militaires après la défaite de 1870, sont en revanche un échec. Le , le directeur du haras de Lamballe M. Benéteau envoie un rapport au conseil départemental, dans lequel il déplore la des éleveurs locaux tournés vers le cheval de trait, et souhaite un développement de l'élevage de chevaux plus légers et rapides. À partir de 1885, la résistance des éleveurs à la politique d'élevage du haras devient importante.

Des années 1900 à 1950 thumb|Stations de reproduction des haras nationaux dans les Côtes-du-Nord en 1927. Les activités d'élevage sont réorganisées en 1900 avec la nomination d'un nouveau directeur, M. Dupont-Auberville. Le haras subit aussi un incendie cette même année, détruisant une partie de ses archives. : plus aucune statistique n'est disponible entre 1870 et 1900. La nomination d'un inspecteur des haras d'origine bretonne, M. Auguste Ollivier, et la position de M. Dupont-Auberville comme directeur à Lamballe, permettent un soutien à l'élevage du cheval de traction. Il amène à Lamballe un étalon Norfolk réputé, du nom de Denmark Vigorous. Il travaille avec M. de Robien pour créer des concours-épreuve de chevaux d'artillerie attelés, en 1909.

Avant la Première Guerre mondiale, l'élevage du cheval de traction est devenu extrêmement prospère. Le conflit décime les chevaux concernés, mais encourage parallèlement aux activités d'élevage. Durant cette guerre, les étalons de Lamballe sont très fortement sollicités pour espérer reconstituer des effectifs de chevaux militaires. En 1917, la circonscription du haras de Lamballe compte et nationaux, pour privés. Durant l'entre-deux-guerres, la station de Corlay, gérée par Lamballe, s'oriente vers l’élevage du galopeur, tandis que la race bretonne élevée à Lamballe tend vers l'alourdissement par croisement avec l'Ardennais, tout en conservant les allures héritées du trotteur Norfolk. En 1927, le haras national de Lamballe est le second haras de France comptant le plus grand nombre d'employés, avec 127 sous-agents. En 1928, il héberge , dont 324 de race bretonne. En 1938, le haras de Lamballe gagne subitement en réputation grâce à l'étalon Naous, arrivé à la station de Callac. Ce chef de race se reproduit durant . Juste avant la Seconde Guerre mondiale, le haras compte reproducteurs, dont une majorité de trait, pour les de sa circonscription. Le haras de Lamballe parvient à maintenir une activité d'élevage durant la seconde moitié du grâce à la reconversion des chevaux de trait dans la viande, et au développement de l'élevage des chevaux de course et de sport.

Des années 1950 à 2000 thumb|L'étalon national Rigolo de Feins, pendant une présentation au haras de Lamballe. Durant les années 1970, le directeur Jacques Lippens impulse une vague d'importations de poneys de race Connemara..