Le sound design, en français : « conception sonore », « design sonore » (rare) ou « illustration sonore » (rare), est l'art d'utiliser des éléments sonores afin d'obtenir un effet désiré. Il est employé dans différentes industries comme le cinéma, le théâtre, l'enregistrement et la musique, la réalisation de livres audio, le concert, le développement de jeux vidéo ou la publicité. Le sound design implique généralement la manipulation d'instruments ou de corps sonores.. La discipline recouvre à la fois des gestes artistiques (choix esthétiques, création d'identités sonores) et des compétences techniques (traitement du signal, spatialisation, synchronisation).

Un sound designer est une personne qui pratique l'art de la conception sonore. On emploie indifféremment les termes "sound designer", « concepteur sonore », ou dans le contexte du cinéma francophone, « bruiteur » pour les effets de Foley, bien que ces appellations ne soient pas exactement synonymes.

Le sound design se distingue de la composition musicale par son orientation vers l'objet sonore discret et le contexte d'usage, plutôt que vers la structure harmonique ou mélodique.

Histoire Le sound design et la musique sont présents dans toutes les civilisations préhistoriques et antiques ou de tradition orale.

Origines théâtrales Une grande partie de ce qui constitue aujourd'hui le théâtre moderne provient de la commedia dell'arte. La musique et les effets sonores y étaient utilisées pour mettre le spectacle en valeur. Plus tard, dans le théâtre élisabéthain, les troupes utilisaient des effets sonores qui venaient d'en dehors de la scène, comme des cloches, des sifflements, des cuivres… Ces effets étant intégrés au script afin d'être joués aux moments appropriésKaye, Deena and Lebrecht, James (1992), Sound and Music For The Theatre. Back Stage Books, an imprint of Watson-Guptill Publications ..

Le compositeur futuriste italien Luigi Russolo fabrique des machines sonores baptisées intonarumori (« joueur de bruits ») pour ses représentations musicales et théâtrales futuristes dès 1913. Son manifeste « L'art des Bruits » théorise notamment l'emploi du son-bruit, et demeure le premier document écrit sur l'utilisation de sons abstraits dans le théâtre.

La première utilisation d'un son enregistré au théâtre est peut-être celui d'un bébé en pleurs, joué sur un phonographe, dans un théâtre londonien en 1890Booth, Michael R. (1991), Theatre in the Victorian, Cambridge University Press .. En 1906, Beerbohm Tree utilise des sons enregistrés dans sa mise en scène de Nero, tragédie de Stephen Phillip : il s'agit d'un son de bugle, de grognements et de cris de douleurs, enregistrés pour l'occasion et reproduits par un gramophone pendant le jeu. En 1927, une pièce sur Raspoutine d'Alexis Tolstoï et mise en scène par Erwin Piscator diffusait un enregistrement de la voix de Lénine.

Pratiques au cinéma Les premières pratiques de conception sonore émergent avec le cinéma parlant à la fin des années 1920. L'avènement du son synchronisé dans Le Chanteur de jazz (1927, Alan Crosland) oblige les studio hollywoodiens à constituer des équipes spécialisées dans la gestion de l'audio à la post-production. Des pionniers commes Murray Spivack chez RKO développent alors des techniques empiriques de bruitage et de manipulation des niveaux sonores.

La pratique du Foley, mise au point Jack Donovan Foley chez Universal Pictures dans les années 1940, constitue une formalisation décisive : il s'agit de recréer en studio des sons synchrones à l'image (bruits de pas, froissements de tissus, manipulations d'objets) pour pallier les limitations des prises de son en direct.

C'est autour des années 1950, lorsque certains réalisateurs hollywoodiens commencent à mettre en scène des productions de Broadway, que le sound design commence à prendre une réelle ampleur. Il n'y avait jusqu'alors pas de sound designer pour les créations, la diffusion des enregistrements étant confiés au régisseur plateau assisté d'un électricien. En 1959 apparaît pour la première fois le terme de sound designer attribué à David Collison, aux côtés du régisseur lumière et du scénographe, sur l'affiche et dans le programme du Théâtre lyrique de Londres. Broadway suit quatre ans plus tard en donnant le titre de sound designer à Jack Mann pour son travail sur Show GirlIBDB: The official source for Broadway Information.

Essor électronique et studio Les années 1950-1970 voient une transformation profonde de la discipline sous l'influence de la musique concrète et de l'électroacoustique. Pierre Schaeffer et le Groupe de Recherches Musicales (GRM), fondé à Paris en 1958, élaborent un vocabulaire théorique, notamment pour la notion d'objet sonore et la typo-morphologie des sons, qui influencent directement la pensée du sound designer contemporain. vignette|Cours de maître donné par Ben Burtt (au centre) sur le sound design en 2017 dans les locaux de l'Université des sciences appliquées de Hambourg (HAW). Dans le même temps, le cinéma américain des années 1970 voit émerger des figures majeures. Ben Burtt, pour la franchise Star Wars à partir de 1977, impose un nouveau standard : créer des sons entièrement originaux à partir d'enregistrement du monde réel transformés par traitement analogique, donnant naissance à des icônes sonores comme le sabre laser ou R2-D2. Walter Murch, collaborateur de Francis Ford Coppola, développe quant à lui une réflexion théorique sur le rôle narratif du son au cinéma et est crédité parmi les premiers à avoir utilisé le titre de sound designer.

Ère numérique Durant les années 1980 et 1990, le MIDI et les technologies numériques contribuent à l'évolution rapide du sound design. Walt Disney utilise des systèmes de ce type pour contrôler l'image et le son dans ses parcs d'attraction (Disneyland). Ces fonctionnalités ont été intégrées dans le MIDI Show Control un protocole ouvert de communication utilisé pour interagir avec divers appareils. Le premier spectacle utilisant pleinement le cahier des charges MSC est le Magic Kingdom Parade de Walt Disney World's Magic Kingdom en .

L'introduction des stations de travail audionumériques (DAW) au cours des années 1990, puis leur généralisation avec des logiciels comme Nuendo, ProTools ou Reaper, démocratise radicalement les outils du sound design. Ils offrent plusieurs avantages : le traitement en temps réel, la manipulation non destructive et l'accès à des bibliothèques sonores volumineuses ; ce qui transforme à la fois les méthodes de travail et les profils professionnels. L'essor du jeu vidéo à partir des années 1990 crée par ailleurs une demande spécifique pour des sons interactifs et adaptatifs, donnant naissance à des middlewares audio spécialisés comme Wwise ou FMOD.

Composantes du sound design De nos jours, les techniques de sound design s’appuient essentiellement sur les avancées numériques, tant sur le plan de la captation que de la transformation du son.

Prise de son et field recording vignette|Les studios de bruitage sont équipés de tous les accessoires habituels - et inhabituels. L'enregistrement de Foley, souvent monophonique, se fait dans des studios spécifiques appelés « studio Foley », dit aussi « salle Foley ». Ces studios sont à l'image des ateliers d'artisans qui forment le son avec tout un tas d'objets, trouvés ou inventés, mis à leur disposition. On retrouve communément différents parterres (parquets, revêtements, béton, métal et surfaces granulaires), une variété d'habits et d'accessoires (paires de chaussures, vêtements, textiles en tout genre), des ustensiles de cuisine, parfois un réservoir d'eau et bien d'autres. vignette|300x300px|Deux individus lors d'un enregistrement sur le terrain en Islande dans la zone géothermique de Seltún.|gauche Parallèlement, le field recording désigne l'enregistrement de sons en milieu naturel ou urbain, hors du contexte studio. Cette pratique constitue la matière première d'une large partie du sound design, en fournissant des sources brutes qui seront ensuite traitées. Elle nécessite une connaissance approfondie des microphones (directivité, rapport signal/bruit, sensibilité aux conditions extérieures) et des enregistreurs portables. Grâce à leur haute restitution, ces derniers sont de désormais capables de capturer un spectre étendu et de réduire le bruit de fond. Les techniques de placement de microphones suivent les configurations habituelles de la captation microphonique : A/B, XY, M/S, arbre Decca, ORTF, etc.

L'ensemble de ces enregistrements, intérieurs ou extérieurs, sont ensuite nettoyés et normalisés pour être directement utilisés et/ou constitués en banques de son (bibliothèque sonore). Les noms des bibliothèques les plus usitées sont : BoomLibrary, Soundly, Sound Ideas, Sonniss, Pro Sound Effect, SoundDogs, Krotos Studio, GhostHack ou encore Soundsnap.

Édition et montage sonore alt=Interface du logiciel Nuendo 15 (2026).|vignette|350x350px|Interface du logiciel Nuendo 15 (2026). L'édition sonore consiste à sélectionner, découper, assembler et synchroniser des éléments sonores au sein d'une timeline. Cette étape est étroitement liée à la narration ou au contexte fonctionnel : en post-production cinématographique, le montage suit le récit filmique ; en jeu-vidéo, il se déclenche (trigger) selon des évènements ou module dynamiquement selon des variables qui sont dictées par le moteur de jeu.

L'édition sonore s’effectue sur des stations audionumériques (DAW, voir plus bas). Ces logiciels offrent des fonctionnalités avancées et intègrent de multiples plugins VST et effets (égalisation, dynamique, réverbération, etc.), pour mélanger et transformer des enregistrements bruts en textures sonores plus riches.

Synthèse sonore

La synthèse sonore regroupe les méthodes de génération électronique ou algorithmique du son, sans recours à un enregistrement préalable. Les principales approches sont la synthèse additive (superposition de sinusoïdes), soustractive (filtrage d'une onde riche en harmoniques), granulaire (manipulation de micro-fragments sonores, appelés « grain »), FM (modulation de fréquence) et la synthèse par modélisation physique (simulation du comportement acoustique d'un objet).vignette|Synthèse additive d'une onde en dents de scie.Les sound designers spécialisés en synthèse maîtrisent les différents types de synthétiseurs, matériels ou logiciels, ainsi que les concepts de traitement du signal (en anglais, DSP "Digital Signal Processing").

Mixage et intégration et spatialisation Le mixage est la phase d'assemblage et d'équilibrage des différents éléments sonores en termes de volume, de fréquence, de dynamique et de position dans l'espace. En sound design, il joue un rôle dans la perception globale du résultat. Le mélange du son initial et des traitements en mixage change ainsi la perception finale : plus naturelle, spectaculaire, agressive, menaçante, douce, proche, éloignée, etc.

On qualifie de spatialisation le positionnement du son dans un espace perçu par l'auditeur. Elle peut être stéréophonique, binaural (rendu dans un casque simulant un espace 3D), multicanal (Dolby Atmos, 5.1, 7.1.4) ou ambisonique (format s'adaptant au nombre de canaux).

Intégration Sonore L'intégration sonore est un métier à part entière qui consiste à implanter des éléments sonores dans un environnement interactif, notamment dans le jeu vidéo et la réalité virtuelle. Contrairement à la post-production linéaire du cinéma, l'intégration sonore dans le jeu vidéo nécessite une approche dynamique, où les sons s’adaptent en fonction des actions du joueur et de la narration. vignette|Logo d'Audiokinetic, développant Wwise.|gauche Ce domaine requiert des compétences supplémentaire en programmation informatique, en middleware audio et en moteur de jeu. Les logiciels comme Wwise, FMOD et Fabric. permettent de paramétrer des sons interactifs sans nécessiter de compétences avancées en code.