vignette|Statue bouddhiste détruite durant la révolution culturelle au monastère de Tholing, royaume de Gugé. La révolution culturelle au Tibet est l'extension au Tibet de la révolution culturelle chinoise.
En 1966, éclata la révolution culturelle en ChineMarie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours, 2000, .. En , la session extraordinaire du comité du Parti communiste de la région autonome du Tibet décide d'étendre la révolution culturelle au Tibet.
En , les gardes rouges, principalement tibétains, issus de certaines universités de Pékin, arrivent au Tibet. Combinant souvent leur travail révolutionnaire à des séjours dans leur famille, ils propagèrent la révolution culturelle aux villages et herbages de tout le plateau tibétain Wang Lixiong, Reflections on Tibet, in New Left Review (des extraits ont été traduits dans le Courrier International du 21 au 27 novembre 2002) : Dorothy Stein, People who count: population and politics, women and children, Earthscan Publications, London, 1995, XI + 239 p., : .
Selon Pierre-Antoine Donnet, dès 1966, les gardes rouges détruisirent de façon systématique, méthodique, calculée, planifiée et complète la civilisation tibétaine : . Selon l'écrivain chinois Wang Lixiong, les autorités au Tibet ont souvent essayé de réfréner les actions radicales, ainsi l'armée populaire de libération a systématiquement soutenu les factions les plus conservatrices contre les rebelles. Les temples et les monastères ont survécu le mieux dans les zones et villes non périphériques où les autorités étaient encore en mesure de faire plus ou moins régner l'ordre Mobo C. F. Gao, Battle for China's Past: Mao and the Cultural Revolution, London and Ann Arbor, Pluto Press, 2008, XI + 270 p., : . Dans sa réponse à Wang Lixong, l'historien tibétain Tsering Shakya fait remarquer qu'il rejette la faute sur la victime, alors que ce mouvement de masse n'épargna personne au Tibet comme en ChineTsering Shakya, Le Tibet sous la botte, Courrier International 28 novembre 2002.
Historique Aux yeux des idéologues du Maoïsme, le Tibet était loin d'être complètement « libéré ». Dans son ouvrage Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, l'écrivaine Woeser rapporte l'allocution du premier ministre Zhou Enlai du à l'institut central des minorités chinoises : « La région tibétaine a été libérée à trois reprises. La première fois en 1951, lorsque l'Armée de Libération est intervenue afin que le Tibet réintègre la grande famille que forme notre nation; la deuxième fois en 1959, lorsque, à la suite des insurrections, le servage a été aboli dans le cadre des réformes économiques; la troisième fois lors de la révolution culturelle, lorsque les lamas ont pu s'émanciper »Woeser, Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, , traduit par Li Zhang & Bernard Bourrit, éd. Gallimard..
La révolution culturelle débuta au Tibet de façon marquée par l'interdiction des festivités du Monlam en . Dirigé par Wang Qimei, le Comité de la révolution culturelle fut fondé en mai à Lhassa.
Scission des gardes rouges : l'« Alliance » contre les « Rebelles » Selon Melvyn C. Goldstein, cité par Daniel Berounsky, à Lhassa, en 1968, les partisans de Mao et de ses mots d’ordre se divisent en deux factions antagonistes. Une faction, « l’Alliance » (Nyamdre), regroupe les partisans des autorités locales de l’époque, sous prétexte que la situation au Tibet nécessite un traitement particulier. La , « les Rebelles » (Gyenlo ), créée à l’instigation de gardes rouges itinérants venus de l’intérieur du pays, ressent la nécessité de lutter contre certains responsables, conformément à la déclaration de Mao comme quoi « la bourgeoisie s’était infiltrée dans les rouages du parti, du gouvernement, de l’armée et des cercles culturels ». Une , l’armée populaire de libération, reste en dehors de cette lutte de factions : .
Selon l'écrivaine tibétaine Woeser auteur de Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, cette faction « les Rebelles » était dirigée par Tao Changsong, un Han originaire de Yangzhou et affecté au lycée de Lhassa en 1960. De à , il fut vice-président du Comité révolutionnaire de la région autonome du Tibet. Melvyn C. Goldstein indique qu'au début de l'année 1968, plus de 300 cadres, y compris les dirigeants, tel Tao Changsong de la faction Gyenlo, Liu Shaoming de la faction Nyamdre et Ren Rong le commandant du secteur militaire, se rendirent en classe d'études à PékinMelvyn Goldstein, Ben Jiao, et Tanzen Lhundrup, On the Cultural Revolution in Tibet. The Nyemo Incident of 1969, University Presses Of California, Columbia And Princeton (United States), 2009, page 44.
Pour Kim Yeshi, il n'existait pas de véritables différences idéologiques entre les deux factions. Celles-ci reflétaient la « lutte des pouvoirs qui faisaient rage en Chine » et les rancœurs accumulées au niveau local. Les conditions d'une « guerre civile » existaient sur le Tibet.
Le temple de Jokhang est l'une des deux bases des gardes-rouges tibétains de la faction Gyenlo. En , l'armée populaire de libération sort de sa réserve et attaque cette forteresse, ce qui se traduit par la mort de 12 militants Gyenlo et de deux soldats : .
Création du Comité révolutionnaire (1968)
Les responsables de la révolution culturelle chinoise créent un Comité révolutionnaire en . Ce comité a pour objectif de lutter contre le séparatisme tibétain et les mouvements anti-maoïstesEncyclopédie Larousse, []. Sa direction était assurée à Lhassa par Wang Qimei.
Les révoltes de 1969 En 1969, des révoltes armées ont éclaté dans plusieurs secteurs du Tibet. Selon Wang Lixiong les Tibétains combattaient pour défendre leurs terres et troupeaux qui devaient être restitués aux communes populairesWoeser, Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, traduit par Li Zhang & Bernard Bourrit, éd. Gallimard, 2010. Wang Lixiong, Réflexions sur la question tibétaine pages 487 et suivantes. Laurent Deshayes indique que la mise en place des communes populaires, effectuées entre 1969 et 1975, a détruit les organisations sociales (organisation des villages et partage des biens) et les techniques agricoles traditionnelles (culture de l'orge, rotation des cultures). Ces rébellions ont été rapidement matéesLaurent Deshayes Histoire du Tibet, Fayard, 1997, ..
Melvyn Goldstein rapporte, à propos de l'incident de Nyemo, les différents types de slogans utilisés ; en plus de crier « plus de ventes de grain », « aucune commune », « liberté pour le commerce », « tous les pouvoirs aux dieux », il apparaît aussi des slogans plus politiques comme « Le Tibet est indépendant »Melvyn Goldstein, Ben Jiao, et Tanzen Lhundrup, On the Cultural Revolution in Tibet. The Nyemo Incident of 1969, University Presses Of California, Columbia And Princeton (United States), 2009, .. Pour l'historien tibétain Tsering Shakya il s'agit d'une révolte nationaliste pour se débarrasser de l'Réponse à Wang Lixuong : Le Tibet sous la botte Courrier International, octobre 2003.
L'« Incident de Nyemo » et les « gardes rouges bouddhistes » (Melvyn Goldstein) Selon Melvyn Goldstein, Ben Jiao, et Tanzen Lhundrup, après leur éviction de Lhassa, les militants Gyenlo se rabattent sur la région de Nyemo, entre Lhassa et Shigatse, où ils trouvent un appui en exploitant le mécontentement des paysans contre les impôts sur les récoltes de céréales et en préconisant le démantèlement des communes populaires, tout cela sous le manteau de la terminologie communiste de la lutte contre la ligne capitaliste réactionnaire : .
Selon Melvyn Goldstein, à Nyemo, une ancienne nonne, Trinley ChödrönNée en 1938 et morte en 1969, à 31 ans, rejoint la faction Gyenlo. Elle déclare être habitée par la déesse Ani Gongmey Gyemo, l'instructrice du roi Gesar dans l'épopée de ce nom, après avoir subi le rituel d'« ouverture des portes des veines », tout en se qualifiant aussi de « bras droit du président Mao ». Si elle est mue par la volonté de reconstituer les monastères, pour les chefs de la faction Gyenlo, elle n'est qu'un moyen pour gagner davantage de gens à leur cause. Les forces Gyenlo à Nyemo prennent le nom officieux d'« armée des dieux de Gyenlo », et celui, officiel, de « quartier général des paysans et des pasteurs ». Bientôt entourée d'une trentaine de « héros-guerriers » prétendant être possédés par des héros de l'épopée du roi Gésar, Trinley Chödrön en vient à être considérée comme la déesse Ani Gongmey Gyemo elle-même. En , en l'espace de trois semaines, une trentaine de personnes sont mutilées (par section des mains ou des jambes) ou tuées par les « héros-guerriers » suivant les consignes de Chödrön : des incrédules face à ses pouvoirs surnaturels, des opposants à l'ordre Gyenlo et des gens qui avaient causé du tort à la communauté monastique. Ces événements sont suivis du massacre d'une troupe de soldats non armés et de cadres dans le district de Bagor lors de l'anniversaire du « massacre de Jokhang ». Ce succès encourage l'« armée des dieux de Gyenlo » à s'en prendre à l'escadron militaire du comté. Mais là, malgré les khatas censées les protéger des balles, plusieurs des assaillants sont tués tandis que les autres battent en retraite, désillusionnés. À partir de ce moment, c'est la débandade, une partie des rebelles s'enfuit dans les montagnes pour éviter d'être pris par l'APL venue encercler leur quartier général. La nonne, qui s'est réfugiée dans une grotte, est capturée. 34 rebelles sont exécutés, 28 emprisonnés et 48 placés sous surveillance de la population. Ainsi prend fin ce que Melvyn Goldstein et al. appellent l'« incident de Nyemo » avec ses « gardes rouges bouddhistes » Michael Schoenhals, professor of Chinese at Lund University, Sweden, and founder of the international garbology school of Cultural Revolution research, compte rendu de On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969, de Melvyn C. Goldstein, Ben Jiao et Tanzen Lhundrup, in The China Quarterly, 2009, 198, : ..
La « révolte de Nyemo » (Kim Yeshi) Selon Kim Yeshi, contestant la mise en place des communes populaires, des révoltes de Tibétains éclatèrent comme à Nyemo. La nonne Trinley Chödrön et ses partisans attaquèrent l'armée populaire et tuèrent quatorze cadres et soldats. Les Chinois constatèrent que les exigences de Trinley Chödrön concernaient les « ennemis de la foi » et non les « valets du capitalisme », cible de la révolution culturelle. La rébellion d'une « extrême violence rallia des centaines de sympathisants et le mouvement s'étendit à dix-huit comtés ». C'était une réaction à la révolution culturelle et l'expression des Tibétains « devant les attaques menées depuis une décennie contre leur identité et leur culture ». Les Chinois réprimèrent la révolte, Trinley Chödrön et quinze de ses partisans furent exécutés.
« Soulèvement nationaliste tibétain » (Ann Riquier) Selon Ann Riquier, lors d'une vague de soulèvement nationaliste tibétain, Trinley Choedon, qui reconnut avoir conduit une rébellion de l'Est à l'Ouest du Tibet ayant rassemblé personnes, fut exécutée en public en 1969Ann Riquier, Tibet : résistance au féminin.
Selon un Tibétain qui assista à son exécution, la nonne Tinley Chodron, originaire du village de Pusum à Nyemo, était considérée comme une émanation de Labja Gongmo, un oiseau sacré de l'épopée de Gesar Janet Gyatso, Hanna Havnevik, Women in Tibet, C. Hurst & Co. Publishers, 2005, , ..
« Démantèlement des forteresses féodales »