vignette|Madame de Staël et le groupe de Coppet par Philibert-Louis Debucourt.
Le Groupe de Coppet est une constellation, de caractère informel, d’intellectuels réunis essentiellement autour de Madame de Staël, entre la Révolution française et la Restauration. Benjamin Constant, Charles Victor de Bonstetten, August Wilhelm Schlegel et Jean de Sismondi sont quelques-uns des membres les plus importants de ce « groupe » que les circonstances ont réunis essentiellement au château de Coppet, sur les bords du lac Léman, en SuisseLe château avait été acquis par Jacques Necker, le père de Germaine de Staël et ministre de Louis XVI.. La dénomination « Groupe de Coppet » est tardive, postérieure à son existenceElle remonte à un ouvrage de l’Italien Carlo Pellegrini, Madame de Staël, il Gruppo cosmopolita di Coppet, 1938. : jamais les individus qui en faisaient partie ne se sont étiquetés ainsi.
Histoire
Formant un « centre à la périphérie »Etienne Hofmann, François Rosset, Le Groupe de Coppet. Une constellation d’intellectuels européens, Presses polytechniques et universitaires romandes (coll. Le Savoir Suisse), 2005 du Paris napoléonien qu’il défiait – Madame de Staël a été exilée par Napoléon et Benjamin Constant avait été évincé du Tribunat –, le Groupe de Coppet a été un lieu d’échanges d’opinions et de stimulation d’idées durant une quinzaine d’années, jusqu’à la mort de Madame de Staël en 1817. On considère que son histoire commence en fait dès le salon parisien de Madame de Staël avant de se poursuivre sous l’Empire à divers degrés d’intensité et de fréquence. En 1812, Germaine de Staël quitte Coppet et part pour l’Angleterre via la Russie ; quatre ans plus tard, l’été 1816 marque les derniers grands échanges tenus au château de Coppet. « Il se dépense à Coppet plus d’esprit en un jour que dans maints pays en un an », écrira Bonstetten à l’une de ses correspondantes, la poétesse germano-danoise Friederike Brun. Toutefois, les individus du groupe ont fréquemment voyagé à travers l’Europe, essaimant ainsi leurs idées et les stimulant aussi au contact d’autres pensées. Les séjours à Coppet même sont intermittents, et le salon de Madame de Staël « est partout où elle se trouve »Simone Balayé, « Âme et unité du Groupe de Coppet », dans Lucien Jaume (dir.), Coppet, creuset de l’esprit libéral, 2000, 15..
Le réseau et les membres du Groupe de Coppet
De nombreux penseurs, poètes ou hommes d’État ont fait partie, à divers titres, de cette aventure intellectuelle que Stendhal appellera plus tard : Jean de Müller, Charles de Villers (premier traducteur de Kant), Mathieu de Montmorency, Wilhelm von Humboldt, Joseph-Marie de Gérando, Chateaubriand, Camille Jordan, Friedrich Schlegel, les Barante père et fils, Victor de Broglie, Juliane de Krüdener, Zacharias Werner, Claude Hochet, Elzéar de Sabran, Auguste de Prusse, Adam Gottlob Oehlenschläger, Juliette Récamier ou encore George Gordon Byron notamment ont tous fréquenté de façon plus ou moins marquée, et à des moments différents, cette « nébuleuse » dont Madame de Staël est considérée comme le centre. Les frères Grimm connaissaient personnellement certains membres du groupe, et Juliette Récamier disposait au château de Coppet de ses propres appartements, que l’on peut encore visiter aujourd’hui. Adelbert von Chamisso, auteur de Peter Schlemihl, fait partie de ceux qui accompagnent Madame de Staël lors de son exil à Coppet. Trois générations d’intellectuels gravitent dans cette constellation, depuis Jacques Necker (1732-1804) ou Bonstetten (1745-1832) jusqu’à Victor de Broglie (1787-1870) ou Lord Byron (1788-1824), qui séjourne à Coppet en 1816. Outre leurs publications propres, les voyages, la correspondance, les traductions et la conversation tiennent une place importante parmi les vecteurs de propagation des idées formulées par Germaine de Staël et ses amis. Elle-même entretient des relations avec des personnalités danoises, anglaises, allemandes (Goethe…), italiennes, lausannoises, genevoises Si ces personnalités de nationalité, de religion et de sensibilité politique différentes se retrouvent à Coppet, c’est d’abord par plaisir, par goût ou par curiosité, et par l’admiration qu’ils portent à la maîtresse des lieux. Les rencontres de Coppet peuvent à ce titre être rapprochées des mondanités d’Ancien Régime, mais elles sont plus suivies et approfondies.
Benjamin Constant et Auguste de Staël s'engagent contre la traite et pour la seconde abolition de l'esclavage : pétitions, plaidoirie auprès du dauphin, exposition d’instruments de contrainte rapportés d’une enquête menée à Nantes sur le trafic négrier illicite et publication des résultats de cette enquête ont certainement contribué à la promulgation de la loi du , qui induit un durcissement des sanctions contre les personnes reconnues coupables de commerce négrier.
La notion de « groupe »
L’interprétation de la Révolution, le théâtre et la littératureMichel Delon, « Le Groupe de Coppet » dans Roger Francillon (dir.), Histoire de la littérature en Suisse romande t.1, Payot, 1996., la liberté, le libéralisme, la pensée historique, l’héritage des Lumières, l’économie, le phénomène religieux ou l’Europe sont parmi les grands thèmes de préoccupation du Groupe de Coppet ; les contributions des individus sont diverses, et ne sont pas réductibles les unes aux autres : le Groupe de Coppet n’a pas élaboré de doctrine qui soit commune à ses membres, et les notions de complémentarité et de réseaux lui sont sans doute mieux adaptées que l’idée de cercle. Il s’agit encore moins d’un club, d’une école ou d’un parti. Le mot « groupe » renvoie dans ce cas à une réalité complexe et non à une continuité ou une cohésion idéologiques fortes. Les interprétations des différents membres du groupe face aux événements varient considérablement : alors que Jacques Necker est favorable à la monarchie constitutionnelle, sa fille ou Benjamin Constant deviennent républicains. Sous l’Empire, la lutte contre Napoléon fait l’unanimité, et Coppet devient l’un des grands foyers d’opposition à l’empereur, d’autant plus efficace que le groupe peut compter sur un important réseau de correspondants. Plus tard, sous la Restauration, Montmorency fera partie des ultras alors que Constant siégera à la Chambre des Députés en tant que représentant de la gauche libérale. Mais, au-delà de certaines tensions y compris personnelles, c’est plutôt un faisceau commun d’idées, le rapprochement d’une certaine sensibilité et la connexité des interrogations qui constituent le groupe : Lucien Jaume, «Le Groupe de Coppet: pour repenser la modernité et le libéralisme» dans Lucien Jaume (dir.), Coppet, creuset de l’esprit libéral, 2000, p.10.. Coppet continue de désaltérer la pensée européenne de nos jours en organisant des conférences et colloquesGaronna, Paolo. L'Europe de Coppet - Essai sur l'Europe de demain. LEP Éditions Loisirs et Pėdagogie. Le Mont-sur-Lausanne. 2010. .
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Notes et références
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