Hérodote (en ), né vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse en Carie (actuelle Bodrum en Turquie) et mort vers 425 av. J.-C. à Thourioï (en actuelle Italie du sud) est un historien et géographe grec.
Hérodote mentionne souvent Hécatée de Milet, fils d'Hégésandre, en lui donnant le titre d'historienHérodote , CXLIII ; , ; , ; , . mais c'est lui qui sera considéré comme le premier véritable historien. ; Cicéron l'a surnommé le Cicéron, Des Lois, , 1, 5. en raison de sa grande œuvre, les Histoires . Cette dernière est centrée sur les guerres médiques mais ne se limite pas au récit de celles-ci : Hérodote expose les causes de la guerre et fait de nombreuses digressions, appelées logoi, sur l'histoire, les coutumes et la description des pays des belligérants, ainsi que de nombreux autres peuples tout autour de la Méditerranée. Cette méthode fait de lui l'un des précurseurs de l'histoire.
En géographie, le récit de ses voyages le range également parmi les premiers géographes.
En politologie, son exposé du Dialogue entre Otanès, Mégabyse et Darius constitue l'un des premiers documents authentiques où se trouvent distingués et comparés les divers types de gouvernement (monarchie, oligarchie, démocratie)..
Biographie La vie d'Hérodote nous reste obscure. Ce que l'on sait est essentiellement tiré de ses propres œuvres. Des notices lui ont été consacrées par Denys d'Halicarnasse, Plutarque, Lucien et la Souda.
Fils de Lyxès et de Drio (d'après la Souda), il est né la première année de la d'après Pamphile cité par Aulu-Gelle., soit avant la seconde guerre médique (480 à 479)Aulu-Gelle dans Nuits Attique, Livre , rapporte qu'il avait 53 ans lors de la Guerre du Péloponnèse.. Il fait partie d'une famille importante bien que le nom de son père indique une probable origine , plus précisément carienne. Halicarnasse était la capitale de la Carie..
Certains pensent qu'il était le neveu de Panyasis, éminent poète épique, que l'on comparait alors à Homère, mais le lien de parenté n'est pas connu avec certitudePierre-Henri Larcher, Vie d'Hérodote dans la traduction des Histoires, 1786, ..
Dans sa jeunesse, en 469 avant J.-C., il suit sa famille, adversaire du tyran Lygdamis, en exil à Samos. L'époque de son exil est celle de ses principaux voyages, dont il a rendu compte dans ses Histoires : un séjour en Égypte avec un déplacement à Cyrène et un retour par la Syrie et par Tyr, une visite sommaire de l'empire perse, Babylone (dans l'actuel Irak), la Colchide (dans la Géorgie moderne) et Olbia (dans l'Ukraine actuelle), la Macédoine.
De retour à Halicarnasse, en Carie, vers 454, il participe à l'insurrection qui renverse le tyran. Peu après, il est de nouveau inquiété et s'établit à Athènes où il se lie avec Sophocle qui écrit un poème en son honneur en 450 (on en a conservé des fragments par Plutarque). Il suit ensuite les colons qui, à l'instigation de Périclès, partent fonder Thourioï, dans le sud-est de l'Italie. C'est là qu'il finit la rédaction de ses œuvres et qu'il meurt vers 420..
Œuvres « Le Père de l'Histoire » vignette|Fragment d'Hérodote, papyrus d'Oxyrhynque.
L'unique œuvre que nous connaissons d'Hérodote s'intitule Histoires ou Enquête, du grec — littéralement « recherche, exploration », de , « celui qui sait, qui connaît ».
Le premier paragraphe annonce :
Ce préambule montre la volonté d'Hérodote de se placer dans la tradition d'Hécatée de Milet : il s'agit de traiter de tous les hommes comme l'indique l'emploi du terme et que vient souligner la complémentarité . Il s'agit également de faire œuvre de mémorialiste : . Enfin, Hérodote prétend rivaliser avec le poète épique Homère, en se proposant de commémorer les exploits des hommes (allusion à l’Iliade). Néanmoins, contrairement à l'aède, Hérodote n'entend pas décrire de lointains événements, comme la guerre de Troie, mais des faits très récents, notamment les guerres médiques.
Du point de vue de la langue, Hérodote a écrit son œuvre en dialecte ionien, un ionien parfois artificiel (et artificiellement reconstitué par les éditeurs) auquel se mêlent des archaïsmes épiques imités d'Homère.
Voyageur et géographe Hérodote est dans la description de certains monuments. Par exemple, de la ville de Babylone et de son enceinte, il dit : , et .
Hérodote donne de nombreuses indications (parfois très précises) sur la taille de tel territoire, de telle mer ou fleuve ou sur la richesse de tel peuple. Par exemple, à propos de la Scythie, il dit : ..
Il donne aussi des descriptions parfois très précises des techniques utilisées dans les pays visités. Ainsi, une trouvaille archéologique a confirmé la description qu'il donne de la fabrication de la baris, bateau de charge utilisé sur le NilHistoires, , . Voir A. Belov, « L'épave d'Héracleion (Égypte) et la baris d'Hérodote », Les Dossiers d'Archéologie, vol. 364, , 2014..
Certaines descriptions de monuments, données par Hérodote, ont permis l'élaboration de la célèbre liste des Sept Merveilles du monde, telle la grande pyramide d'Égypte.
Anthropologue Hérodote, de par ses nombreux voyages, a pu découvrir (ou entendre parler) de nombreux peuples. La description de leur aspect physique, de leur façon de s'habiller, de faire la guerre, de leurs coutumes, croyances et mode de vie fait de son Enquête une précieuse source anthropologique antique.
Hérodote parle des peuples grecs d'Asie Mineure, des Lydiens, Perses, Mèdes, Assyriens, Babyloniens et Massagètes (Livre ), des Égyptiens (Livre ), des Indiens, Arabes, Éthiopiens (Livre ), des Scythes et Libyens (Livre ) et enfin des Thraces (Livre ). Les autres livres sont principalement consacrés au récit des guerres contre les Perses. Le travail d'Hérodote est donc pluriel et s'il est considéré comme le « père de l'histoire », il peut également prétendre au titre de père de l'anthropologie.
Voici trois extraits des Histoires dans lesquels Hérodote décrit les mœurs des Perses, des Scythes et des Indiens : .. . .
Analyste politique Dans le livre de son œuvreThalie, 80, 81 et 82, Hérodote, Histoires, trad Ph. E. Legrand, Col Budé 1954 et suiv., Hérodote met, sous la forme d'un dialogue entre trois mages (Otanès, Mégabyse et Darius), l'exposé, la défense et la critique des trois grandes formes de gouvernement.
À la mort du jeune Smerdis (en réalité Gaumata, un mage se faisant passer pour Smerdis, frère de Cambyse, que ce dernier avait fait assassiner), un débat s'instaure entre sept conjurés pour délibérer sur le gouvernement à donner à la Perse : Otanès est partisan de la démocratie. Il critique la monarchie et présente ses arguments en faveur « de la multitude souveraine ». Un régime populaire doit être caractérisé par l' c'est-à-dire la loi (nomos) égale pour tous (isos). Grâce à celle-ci, il ne se commet plus d'excès. Le grand nombre rapporte les résolutions à la communauté et donne des offices publics par la voie du sort à des magistrats responsables. Mégabyse est partisan de l'aristocratie. Il partage la critique de la monarchie mais ne croit pas en la capacité du peuple qui n'est pas instruit et n'a pas le moyen de l'être et redoute encore plus son caractère prompt et passionné. L'opinion est comparable à un courant d'hiver qui, grossi par les eaux se précipite et emporte tout. Mégabyse propose donc d'élire une oligarchie, « l'assemblée souveraine des meilleurs ». Des résolutions salutaires naîtront de la réunion de ces Sages. Darius défend la monarchie. Rien n'est préférable à un seul homme excellent parce que le monarque excellent se conduit avec prudence dans l'administration et, seul dépositaire du secret, le garde dans les actions extérieures. L'oligarchie provoque les compétitions et les haines. Les oligarques se détestent et les dissensions deviennent publiques, tournent en violence et s'achèvent en massacres. Le régime populaire ne peut empêcher le règne de la méchanceté : des factions se constituent et s'entendent pour opprimer le reste de la communauté. Un tyran libérateur émerge rapidement pour faire cesser coteries et disputes stériles. Sa conclusion est que le régime monarchique s'impose fatalement et se trouve être de facto le meilleur. Les quatre autres conjurés votent pour la thèse de Darius. Cependant, Otanès refuse d'être candidat à la monarchie : il n'entend ni commander ni obéir ; ne voulant pas être roi, il ne veut être sujet du roi. Il demande une « franchise » par laquelle lui-même, les siens et leurs descendants à perpétuité ne seront sous la puissance d'aucun autre.
Ce goût de la liberté est partagé par Hérodote. Athénien d'adoption, il remarque : .
Hérodote rapporte le propos de Lacédémoniens questionnés par le Satrape Hydarnès qui leur demande pourquoi ils ne veulent pas devenir les amis du :
Composition de l'œuvre vignette|redresse=2|Carte du monde décrit par Hérodote dans son Enquête. Les Histoires se composent de neuf livres, chacun portant le nom d'une muse. Ce découpage n'est pas le fait de l'auteur : la première mention en est due à Diodore de Sicile au , et c'est probablement au , du fait de grammairiens alexandrins, que l'ouvrage fut ainsi sectionné.. Tout au long de l'ouvrage Hérodote donne une description et de nombreux renseignements sur les particularités, les us et coutumes de certains peuples, entre autres les Mèdes, les Perses, les Égyptiens, les Libyens, les Éthiopiens Longues-vies, les Arabes, les Indiens, etc. : Prologue : les enlèvements survenus entre l'Asie Mineure et la Grèce : Io enlevée par les Phéniciens ; Europe et Médée par les Grecs ; Hélène par les Troyens. Livres à : développements de l'Empire perse : livre : (Clio) victoire de Cyrus sur le lydien Crésus, conquête de l'Assyrie et échec de la soumission des Massagètes ; livre : (Euterpe) l'histoire et coutumes du peuple égyptien depuis Min le premier Roi jusqu'à Amasis ; livre : (Thalie) conquête de l'Égypte par , fils de Cyrus ; livre : (Melpomène) règne de Darius, expédition et tentative avortée d'assujettissement des Scythes. Livres et : première guerre médique : livre : (Terpsichore) révolte d'Ionie, digressions sur l'histoire de Sparte et Athènes ; livre : (Érato) réaction des Grecs, victoire de Marathon. Livres à : (Polymnie, Uranie et Calliope) deuxième guerre médique.
L'œuvre mêle éléments ethnographiques et proprement historiques. On a pu s'interroger sur cette coexistence. On peut reconnaître dans ce recueil d'éléments composites l'héritage d'Hécatée de Milet. D'autres commentateurs (Henry R. Immerwahr) ont au contraire insisté sur l'unité profonde de l'œuvre.
Postérité de l'œuvre vignette|Hermès bifrons d'Hérodote et de Thucydide. Le style d'Hérodote est simple, plaisant et pittoresque, parfois naïf, parfois poétique. C'est un admirateur d'Homère (). Plutarque, tout en reconnaissant ces qualités, le trouve cependant d'une grande partialité et a consacré un traité entier pour montrer qu'il est injuste envers les Grecs : .
Ces accusations sont exagéréesDans l’Encyclopaedia Universalis, Jacqueline de Romilly note cependant : . : la naïveté et la crédulité d'Hérodote, bien que réelles, se cantonnent généralement aux anecdotes dont il est friand. En revanche, lorsqu'il ne trouve aucune trace des Hyperboréens mentionnés dans les légendes grecques, il tient à le mentionner, livre , 32 et 36..
Aristote le qualifie de « mythologue » dans sa Poétique, et Aulu-Gelle le traite d'affabulateur (homo fabulator).
Plus tard, la Renaissance se penche à nouveau sur l'œuvre d'Hérodote avec, cette fois, un regard plus bienveillant. Ainsi, Henri Estienne répond à Plutarque par une Apologie pour Hérodote. Dès lors, la popularité d'Hérodote ira croissante. L'abbé Barthélemy, auteur du Voyage du jeune Anarchasis en Grèce (1788), ouvrage très populaire à son époque, écrit qu'il « ouvrit aux yeux des Grecs les annales de l'univers connu »Jean-Jacques Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce : vers le milieu du quatrième siècle avant l'ère vulgaire, E. Ledoux, 1821, ..