Le syndrome du bâtiment malsain (SBM) ou (SBS) est, dans le domaine de la santé environnementale et de la santé au travail, un syndrome décrivant une combinaison de symptômes ou de maladies médicalement difficiles à expliquer et associées à un lieu construit, regroupés dans la littérature sous la dénomination de « syndrome du bâtiment malsain », parfois aussi désigné « syndrome des tours à bureaux » ou « syndrome des bâtiments hermétiques » et « sick building syndrome » pour les anglophones.. Ce syndrome est parfois assimilé aux maladies émergentes Wittczak T, Walusiak J, Pałczyński C., « Sick building syndrome- a new problem of occupational medicine », Med. Pr., 2001, 52(5):369-73. et généralement associé à des environnements où sont par exemple retrouvés l'air conditionné et des matériaux synthétiques (plastiques, solvants, moquettes) et/ou de nouveaux objets tels que photocopieuses, ordinateurs, imprimantes, des odeurs, des sons, des dépressions irrégulières de l'air (par le système de climatisation) gênants, des effets de paroi froide). C'est un problème qui semble en augmentation et de plus en plus fréquemment traité par la médecine du travail. La perception du problème d'hypersensibilité aux polluants physiques, chimiques ou par rayonnement, par la médecine et les pratiques des médecins Gibson PR, Lindberg A. « Physician's perceptions and practices regarding patient reports of multiple chemical sensitivity », ISRN Nurs., 2011, 2011:838930. Epub , . évoluent également.

Lieux concernés Il peut s'agir : d'un lieu de travail ; immeuble de bureaux, ateliers, entrepôts ; du domicile : maison, appartement Sahlberg B., Wieslander G. et Norbäck D., « Sick building syndrome in relation to domestic exposure in Sweden--a cohort study from 1991 to 2001 », Scand. J. Public Health, , 38(3):232-8. Epub . ; d'un lieu d'apprentissage : école maternelle ou primaire, collège, lycée, université, salle de sport ; d'un lieu de soin : hôpital, maison de retraite… ; d'un lieu d'accueil et de passage : hôtel, hall de gare, aérogare et autre espace public fermé ; d'un lieu de loisir ou de culture : cinéma, théâtre, musée

Un syndrome du même type peut être observé dans des moyens de transport (avion, train, bateau, camion, voiture).

Définitions Ce syndrome, décrit dès les années 1970, semble souvent lié au caractère neuf (ou récemment rénové) des bâtiments et peut-être donc être associé aux matériaux et à leurs émanations Chang C.C., Ruhl R.A., Halpern G.M. et Gershwin M.E., « Building components contributors of the sick building syndrome », J. Asthma, 1994, 31(2):127-37 (résumé)., colles, agencements et nouveaux usages ou systèmes les concernant : En 1984, un rapport de l'Organisation mondiale de la santé estimait que ce syndrome prenant localement l'apparence d'épidémies touchait jusqu'à 30 % des bâtiments nouvellement construits dans le monde. La promiscuité favorisant certaines contagions peut parfois aussi être en cause (les écoles sont particulièrement connues pour être des lieux de contagion ( Legionella, Fièvre de Pontiac, Fièvre Q et grippe) et de diffusion des épidémies). Le SBM peut apparaître dans des immeubles conformes à toutes les normes existantes.

Dans un premier temps, on se demande s'il s'agit de symptômes psychogènesVandentorren S, Gomes do Espirito Santo E, Kermarec F. Les épidémies de malaises d'étiologie non expliquée : savoir poser le diagnostic de « syndrome psychogène ». Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2007;(15-16):122-4.Mercier G, Michalon F. D'un phénomène inexpliqué à un syndrome psychogène : controverse au centre psychothérapeutique Henri Theillou de Compiègne. Mémoire pour le Mastère Spécialisé en Ingénierie et Gestion de l'Environnement, ss la dir. de Catherine Rémy, École des Mines de Paris, 2008.Moscetti F, Grivilliers P, Ruck G, Ilef D. Épidémie de manifestation allergiques ou phénomène psychogénique ? Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2002;(45):225-6. et s'il ne relève pas de l'hystérie collective. Il n'existait pas de définition normalisée ou universelle de ce syndrome, ou des définitions locales (Ainsi l'Institut universitaire romand de Santé au Travail (l'IST) estime qu'il y a un problème quand au moins 25 à 30 % du personnel déclare des problèmes de type irritatif.

En 1983, un groupe d'experts de l'organisation mondiale de la santé (OMS) a défini ce syndrome comme un tableau clinique non stéréotypé combinant des ; il s'agit d' pouvant être ressenti par des travailleurs dans des immeubles à usage de bureauOMS (World Health organization), 1983, Indoor Air Polluants: Exposure and Health Effects. EURO Reports and Studies 78, Copenhagen: WHO..

Ce syndrome comporte aussi une dimension socio-psychologique, pouvant générer une anxiété qui en aggrave les effets. Cette dimension a été souvent mise en avant dans les années 1980-1990, quelques auteurs Bauer (1992). estimant qu'il pouvait exister une part prédominante d'hystérie collective Ryan CM, Morrow LA., « Dysfunctional buildings or dysfunctional people: an examination of the sick building syndrome and allied disorders » J Consult Clin Psychol. 1992 Apr; 60(2):220-4. (résumé)., avant que des preuves médicales et physiologiques ne confirment l'existence du syndrome, au moins pour les aspects allergies et chimiosensibilité. La question de l'hypersensibilité aux ondes et champs électriques est encore controversée. La hiérarchie, la médecine du travail ou le propriétaire du bâtiment, comme les autorités sanitaires, sont souvent gênés pour traiter ce problème souvent d'abord dénoncé par les occupants ou usagers eux-mêmes, parfois accompagné des syndicats. Un syndrome proche peut se déclarer dans certains habitacles (avions, trains, voiture, habitacle de bateau), qui peut aussi aggraver le sentiment de claustrophobie chez ceux qui y sont sensibles.

De nombreux experts ont cependant rapidement inscrit ce problème dans le champ de la santé environnementale, où il a contribué à forger la notion de « pollution de l'air intérieur », et alimenté les réflexions sur le rôle des « faibles doses », et des synergies (effet cocktail) entre diverses substances chimiques sur la santé ; les sociologues Yannick Barthe et Catherine Rémy, en 2010, écrivaient : .

Enjeux Les humains passent de plus en plus de temps dans une atmosphère confinée, à leur domicile, dans des véhicules (individuels, partagés ou transports en commun), puis au bureau ou sur d'autres lieux de travail. Or, dans le même temps : dans les régions froides, tempérées et chaudes - pour des raisons d'économies d'énergie - les bâtiments tendent à être de plus en plus « étanches » à l'air extérieur. Depuis quelques décennies, des milliers de produits chimiques ont été disséminés dans l'environnement et les matériaux de construction, et largement diffusés, sans études d'incidence environnementale ou sanitaire, induisant une augmentation régulière des allergies et hypersensibilités à certains produits. La qualité de vie est donc de plus en plus dépendante de la qualité de l'environnement intérieur. Enfin, les baisses de rendement d'apprentissage (en milieu scolaire ou professionnel) ou de travail, et problèmes de santé au travail sont source de coûts et de souffrances qui pourraient être évitées pour la société et les entreprises.

Diagnostic Il se fait par exclusion des autres causes potentielles ; généralement sur la base d'un questionnaire soumis au personnel voire aux autres usagers du bâtiment, suivi d'un second questionnaire plus précis aux personnes se plaignant de symptômes et à celles qui n'en ont pas déclarés (pour détecter d'éventuelles causes jusque-là non détectées). Cette étape peut être suivie d'entretiens individualisés avec examen clinique pour les personnes les plus touchées, avant expérimentations de solutions adaptées. Des bureaux d'études, des laboratoires ou des personnels spécialisés peuvent parfois accompagner ce type de démarche.

Les symptômes sont non spécifiques et hétérogènes, comprenant notamment des problèmes d'irritation de la peau et/ou des muqueuses (nez, gorge) et des yeux, des maux de tête, une fatigue anormale, des troubles de la concentration, une difficulté à respirer (asthme, toux chroniques, éternuements).

Prévalence La prévalence de ce syndrome semble augmenter : Au début des années 2000, dans les pays industrialisés et riches, environ 50 % des salariés travaillaient dans des immeubles de bureaux et de 20 à 30 % de ce groupe de travailleurs faisaient état de symptômes suggérant la prévalence du syndrome des bâtiments malsains.

Causes Les recherches de Michelle Murphy et Nicholas Shapiro ont porté sur la manière dont des substances chimiques invisibles, comme les composés organiques volatils (COV) et le formaldéhyde continuellement relargués à très faible dose par de nombreux objets mobilisés ou éléments du bâtiment, ont été rendues visibles grâce à des actions collectives. Michelle Murphy a retracé l'histoire du syndrome du bâtiment malsain (SBM)à partir des années 1980, montrant comment les nouvelles méthodes de construction et les matériaux modernes ont modifié la qualité de l'air intérieur, provoquant des symptômes difficiles à attribuer à une maladie ou un agent pathogène précis ou antérieurement connu.

Deux approches ont conjointement été mobilisées pour faire émerger au moins une partie des causes de ce syndrome pour l'inscrire dans le domaine de la santé au travail et de la santé publique. :

les modèles et études toxicologiques, souvent longues, parfois couteuses et basés sur les recherches en laboratoire (ex-situ) aboutissant parfois à la définition de seuils d'exposition et des relations de cause à effet linéaires. Cette approche s'appuie sur des corps et une logique quantitative pour déterminer l'impact des substances ; l'épidémiologie populaire, par exemple portée par des collectifs de femmes, consistant à agréger des symptômes et des présomptions pour démontrer la nocivité de certains environnements intérieurs. En agissant comme des enquêtrices et en les troubles à l'échelle d'un quartier ou d'un immeuble, elles ont transformé un problème individuel et physiologique en une question collective, publique et politique.

l'hypothèse d'un syndrome psychogène de masse, Durant un certain temps (jusqu'en 2009 en France) les experts et les profanes se sont affrontés quant aux explications du phénomène (pourtant déjà bien documenté par les psychologues et acteurs de la médecine du travail). Une interprétation du syndrome du bâtiment malsain (SBM) a été promue par certaines autorités publiques, qui privilégiaient les facteurs psychologiques ou psychosociaux pour expliquer les symptômes observés. Des sociologues comme Barthe et Rémy ont montré que l'appel à la théorie du « syndrome psychogène de masse » reprenait des approches explicatives biaisées anciennes, antérieurement nommées « hystérie collective » ou « hystérie épidémique » , couramment utilisés du 19e siècle à la fin des années 1970, remplacé à partir des années 1980, par le terme de mass psychogenic illness, sous l'impulsion des travaux de Michael ColliganBarthe et Rémy () Incertitudes et enquêtes profanes. Le cas du syndrome du bâtiment malsain.N°2009-1-27Synthèse ; Projet financé dans le cadre du PNR EST ; Programme national de recherche Environnement-Santé-Travail..

L'hypothèse d'une cause psychologique à ces malaises inexpliqués était d'abord une approche « par défaut », utilisée uniquement quand aucune cause organique n'était trouvée. Mais cette perspective a évolué en une approche autonome, jugée complémentaire des recherches environnementales, de l'épidémiologie et de la toxicologie. Un nouveau cap a été franchi quand les investigations environnementales elles-mêmes ont été perçues comme dangereuses pour la santé mentale, au motif qu'elles pourraient renforcer les inquiétudes des personnes et alimenter la médiatisation du phénomène.