Jean de Châtillon, connu aussi sous le nom de Jean de la Grille, (né en 1098 et décédé le 1163), fut le premier abbé de l'abbaye Sainte-Croix de Guingamp (1134-1144), puis évêque d'Aleth de 1144 à 1146, et de Saint-Malo de 1146 à 1163.
Biographie
Né en 1098 d'après l'abbé François Manet, de parents de « fortune modeste » selon Albert Le Grand, et originaire de Châtillon-sur-Seiche près de Rennes selon la tradition, ou de Châtillon-en-Vendelais près de Vitré. Il n'aurait ainsi, malgré son surnom, aucun lien familial avec le comté de Blois, alors aux mains de la maison de Châtillon. Toutefois, une étude moderne souligne ses liens avec la « mouvance de Blois-Champagne » en s'appuyant sur le fait qu'après avoir fait ses études à Paris, il entre dans l'ordre cistercien vers 1121, et devient chanoine régulier de l'abbaye de Bourg-Moyen, à Blois. Il est en outre lié avec Pierre de Celle et Henri, évêque de Beauvais et troisième fils du roi Louis VI de France Cyprien Henry & Stéphane Morin Saint-Jean dit de la Grille abbé de Sainte-Croix de Guingamp et évêque de Saint-Malo (1144-1163) Mémoire de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne t. LXXXIX, 2011 40-41.
Jean est choisi pour diriger la nouvelle abbaye Sainte-Croix de Guingamp fondée en 1134 par Étienne Ier de Penthièvre et son épouse Havoise, elle-même vraisemblablement originaire de la maison de Blois Stéphane Morin Trégor, Goëlo, Penthièvre. Le pouvoir des Comtes de Bretagne du XIIe au XIIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2010. , Tableaux généalogiques 102 & 123 Havoise est une fille de Thibaud III de Blois et de sa seconde épouse Adèle de Valois . Selon la tradition, il aurait été élu à la fin de 1142 ou au début de 1143 presque simultanément sur les sièges épiscopaux de Tréguier et d'Aleth, et choisit finalement le second. Le début de son épiscopat est marqué par le long procès qui l'oppose aux moines de Marmoutier pour récupérer l'église Saint-Malo-de-l'Isle que leur avait cédée l'un de ses prédécesseurs Benoît-Judicaël en 1108, pour y transférer son siège épiscopal, au prétexte que Maclou lui-même s'y serait établi.
Les moines bénédictins obtiennent d'abord gain de cause devant le pape Lucius II qui refuse de recevoir Jean de Châtillon à Rome en 1144. Sur le conseil de Bernard de Clairvaux, l'évêque malouin retourne à Rome plaider sa cause devant le nouveau pape Eugène III successeur de Lucius II en 1145, et qui avait été moine à l'abbaye de Clairvaux. Il triomphe finalement le 16 août 1146 lorsque le pape entérine la restitution et impose à l'abbé de Marmoutiers et à ses moines un « silence perpétuel sur ce sujet »André Chédeville & Noël-Yves Tonnerre La Bretagne féodale Ouest-France Université Rennes (1987) 259. Jean de Châtillon institue un chapitre de chanoines réguliers suivant la règle de l'abbaye Saint-Victor de Paris, dans la nouvelle cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo. Il dote le chapitre de revenus substantiels émanant de nombreuses paroisses (entre 13 et 31) selon les sources et d'entre 10 et 20 % de ceux du diocèse Cyprien Henry & Stéphane Morin Op.cit 50.
Huit siècles plus tard lors de la restauration de la cathédrale après 1945, les restes de style roman de l'ancien cloître de ces chanoines furent trouvés dans les ruines d'une maison située à l'angle sud-ouest de la cathédrale dont Jean de Chatillon entreprit la constructionPlaque apposée sur les lieux par la Ville de Saint-Malo. Ses successeurs prennent ensuite définitivement le titre d'« évêque de Saint-Malo ».
Contrairement à son prédécesseur Donoald, il se détourne des ordres religieux traditionnels pour favoriser les ordres nouveaux, cisterciens et augustins. Un de ses actes concerne l'abbaye cistercienne de Boquen, située dans le diocèse voisin de Saint-Brieuc. Il est aussi associé à la fondation de l'abbaye de chanoines réguliers de Saint-Jacques de Montfort où il consacre l'autel majeur de l'abbatiale en 1152, et le premier abbé Bernard en 1162. Il est également présent lors de la refondation de l'abbaye de Buzay, autre implantation cistercienne, par Conan III de Bretagne. Jean de Chatillon est présent lors de la consécration de la cathédrale Saint-Julien du Mans en 1158, et il accompagne l'archevêque de Tours au concile de Montpellier de 1162.
Il meurt le 1163, et fait l'objet d'un culte populaire local. Il faut d'ailleurs protéger son tombeau (toujours visible dans le chœur de la cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo) de la ferveur des fidèles par une grille de fer, ce qui lui valut son surnom de Jean de la Grille en latin Johannis de Craticula. Sa béatification officielle n'intervint néanmoins qu'en septembre 1517 après l'intervention de l'évêque Denis Briçonnet auprès du pape Léon X. Il est fêté le , mais faute de canonisation son culte n'a pas beaucoup perduré Les Dossiers de la Société d'Histoire Jean de Chatillon second fondateur de Saint-Malo éditions Cristel Saint-Malo 2014 note n°18 121.
Hommage La ville de Saint-Malo a donné son nom à la place de la cathédrale.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie .
. François Tuloup Saint-Malo Histoire Religieuse éditions Klinckieck, Paris 1975. François Tuloup De virus illustribus urbis macloviencis Les Nouvelles de Bretagne, Rennes 1966 9-10.
Articles liés Liste des évêques de Saint-Malo Diocèse de Saint-Malo
Liens externes
Vie de sain Jean, évêque de Saint-Malo, Malo-Joseph de Garaby, InfoBretagne.com « La mer et Saint-Malo à la fin du Moyen Âge : L’appareillage de la pérennité », Emmanuel Chevet, Carnets (2009), OpenEdition
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