Gratianopolis est le nom gallo-romain et étymon de la ville de Grenoble, à partir de l'année 381. Avant cette date, la petite cité s'appelait Cularo.
Historique Dans le cadre d'un empire qui est une fédération de cités, pour honorer l'empereur romain Gratien et pour affirmer son statut de civitas, les édiles locaux de Cularo décident de la renommer en Gratianopolis. Le nom est un composé de polis (la cité en grec) et du nom de l'empereur Gratien (Flavius Gratianus) qui a doté la cité d'un évêché en 381 au plus tard, mais il n'existe aucun document attestant de son passage à Cularo, lors de son déplacement dans la vallée du Rhône en 379.
Le premier évêque de Gratianopolis est Domnin (Domninus), attesté par sa présence au concile d'Aquilée en et qui va décéder en Histoire de Grenoble et de ses environs, Pilot, 1829, page 12. Son successeur est Diogéne. L'installation d'un évêché n'est pas sans conséquences urbanistiques pour la cité. Il s'agit en effet de construire un véritable quartier épiscopal avec des bâtiments de culte et de résidence pour le clergé. Un baptistère destiné à pratiquer le baptême chez les chrétiens est construit et sera utilisé jusque vers l'an 1000, puis inutilisé, il tombe dans l'oubliMusée de l'Ancien évêché. Comme dans les autres cités, ce groupement s'installe près d'une porte de l'enceinte romaine, près de la porte Viennoise, dans l'axe de l'actuelle rue Frédéric Taulier.
Gratianopolis compte alors environ habitants sur ses neuf hectares et reste une ville fortifiée plus rurale que commerçante malgré la présence d'un port sur l'Isère, situé près de la place de Bérulle. Le commerce ne devait s'y ranimer qu'au bout de sept à huit siècles.
Dans la première partie du , des monuments funéraires ou mausolées sont construits sur la rive droite de l'Isère, en zone non inondable, recevant les personnages importants de la cité comme les premiers évêques.
vignette|left|Crypte Saint Oyand, Au , une première église cruciforme dédiée à saint Laurent est bâtie. Accolée à l'un des mausolées existants de la rive droite de l'Isère et profitant de la déclivité du terrain, cette première église est construite en partie par-dessus une chapelle dédiée à saint Oyand, lui conférant ainsi le statut de crypte Saint-OyandMusée archéologique de Grenoble.. Un siècle plus tard, un voûtement est installé dans la crypte nécessitant l'installation de colonnes. Ce site religieux et funéraire ne cessera d'évoluer sur un plan architectural au cours des siècles suivants et le patronyme de Saint-Laurent restera désormais attaché à toute la rive droite de l'Isère.
vignette|200px|Rempart romain de Cularo, puis de Gratianopolis En 574, à l'époque de la Bourgogne mérovingienne, Gratianopolis est assiégée par les Lombards qui se trouvent à une période agitée de leur histoire. Mais Gratianopolis tient bon derrière ses remparts, et l'offensive barbare est arrêtée par les troupes de Gontran.
En 660, l'évêque Ferjus de Gratianopolis est assassiné au cours d'un prêche par des opposants liés à la monarchie franque.
Vers l'an 1000, l'autorité de l'évêque remplace un pouvoir civil ou militaire défaillant, c'est la période de la seigneurie épiscopale. En effet, à partir du , la famille des comtes d'Albon, émergeant de l'aristocratie locale, prennent la direction de la province sous le titre de Dauphin de Viennois, d'où l'appellation Dauphiné. L'évêque Isarn tente de repeupler son diocèse dévasté vers 950 par les guerres contre les Sarrasins, mais c'est son successeur Humbert d'Albon qui cède en 1012 l'église Saint-Laurent bien délabrée aux moines de l'abbatiale Saint Chaffre en Velay. L'un de ses successeurs, l'évêque Hugues de Chateauneuf reprend en main le clergé et fait reconstruire le pont sur l'Isère reliant l'enceinte romaine de la cité au faubourg Saint-Laurent sur la rive droiteAnne Cayol-Gerin et Marie-Thérèse Chapper, Grenoble, richesses historiques du ..
C'est au cours du que se construit la collégiale Saint-André. Durant le le dauphin Humbert II, dernier dauphin de Viennois, fonde l'université de Grenoble, une cour de justice appelée Conseil delphinal, ainsi qu'une Chambre des comptes du Dauphiné. Cependant, Humbert II, perd son fils unique en dans des circonstances restées mal élucidées. Peu de temps après, le , il revient, ruiné et veuf, d'une croisade en Palestine et doit faire face à une épidémie de peste dans sa villeGilbert Bouchard, L'histoire de l'Isère en BD, tome 2, page 39.. Accablé, il est contraint financièrement de céder le Dauphiné au royaume de France le . Les diplomates donneront à cet acte le nom de Transport du Dauphiné. À cette époque, la ville ne compte pas plus de habitantsRené Ripoll, Mémoires de Grenoble..
Les agrandissements du Moyen Âge
Rive droite de l'Isère
vignette|160px|Porte Perrière (1533) Au , le faubourg Saint-Laurent est le premier bâti à l'extérieur de l'enceinte romaine de la fin du . Son développement provient du complexe religieux et funéraire installé entre le et le , sur le site du futur prieuré Saint-Laurent. Serré entre les pentes de la colline de la Bastille et la rivière, il se compose d'une rue unique bordée de chaque côté de maisons. Au , afin de protéger du côté colline, une porte est construite dans la Montée de Chalemont, et sera complétée en 1403 par la porte de l'OyetteMaurice Mercier dans son livre parle également d'une porte de l'Orme dans cette zone sans donner plus de précisions. Ces portes côté montagne probablement petites et discrètes n'ont pas dû avoir un rôle important.. C'est par cette porte de Chalemont installée sur les hauteurs de la ville que les voyageurs provenant de Vienne ou d'ailleurs passaient obligatoirement jusqu'à la fin du . La montée de Chalemont et sa porte vont être alors de moins en moins utilisées car à partir de 1385, le gouverneur de Grenoble, Enguerrand d'Eudin, fait creuser le rocher bordant l'Isère entre le port de la Roche et le site actuel de la porte de France, sur une distance d'environ Géologie Alpes..
Peu à peu, l'extension des maisons vers le port de la Roche et les carrières de pierre prolonge le faubourg à l'ouestLa carrière de pierre développée grâce au port de la Roche, va donner son nom à l'actuel quai Perrière.. En , une porte de la Perrière construite en bois est achevée. En 1533, cette porte Perrière est réédifiée en pierre, encadrée par deux tours, et ne sera démolie qu'en 1642. Côté est de la ville, une porte Saint-LaurentNe pas confondre ces portes avec celles construites en 1615 et 1620 par Lesdiguières. attestée depuis 1338, est construite en 1406, puis reprise par les consuls de la ville en 1573. Ces deux portes assurent donc vers la fin du Moyen Âge, la sécurité du faubourg Saint-Laurent en verrouillant ses extrémités.
Rive gauche de l'Isère
Au cours du Moyen Âge, des agrandissements de la cité fortifiée se font à deux reprises par rapport aux 9,09 hectares de l'enceinte romaine.
Juste avant l'inondation catastrophique de la ville en , 4,33 hectares du faubourg de l'îsleUne zone triangulaire dont les 3 sommets sont la place de Bérulle devant la passerelle Saint Laurent, le Musée de l'Ancien Évêché et la Tour de l'Isle. sont rajoutés en 1218 pour l'installation du couvent des Franciscains ou Cordeliers. Cet agrandissement impose de prolonger l'enceinte depuis la zone de la porte Viennoise jusqu'à l'Isère, à l'endroit où près de deux siècles plus tard s'élèvera la Tour de l'Isle. Une porte de l'isle est donc construite au début du afin de permettre le passage le long de l'IsèreConservé à la bibliothèque municipale, un plan de la ville de 1548 mentionne cette porte qui reste discrète dans l'histoire de Grenoble.. Dans l'opération, la porte Viennoise n'est pas détruite pour autant, elle va même être conservée jusqu'en 1804, mais l'extension oblige la construction, à une centaine de mètres de celle-ci, d'une nouvelle porte d'enceinte appelée porte Très-CloîtreOn peut préciser porte Très-Cloître (version ). En effet, 475 ans plus tard, en 1593, l'agrandissement Lesdiguières va aussi créer une porte Très-Cloître (version Lesdiguières cette fois) à l'autre extrémité de la rue Très-Cloître, et qui sera démolie en 1834. À la même époque, le général Haxo construit une porte appelée également Très-Cloître dans l'actuelle rue Malakoff. Cette dernière porte est encore visible de nos jours.. Au nord, à l'endroit où l'enceinte romaine passe tout près de l'Isère, il est percé une nouvelle porte, la porte de l'Aiguier, située sur l'actuelle rue Hector Berlioz, elle permet la perception des droits de batellerieÉdouard Brichet et Henry Rousset, Histoire illustrée des rues de Grenoble. et devient la seconde sortie de la ville vers l'ouest avec la porte TraîneAppelée porte Jovia durant tout l'Empire romain. Voir l'article Cularo.. Entre les deux nouvelles portes, Très-Cloître et Aiguier, la portion d'enceinte devient alors inutile et sera détruite.
vignette|centre|500px|Positionnement des enceintes de la ville C'est à cette époque que de nouvelles rues apparaissent dans cette extension, comme la rue Chaunaise ou Chenoise du nom de la famille Chaunais qui y possède une maison flanquée de tours. On va pratiquer aussi pour la commodité des habitants une ouverture dans le sud de l'enceinte romaine. Cette nouvelle porte est appelée porte Pertuisière, la rue qui y abouti en a longtemps conservé le nom (actuelle rue Alphand).
Période d'expansion oblige, la deuxième extension de la ville se produit en 1288, sur 1,35 hectare à l'ouest de la ville, près de la porte Traîne, afin d'accueillir à la demande de l'évêque Guillaume III de Royn, le nouveau couvent des Dominicains ou Jacobins sur un champ appelé Breuil, qui deviendra à partir de la seconde partie du place du Breuil, puis place de la Granaterie et enfin place de la Grenette. Ce n'est qu'à la fin du , en 1384, que les Dominicains sont autorisés par le roi Charles VI à construire une enceinte autour de leur couvent, leur église et de quelques bâtisses voisines, afin de la raccorder à l'enceinte romaine existante, totalisant ainsi 14,77 hectares de ville fortifiés.
vignette|300px|« Le vray portraict de la ville de Grenoble » (1575) En , lors de travaux sous la chaussée de la rue de la République, une partie des fondations de ce couvent détruit à la fin du sera découverte, mais également une cinquantaine de squelettes humains dont ceux de nombreux enfants...
D'autres projets d'agrandissements de l'enceinte ne se réaliseront jamais, notamment sous François . Mais par suite de difficultés financières, seul un fortin militaire est construit en 1537 au sommet de la colline dominant la ville ainsi qu'une redoute sur le coteau de La TroncheMaurice Mercier, Histoire des fortifications de Grenoble, .. Le projet est cependant resté dans les mémoires grâce au plan dit de Belleforest en 1575 représentant en vue cavalière la ville de Grenoble entourée de ce projet de nouvelle enceinte aux formes rectilignes. Le plan est intitulé "le vray portraict de la ville de Grenoble"Conservé à la Bibliothèque municipale de Grenoble..
Après avoir connu une période d'expansion jusqu'au milieu du , la ville connaît une période de récession avec guerre, peste et famineGilbert Bouchard, Histoire de l'Isère en BD, tome 2.. Mais une ère nouvelle s'annonce avec l'agrandissement suivant effectué entre 1591 et par le duc de Lesdiguières sur une superficie de 21,5 hectares, rendant ainsi inutile l'enceinte romaine vieille de treize siècles.
Évolution du toponyme Gratianopolis vers Grenoble Attestations anciennes [episcopus] Gratianopolitanus au . Gratianopolitana et Gratiopolitane du au Eric Tasset, Châteaux forts de l'Isère, page 302. Gracianopolis, Grainovol et Graynovol au