Le Cheval Mallet ou cheval Malet est un cheval fabuleux et maléfique mentionné dans le folklore français de la VendéeLégendes locales d'Angles sur Le site officiel de la ville d'Angles.., du Poitou., et du sud de la Bretagne en Loire-Atlantique dans le pays de Retz., près du lac de Grand-Lieu. Cet animal est réputé apparaître le soir ou au milieu de la nuit sous la forme d'un magnifique cheval blanc ou noir, proprement sellé et bridé, et tenter les voyageurs épuisés par un long voyage de monter sur son dos. Plusieurs légendes très semblables circulent à propos des imprudents qui chevauchent cette monture. Ils n'en reviennent jamais à moins de posséder sur eux la rançon du voyage, ou un charme de protection tel qu'une médaille de saint Benoît.
Le cheval Mallet est vu comme un instrument du Diable, voire une forme de Satan lui-même. Peut-être issu de Sleipnir et de la chasse sauvage, sa légende est très semblable à celle d'autres chevaux fabuleux tels que lou drapé ou la blanque jument.
Étymologie et terminologie Les formes de et se rencontrent, l'usage semble un peu hésitant entre nom propre et nom commun. Cependant, le est plus fréquemment mentionné comme étant un individu unique dans les légendesClaude Seignolle et Paul Sébillot l'écrivent avec une majuscule., portant un nom propre.
Le nom de , et par corruption , pourrait être issu de mail qui signifie ou dans les anciennes langues celtiques.. En prenant le mot par des racines bretonnes, langue celtique, on trouve Marc'h Klet, soit le cheval (marc'h) confortable (klet). Un cheval sellé et bridé est de fait plus confortable que monté à cru. Et cette tentation du voyage confortable scelle la perte de celui qui y cède. À l'oral, le "k" précédé du "c'h" devient muet, ce qui donne mar'let.
pourrait également être issu de mallier, signifiant en moyen français...
Description Le cheval Mallet se présente comme un magnifique cheval, généralement blanc, plus rarement noir (il serait blanc comme le brouillard en Vendée et noir en Saintonge..). Il est parfois décrit comme un cheval-fantôme, toujours mauvais ou maudit, qui apparaît soigneusement sellé et bridé, parfois le soir, et le plus souvent au milieu de la nuit, face à un voyageur fatigué par une longue route. Il représente alors une tentation pour celui-ci. Si le voyageur enfourche cette monture, sa chevauchée se termine au matin par sa mort. Le cavalier est jeté à terre, et meurt généralement sur le coup... Il peut être piétiné à mort par sa monture, jeté dans un précipice ou dans une fontaine., voire dans tout type de point d'eau. Des traces de sabot peuvent être retrouvées à côté du corps.
Selon Claude Seignolle et Édouard Brasey, les yeux du cheval Mallet émettent une lueur qui éclaire son chemin lorsqu'il galope. Il n'y aurait qu'un moyen d'arrêter cet animal, . Jeter six pièces de monnaie marquées d'une croix devant lui pourrait le stopper, tout comme effectuer un signe de croix, et utiliser de l'eau bénite ou un sou marqué. Une médaille de saint Benoît (dite ) serait la seule protection efficace qui permette d'en prendre le contrôle pendant une nuit.
Cet animal fantastique et maléfique des légendes .
Mentions C'est surtout dans l'ancienne région du Poitou, qui englobait les actuels départements de la Vienne, de la Vendée (où il était très connu.) et des Deux-Sèvres, et où s'étend le marais poitevin, que le cheval Mallet est mentionné. De nombreuses légendes y font en particulier référence autour du lac de Grand-Lieu. Il serait également connu dans la Manche, par la légende du moine de Saire. Des légendes locales liées au cheval Mallet auraient, logiquement, dû être présentes dans le département des Deux-Sèvres, mais il n'en reste aucune survivance..
Le Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis mentionne en 1868 le comme
thumb|right|Selon Claude Seignolle, le cheval Mallet apparaît la nuit, sous la forme d'un beau cheval noir sellé et bridé. Claude Seignolle consigna la légende poitevine du cheval Mallet dans ses Contes, récits et légendes des pays de France au milieu du . Il y décrivit l'animal comme . Lorsque cet animal croise un voyageur isolé, il se penche vers lui et se fait doux et caressant, afin de tenter ce dernier, généralement fatigué, de monter en selle. Lorsque le voyageur est sur le dos de l'animal, , celui-ci se met à galoper , à une vitesse inimaginable, telle que ses pieds ne toucheraient plus la terre. Claude Seignolle précise aussi que et que . Aucun obstacle ne peut arrêter le cheval Mallet, il franchirait facilement les rivières et serait si rapide que son passage produirait une bourrasque qui . Le cavalier qui voudrait l'arrêter demeure impuissant et voit , à tel point qu'il parcourrait l'univers entier de cette façon durant la nuit, sans que sa monture ne se fatigue. Lorsque le matin approche, le cheval se débarrasse de son cavalier en le jetant à terre où il se brise les reins et le cou.
Claude Seignolle cite la morale de la légende comme telle : .
Plusieurs ouvrages évoquent rapidement le cheval Mallet comme un cheval noir légendaire du Poitou et des Charentes, avec les yeux brillants comme deux braises, qui se promène harnaché la nuit.., parfois uniquement durant les nuits sans lune..
Autour du lac de Grand-Lieu thumb|right|Vue aérienne du lac de Grand-Lieu, autour duquel le cheval Mallet était censé se promener
La légende connaît quelques variantes locales et semble étendue à toute la région du lac de Grand-Lieu — autour duquel le cheval était censé se promener. — dans tout le pays de Retz. où ce cheval de couleur blanche qui semble ordinaire est rencontré au hasard de la route, généralement par des paysans et des voyageurs qui reviennent d'une longue veillée, et les tente en leur proposant de monter en selle, ou les y oblige. Lorsqu'ils sont sur son dos, le cheval Mallet part dans une course folle, . La chevauchée se termine toujours par la mort du cavalier. Le groupe Tri Yann s'est inspiré de cette légende pour écrire la chanson La ballade du cheval Mallet (Anniverscène, 1985), qu'il situe à Saint-Lumine-de-Coutais.
Les marais autour du lac de Grand-Lieu étaient réputés fournir d'excellents chevaux pour l'agriculture et l'armée, et être souvent fréquentés, la nuit, par les dames blanches qui tenaient des chandelles de cire allumées dont elles faisaient tomber des gouttes sur le toupet et le crin des chevaux, qu'elles peignaient et qu'elles tressaient ensuite fort proprement. Quelquefois, elles pénétraient même dans les écuries pour accomplir le même devoir.
À Saint-Benoist-sur-Mer thumb|left|La croix de saint Benoît ou , telle qu'elle figure sur l'une des faces des médailles de saint Benoît, est l'une des seules protections fiables contre le cheval Mallet thumb|right|Le , à l'extérieur de Saint-Benoist-sur-Mer, où les habitants venaient autrefois frotter du trèfle pour se protéger des périls comme le cheval Mallet.
À Saint-Benoist-sur-Mer, dans le sud de la Vendée, lorsque la nuit tombait sur le village, un cheval extraordinaire au pelage blanc et rutilant, sellé et bridé, apparaissait pour tenter les voyageurs nocturnes. Quiconque le montait se faisait aussitôt emporter au royaume des morts. La seule manière de s’en protéger consistait à porter une médaille de saint Benoît autour du cou, qui portait aussi le nom de « croix des Sorciers » et était réputée efficace contre les sorciers et démons, tout particulièrement contre le cheval Mallet puisqu'elle permettait à certains malins de dominer la bête pendant une nuit, les lettres (V. R. S. N. S. M. V. S. V. Q. L. I. V. B) qui figurent autour de la médaille et protègent des périls, sont censées signifier ceci :
Paul Sébillot décrit l'habitude des habitants de Saint-Benoist-sur-Mer, qui venaient chaque année en pèlerinage, au printemps, pour frotter une poignée de trèfles sur une pierre couchée à l'extérieur du village, dite « palet de Gargantua », pour se protéger de plusieurs périls comme le cheval Mallet Lire ce passage dans l'édition 2009 du livre.. Il s'agit d'une table de granit qui était autrefois un dolmen, et, selon la légende, le géant Gargantua s'amusa avec.
En 1862, un recueil de légendes vendéennes mentionne la mésaventure d'un coureur de cabaret et de veillée qui rencontra à Saint-Benoist-sur-Mer un palefroi très amical, un soir. L'animal plia les genoux pour permettre à son cavalier de bien se placer en selle, mais à peine celui-ci avait-il saisi les rênes qu'il se sentit emporté à une vitesse vertigineuse, à travers le marais, les plaines, les collines, les broussailles et les ruisseaux.
Un recueil de contes reprend la même histoire en 1978 mais mentionne qu'on ne revit plus jamais le cavalier, il cite aussi l'expression « c'est un vrai cheval Mallet » qui désignerait une personne intrépide et ardente dans la région..
Dans le même village, un homme qui croisa un cheval Mallet parvint à soumettre l'animal pour se faire emmener à Paris en faisant un grand signe de croix et en tenant la médaille de saint Benoît qu'il portait, avec l'incantation suivante :
À Saint-Philbert-du-Pont-Charrault
Claude Seignolle mentionne aussi un homme venu de Saint-Philbert-du-Pont-Charrault, qui fit un sur le dos d'un cheval Mallet et se retrouva à Paris au lever du jour, sans encombre grâce au sou marqué qu'il portait sur lui et qu'il utilisa pour payer le voyage. Il passa ensuite trois jours dans la capitale, qui comptèrent parmi les plus heureux de sa vie.
Dans la Vienne Claude Seignolle rapporte dans Les évangiles du Diable qu'il rencontra une paysanne près de Chauvigny, et qu'elle lui parla d'un blanc qui se rencontrait dans les bois, appuyé contre un arbre. Si quiconque le montait, il s'élançait vers la Vienne au grand galop, et noyait sa victime..
Avec la Chasse-gallery
D'après une chanson de la chasse-gallery consignée par Benjamin Fillon dans Poitou et Vendée, le cheval Mallet faisait partie du cortège accompagnant Gallery, ou Guillery, qui menait une chasse fantastique dont faisaient également partie la garache, l'aloubi, la grolle, la sorcière, le lutin, le feu-follet, le putois, le loup et un . Tout homme en état de péché mortel qui croisait cette chasse était jeté sur le cheval Mallet et son âme entraînée en enfer. Son corps était généralement retrouvé au petit matin, sur un chemin creux ou au milieu des landes., on retrouve le même type de légende dans la ballade allemande de Burger , où tout disparaît à l'aube.. C'est une tradition vendéenne.
« Pendant l'hiver, dans l'histoire de Guillery, à l'heure de minuit, l'air retentit tout à coup de bruits lointains qui se rapprochent peu à peu de la terre, et bientôt un chasseur inconnu, suivi de la foule immense des sombres habitants de la nuit, poursuit à travers les forêts, les marais et les plaines de neige, des monstres fantastiques ou d'invisibles ennemis. Alors, malheur à celui qui se trouve sur la route du fantôme : il est saisi au passage, monté sur le cheval Malet, et obligé de se mêler au cortège. Rien n'arrête cette course désordonnée ; mais lorsque le jour arrive, l'enfer ressaisit sa proie, et l'on trouve au coin de quelque carrefour un cadavre défiguré, objet de répulsion et d'effroi, destiné à devenir la pâture des loups. »
Origine et symbolique thumb|right|Sleipnir, le cheval à huit jambes d'Odin, pourrait être à l'origine de la légende du cheval Mallet