Les Manidés (Manidae) sont une famille de mammifères pholidotes (les pangolins) regroupant tous les pangolins modernes avec toutes les espèces actuelles. Les pangolins actuels (du malais : « enrouleur ») ont un régime alimentaire insectivore et leur corps allongé est en grande partie recouvert d'écailles, ce qui leur vaut d'être aussi appelés fourmiliers écailleux. Ils sont les seuls mammifères au monde recouverts d’écailles.

Ils vivent dans les régions tropicales et équatoriales d'Afrique et d'Asie du Sud-Est. Il y a huit espèces de pangolins recensées dans le monde, quatre en Afrique et quatre en Asie. À l’exception du pangolin géant dont la masse peut dépasser et la taille , les sept autres espèces sont d'une taille similaire à celle d'un gros ragondin.

Les pangolins sont particulièrement ciblés par les braconniers et ils sont même considérés comme les mammifères les plus braconnés au monde. Ils voient leurs populations s'effondrer et la totalité des huit espèces sont classées comme espèces en danger critique d'extinction. Si les pangolins disparaissent, les fourmis et les termites risquent de proliférer dans les forêts et même parfois de menacer l'écosystème.

La journée mondiale de cet animal est le .

Caractéristiques Le pangolin possède des similitudes extérieures avec l'oryctérope du Cap et le tatou, en plus d'être comme eux myrmécophage (se nourrissant de fourmis). Selon les espèces, le corps, brunâtre et allongé, mesure entre de long. Il est prolongé par une queue parfois plus longue encore. Le pangolin géant, le plus grand, pèse jusqu'à et mesure avec la queue. La tête est étroite et allongée. Les pattes, courtes, se terminent par cinq doigts griffus. Les écailles, entre lesquelles poussent quelques poils, s'imbriquent pour recouvrir les surfaces supérieures et latérales du corps, queue comprise ; seuls le museau, le ventre et l'intérieur des pattes en sont dépourvus. La langue est très longue et collante, elle mesure jusqu'à chez le pangolin géant.

Comme le montre leur squelette, les pangolins sont plantigrades. Par ailleurs, les espèces terrestres pratiquent la bipédie comme principal mode de locomotion, une occurrence rare au sein des mammifères.

Écologie et comportement Alimentation Le pangolin se nourrit essentiellement de fourmis et de termites, mais aussi d'autres invertébrés grâce à sa langue visqueuse sur laquelle les insectes restent collés. Il fouille les termitières, les excréments d'éléphant, les feuilles à terre, les bases de troncs, l'herbe et les buissons à la recherche de ses proies.

Éthologie

Le pangolin est généralement nocturne et reste à l'abri durant la journée, mais certaines espèces sont plutôt diurnesCoulson, I.M. (1989) The pangolin (Manis temminckii smuts, 1835) in Zimbabwe. Afr. J. Ecol. 27, 149–155.. Il peut passer de 12 à 20 % de son temps à se nourrir selon l'habitat.

Les espèces terrestres creusent un terrier et les espèces arboricoles utilisent leur queue pour grimper dans les arbres pour se nourrir et se reposer dans une cavité d'arbre ou un enchevêtrement de lianes. Leur vue médiocre est compensée par un bon odorat et une ouïe fine.

En cas de danger, à l'instar du tatou, le pangolin rabat sa tête entre ses pattes antérieures et s'enroule sur lui-même. Il peut blesser l'attaquant en contractant ses puissants muscles afin de hérisser ses écailles.

Le pangolin étant solitaire, le mâle et la femelle ne se rencontrent que pour s'accoupler. La femelle donne généralement naissance à un seul petit, dont les écailles durcissent après quelques jours. Lors du déplacement, les petits s’accrochent sur le dos ou à la queue de leur mère.

Habitat et répartition Les pangolins peuplent les forêts et les savanes des régions tropicales et équatoriales d'Afrique et d'Asie du Sud-Est. Ils préfèrent les sols sableux ou terreux dans lesquels ils peuvent fouir afin de trouver leur nourriture. Classification

Espèces actuelles Liste des espèces actuelles selon ITIS : genre Manis Linnaeus, 1758 : sous-genre Manis (Manis) Linnaeus, 1758 : Manis crassicaudata Gray, 1827 — Grand pangolin de l'Inde ou Pangolin à grosse queue (Pakistan - Ouest du Bengale, Inde, Sri Lanka, Yunnan). Manis pentadactyla Linnaeus, 1758 — Pangolin de Chine ou Pangolin à queue courte — (Himalaya, Népal, Sud-Est de la Chine, Haïnan, Nord de l'Indochine, Taïwan). sous-genre Manis (Paramanis) Pocock, 1824 : Manis culionensis (de Elera, 1915) — Pangolin des Philippines — (Philippines). Manis javanica Desmarest, 1822 — Pangolin javanais ou Pangolin malais — Asie du Sud-Est (Birmanie, Thaïlande, Indochine, Sumatra, Java, Bornéo, Sud-Ouest des Philippines). sous-genre Manis (Phataginus) Rafinesque, 1821 : Manis tricuspis (Rafinesque, 1821) — Pangolin à écailles tricuspides ou Pangolin commun — Afrique (Sénégal, Ouest du Kenya, Nord-Est de la Zambie, Sud-Ouest de l'Angola, Bioko). sous-genre Manis (Smutsia) Gray, 1865 : Manis gigantea Illiger, 1815 — Pangolin géant ou Grand pangolin — Golfe de Guinée et Afrique centrale (Sénégal - Ouest du Kenya - Rwanda - RDC - Sud-Ouest de l'Angola). Manis temminckii Smuts, 1832 — Pangolin de Temminck ou Pangolin terrestre du Cap — Sahel, Afrique australe jusqu'à la corne de l'Afrique (Afrique du Sud, Namibie, Zimbabwe, Mozambique, Botswana, Angola, Kenya, Sud de la RDC, Sud du Soudan, Tchad). sous-genre Manis (Uromanis) Pocock, 1924 : Manis tetradactyla Linnaeus, 1766 — Pangolin à longue queue ou Pangolin tétradactyle — Golfe de Guinée et Afrique centrale (Sénégal, Gambie, Ouest de l'Ouganda, Sud-Ouest de l'Angola).

Les études récentes du ont scindé les espèces de pangolins modernes en trois genres distincts répartis dans deux sous-familles :

sous-famille Maninae Gray, 1821 : (pangolins asiatiques) genre Manis Linnaeus, 1758 : sous-genre Manis (Manis) Linnaeus, 1758 : Manis crassicaudata Gray, 1827 Manis pentadactyla Linnaeus, 1758 sous-genre Manis (Paramanis) Pocock, 1824 : Manis culionensis (de Elera, 1915) Manis javanica Desmarest, 1822 sous-famille Smutsiinae Gray, 1873 : (pangolins africains) genre Phataginus Rafinesque, 1821 : Phataginus tetradactyla (Linnaeus, 1766) Phataginus tricuspis Rafinesque, 1821 genre Smutsia Gray, 1865 : Smutsia gigantea (Illiger, 1815) Smutsia temminckii (Smuts, 1832)

Espèces fossiles Liste des espèces fossiles selon Gaudin , 2009 : † Manis hungarica Kormos, 1934 (Pliocène, Europe) † Manis lydekkeri Dubois, 1908 (Pléistocène, Inde) † Manis palaeojavanica Dubois, 1907 (Pléistocène, Java)

Phylogénie

Menaces Les pangolins font l'objet d'un braconnage particulièrement intense à destination du marché de médecine traditionnelle du sud-est asiatique (Chine, Thaïlande, Cambodge, Inde, Malaisie, Laos, Birmanie ou Vietnam), et seraient les mammifères les plus menacés au monde par le braconnage et le commerce illégal. En Chine, manger du pangolin comme gibier était supposé soulager les rhumatismes ; son sang était supposé favoriser la circulation sanguine et inhiber l'obstruction méridienne ; sa bile soignerait la vue et diminuerait l'irascibilité (« feu du foie »). Il est aussi chassé pour ses écailles qui font partie de la pharmacopée traditionnelle chinoise. Pour ces raisons le Pangolin de Chine est au bord de l'extinction, ce qui menace indirectement la survie de tous les autres pangolins du monde Daniel W. Challender, The most traded wild mammal - the Pangolin - is being eaten to extinction publié en juillet 2013 sur le site de l'UICN, consulté en mars 2014.. vignette|Boîtes pleines d’écailles de pangolin saisies au Cameroun. En 2016, d'écailles de pangolin sont saisies en Chine, en provenance du Nigéria. Il s'agit à l'époque de la plus grosse saisie jamais effectuée dans le pays.

En 2017, d'écailles de pangolin, en provenance d'Afrique, sont saisies en Chine. Ce stock représente les écailles de .

En Afrique centrale, il est chassé comme viande de brousse, réputée savoureuse (notamment au Gabon).

En 2019, des responsables de Hong Kong ont intercepté neuf tonnes d'écailles faisant escale à Hong Kong depuis le Nigeria. La cargaison d'une valeur de de dollars représente environ .

Grâce à son odorat et à ses capacités d'apprentissage, le rat de Gambie pourrait être utilisé pour détecter la présence de pangolins ou d'écailles dans la lutte contre le trafic d'animaux. On en entraîne en 2017 en Belgique, avec le soutien de l'U.S. Fish and Wildlife Service, qui peuvent détecter des pangolins ou leurs écailles dans les véhicules, ports ou aéroports Brulliard K (2017) These heroic rats detect land mines. Now they might help save an endangered anteater., article du WashingtonPost de 2017-12-21Science (2017) Rats to the rescue! Rodents train to save endangered anteater | News de la revue Science |publiée : 2017-12-26.

Des études menées en 2016 tendent à confirmer que la population de pangolin a presque été décimée lors des 30 dernières années.

Statut de protection Les pangolins, notamment les trois espèces asiatiques (M. crassicaudata, M. javanica et M. pentadactyla), figurent sur la liste des espèces de l'annexe I de la CITES (Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora, i.e. Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, dite de Washington) depuis 2016. Les deux espèces asiatiques Manis javanica et Manis pentadactyla sont classées « en danger critique » par l'IUCN, et les deux autres espèces asiatiques « en danger ».

La campagne Wild For Life (Sauvages pour la vie) initiée par l'Organisation des Nations unies vise à lutter contre le commerce illégal d'espèces sauvages. Chaque troisième samedi de février, elle propose la Journée mondiale du pangolinJournée mondiale du pangolin, Wild for Life, ONU. pour alerter l’opinion sur les risques de disparition de l'espèce des pangolins à cause du braconnage intensif.

Élevage Le pangolin est un des seuls mammifèresTaipei Zoo classifies its recipe for pangolins quasiment impossibles à élever en captivité, pour des raisons liées à son alimentation, à sa santé et à son comportement ; son espérance de vie ne dépasse pas, en général, quelques mois en zoo ou dans toute autre forme d'élevage. Seuls quelques zoos d'Asie ont su l'élever (comme celui de Taipei, avec la sous-espèce endémique de l'île.), et, exceptionnellement, le reproduire (zoo de Taipei et Nandankanan en Inde).

Risques sanitaires pour l’humain vignette|Pangolins dans un marché illégal d'animaux sauvages en Birmanie. En 2019, la revue Viruses a publié une étude montrant la présence de nombreux virus, dont des coronavirus, chez des pangolins malais qui ont été saisis par les douanes chinoises en , et confiés au refuge animalier de Canton, qui accueille des animaux issus du trafic d'animaux et du braconnage Ping Liu, Wu Chen, Jin-Ping Chen, Viral Metagenomics Revealed Sendai Virus and Coronavirus Infection of Malayan Pangolins (Manis javanica), Viruses 2019, 11(11), 979..

Le , l’université d’agriculture de Chine du Sud () a annoncé qu'un séquençage du virus trouvé chez des pangolins montrait qu'il était homologue à 99 % à celui du virus SARS-CoV-2 provoquant la Covid-19. Le pangolin aurait pu servir d'espèce réservoir ou hôte entre la chauve-souris et l'homme, une hypothèse discutée par plusieurs spécialistesHervé Morin, « Coronavirus : le pangolin a-t-il pu servir d’hôte intermédiaire ? », Le Monde, 7 février 2020. « Expert reaction to statement from South China Agricultural University that research has identified the pangolin as a possible coronavirus host », Science Media Center, 7 février 2020. nCoV-2019 - « Spike Protein Receptor Binding Domain Shares High Amino Acid Identity With a Coronavirus Recovered from a Pangolin Viral Metagenomic Dataset », Novel 2019 coronavirus, nCoV-2019 Evolutionary History, Virological.org, 30 janvier 2020.. Certains s'aventurent même à prophétiser que cela pourrait sauver ces espèces de l'extinction.